mercredi 25 août 2010

La peine de mort, façon Warhol

La TV diffusait l'autre jour un documentaire sur le grand défouloir que représente Facebook pour les adolescents: anorexiques ou boulimiques, romantiques ou fanatiques, ils déversent sur les réseaux sociaux les frustrations d'une vie familiale insatisfaite. Un bien, un mal? Difficile de trier, il y a de tout dans cette frénésie communicative, y compris des effets cathartiques positifs.
Facebook permet aux plus originaux ou aux plus exhibitionnistes d'occuper la scène virtuelle pendant quelques instants, avant d'être dissous dans le flux des électrons. Réalisant la prédiction d'Andy Warhol, ils auront eu leur quart d'heure de célébrité virtuelle.
En Suisse, il y a mieux que Facebook. Ca s'appelle la démocratie directe. Vous avez un problème personnel? Faites-en une initiative populaire! C'est facile. Mettons que vous n'aimiez pas trop les barbus musulmans, et les étrangers en général. Vous vous mettez avec quelques potes autour d'une table (il en faut six), vous concoctez un texte sur le thème de votre choix - par exemple, "Initiative pour l'interdiction des minarets" - vous faites juste attention que le texte corresponde à peu près au titre, vous dessinez à la règle de jolies cases bien propres pour que les gens puissent signer en indiquant leur adresse, vous faites relire ça par un étudiant juriste, passez un petit coup de correcteur automatique et envoyez le tout à la chancellerie fédérale. Il y a toutes les chances pour que celle-ci valide votre initiative, selon les critères que lui fixe la loi actuelle. Même plus besoin de monter des stands au marché pour récolter les 100 000 signatures sous la flotte: avec internet, il suffit de bricoler un site et d'y faire télécharger les listes à signer.
C'est ainsi qu'une famille alémanico-cambodgienne dont une jeune femme a malheureusement été assassinée, probablement par son ami alcoolo qui le nie aujourd'hui, a porté son affaire sur la place publique en lançant une initiative pour le rétablissement de la peine de mort. Mardi, la chancellerie fédérale a validé formellement ce texte. Du coup, le tintouin médiatique se met en route. Pour ou contre? Avis de spécialistes, débats, sondages. La presse internationale hausse les sourcils. Mais que se passe-t-il donc en Suisse, après le vote sur les minarets? Medvedev et Obama ont le doigt sur le bouton nucléaire...
Halte, halte, on arrête tout! C'était juste pour rire. Enfin, je veux dire, juste pour pleurer. L'initiative a été retirée mercredi, un jour après sa validation. Cette pauvre famille avait de la peine à faire son deuil, elle trouvait la justice trop lente, elle voulait attirer l'attention publique sur son problème par un texte taillé sur mesure.
Pour ça, c'est réussi. Notez qu'avant, on s'adressait à des psychiatres pour ce genre de défoulement, éventuellement à des journalistes. Mais aujourd'hui, les psys n'ont plus une minute pour traiter les urgences (j'en ai fait l'expérience hier: aucun de ceux que j'ai essayés de joindre pour parler de ce cas n'était accessible), et les journalistes comptent désormais pour beurre.
Reste le droit sacro-saint d'initiative populaire. A moins que dans un sursaut d'intelligence, le parlement suisse se saisisse enfin sérieusement du problème des excès commis au nom de la démocratie, par exemple en étudiant des propositions comme celle que fait la députée radicale Isabelle Moret.

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire