... préparez-vous à goûter la galugée autour des rabais fiscaux accordés par certains cantons suisses aux multinationales.
"De source diplomatique", nous dit l'AFP, l’Union européenne "compte accentuer la pression sur la Suisse et le Liechtenstein la semaine prochaine" sur la question de la "concurrence fiscale dommageable". Sont notamment visés "les régimes fiscaux de certains cantons suisses (...) qui favorisent les délocalisations d’entreprises".
Cela fait plusieurs années que l'UE fait monter la pression sur ce dossier. La mauvaise nouvelle, c'est que côté suisse, il est entre les mains du ministre des finances Hans-Rudolf Merz. Autant dire, nulle part.
Ceux qui ont des insomnies peuvent poser leur roman noir et empoigner à la place le rapport de la commission d'enquête parlementaire sur UBS publié lundi (les pages 133 à 318 suffiront). Le rôle de Hans-Rudolf Merz y est décrit de façon éloquente (pour les flemmards, je l'ai résumé dans Le Temps). Je sais: on ne tire pas sur une ambulance. Mais aussi, la place d'une ambulance est à l'hôpital - pas au Palais fédéral.
Or Merz ne se décide pas à partir. C'est un invertébré politique. L'archétype du conseiller fédéral qui s'entoure de scénarios, options, variantes et autres analyses - jusqu'à épuiser ses collaborateurs - et les laisse pourrir sur son bureau, évitant surtout d'en discuter avec ses collègues: il risquerait de se forger une opinion.
Sur l'évasion fiscale organisée par UBS à léchelle industrielle, Hans-Rudolf Merz a mis six mois a réaliser que l'affaire était grave, et six autres à en informer le Conseil fédéral. Sitôt fait, son coeur a lâché. Triple pontage coronarien. Trois mois plus tard, le gouvernement a décidé... de passer la patate chaude à la Commission fédérale des banques. C'est à elle qu'a été courageusement déléguée la responsabilité de transmettre les noms de clients UBS aux Américains et de placer ainsi une bombe à retardement sous le secret bancaire.
Telle est la méthode Merz. On peut craindre le pire en sachant qu'elle s'applique aussi à la fiscalité des multinationales qui placent leur siège en Suisse. Il y a plus de trois ans, Hans-Rudolf Merz, qui se sentait mal aimé des Romands, était venu faire une conférence à Genève, et j'avais eu l'honneur insigne d'être ensuite assis à côté de lui. Il parlait déjà, dans les termes les plus alarmistes, de l'assaut européen sur les rabais fiscaux des cantons et annonçait qu'un groupe de travail avait été créé entre les départements des finances, de l'économie et des affaires étrangères. Une autre spécialité bernoise ça, les groupes de travail. Toute la question est de savoir qui est "federführend" - qui est le pilote. Dans ce cas-là, c'est encore lui.
Plusieurs années se sont écoulées. L'Union européenne a plus d'une fois fait savoir qu'à ses yeux, les choses n'avancent pas assez vite - comme les Américains avec UBS. De la mauvaise volonté? Je crains que ce soit pire que cela: une incapacité à formuler le problème en choix politiques, à dégager des solutions concrètes, des principes clairs.
Pin-pon, fait l'ambulance au loin.
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