mardi 8 juin 2010

L'accord UBS et les trois petits cochons

Réaction de l'Association des banquiers au rejet de l'accord UBS par le Conseil national:
"L’ASB s’attend néanmoins à ce que le Conseil national l’accepte durant cette session. Une décision négative ne serait pas justifiée dans les faits, provoquerait de grandes incertitudes et mettrait en péril l’avenir de la place économique suisse."
Réaction d'Economiesuisse à propos de ce "refus provisoire" (sic):
"Economiesuisse espère que l’intérêt du pays prévaudra sur les intérêts partisans et que le Parlement soutiendra l’accord. La ratification de l’accord est conforme à la Constitution et permet d’éviter la reprise du contentieux fiscal avec les USA."
Voilà qui est clair.
Quant à l'article sur le site du FT, il montre à quel point la politique suisse est compliquée à expliquer à un étranger. "Un amer combat autour du secret bancaire a refait surface mardi quand la chambre basse du parlement a rejeté un accord crucial", écrit le quotidien britannique. En quoi il se plante, car le vote de ce jour n'est pas le fruit d'un débat sur l'avenir du secret bancaire, ni sur celui d'UBS si le refus est confirmé. C'est l'addition hasardeuse et contre nature des "non" socialistes (qui conditionnaient leur soutien à une limitation des bonus) et des "non" UDC (qui ne voulait à aucun prix de cette limitation). Croire, comme le font nos collègues du FT, que le parlement suisse pourrait mener un débat sérieux et constructif sur le secret bancaire relève d'une grande naïveté. Le parlement s'offre une crise de nerfs sans rapport avec le sujet et finira par mettre le doigt sur la couture du pantalon au son de la fanfare ASB-Economiesuisse.
Reste la question de fond: quel est le risque réel vis-à-vis des Etats-Unis en cas de refus définitif (et fort improbable) de l'accord sur UBS? Voici d'abord la réaction d'un ex-banquier que je viens de recevoir et partage. C'est une lettre ouverte à l'ASB:
"Vous faites pression sur le parlement de manière éhontée, de surcroit toujours avec les mêmes arguments laissant croire que l'intérêt de la Suisse se confond tout bonnement avec celui de ses banques, voire d'UBS seule. Rien n'est plus faux, tout comme le slogan jamais étudié, jamais approfondi, jamais prouvé de "too big to fail" attaché à UBS ou CSG.
Pour reprendre vos propres termes, c'est précisément l'acceptation de cet accord qui jetterait un voile d'incertitude très durable sur la sécurité juridique suisse et nuirait à la crédibilité de sa place financière. Alors que son rejet ne provoquerait qu'un durcissement passager avec les Etats-Unis. Et si ceux-ci en venaient à la représaille extrême de retirer sa licence bancaire à UBS (rien n'est moins sûr) et que ceci risque de la mettre en faillite, qu'elle fasse faillite! La Confédération pourrait l'organiser, vendre par tranches des pans entiers dans le monde et en Suisse. La secousse serait bien réelle mais ne mettrait en aucun cas en péril ni la Suisse, ni sa place financière, ni ses habitants dans leur ensemble. Et enfin, il y aurait l'avantage de supprimer l'aléa moral."
J'ajoute, pour en avoir discuté avec plusieurs parlementaires directement concernés, qu'AUCUN député n'a reçu une information digne de ce nom sur les conséquences d'un refus et les fameux risques systémiques constamment invoqués. Quand la commission d'enquête sur UBS a évoqué le sujet, c'est avec... Martin Naville, le président (américain!) de la chambre de commerce Suisse-Etats-Unis. C'est comme si les trois petits cochons invitaient le grand méchant loup pour lui demander une analyse objective des dangers qu'ils courent. La Banque nationale, à qui j'ai posé la question, m'a demandé de circuler, y'a rien à voir. C'est ainsi que les affirmations péremptoires et non argumentées de l'ASB et d'Economiesuisse acquièrent force de vérité au pays des petits cochons.

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire