Le paiement de bonus différés, en actions, avait été présenté il y a cinq ans par Credit Suisse comme un moyen de fidéliser les cadres pendant une période de changement et de lier leurs gains aux performances à plus long terme de la banque - mais pas de limiter leur appétit.
On sait depuis ce mercredi ce que les quelque 400 "top executives" de la banque vont se partager le 20 avril prochain: 3,1 milliards de francs, dont 71 millions pour le seul patron, Brady Dougan. Ce brave homme était déjà le banquier le mieux payé d'Europe pour l'année 2009, selon les chiffres publiés dans le rapport de CS. Il a empoché 19 millions de francs, deux fois plus que le Lloyd Blankfein, le boss de Goldman Sachs.
Voilà de bonnes nouvelles qui réjouiront une cliente de Credit Suisse que j'avais rencontrée au début de l'année 2009. Elle y avait placé ses économies en demandant des placements très prudents. Deux des produits "sûrs" qu'on lui avait vendus se sont plantés pendant la crise financière, et la banque n'a jamais reconnu ses erreurs de conseil. Souvenons-nous aussi de la mauvaise grâce avec laquelle, menacée d'une plainte collective, elle a, partiellement seulement, dédommagé des dizaines de clients piégés par des produits structurés Lehman Brothers.
Mais un Brady Dougan qui reçoit 70 millions de francs peut-il perdre son temps avec de minables clients qui n'en perdent que quelques dizaines de milliers dans sa banque?
Je voterai oui à l'initiative Minder contre les rémunérations abusives, même si elle a des défauts. Je voterai oui à n'importe quoi qui ramène l'indécence bancaire à des niveaux qui ne donnent plus envie de pendre un banquier haut et court sur la Paradeplatz.
P.S.: 10 milliards de dollars promis en conférence internationale pour aider 10 millions d'Haïtiens à reconstruire leur pays sur une dizaine d'années (le revenu annuel moyen par habitant y est de 1300 dollars), et 3 milliards de francs pour 400 banquiers, pour une seule année. Lénine, reviens!
P.P.S: A moins que tout cela ne soit qu'un gros poisson d'avril???
mercredi 31 mars 2010
La résolution de la crise financière expliquée aux nuls
(relevée sur Humour.com)
Ça se passe dans un village qui vit du tourisme, sauf qu'à cause de la crise il n'y a plus de touristes.
Tout le monde emprunte à tout le monde pour survivre.
Plusieurs mois passent, misérables. Arrive enfin un touriste qui prend une chambre. Il la paie avec un billet de 100$.
Le touriste n'est pas plutôt monté à sa chambre que l'hôtelier court porter le billet chez le boucher, à qui il doit justement cent dollars.
Le boucher va aussitôt porter le même billet au paysan qui l'approvisionne en viande.
Le paysan, à son tour, se dépêche d'aller payer sa dette à la prostituée à laquelle il doit quelques passes.
La prostituée boucle la boucle en se rendant à l'hôtel pour rembourser l'hôtelier qu'elle ne payait plus quand elle prenait une chambre à l'heure.
Comme elle dépose le billet de 100$ sur le comptoir, le touriste, qui venait dire à l'hôtelier qu'il n'aimait pas sa chambre et n'en voulait plus, ramasse son billet et disparaît.
Rien n'a été dépensé, ni gagné, ni perdu. N'empêche que plus personne dans le village n'a de dettes. N'est-ce pas ainsi qu'on est en train de résoudre la crise mondiale?
Ça se passe dans un village qui vit du tourisme, sauf qu'à cause de la crise il n'y a plus de touristes.
Tout le monde emprunte à tout le monde pour survivre.
Plusieurs mois passent, misérables. Arrive enfin un touriste qui prend une chambre. Il la paie avec un billet de 100$.
Le touriste n'est pas plutôt monté à sa chambre que l'hôtelier court porter le billet chez le boucher, à qui il doit justement cent dollars.
Le boucher va aussitôt porter le même billet au paysan qui l'approvisionne en viande.
Le paysan, à son tour, se dépêche d'aller payer sa dette à la prostituée à laquelle il doit quelques passes.
La prostituée boucle la boucle en se rendant à l'hôtel pour rembourser l'hôtelier qu'elle ne payait plus quand elle prenait une chambre à l'heure.
Comme elle dépose le billet de 100$ sur le comptoir, le touriste, qui venait dire à l'hôtelier qu'il n'aimait pas sa chambre et n'en voulait plus, ramasse son billet et disparaît.
Rien n'a été dépensé, ni gagné, ni perdu. N'empêche que plus personne dans le village n'a de dettes. N'est-ce pas ainsi qu'on est en train de résoudre la crise mondiale?
Le compliment de Christine Lagarde à l'Allemagne
"J’ai été très frappée par l’importance consacrée aux positions européennes", a dit la ministre française des Finances Christine Lagarde, qui assisté ce matin à un conseil des ministres allemand, ajoutant que c'est quelque chose que "nous ne faisons pas en France".
Je retiens trois éléments de cette information:
1) Christine Lagarde est la première ministre d’un gouvernement étranger à assister à un conseil des ministres allemand. Le ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle fera la même chose dans l'autre sens le 14 avril. Ceux qui affirment (espèrent?) que l'Union européenne est en train de se défaire prendront note de ces visites réciproques qui témoignent d'un degré d'échanges élevé.
2) Les dirigeants allemands pensent européen, alors qu'on a pu lire dans la presse anglo-saxonne, dans la foulée de la crise grecque, des analyses frôlant la désinformation sur le "repli allemand", "l'égoïsme allemand", ce pays "qui ne pense qu'à ses intérêts", etc. - y compris sous la plume de gens qu'on a vu plus intelligents, comme Gideon Rachmann et Martin Wolf du Financial Times.
3) Ce serait plutôt à la France de s'inspirer de ce qui se passe à Berlin. Historiquement, il n'est pas très étonnant que les dirigeants français pensent, tout naturellement, que les intérêts de l'UE coïncident avec les leurs. Or la roue de l'Histoire tourne.
Je retiens trois éléments de cette information:
1) Christine Lagarde est la première ministre d’un gouvernement étranger à assister à un conseil des ministres allemand. Le ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle fera la même chose dans l'autre sens le 14 avril. Ceux qui affirment (espèrent?) que l'Union européenne est en train de se défaire prendront note de ces visites réciproques qui témoignent d'un degré d'échanges élevé.
