Nous voilà rassurés. Le capitalisme de demain sera soumis à «l’exigence de morale, l’exigence de responsabilité, l’exigence de dignité des citoyens».
Ainsi parlait Zarathoustra - pardon: Nicolas Sarkozy au Forum de Davos. Le président français y a joué les vedettes américaines vu que des Américains, justement, y'en a pas beaucoup dans les Grisons pour ce 40ème raout des global leaders.
Ce qui tombe au fond assez bien, car la Suisse, en ce moment, est un peu gênée aux entournures vis-à-vis des Etats-Unis. Pour rappel, le Conseil fédéral avait signé avec Washington, l'an dernier, un accord dont il n'était pas peu fier, réglant à l'amiable le cas UBS (aide active et systématique à l'évasion fiscale, reconnue par les dirigeants de la banque et sanctionnée par une méga-amende aux Etats-Unis). Selon cet accord, la Suisse livrait à l'Internal Revenue Service un peu plus de 4000 noms de clients UBS fraudeurs, et les Américains passaient l'éponge.
C'était compter sans le Tribunal fédéral administratif, qui a estimé la semaine dernière que cette manoeuvre était contraire au droit existant sur le secret bancaire. Le Parlement n'ayant pas été consulté pour changer la loi, c'est l'actuelle qui s'applique, ont estimé les juges, et non un droit d'exception.
Patatras! Que faire? Convoquer le Parlement dare-dare? Risqué. Laisser UBS se démerder toute seule? Risqué aussi, la banque n'est pas bien vaillante (14 francs l'action, vendez braves gens!). Recourir au droit d'urgence? C'est s'enfoncer encore plus dans l'irrégularité.
Restait à demander poliment à l'Oncle Sam s'il ne serait pas par hasard un peu d'accord de rediscuter l'accord, vu qu'à la maison, voyez-vous, y'a bobonne qu'est pas contente derrière la porte, avec son gros rouleau à pâte. C'est ce qu'a fait le gouvernement suisse aujourd'hui, toute honte bue (on n'en est plus à un hectolitre près).
Il y a dans l'accord de l'an dernier avec les States une petite clause où se niche l'espoir tremblant du Conseil fédéral: si 10 000 contribuables fautifs et clients d'UBS se dénoncent spontanément au fisc américain, la livraison de la liste de 4000 noms n'est plus nécessaire.
Voilà à quoi en est réduite la Suisse - espérer que 10 000 repentis paieront les pots cassés. Compter sur l'IRS pour qu'il nous le dise franchement et rapidement, puisque lui seul a ces données. Et ainsi tirer UBS, une fois de plus, du guêpier où elle s'était fourré en toute connaissance de cause, sans que les autorités de surveillance suisses y voient quoi que ce soit à redire.
Retour à Davos où Nicolas Sarkozy, pas très galant, est arrivé juste à temps pour prononcer son discours sur "la refonte du capitalisme". Il n'a ainsi pas entendu l'intervention de la présidente de la Confédération Doris Leuthard, très morale elle aussi, sur le "décalage entre le discours et la réalité".
Elle parlait des bonus bancaires, pas d'UBS.