mercredi 23 juin 2010

Mouammar Khadafi dit merci à la Suisse

Pour qui connaît l'histoire des services secrets helvétiques, la seule idée que des James Bond im Emmental aient pu, ne serait-ce qu'une seconde, envisager de ramener par la force ou la ruse les deux otages suisses retenus en Libye relève de la science-fiction. Vu la médiatisation mondiale de cet enjeu, on n'ose imaginer les conséquences qu'aurait entraîné une opération "hit and run" si elle avait été tentée et ratée ou, pire, si elle avait réussi.
Le secret d'Etat a parfois du bon, et il eût mieux valu que ce projet farfelu reste enfoui dans les cartons du gouvernement. Mais c'était compter sans les désormais proverbiales fuites parmi les conseillers fédéraux. Les voici donc qui s'entre-déchirent (une nouvelle fois) pour savoir qui n'avait pas informé qui, et qui a cafté à la presse.
Pendant ce temps, un personnage brille par son silence: Mouammar Khadafi lui-même. On l'a connu plus éructant, et il tenait là une merveilleuse occasion de dénoncer la duplicité de la Suisse et de réclamer son émiettement en autant de confettis qu'il en faut pour arroser d'une main aussi allègre que respectueuse Sa Seigneurie Révolutionnaire du Désert.
Peut-être Mouammar se désintéresse-t-il de la question, maintenant que l'honneur de son Hannibal de fiston est vengé. Mais peut-être rit-il sous cape en remerciant le Conseil fédéral de ses inimitables pitreries. Car, si les médias suisses n'avaient pas été occupés à reconstituer les projets de nos Rambos au petit pied, ils auraient peut-être donné plus d'écho au rapport d'Amnesty international sur les violations des droits de l'homme en Libye, sorti ce mercredi 23 juin.
Les médias étant ce qu'ils sont (ne pas lasser le lecteur, varier les sujets), ils ont suivi l'affaire de l'exfiltration des otages et largement zappé le rapport. Pour les trois lecteurs de ce blog, en voici donc un extrait:
"Des centaines de détenus continuent à languir dans les prisons libyennes après avoir purgé leur peine ou avoir été innocentés par la justice, bien que des centaines d’autres aient été libérés ces dernières années, notamment des personnes dont la détention était illégale. Malgré une augmentation modeste du degré de tolérance des autorités libyennes à l’égard des critiques, les militants continuent à être la cible de manœuvres de harcèlement.
Lors de son passage à la prison de Jdeida en mai 2009, une délégation d’Amnesty International a trouvé sur place six femmes déclarées coupable de zina (infraction définie dans le droit libyen comme des rapports sexuels entre un homme et une femme en dehors du mariage). Quatre d’entre elles avaient été condamnées à des peines de trois à quatre ans d’emprisonnement, et deux à 100 coups de fouet. Trente-deux autres femmes attendaient l’ouverture de leur procès pour zina.
Le rapport indique que les migrants, les réfugiés et les demandeurs d’asile, en grande partie originaires de toute l’Afrique et essayant de gagner l’Italie et le reste de l’Union européenne, se trouvent en butte aux arrestations, à la détention illimitée et aux violations. Début juin, les autorités libyennes ont ordonné au bureau du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) de quitter le pays.
La Libye continue à recourir régulièrement à la peine capitale. Ce châtiment peut être imposé pour un large éventail d’infractions, notamment certaines activités assimilables à un exercice pacifique des droits à la liberté d'expression et d'association. En mai 2009, on recensait 506 condamnés à mort, parmi lesquels 50 % de ressortissants étrangers."

1 commentaires:

Christophe a dit…

Commentaire au petit pied mais 'bleus' et CF, meme combat!

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