2) Les dirigeants allemands pensent européen, alors qu'on a pu lire dans la presse anglo-saxonne, dans la foulée de la crise grecque, des analyses frôlant la désinformation sur le "repli allemand", "l'égoïsme allemand", ce pays "qui ne pense qu'à ses intérêts", etc. - y compris sous la plume de gens qu'on a vu plus intelligents, comme Gideon Rachmann et Martin Wolf du Financial Times.
3) Ce serait plutôt à la France de s'inspirer de ce qui se passe à Berlin. Historiquement, il n'est pas très étonnant que les dirigeants français pensent, tout naturellement, que les intérêts de l'UE coïncident avec les leurs. Or la roue de l'Histoire tourne.
dimanche 28 mars 2010
Source supérieure de la Venoge
Ce qu'il y a de bien, après deux ou trois jours de fortes pluies, c'est que la source supérieure de la Venoge se met à régurgiter toute l'eau tombée sur le Jura - à plus forte raison s'il s'y mêle celle de la fonte des neiges. L'endroit que vous voyez ici, au-dessus de L'Isle, est habituellement totalement sec. Là, on peut presque faire du canoë sur le petit lac de la résurgence.
samedi 27 mars 2010
Au marché
"Mangeons des légumes d'ici!" Il paraît que ces racines et tubercules divers sont plein de vitamines, surtout quand ils viennent de chez le paysan bio de Ballens. Bon, je ne sais pas trop comment les préparer, mais je trouve que ces radis noirs, topinambours, scorsonères, pommes de terres bleues et carottes noires ont une bonne bouille. Alors j'ai rempli mon panier ce matin et leur ai tiré le portrait sur mon balcon. Ca donne ce que vous voyez ci-dessus.
Pour les commentaires politico-économiques, patience, ça reviendra. C'est le printemps, que diable!
vendredi 26 mars 2010
Jardin botanique, Genève (suite)
Comme je n'arrive pas à répondre sous les commentaires que l'on m'envoie, je précise ici, pour la personne qui me l'a demandé, le matériel photographique utilisé pour ces images. Il s'agit d'un boîtier Nikon D700 avec un objectif 50 mm. ouvrant à 1.4 et un objectif 105 mm. macro. Le jardin est absolument splendide en ce moment.
La Grèce a son filet de sauvetage. Et les Etats-Unis?
Ceux qui ont lu mon commentaire du 17 mars le déséquilibre offre-demande créé par les pllitiques exportatrices de l'Allemagne et de la Chine y auront décelé un ton critique à l'égard de l'Allemagne, et surtout contradictoire avec celui de l'édito paru dans le Temps jeudi.
J'assume et j'explique. Un blog est l'endroit où l'on réagit à chaud à l'actualité, tandis qu'un article de journal est le résultat de discussions et de documentation plus poussées - c'est pourquoi, mesdames et messieurs, on paie son journal, mais pas l'accès à un blog qui reste du brut de décoffrage.
Donc, quand a paru l'analyse de Martin Wolf émettant des doutes sur la politique exportatrice du couple "Chermany", j'étais séduit par le raisonnement, d'autant plus que le ministre allemand des finances Wolfgang Schäuble venait de faire des propositions assez raides à propos d'un Fonds monétaire européen, allant jusqu'à prévoir l'exclusion des mauvais élèves.
Mais il me manquait deux éléments qui me sont apparus plus tard, en préparant l'article sur le sommet européen consacré à la Grèce. Premièrement, l'Allemagne vient elle-même de voter un budget qui prévoit un déficit record de 80 milliards d'euros, excusez du peu! Il est donc difficile de la classer dans la catégorie des obsédés de la tirelire et autres serreurs de ceinture qui refusent toute relance de type keynésien.
Deuxièmement, le professeur Henrik Uterwedde de l'Institut franco-allemand de Ludwigsbrug avec qui j'ai longuement discuté par téléphone met le doigt sur un point intéressant. C'est bien joli de demander à l'Allemagne de stimuler la demande, mais par quel coup de baguette magique y arriverait-elle dans les courts délais nécessaires, à part le déficit susmentionné? Les salaires ne sont pas décrétés par le gouvernement, ni même par une centrale syndicale. Ils découlent de négociations multiples, et surtout d'une culture sociale qui s'est forgée au fil des décennies. Ce n'est pas le genre de facteur qu'on modifie au quart de tour parce que les éditorialistes anglo-saxons le demandent. Quant à d'autres facteurs pour stimuler la demande, je ne les vois pas très bien, mais je veux bien qu'on m'explique.
A propos des éditorialistes anglo-saxons, très anti-Merkel en général sur le coup grec, ils ont aussi leurs contradictions. Ces confrères qui défendent les vertus du marché et ne cessent de dénoncer la sclérose européenne en matière d'emploi et de productivité tirent à boulets rouges sur un pays qui a justement laissé faire le marché et a su améliorer sa productivité pour faire face à la concurrence mondiale et au défi de la réunification! Venant des médias de l'Hexagone, où l'on aime bien le Plan et l'interventionnisme de l'Etat, je peux comprendre les critiques faites à l'Allemagne. Mais venant de Londres et New York, j'ai plus de peine.
Cela étant, les Européens se sont mis d'accord à propos de la Grèce. Je ne suis pas sûr que ce soit d'un grand secours pour ce pays qui reste dans une merde noire, mais le mélange de fermeté et d'assurances issu du sommet de Bruxelles me paraît correct.
Ce qui nous permet de nous tourner vers l'Oncle Sam et ses bons du trésor à dix ans, qui frôlent à nouveau la barre des 4%, franchie brièvement au plus fort de la crise financière. C'est que les obligations américaines ne trouvent guère preneur récemment, d'où la hausse des rendements que montre le schéma ci-dessus, tiré du Wall Street Journal. On en n'est pas encore aux 6,4% demandés aux Grecs, mais la pente est clairement ascendante.
J'assume et j'explique. Un blog est l'endroit où l'on réagit à chaud à l'actualité, tandis qu'un article de journal est le résultat de discussions et de documentation plus poussées - c'est pourquoi, mesdames et messieurs, on paie son journal, mais pas l'accès à un blog qui reste du brut de décoffrage.
Donc, quand a paru l'analyse de Martin Wolf émettant des doutes sur la politique exportatrice du couple "Chermany", j'étais séduit par le raisonnement, d'autant plus que le ministre allemand des finances Wolfgang Schäuble venait de faire des propositions assez raides à propos d'un Fonds monétaire européen, allant jusqu'à prévoir l'exclusion des mauvais élèves.
Mais il me manquait deux éléments qui me sont apparus plus tard, en préparant l'article sur le sommet européen consacré à la Grèce. Premièrement, l'Allemagne vient elle-même de voter un budget qui prévoit un déficit record de 80 milliards d'euros, excusez du peu! Il est donc difficile de la classer dans la catégorie des obsédés de la tirelire et autres serreurs de ceinture qui refusent toute relance de type keynésien.
Deuxièmement, le professeur Henrik Uterwedde de l'Institut franco-allemand de Ludwigsbrug avec qui j'ai longuement discuté par téléphone met le doigt sur un point intéressant. C'est bien joli de demander à l'Allemagne de stimuler la demande, mais par quel coup de baguette magique y arriverait-elle dans les courts délais nécessaires, à part le déficit susmentionné? Les salaires ne sont pas décrétés par le gouvernement, ni même par une centrale syndicale. Ils découlent de négociations multiples, et surtout d'une culture sociale qui s'est forgée au fil des décennies. Ce n'est pas le genre de facteur qu'on modifie au quart de tour parce que les éditorialistes anglo-saxons le demandent. Quant à d'autres facteurs pour stimuler la demande, je ne les vois pas très bien, mais je veux bien qu'on m'explique.
A propos des éditorialistes anglo-saxons, très anti-Merkel en général sur le coup grec, ils ont aussi leurs contradictions. Ces confrères qui défendent les vertus du marché et ne cessent de dénoncer la sclérose européenne en matière d'emploi et de productivité tirent à boulets rouges sur un pays qui a justement laissé faire le marché et a su améliorer sa productivité pour faire face à la concurrence mondiale et au défi de la réunification! Venant des médias de l'Hexagone, où l'on aime bien le Plan et l'interventionnisme de l'Etat, je peux comprendre les critiques faites à l'Allemagne. Mais venant de Londres et New York, j'ai plus de peine.
Cela étant, les Européens se sont mis d'accord à propos de la Grèce. Je ne suis pas sûr que ce soit d'un grand secours pour ce pays qui reste dans une merde noire, mais le mélange de fermeté et d'assurances issu du sommet de Bruxelles me paraît correct.
Ce qui nous permet de nous tourner vers l'Oncle Sam et ses bons du trésor à dix ans, qui frôlent à nouveau la barre des 4%, franchie brièvement au plus fort de la crise financière. C'est que les obligations américaines ne trouvent guère preneur récemment, d'où la hausse des rendements que montre le schéma ci-dessus, tiré du Wall Street Journal. On en n'est pas encore aux 6,4% demandés aux Grecs, mais la pente est clairement ascendante.
mercredi 24 mars 2010
lundi 22 mars 2010
En attendant que la Grèce et l'euro s'effondrent...
... voici une dépêche amusante diffusée par Bloomberg. L'agence financière a comparé les rendements des bons du Trésor américains émis en février, échéance à deux ans, avec ceux des obligations d'échéance identique émises par Berkshire Hathaway, la société d'investissement de Warren Buffett. Eh bien le rendement des premiers était de 3,5 points (ou 0,035%) supérieur à celui des secondes, ce qui veut dire en clair que le gouvernement américain, noté AAA (pour l'instant) doit payer une prime plus élevée aux investisseurs que celle payée par une société notée Aa2 par Moody's et AA+ par S&P.;
Ce qui veut dire en encore plus clair que lesdits investisseurs font moins confiance à l'Oncle Sam qu'à Warren Buffett, et à quelques autres compagnies privées d'ailleurs (Procter & Gamble ou Johnson & Johnson par exemple). C'est un événement extrêmement rare, les spécialistes devant remonter aux années 80 pour trouver des précédents où les marchands de savonnettes étaient reconnus plus fiables que l'Etat.
La raison de ce phénomène se résume en quelques chiffres. L'an dernier, le gouvernement américain a emprunté 2100 milliards de dollars, contre 1080 milliards pour l'ensemble des sociétés notées par les agences - un écart jamais vu depuis que Bloomberg récolte ces données. Tandis que Berkshire Hathaway affiche 157 milliards de dollars en cash ou équivalent pour 52 milliards de dettes, le gouvernement américain, avec un déficit budgétaire égal à 10% du PIB, utilisera 7% de toutes ses recettes fiscales pour payer les intérêts de sa dette en 2010, et 11% en 2013.
Mais en attendant, continuez de parier sur la baisse de l'euro, chers amis de "Qui veut gagner des millions?"
Ce qui veut dire en encore plus clair que lesdits investisseurs font moins confiance à l'Oncle Sam qu'à Warren Buffett, et à quelques autres compagnies privées d'ailleurs (Procter & Gamble ou Johnson & Johnson par exemple). C'est un événement extrêmement rare, les spécialistes devant remonter aux années 80 pour trouver des précédents où les marchands de savonnettes étaient reconnus plus fiables que l'Etat.
La raison de ce phénomène se résume en quelques chiffres. L'an dernier, le gouvernement américain a emprunté 2100 milliards de dollars, contre 1080 milliards pour l'ensemble des sociétés notées par les agences - un écart jamais vu depuis que Bloomberg récolte ces données. Tandis que Berkshire Hathaway affiche 157 milliards de dollars en cash ou équivalent pour 52 milliards de dettes, le gouvernement américain, avec un déficit budgétaire égal à 10% du PIB, utilisera 7% de toutes ses recettes fiscales pour payer les intérêts de sa dette en 2010, et 11% en 2013.
Mais en attendant, continuez de parier sur la baisse de l'euro, chers amis de "Qui veut gagner des millions?"
... et encore un p'tit coup de traduc'
Je ne résiste pas. Cette fois, c'est d'allemand en français. Titre original de l'article publié sur le site du Tages Anzeiger:
"Der Kampf um das richtige Deutsch", ce que je traduirais pour ma part (sans garantie à 100%, hein!, c'est pas mon job) par: "Le combat pour l'allemand correct", le texte parlant d'une étude sur la dérive dialectale de la radio alémanique.
Passé à la moulinette Google, voici ce que cela donne:
"La lutte pour le droit allemand.
Sur Radio DRS est envoyé trop de dialecte, les conclusions d'une étude. Même dans un jardin d'bataille fait rage autour de la bonne langue. Suisse-allemand est un "problème national"?
Bad ou non - est certaine: les chapeaux Roger inventé. Après le pionnier de la radio Schawinski 1979, la première radio privée en Suisse a été en opération, il y avait de plus en plus de la radio pour entendre dialecte suisse."
Etc, etc. Bienvenue dans la Babel-langue du 21è siècle. Car on peut être sûr d'une chose: les solutions de facilité finissant toujours par l'emporter, la traduction automatique est l'avenir (sic) de l'homme globalisé.
"Der Kampf um das richtige Deutsch", ce que je traduirais pour ma part (sans garantie à 100%, hein!, c'est pas mon job) par: "Le combat pour l'allemand correct", le texte parlant d'une étude sur la dérive dialectale de la radio alémanique.
Passé à la moulinette Google, voici ce que cela donne:
"La lutte pour le droit allemand.
Sur Radio DRS est envoyé trop de dialecte, les conclusions d'une étude. Même dans un jardin d'bataille fait rage autour de la bonne langue. Suisse-allemand est un "problème national"?
Bad ou non - est certaine: les chapeaux Roger inventé. Après le pionnier de la radio Schawinski 1979, la première radio privée en Suisse a été en opération, il y avait de plus en plus de la radio pour entendre dialecte suisse."
Etc, etc. Bienvenue dans la Babel-langue du 21è siècle. Car on peut être sûr d'une chose: les solutions de facilité finissant toujours par l'emporter, la traduction automatique est l'avenir (sic) de l'homme globalisé.
Moi y'en a banquier suisse qui chie dans son froc
On n'arrête pas le progrès. Le navigateur Google Chrome que j'utilise me propose systématiquement depuis quelque temps une barre de traduction automatique des pages publiées en langues étrangères.
Ce matin, le Financial Times relate les restrictions de déplacements des conseillers clientèle de Credit Suisse en Allemagne, suite à l'exploitation par les autorités locales des données-clients volées et vendues au plus offrant (il n'y a plus de morale).
En cliquant sur l'icône de traduction automatique, ça donne ceci:
Ce matin, le Financial Times relate les restrictions de déplacements des conseillers clientèle de Credit Suisse en Allemagne, suite à l'exploitation par les autorités locales des données-clients volées et vendues au plus offrant (il n'y a plus de morale).
En cliquant sur l'icône de traduction automatique, ça donne ceci:
"Les autorités de Düsseldorf a ajouté qu'ils poursuivraient Credit Suisse fonctionnaires soupçonnés d'aider les Allemands dissimuler des actifs et d'éviter de payer l'impôt.
"Nous avons dit très clairement aux gestionnaires de relation ils ne doivent jamais aider les clients d'éluder l'impôt», a déclaré Andres Luther, un fonctionnaire de Credit Suisse. «Depuis quelques années, nous avons eu des règles très claires et des règlements sur Voyage. Dans le contexte actuel, nous sommes devenus très restrictive à l'égard Voyage vers l'Allemagne. "
(...)"De telles tactiques ont mis une énorme pression sur la banque privée suisse, Berne incitant à proposer que les dépôts futurs par des étrangers ne doit être accepté si les clients pouvaient démontrer fonds avaient été déclarés à la maison."
Hugh! Vivement Suisse elle fume calumet de la paix avec voisins pour ces histoires de fric elles arrêtent d'emmerder l'honnête contribuable qui remplit déclaration sans oublier cocher toutes les cases.
dimanche 21 mars 2010
Aigle, Lausanne, deux expos
S'il y a un seul point commun entre Frédéric Rouge et Sally Mann, c'est leur rapport fusionnel avec la nature. Pour le reste, rien de plus dissemblable que ces deux artistes. Le premier est un peintre réaliste (1867-1950) qui a passé l'essentiel de sa vie entre Ollon et Aigle, où un espace lui est consacré depuis quelques jours dans le Château (d'où la promenade ci-dessus). Assister à la présentation de ses oeuvres ce dimanche, en présence de son petit-fils et de son arrière-petite-fille, avait quelque chose d'émouvant. Très populaire de son vivant - il exposait peu, car les commandes venaient toutes seules - Rouge a été largement ignoré par les encyclopédies, pour ne pas dire méprisé après sa mort. Ce qu'il peignait était aussi ce dont ce servait l'idéologie patriotarde d'après la Mob, d'où le rejet qui a entouré aussi bien cette dernière que son oeuvre.
Les années ont passé, le Rouge qui illustrait les diplômes militaires et faisait le portrait des notables est passé à l'arrière-plan, le peintre et l'homme reprennent leur place. On apprend ainsi qu'il était forte tête en classe, adepte de l'école buissonnière. Plus tard, Rouge fut tout autant chasseur et pêcheur qu'artiste, et cela se sent dans les brumes matinales dont il nimbe ses Muverans, ou la roselière des Grangettes. Il est plus conventionnel dans les portraits. Une belle scène de genre néanmoins, façon Anker, montre un retour de chasse dans un estaminet du village, moment dont on devine qu'il lui était familier.
Sally Mann, c'est la baffe pour l'amateur de techniques photographiques anciennes que j'ai été. Elle sensibilise ses plaques photographiques au collodion, travaille avec une chambre gigantesque et des optiques plus que centenaires, ce qui donne à ses images une très faible profondeur de champ et une sorte d'intemporalité laiteuse. Ce qui tombe bien, car quoi qu'elle photographie - ses enfants, les paysages du Sud profond des Etats-Unis ou les cadavres en décomposition d'une "body farm" de sa région - on a l'impression de voir des fantômes traverser ses photographies. Dans ses compositions, l'eau est noire et huileuse, les arbres marqués par d'anciennes tortures, les enfants à la fois innocents et inquiétants en même temps. L'exposition est au Musée de l'Elysée à Lausanne, avec un documentaire qui montre Sally Mann au travail dans sa ferme, mais aussi avec ses poules, ses chevaux, ses chats, son chien...
Entre Rouge et Mann, le lien de la nature, disais-je. Dans le "Retour de chasse" du premier, une fillette caresse un chien au-dessus duquel est suspendue, par les cornes, la dépouille du chamois ramené par les chasseurs. Dans une photographie de la seconde, une de ses filles, visage penché en avant, écarte gracieusement les plis de sa jupe blanche, appuyée contre l'arrière d'une camionnette dont pend la tête d'un animal (un cerf?) qui regarde la photographe de son oeil mort.
jeudi 18 mars 2010
La roue tourne
Oulens, Aclens, Assens, Possens, Allens, Boulens, Senarclens, Sullens, Sottens, Vufflens, Ballens, Mollens, Eclagnens, Bettens, Bottens...
Je n'ai rien contre les communes vaudoises qui fusionnent, je veux juste qu'elles conservent le nom des villages.
Un par tour de pédalier, c'est parfait.
Je n'ai rien contre les communes vaudoises qui fusionnent, je veux juste qu'elles conservent le nom des villages.
Un par tour de pédalier, c'est parfait.
mercredi 17 mars 2010
Des cerveaux et des arbres
La Suisse est le pays le plus innovant de 29 Etats (dont tous les membres de l'UE) passés en revue par le Tableau de Bord Européen de l’Innovation 2009 publié ce jour. Sa capacité d'innovation a progressé de 3,3% l'an dernier, contre 0,5% en 2008, ce qui conforte sa position de leader.
A part ça, j'aime bien cette nouvelle d'hier: la surface de la forêt suisse est passée en quinze ans de 29,6% à 31% de la surface nationale. Et en plus, la diversité a augmenté, relève le dernier inventaire forestier national. Mais qu'attendons-nous pour demander à la communauté internationale des indemnités pour notre contribution à la réduction des gaz à effet de serre dans l'atmosphère?
Des cerveaux qui phosphorent, des forêts pour se délasser après le boulot: que réclame le peuple? Les soubresauts du secret bancaire, les pétouillages libyens et les problèmes "d'image" ne sont pas tout.
A part ça, j'aime bien cette nouvelle d'hier: la surface de la forêt suisse est passée en quinze ans de 29,6% à 31% de la surface nationale. Et en plus, la diversité a augmenté, relève le dernier inventaire forestier national. Mais qu'attendons-nous pour demander à la communauté internationale des indemnités pour notre contribution à la réduction des gaz à effet de serre dans l'atmosphère?
Des cerveaux qui phosphorent, des forêts pour se délasser après le boulot: que réclame le peuple? Les soubresauts du secret bancaire, les pétouillages libyens et les problèmes "d'image" ne sont pas tout.
"Chermany"
L'expression n'est pas de moi, mais de Martin Wolf dans son analyse du jour publiée dans le Financial Times. C'est la contraction de China et Germany. Un francophone pourrait aussi la prononcer "Tchermany" - en pied de nez au puissant voisin industriel qui se prend pour le donneur de leçons du monde.
De quoi s'agit-il? Depuis le début de la crise grecque, Berlin freine des quatre fers dès qu'il est question de dépanner ce voisin du sud qui a tant tardé à mettre de l'ordre dans ses déficits. Surtout, ne pas montrer le mauvais exemple en aidant le cancre! (L'Allemagne, notera-t-on en passant, ne s'est pas montrée aussi raide avec ses banques régionales rétamées par les subprimes, mais il y allait de l'intérêt national, taratata-tsouin-tsouin).
Au fur et à mesure que le match "spéculateurs-euro" agitait les marchés et que la crainte d'un effet-domino des déficits publics s'étendait au Portugal, à l'Espagne, voire à l'Italie, le discours allemand s'est aussi élargi à une leçon générale de discipline budgétaire. On a ressorti, pour la cent millième fois, l'obsession des pauvres Teutons face au risque inflationniste, héritée des années 1920 où ils amenaient des brouettes de marks chez le boulanger pour payer leur kilo de pain. A croire que ce traumatisme-là, bientôt séculaire, est plus fort que celui de l'extermination des juifs.
Le sommet de cette intransigeance allemande, que d'aucuns assimilent à de l'arrogance, a été atteint la semaine dernière avec la publication d'un texte du ministre des finances Wolfgang Schäuble dans le Financial Times. Le bon Wolfgang y disserte sur l'utilité d'un fonds européen de stabilisation financière, sur le modèle du FMI, et brandit une série de mesures punitives pour les Etats qui y auraient recours, certaines franchement humiliantes, qui devraient guérir les cigales européennes de leurs habitudes dispendieuses et les transformer en fourmis allemandes.
Or, dans un monde interdépendant, il n'y a pas de fourmis sans cigales. Autrement dit, si l'Allemagne et la Chine veulent faire tourner leur machine exportatrice, elles ont besoin d'acheteurs, dirait Monsieur de Lapalisse - et parfois d'acheteurs qui vivent à crédit. Si le monde entier était à l'image de l'Allemagne ou de la Chine, eh bien le monde entier finirait rapidement par ne plus tourner rond du tout. En mettant illico presto les pays endettés à la diète pain sec et eau, la demande globale ralentira, et l'Allemagne s'excluera elle-même du jeu. C'est le sens général de la chronique de Martin Wolf.
Le cas chinois est un peu différent. "L'accrochage" têtu du yuan au dollar, malgré la rapide sortie de crise chinoise (en apparence, en tout cas), est vu par certains comme un avantage compétitif irrégulier qui stimule les exportations chinoises. Le point commun avec l'Allemagne est le discours officiel devenu plus dur depuis un an - l'arrogance de ceux qui ont les caisses pleines. Ambigu aussi, comme toujours en Chine. Il y a quinze jours, un membre de la banque centrale déclarait que l'accrochage du yuan au dollar serait abandonné "tôt ou tard". Ses propos ayant fait lever quelques sourcils, le gouvernement s'est appliqué à répéter dans les jours qui ont suivi que la décision lui appartenait seul, quels que soient les jappements des Occidentaux.
Sur la question du yuan, je n'ai pas d'opinion arrêtée. J'observe que la CNUCED ne croit pas qu'un régime de change flottant soit la clé pour un rééquilibrage des échanges mondiaux. The Economist ne pense pas davantage qu'une réévaluation du yuan soit la recette-miracle.
Reste que la raideur chinoise et allemande, l'obsession de ces deux pays de relancer à tout prix leur économie, en écrasant quelques orteils s'il le faut, fait courir un risque à la planète entière: celui d'une escalade protectionniste. "Je commence à me demander si l'économie globale va résister à cette crise", se demande Martin Wolf. Venant d'un homme qui a écrit un livre pour défendre les mérites du libre-échange, l'avertissement mérite d'être entendu.
The Economist relevait pour sa part une des (rares) conclusions positives de la crise financière: les politiciens américains ont résisté jusqu'ici à la tentation du "China bashing", à celle de trouver un bouc émissaire pour les problèmes intérieurs. Cette bonne disposition pétrie de réalisme pourrait ne pas durer face à l'échéance électorale du "mi-term".
