mercredi 28 avril 2010

Journalisme d'investigation, post-post-scriptum

Fathi Derder, "journaliste romand" de l'année 2009, le monsieur satisfait qu'on voit ici (merci Facebook), écrit dans sa chronique hebdomadaire de 24 Heures que le journalisme dit "d'investigation" n'existe pas. Il n'y a que du journalisme tout court, consistant à rechercher et vérifier les faits, qu'il s'agisse d'une brève ou d'une page entière. Point à la ligne.
Qui sont donc les journalistes autoproclamés "d'investigation"? Une bande de flemmards qui prennent beaucoup plus de temps que leurs collègues pour faire le même boulot, poursuit-il. Comme les éditeurs ont fini par s'en apercevoir, ces "barons" (sic) se sont constitués en association pour défendre leurs privilèges, et c'est ainsi qu'ils se retrouvaient la semaine dernière en congrès mondial à Genève, tandis qu'un modeste journaliste - tout court - du Matin sortait scoop sur scoop à propos du détenu mort étouffé dans la prison de Bochuz, sous l'oeil goguenard des gardiens.
Sur le bon travail du Matin dans cette affaire, je suis d'accord.
Pour le reste, dans les couloirs du centre de conférences genevois où se tenait le congrès, qu'ai-je vu pendant trois jours? Des collègues norvégiennes, slovène, marocain, brésilien, salvadorien, ghanéenne, ougandais, somalienne, etc. qui font leur boulot de façon efficace, modeste, sans se la péter ni inscrire les mots "grand reporter" sur leur carte de visite.
Un certain nombre d'entre eux n'ont pas les moyens de faire entretenir leur "paresse" par un éditeur, simplement parce qu'ils travaillent en indépendants. Ainsi ce journaliste slovène qui a dû se battre deux fois: pour enquêter sur un scandale de pots-de-vins liés à des ventes d'armes, en collaboration avec un collègue finlandais, puis pour placer son article - car il a été la cible d'une campagne de diffamation de la part du gouvernement, relayée par la presse officielle. Les faits ont fini par lui donner entièrement raison.
Je pourrais aussi parler de l'éditeur marocains de Tel Quel (pas un journaliste paresseux) qui s'est fait saisir son hebdomadaire pour avoir eu le culot d'enquêter sur le roi.
Voilà ce qu'aurait pu voir Fathi Derder s'il avait assisté à un des ateliers genevois. Mais, tiens, c'est curieux, je ne l'ai pas vu une seule fois en trois jours. Sans doute ai-je dû mal regarder.
Paresseux comme je suis, je n'ai pas fait d'enquête approfondie sur ce "journaliste romand de l'année". Mais je n'aime pas qu'il insulte des gens qu'il ne s'est pas donné la peine de rencontrer. Fathi Derder est un con.
C'est dommage, parce que sur le fond, je partage en partie sa réserve sur le côté fanfaron du mot "investigation". C'est un mot qu'on devrait réserver à la police scientifique. Mais affirmer que l'enquête est la même sur tout, les brèves et le reste, kif kif bourricot, c'est juste afficher une méconnaissance totale du métier. Perso, je ne me considère pas comme un journaliste "d'investigation": trop touche-à-tout, trop empathique, trop mesuré, pas assez culotté. Mais je sais en reconnaître un, avec son côté pitbull, cette passion du changement qui l'entraîne. Et cela n'est pas donné à tout le monde.

18 commentaires:

Chacaille a dit…

Il est vrai que le terme "journalisme d'investigation" relève un peu du pléonasme. Pour le reste, merci d'avoir rappelé que les journalistes qui se sont rencontrés à Genève ce week-end sont loin d'être tous les "barons" planqués de Fathi Derder.

David Marin a dit…

"Or, si le «journalisme d’investigation» existe, c’est qu’il en existe un qui n’est pas d’investigation. Et dans ce cas, nous, journalistes, sommes morts. (...) Et la semaine dernière, pendant que les barons s’ébaubissaient devant la 942e déclaration de Roberto Saviano affirmant que «oui, vraiment, c’est dur la vie de grand enquêteur» (F.Derder, 24heures, 27.04.10)

Saviano fait son travail là où l'investigation et raconter la réalité signifient la mort du journaliste. Pour Derder, c'est le contraire: l'absence d'investigation provoque la mort du journaliste. C'est facile la vie de journaliste en Suisse.

ll aurait suffit de vérifier, de faire un minimum d'enquête: Saviano n'a jamais dit qu'il est un grand enquêteur.
C'est dur la vie en captivité qui vit sous souveillance car la Camorra -le clan des casalesi- souhaite sa mort. Saviano, au fond, n'est qu'un journaliste, un écrivain.
C'est facile d'écrire n'importe quoi.

David Marin

Fathi a dit…

Je n'ai pas eu le temps de venir à Genève: je travaillais.
Signé: le con.
Amitiés quand même...

David a dit…

Effectivement, le travail de Derder à la Télé ne ressemble guère à de l'investigation.
Quant à sa chronique dans 24 heures, il cherche systématiquement à être à contrecourant, bien provocant, pour que le débat s'allume et qu'il se sente ensuite important.

Anonyme a dit…

@Fathi : Tu travaillais quoi? Faisais-tu des visites au Matin pour trouver une petite place, étant donné que la Télé compte environ 300 téléspectateurs ? Si tu signes "le con", peut-on continuer de t'appeler ainsi? Tu nous donnes ta bénédiction? Autant de questions pour un journaliste tout court comme toi. Vas-tu savoir donner les bonnes réponses? Sinon, consulte un journaliste d'investigation, ça prendra du temps, c'est vrai, mais qui sait ? Le salut vient peut-être des fainéants...

David Marin a dit…

Il n'y avait pas besoin d'enquêter longtemps.
Il aurait suffit que Derder n'invente pas la citation de Roberto Saviano.
Saviano, que je sache, n'as jamais prononcé la phrase inventée par Derder. Voilà pourquoi le besoin d'ajouter investigation à journaliste s'exprime: car le journaliste qui ne vérifie pas l'information invente et écrit n'importe quoi.

Anonyme a dit…

"Sur le bon travail du Matin dans cette affaire (décès de Skander Vogt en prison), je suis d'accord."
Pardonnez moi mais... en quoi le fait de recevoir sur un plateau d'argent un enregistrement audio (entre matons et police cantonale) de la part de l'avocat (et élu socialiste) de la partie civile ou de la soeur de la victime puis de le retranscrire par écrit avec une infographie autour dans les pages du quotidien le Matin relève d'une "investigation"? J'apprécie que ce soit sorti dans la presse, MAIS ça n'a rien avoir avec une enquête.

Anonyme a dit…

mmm, je m'inquiétais du peu de commentaires qui agrémentent habituellement vos articles. Maintenant je sais au moins que vous êtes très lu... par les journalistes ;o)

Jean-François Schwab a dit…

J'ai été abasourdi par la définition et la vision du journalisme qu'a proposé Fathi Derder dans sa "réflexion" publiée dans le 24Heures du mardi 27 avril (rubrique "Invités"). J'ai trouvé incroyable, confondante et surtout inquiétante sa superficielle et faible analyse du métier de journaliste et du genre journalistique qu'est l'enquête ou le reportage d'investigation. Pure goût de la provocation? Règlement de comptes "insider"? Distorsion intellectuelle? Complexe d'infériorité? Je réagis ici longuement car il m'a été écœurant de lire une analyse si peu nuancée et honnête sur le métier de journaliste.

Etonnant pour un journaliste de son expérience de ne pas/plus faire la distinction entre différents genres (et rythmes) journalistiques. Affirmer qu'une simple brève (petite et courte information de quelques lignes) relève - ou devrait relever dans les règles professionnelles du métier - déjà de l'enquête, c'est d'une mauvaise foi, d'une distorsion intellectuelle ou alors d'une méconnaissance de la réalité du métier dans les rédactions. C'est ne plus distinguer "relater une information factuelle ou officielle" et "creuser un peu plus derrière cette information factuelle ou officielle). M. Derder sait très bien qu'il n'est pas toujours possible d'aller creuser derrière chaque petite brève publiée. Oublie-t-il que les brèves ou même des articles plus longs sont souvent basés ou carrément repris des agences de presse (travail factuel) ou alors fabriqués à partir d'un communiqué de presse d'un gouvernement, d'un ministère, d'un parti, de la police, d'organisateurs d'une manifestation, etc. Il y a faire un téléphone paresseux de confirmation ou de vérification et il y a faire une vraie enquête (même sur un ou deux jours). Faut quand même pas confondre et tout mélanger juste pour faire un c... nerveux sur la récente Conférence des journalistes d'investigation de Genève. Ces "barons" (n'importe quoi) étaient peut-être aussi là pour simplement rappeler que le reportage d'investigation à des règles et des rythmes différents du strict traitement quotidien de l'actualité. Et oui, juste ça. Que certains médias délaissent ce genre journalistique.

Il y a une différence entre une brève de 5 lignes qui raconte l'arrestation de dix mafieux en Calabre et une enquête du type de Roberto Saviano qui raconte le fonctionnement interne de la mafia en Italie. Juste admettre ça. Sans stigmatiser ni l'un ou l'autre du travail. Il y en a un qui demande juste plus de temps. On est dans le même métier d'informer, mais dans des genres et démarches différentes. L'information de la brève n'est pas aussi précise, exhaustive et éclairante que le travail de M. Saviano. Elle n'a pas le même objectif d'information. C'est tout. La brève sur l'arrestation de mafieux a sa place dans un quotidien ou au Téléjournal. L'enquête de M. Saviano a sa place dans un documentaire, un film ou un livre. Même métier, mais masse de travail, de temps, d'argent et de risques différente. La brève communique une petite info, l'enquête va plus loin, informe et éclaire plus dans les détails, dévoile une vérité cachée ou méconnue. Bien sûr que la brève en question ne dit pas faux: les mafieux ont bel et bien été arrêtés. C'est une vérité factuelle facilement accessible (c'est la police qui informe de l'arrestation et qui la communique aux médias). La vérité (complète ou partielle) de l'enquête de M. Saviano est plus compliquée à trouver: c'est le journaliste qui part à la quête d'informations très difficilement accessibles sur l'organisation interne de la mafia italienne et ses conséquence sur un pays. Bref, deux intentions d'informer différentes.

