mercredi 2 juin 2010

Pour un Tour de France de l'innovation cycliste

Mais qu'ont-ils tous à se déchaîner contre les vélos de course assistés? Depuis que circule sur Youtube la vidéo ci-dessus qui fait un rapprochement (plutôt scabreux) entre un moteur miniaturisé monté à l'intérieur d'un cadre et les récentes performances de Fabian Cancellara, le petit monde cycliste hoquète d'indignation. "Si cette triche était avérée, ce serait plus bas que tout, plus grave que le vrai dopage", dit l'ex-directeur sportif Jean-Jacques Loup à la Tribune de Genève. "C'est pire que le dopage. De la triche de bas niveau. Une moto au milieu du peloton. C'est affreux", ajoute Davide Cassani. "Pire que la drogue", insiste Patrick Lefevere, directeur sportif de Tom Boonen.
Ah bon? Améliorer la performance d'un vélo grâce à l'innovation technologique, c'est pire que de détruire des hommes en les bourrant de produits dopants?
La triche, c'est vilain, je suis d'accord là-dessus. Cela étant, ces réactions me paraissent assez typique d'une confrérie passéiste qui continue de carburer à la "légende du Tour" et aux récits d'Antoine Blondin vieux d'un demi-siècle, à maintenir dans le formol une fiction du cyclisme de compétition à laquelle plus personne ne croit.
"Ce n'est pas Floyd Landis qui était dopé, mais son vélo!", avais-je répondu à mon fils Vincent qui se fichait de moi quand l'Américain avouait avoir triché. Puisque la réalité rattrape le mauvais gag, réfléchissons un peu et relisons les livres d'histoire du cyclisme. Qu'était le Tour de France à ses origines, sinon un tam-tam médiatique pour valoriser un nouveau moyen de transport qui concurrençait, alors, le cheval? Il y avait d'ailleurs d'autres épreuves opposant des cavaliers aux vélocipédistes. Le 20è siècle naissant était curieux, ouvert à la technique et au progrès.
Depuis, la bagnole a pris le dessus, et le vélo de course - passé l'interruption de la Deuxième guerre mondiale - s'est figé dans le passé ressassé. A part des changements de vitesse plus performants et un gain de poids, il n'a connu pratiquement aucun progrès technologique en cinquante ans. L'Union cycliste internationale a fait tout ce qu'elle a pu pour aggraver la situation. Quand les nouveaux matériaux ont permis de fabriquer des vélos d'un poids inférieur à six kilos et pas plus dangereux à utiliser que les autres, elle les a interdits.
Les fonctionnaires du cyclisme qui ont si longtemps gardé le silence quand des Tom Simpson ou des Pantani mouraient d'avoir trop drogué leur corps glapissent aujourd'hui parce qu'on a trouvé un moyen d'aider le cycliste sans détruire sa santé - et sans le dispenser d'un effort qui reste important. Je ne trouve pas cela très logique.
Soyons fous. Je propose un Tour de France dont le règlement serait modifié par l'article suivant: "Tous les moyens d'aide au pédalage intégrés au vélo, ne présentant pas de danger et dont le poids ne dépasse pas trois kilos sont autorisés". Quoi? Ce ne serait plus la sueur du héros magnifique qui ferait seule la différence dans le Tourmalet? Ben non, plus seulement - de toutes façons, nous avons des doutes irrémédiables sur la composition chimique de cette sueur. Le vainqueur du Tour serait un athlète affûté aidé par une équipe technique dernier cri, ce qui ne le rendrait pas moins honorable, car ce n'est pas demain qu'un petit moteur suffira à pousser le cycliste paresseux en haut des cols.
L'avantage de cette formule est qu'on ôterait du même coup au Tour de France le côté décourageant qu'il a pour le commun des mortels. Franchement, à part une petite minorité de fondus qui se lancent sur les traces de leurs "héros", qui se sent inspiré par les exploits du peloton? La plupart des gens aiment bien le vélo mais trouvent que ça fatigue quand même un peu vite à la montée. En faisant renouer une compétition majeure avec l'innovation, on la diffuserait inévitablement à plus large échelle, d'abord par des produits coûteux pour les mordus, puis par des versions grand public. Cela favoriserait le retour en grâce, déjà constaté, d'une petite reine version XXIè siècle, la mobilité douce et la santé du plus grand nombre.
Je signalais il y a peu un modèle de vélo de course électrique bien plus léger et élégant que les tanks qui circulent actuellement en ville et pariais sur un poids total de 15 kilos maximum. J'étais trop prudent. Grâce aux moteurs et batteries miniaturisées, on peut viser des engins assistés de 12 kilos maxi qui feraient fureur. Bien sûr, il faudrait encore pédaler, l'assistance ne s'enclencherait que pour les montées - et cela suffirait.
Y a-t-il d'autres amateurs pour un Tour de France de l'innovation cycliste?

1 commentaires:

Sophie a dit…

La preuve qu’ils sont confits dans un traditionalisme stupide : ils n’utilisent pas de vélos couchés (record de l’heure à 90km) mais restent sur leurs vélos droits (record de l’heure à 56km).
Un tour de France à vélo couché assisté : vroum !!

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