De quoi s'agit-il? Depuis le début de la crise grecque, Berlin freine des quatre fers dès qu'il est question de dépanner ce voisin du sud qui a tant tardé à mettre de l'ordre dans ses déficits. Surtout, ne pas montrer le mauvais exemple en aidant le cancre! (L'Allemagne, notera-t-on en passant, ne s'est pas montrée aussi raide avec ses banques régionales rétamées par les subprimes, mais il y allait de l'intérêt national, taratata-tsouin-tsouin).
Au fur et à mesure que le match "spéculateurs-euro" agitait les marchés et que la crainte d'un effet-domino des déficits publics s'étendait au Portugal, à l'Espagne, voire à l'Italie, le discours allemand s'est aussi élargi à une leçon générale de discipline budgétaire. On a ressorti, pour la cent millième fois, l'obsession des pauvres Teutons face au risque inflationniste, héritée des années 1920 où ils amenaient des brouettes de marks chez le boulanger pour payer leur kilo de pain. A croire que ce traumatisme-là, bientôt séculaire, est plus fort que celui de l'extermination des juifs.
Le sommet de cette intransigeance allemande, que d'aucuns assimilent à de l'arrogance, a été atteint la semaine dernière avec la publication d'un texte du ministre des finances Wolfgang Schäuble dans le Financial Times. Le bon Wolfgang y disserte sur l'utilité d'un fonds européen de stabilisation financière, sur le modèle du FMI, et brandit une série de mesures punitives pour les Etats qui y auraient recours, certaines franchement humiliantes, qui devraient guérir les cigales européennes de leurs habitudes dispendieuses et les transformer en fourmis allemandes.
Or, dans un monde interdépendant, il n'y a pas de fourmis sans cigales. Autrement dit, si l'Allemagne et la Chine veulent faire tourner leur machine exportatrice, elles ont besoin d'acheteurs, dirait Monsieur de Lapalisse - et parfois d'acheteurs qui vivent à crédit. Si le monde entier était à l'image de l'Allemagne ou de la Chine, eh bien le monde entier finirait rapidement par ne plus tourner rond du tout. En mettant illico presto les pays endettés à la diète pain sec et eau, la demande globale ralentira, et l'Allemagne s'excluera elle-même du jeu. C'est le sens général de la chronique de Martin Wolf.
Le cas chinois est un peu différent. "L'accrochage" têtu du yuan au dollar, malgré la rapide sortie de crise chinoise (en apparence, en tout cas), est vu par certains comme un avantage compétitif irrégulier qui stimule les exportations chinoises. Le point commun avec l'Allemagne est le discours officiel devenu plus dur depuis un an - l'arrogance de ceux qui ont les caisses pleines. Ambigu aussi, comme toujours en Chine. Il y a quinze jours, un membre de la banque centrale déclarait que l'accrochage du yuan au dollar serait abandonné "tôt ou tard". Ses propos ayant fait lever quelques sourcils, le gouvernement s'est appliqué à répéter dans les jours qui ont suivi que la décision lui appartenait seul, quels que soient les jappements des Occidentaux.
Sur la question du yuan, je n'ai pas d'opinion arrêtée. J'observe que la CNUCED ne croit pas qu'un régime de change flottant soit la clé pour un rééquilibrage des échanges mondiaux. The Economist ne pense pas davantage qu'une réévaluation du yuan soit la recette-miracle.
Reste que la raideur chinoise et allemande, l'obsession de ces deux pays de relancer à tout prix leur économie, en écrasant quelques orteils s'il le faut, fait courir un risque à la planète entière: celui d'une escalade protectionniste. "Je commence à me demander si l'économie globale va résister à cette crise", se demande Martin Wolf. Venant d'un homme qui a écrit un livre pour défendre les mérites du libre-échange, l'avertissement mérite d'être entendu.
The Economist relevait pour sa part une des (rares) conclusions positives de la crise financière: les politiciens américains ont résisté jusqu'ici à la tentation du "China bashing", à celle de trouver un bouc émissaire pour les problèmes intérieurs. Cette bonne disposition pétrie de réalisme pourrait ne pas durer face à l'échéance électorale du "mi-term".
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mardi 16 mars 2010
Union européenne: plus de pays, moins de journalistes
Le nombre de journalistes accrédités à Bruxelles pour suivre l'actualité de l'Union européenne a chuté de 1300 reporters en 2003 à 752 à la fin de l'an dernier. Rien qu'en 2009, deux cents ont tiré leur révérence.
Il y a plusieurs explications à cela, que décortiquent deux analyses intéressantes du correspondant bruxellois de The Economist et de Jean Quatremer, celui de Libération: la forte baisse des recettes publicitaires et lecteurs des journaux, qui les amène à sabrer dans les postes (coûteux) de correspondants à l'étranger. L'existence de sites gratuits et spécialisés comme EUobserver.com, European Voice ou Euractiv, sans parler des sites officiels de la Commission, des think tanks comme Bruegel, le European Policy Center, le European Council of Foreign relations, le Centre Schumann, les sites des lobbies, les blogs des correspondants comme Quatremer, justement, et j'en passe. Un fana de l'actualité européenne peut y passer ses journées, digérer cette matière et livrer des analyses parfois aussi pertinentes que s'il arpentait les couloirs du Berlaymont.
Reste aussi cette explication: l'Europe est devenue plus compliquée à suivre, moins sexy. Les chefs d'Etat membres ont si bien intégré le réflexe faisant de "Bruxelles" le bureaucrate obtus (au mieux) ou l'ennemi, tandis que tout ce qui surgit de bon ne peut venir que de leur génie, bien sûr, que les citoyens se désintéressent peu à peu de la construction européenne.
Il y a plusieurs explications à cela, que décortiquent deux analyses intéressantes du correspondant bruxellois de The Economist et de Jean Quatremer, celui de Libération: la forte baisse des recettes publicitaires et lecteurs des journaux, qui les amène à sabrer dans les postes (coûteux) de correspondants à l'étranger. L'existence de sites gratuits et spécialisés comme EUobserver.com, European Voice ou Euractiv, sans parler des sites officiels de la Commission, des think tanks comme Bruegel, le European Policy Center, le European Council of Foreign relations, le Centre Schumann, les sites des lobbies, les blogs des correspondants comme Quatremer, justement, et j'en passe. Un fana de l'actualité européenne peut y passer ses journées, digérer cette matière et livrer des analyses parfois aussi pertinentes que s'il arpentait les couloirs du Berlaymont.
Reste aussi cette explication: l'Europe est devenue plus compliquée à suivre, moins sexy. Les chefs d'Etat membres ont si bien intégré le réflexe faisant de "Bruxelles" le bureaucrate obtus (au mieux) ou l'ennemi, tandis que tout ce qui surgit de bon ne peut venir que de leur génie, bien sûr, que les citoyens se désintéressent peu à peu de la construction européenne.
