vendredi 2 avril 2010

L'air pur aime la crise


Les gaz à effet de serre émis par les usines et centrales électriques enregistrées dans le programme européen qui vise à les limiter ont diminué de 11% en 2009, selon le site (payant, sauf les titres) Point Carbon. C'est une bonne nouvelle, due à une moins bonne: les efforts vertueux de l'industrie ne sont pas responsables de la baisse, mais la crise et la réduction de l'activité économique qui en résulte. Qu'est-ce qui permet de l'affirmer? Le fait que des pays comme l'Estonie (-24%), la Roumanie (-22%), l'Espagne et l'Italie (-16%), qui ont tous un secteur secondaire plus important et une grosse activité de sous-traitance, ont enregistré les plus fortes diminutions.
Le résultat est que de nombreuses entreprises vont se retrouver avec un stock de permis de polluer inutilisés (c'est déjà le cas), qu'elles écouleront progressivement quand l'activité repartira. Ce qui explique que le prix de la tonne de carbone stagne autour de 13 euros sur le marché européen ETS, d'autant plus qu'après l'échec de Copenhague, les gouvernements manifestent moins de zèle à introduire le système "cap & trade" (aux Etats-Unis et en Australie par exemple) ou la taxe carbone, comme en France. Je décrivais ce coup de froid dans un article paru cette semaine dans Le Temps et en ai discuté avec Henry Derwent, le président de l'International Emissions Trading Association qui est basée à Genève. Lui reste assez optimiste (il est payé pour cela, aussi). Il a peut-être raison en ce qui concerne les Etats-Unis: si les choses semblent mal barrées au Sénat en ce moment, l'EPA (l'agence nationale de l'environnement) a reçu mandat de la Cour suprême de réduire la pollution, et les calculs politiciens ne changent rien au fait qu'il faudra trouver un moyen d'atteindre l'objectif.
On peut néanmoins faire deux observations. Primo, le système "cap & trade", qui avait été utilisé avec succès pour lutter contre les pluies acides aux Etats-Unis il y a une vingtaine d'années, est plus compliqué à mettre en oeuvre quand il s'agit de maîtriser l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre, et sa variante actuelle reste peu contraignante. L'Allemagne distribuera gratuitement près de neuf permis sur dix cette année et la prochaine. Les chiffres que vient de publier Point Carbon montrent que la conjoncture influencent bien plus les émissions que la volonté politique. Avec le recul, les discussions de Copenhague pour savoir s'il faut viser 20 ou 30% à d'ici 2020 ou 2050 paraissent un peu absurdes. On ferait bien d'améliorer d'abord la fiabilité de l'instrument (toute relative jusqu'ici, comme le montrent plusieurs scandales que j'évoque dans l'article), la vérification des données et des résultats obtenus.
Ce qui me rend assez confiant est la conviction qu'il y a convergence entre l'efficacité économique et écologique. Consommer moins d'énergie et polluer moins se répercute favorablement, tôt ou tard, sur les comptes des entreprises. Le frein est qu'il n'y a pas d'argent pour investir dans de nouvelles technologies en période de crise, et la résistance du "on-a-toujours-fait-comme-ça-et ça-marche" quand les affaires roulent. D'où la nécessité de maintenir une pression extérieure.

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