mercredi 16 juin 2010

Nos rivières sont dans la merde, mais c'est pas grave

La Tine de Conflens (ci-dessus) est un des endroits les plus sauvages et magiques de la Venoge. Mais des amis de cette rivière qui voulaient y faire trempette, alertés par la mousse et les bulles qui faisaient masse au pied de la chute, ont fait des prélèvements. Résultats: une concentration anormalement élevée de matières fécales.
Ils ont fait part de leurs analyses au service vaudois de la protection des eaux, qui a pris la chose avec philosophie: "Il existe sept stations d’épuration en amont de La Tine de Conflens, au bord du Veyron ou de la Venoge. Il est donc normal que ce type de concentrations augmente lorsqu’il y a peu d’eau", dit benoîtement son responsable à 24 Heures.
Y'a de la merde? C'est normal, braves gens. Parce que, voyez-vous, nos stations d'épuration ne fonctionnent pas bien (c'est du moins ce que laisse supposer la réponse du fonctionnaire). Et quand y'a peu d'eau, y'a plus de merde, c'est mathématique, on va quand même pas s'énerver pour ça.
Au fait, monsieur le rond-de-cuir, pourquoi y a-t-il toujours moins d'eau dans nos rivières, donc toujours plus de merde? Et cela même quand la pluviométrie est à peu près normale, comme ces temps? Parce que sur certaines (ce n'est pas le cas de la Venoge), les autorités - les mêmes qui sont censées veiller sur la santé des rivières - ont longtemps laissé les barrages au fil de l'eau en relâcher un minimum. Plus sournoisement, et là la Venoge est directement concernée, les prélèvements se multiplient dans les sources voisines, parce qu'on construit de nouvelles maisons, ou pour l'agriculture. Le débit, lui, ne cesse de baisser.
Pour se donner bonne conscience, les autorités votent de temps en temps quelques millions pour "renaturer" un bout de rivière, comme on dit. Ce sera le cas de la Venoge. Mais qu'est-ce qu'on renature? Un filet d'eau où deux truites n'ont plus la place pour croiser.
L'autre jour, des amoureux du Doubs et de la Loue ont fait un constat de pollution encore plus alarmant dans le Jura, qu'a répercuté le Quotidien Jurassien. Des chèvres ont crevé d'avoir bu l'eau de la rivière. Là aussi, le fonctionnaire est resté totalement zen. Ses analyses à lui ne montrent rien d'anormal. Et on décrète le Doubs "parc naturel" pour attirer un peu plus de touristes.
Les constructeurs de villas ont leur lobby, comme les paysans et les hôteliers. Les rivières, elles, n'ont que les pêcheurs et quelques promeneurs inoffensifs pour constater qu'elles vont mal. Quant aux poissons, ils disparaissent sans faire de bruit, sans déranger les fonctionnaires roupillant au milieu de leurs éprouvettes indiquant que tout est pour le mieux.

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