Petit calcul
Le Guardian a gagné 239 000 livres sterling en deux mois en vendant 2,39 livres à 100 000 abonnés son application pour iPhone. C'est bien.
Le Guardian Media Group a perdu 90 millions de livres l'an dernier, nous apprend Le Monde. Il emploie 750 journalistes pour un tirage de 284 500 exemplaires.
Le gain réalisé par l'application iPhone est un "one shot": il ne se répétera probablement pas, ou alors de façon marginale. Tandis que la perte de 90 millions de livres...
Le Guardian Media Group a perdu 90 millions de livres l'an dernier, nous apprend Le Monde. Il emploie 750 journalistes pour un tirage de 284 500 exemplaires.
Le gain réalisé par l'application iPhone est un "one shot": il ne se répétera probablement pas, ou alors de façon marginale. Tandis que la perte de 90 millions de livres...
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Sacré Alexandre!
Salle comble à Lausanne-Beaulieu - plus de mille personnes - pour entendre Alexandre Jollien discuter philosophie et méditation avec Matthieu Ricard. On connaît bien le second, fils de Jean-François Revel, moine mais aussi chercheur scientifique et activiste humanitaire qui a permis l'éclosion et le financement d'une cinquantaine de projets d'écoles ou de dispensaires dans les régions himalayiennes. J'ai eu la chance de le rencontrer une fois et ai retenu ceci de ce qu'il m'a dit: dans tout ce que tu entreprends, c'est la motivation - égoïste, altruiste? - qui est déterminante.
Alexandre Jollien est moins connu, à part en Suisse romande. C'est un handicapé un peu tordu sur sa chaise, qui peine parfois à contrôler ses gestes et dont l'élocution demande un effort d'attention de la part de l'auditeur. Je me demandais ce que ça allait donner devant une salle de spectacle de plus de mille places, déjà prêt à m'apitoyer, à faire preuve de patience et de compréhension.
J'avais tort. Jollien est une bête de scène, une présence à couper le souffle. D'abord il est extrêmement drôle, d'un humour spontané et joyeux. Il parle le langage de tous les jours, il dit: "Putain, là je croyais que ça y était, j'étais arrivé au détachement..." Il le pose jamais en philosophe, et quand il en cite un, ce n'est jamais gratuit, ni pour montrer qu'il a lu des bouquins, ça tombe pile et léger comme la dernière pièce au milieu du puzzle.
Quand quelqu'un demande dans la salle s'il faut un maître pour méditer, Jollien répond: "Mon maître, ça a été le handicap". Il s'est beaucoup battu pour sortir de l'institution spécialisée où on l'avait placé, mais une fois que ce fut le cas, il a réalisé qu'il avait paradoxalement perdu une certaine joie qu'il y éprouvait dans le contact avec les autres. Il s'est jeté à corps perdu (c'est le cas de le dire) dans la philosophie et s'est alors aperçu que cet autre combat ne lui apportait pas ce qu'il désirait profondément. Progressivement, il s'est rendu compte que cette lutte elle-même, cette volonté farouche, limite masochiste, le détournait de la limpidité. Ne pas trop chercher à être le premier de classe dans le progrès spirituel, "se détacher du détachement", dit-il avec un clin d'oeil. Il n'y a pas de vraie solution dans la dureté, avec soi-même ou avec les autres. Elle se produit pourtant, tous les jours - des moqueries dans le métro à cause de son allure. Ne pas les ignorer, ne pas faire semblant que cela ne touche pas, en ressortir légèrement changé, mais poursuivre néanmoins son chemin vers la joie.
Après la conférence, le parking de Beaulieu a mis près d'une heure à se vider, mais grâce à Alexandre Jollien, personne ne s'est énervé. Toujours ça de gagné!
Cette phrase encore: "Le premier pas vers l'abandon, c'est l'action."
Alexandre Jollien est moins connu, à part en Suisse romande. C'est un handicapé un peu tordu sur sa chaise, qui peine parfois à contrôler ses gestes et dont l'élocution demande un effort d'attention de la part de l'auditeur. Je me demandais ce que ça allait donner devant une salle de spectacle de plus de mille places, déjà prêt à m'apitoyer, à faire preuve de patience et de compréhension.
J'avais tort. Jollien est une bête de scène, une présence à couper le souffle. D'abord il est extrêmement drôle, d'un humour spontané et joyeux. Il parle le langage de tous les jours, il dit: "Putain, là je croyais que ça y était, j'étais arrivé au détachement..." Il le pose jamais en philosophe, et quand il en cite un, ce n'est jamais gratuit, ni pour montrer qu'il a lu des bouquins, ça tombe pile et léger comme la dernière pièce au milieu du puzzle.
Quand quelqu'un demande dans la salle s'il faut un maître pour méditer, Jollien répond: "Mon maître, ça a été le handicap". Il s'est beaucoup battu pour sortir de l'institution spécialisée où on l'avait placé, mais une fois que ce fut le cas, il a réalisé qu'il avait paradoxalement perdu une certaine joie qu'il y éprouvait dans le contact avec les autres. Il s'est jeté à corps perdu (c'est le cas de le dire) dans la philosophie et s'est alors aperçu que cet autre combat ne lui apportait pas ce qu'il désirait profondément. Progressivement, il s'est rendu compte que cette lutte elle-même, cette volonté farouche, limite masochiste, le détournait de la limpidité. Ne pas trop chercher à être le premier de classe dans le progrès spirituel, "se détacher du détachement", dit-il avec un clin d'oeil. Il n'y a pas de vraie solution dans la dureté, avec soi-même ou avec les autres. Elle se produit pourtant, tous les jours - des moqueries dans le métro à cause de son allure. Ne pas les ignorer, ne pas faire semblant que cela ne touche pas, en ressortir légèrement changé, mais poursuivre néanmoins son chemin vers la joie.
Après la conférence, le parking de Beaulieu a mis près d'une heure à se vider, mais grâce à Alexandre Jollien, personne ne s'est énervé. Toujours ça de gagné!
Cette phrase encore: "Le premier pas vers l'abandon, c'est l'action."
lundi 15 mars 2010
Les spéculateurs ne font pas toujours leur beurre
Que n'a-t-on entendu ces trois dernières semaines à propos des fonds spéculatifs pariant sur la baisse de l'euro! Pas un politicien européen de haut rang qui n'y soit allé de son couplet pour condamner ces fossoyeurs de l'intérêt commun.
Or, comme on pouvait s'en douter début février déjà, les parieurs ne partaient pas forcément gagnants sur ce coup-là. En 1992, Georges Soros avait pu contribuer à faire sortir la livre sterling du serpent monétaire européen et gagner ainsi le titre abusif d'«homme qui fit sauter la Banque d'Angleterre» (un spéculateur, par définition, ne fait que repérer un déséquilibre et s'engouffrer dans la brèche avant les autres - mais la brèche existe déjà). Mais c'était en 1992, justement...
La zone euro, c'est un morceau autrement plus coriace, même si plusieurs pays y ont accumulé des déficits excessifs. Comme le montrent les derniers chiffres du Hedge Funds Research, les fonds spéculatifs qui y ont planté les dents en début d'année y ont laissé quelques plombages. Ceux qui ont fait des paris "macros" sur les devises, contre l'euro, ont été dans le rouge en janvier et février.
Leur pression sur la monnaie unique aura au moins entraîné celle de l'UE sur la Grèce, ce qui n'était au final pas une mauvaise chose.
Les politiciens européens ne l'admettront bien sûr jamais. L'épouvantail du spéculateur les arrange trop. Or il y a bientôt deux ans que la crise financière a éclaté, on sait aujourd'hui que les fonds spéculatifs n'en ont pas été les déclencheurs majeurs. On constate aussi que le "bain de sang" dont ils devaient subir le "juste" châtiment ne s'est pas produit. Un certain nombre ont fermé, d'autres ont perdu beaucoup d'argent, ce qui était prévisible après plusieurs années de croissance exponentielle où l'ivraie s'est mêlée au bon grain.
Mais en gros, les hedge funds ont résisté. Ceux qui respectent le modèle originel - c'est-à-dire celui où les partenaires fondateurs mettent une part significative de leur propre fortune dans l'aventure, ce qui est le meilleur des garde-fous - sont en général plus solides.
L'UE semble plus intéressée à une chasse aux sorcières que par une compréhension objective de la réalité. Nicolas Sarkozy et Gordon Brown tentent (péniblement) de s'entendre sur une réglementation des fonds spéculatifs, alors que les Etats-Unis, où sont nés ces véhicules d'investissement, ne veulent pas en entendre parler. Bonne chance. Ca sert à quoi, au juste, les réunions du G7, G8, G20 et autres?
Actualisation le 16 mars: les discussions européennes sur la régulation de hedge funds et du private equity sont totalement enlisées, à tel point que la présidence espagnole les a retirées de l'agenda, selon Euractiv.
Actualisation le 16 mars: les discussions européennes sur la régulation de hedge funds et du private equity sont totalement enlisées, à tel point que la présidence espagnole les a retirées de l'agenda, selon Euractiv.
dimanche 14 mars 2010
jeudi 11 mars 2010
dimanche 7 mars 2010
samedi 6 mars 2010
Coup de pub et de coeur...
... C'est le cas de le dire, puisqu'il s'agit du livre "Chamade", publié tout récemment aux éditions L'Aire par deux collègues, Sylvie Cohen et Marc Decrey. "Chamade", c'est aussi le nom de leur bateau, un voilier de 12 mètres sur lequel ils emmènent des greffés du coeur et du rein. Car ces aventuriers-navigateurs n'ont pas sillonné les mers du Grand Nord pour leur seul plaisir, mais pour défendre la cause du don d'organes, qui en a besoin en Suisse. Il y a en effet trois fois plus de demandeurs que de donneurs.
Alors Marc et Sylvie ont invité à bord quelques-unes de ces personnes qui ont eu le bonheur de commencer une "deuxième vie" grâce à un de ces dons. Et la glissade aux leurs pâles qu'ils nous proposent dans la mer de Barents, la mer Blanche ou sur le "canal de Staline" est un petit moment de grâce.
A propos de grâce (divine), ils passent aussi par les îles Kidji et leur incroyable église orthodoxe aux je-ne-sais-plus-combien de bulbes en bois assemblés sans un clou, paraît-il (photo). Si vous achetez le bouquin, vous faites une bonne action, une partie du prix étant reversée à une association en faveur du don d'organes.
Et pour vous éblouir le regard en guise d'apéritif, voici le lien de l'émission "Passe-moi les jumelles" consacrée à ce périple (il y a aussi un beau reportage sur la traversée du Jura à ski en hiver).
Alors Marc et Sylvie ont invité à bord quelques-unes de ces personnes qui ont eu le bonheur de commencer une "deuxième vie" grâce à un de ces dons. Et la glissade aux leurs pâles qu'ils nous proposent dans la mer de Barents, la mer Blanche ou sur le "canal de Staline" est un petit moment de grâce.
A propos de grâce (divine), ils passent aussi par les îles Kidji et leur incroyable église orthodoxe aux je-ne-sais-plus-combien de bulbes en bois assemblés sans un clou, paraît-il (photo). Si vous achetez le bouquin, vous faites une bonne action, une partie du prix étant reversée à une association en faveur du don d'organes.
Et pour vous éblouir le regard en guise d'apéritif, voici le lien de l'émission "Passe-moi les jumelles" consacrée à ce périple (il y a aussi un beau reportage sur la traversée du Jura à ski en hiver).
vendredi 5 mars 2010
La vie des bêtes
Ce week-end, la Suisse vote sur une proposition visant à instituer un avocat pour les animaux. Echange de points de vue sur le site du New York Times:
Neil, de New York: "Yeah, d'un côté les Suisses permettent aux politiciens corrompus et dictateurs du monde entier de cacher leurs biens mal acquis dans leurs banques; de l'autre, ils se préoccupent de la solitude d'un poisson. Pas besoin d'être Sigmund Freud pour comprendre que la culpabilité d'être les receleurs pendant plus d'un siècle pèse sur les Suisses, qui se rattrapent en étant gentils avec les animaux."
A quoi Christian, de Boston, répond: "Neil, avec ce type de généralisations, on peut argumenter que les Américains sont si culpabilisés par le fait que leur démocratie avancée est la seule à pratiquer la peine de mort que tout le pays compense en s'empiffrant jusqu'à en devenir obèse."
Goulag
Je me réjouis de voir le nouveau film de Roman Polanski, Ghost Writer, que le réalisateur "a terminé dans des conditions extrêmes, prisonnier dans son chalet de Gstaad" (Darius Rochebin au TJ de jeudi soir).
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