(Lire la suite ci-dessous)

jfs a dit…

C'est fou quand même de confondre "rendre compte" ou "tenir au courant" de ce qui s'est passé, par exemple en Suisse et dans le Monde, et "enquêter" sur un sujet précis (un fait de société, une problématique X, Y ou Z, un abus de pouvoir, un dysfonctionnement, un scandale, une affaire d'Etat, une corruption, une injustice, un trafic d'influence, une propagande, une manipulation de l'opinion, etc, etc). M. Derder sait très bien (ou devrait savoir) qu'il y a une différence fondamentale (et d'ailleurs complémentaire) entre "informer - tenir au courant de l'actualité" et "informer - enquêter". "Journalisme d'investigation" serait un pléonasme dans la réalité des médias et du système médiatique s'il n'y avait pas autant et majoritairement de comptes-rendus factuels (repris des mêmes agences de presse nationales ou mondiales), de réarrangement de communiqués de presse (des pouvoirs publics ou des milieux économiques), de réactions officielles et propagandistes, d'interviews (complaisantes ou non), et puis surtout de plus en plus de faits divers (dé)grossis, de peopolisation et de divertissement tout court. Mais peut-être que pour M. Derder, vérifier qu'il y a bien un chat sur la cravate de Daniel Brélaz est déjà de l'enquête...

Mais peut-être aussi que pour M. Derder, une brève ou une petite "news" qui informe qu'il y a eu 15 morts dans un attentat à Bagdad (confirmés par plusieurs sources fiables), c'est déjà enquêter, car dire la vérité (oui, il y a bel et bien eu 15 morts dans un attentat à Bagdad) factuelle de l'actualité est sa manière de définir l'enquête. On peu débattre... Bien sûr qu'être le plus précis et exhaustif possible sur un fait, un évènement, peut participer d'un travail de vérification donc par extension d'enquête (peut-être dans le sous-entendu de M. Derder). Mais alors comment définir le travail de ceux qui recherchent une vérité plus longue, compliquée voire douloureuse à dénicher: sur une manipulation d'Etat, sur un dysfonctionnement dans une prison, un hôpital ou dans un service social, sur un scandale ou une injustice crasse (d'intérêt public), sur un mensonge d'un gouvernement, d'un parti politique ou d'un capitaine d'entreprise, sur une mafia, sur un trafic d'humains, d'armes ou de diamants, sur de la corruption, etc, etc. Il a plus simplement de petites enquêtes (réalisable en 1 ou 2 jours) et de grandes enquêtes (qui nécessites 1 semaine, 1 mois ou une année): c'est tout. Et les deux sont complémentaires.
Bref. Juste admettre par bon sens qu'il y a donc une différence entre faire un ou deux téléphones de vérification et de confirmation pour écrire (ou fabriquer) et donner une information et se lancer dans une enquête plus longue, étendue et compliquée pour dénicher une information plus cachée et exclusive.

En clair: il y a de la place pour le Téléjournal (informations générales, rendre compte de l'actualité, avec parfois aussi des reportages d'ambiance, une mini-enquête ou une grande enquête, un gros scoop) et pour des émissions du type "Temps Présent" (grands reportages d'immersion dans une réalité, témoignages, immersion, enquête poussée sur un sujet, long éclairage sur une problématique). Il y a simplement des genres et des rythmes journalistiques différents selon le média, sa ligne éditoriale, son support, son format, le temps et les moyens financiers à disposition. Il n'y a pas de honte ni de stigmatisation à faire en affirmant qu'enquêter un mois pour un reportage pour Temps Présent n'est pas exactement le même travail que d'écrire ou de réécrire une brève de 5 lignes pour "20 Minutes" ou "24heures". Même métier (informer) mais pas même genre et rythme journalistique, pas même démarche, car traitement de l'actualité, de l'information différente. Simplement. Tout au plus l'un secoue plus activement la vérité que l'autre.

jfs a dit…

Il ne s'agit pas dire que le journaliste d'investigation est meilleur, plus digne ou noble, que le journaliste (généraliste ou spécialisé) d'actualité. Les deux sont nécessaires et complémentaire et font partie d'un même métier. Car, je me répète, il y a "informer - rendre compte - tenir au courant de ce qui se passe chez nous ou ailleurs" et "enquêter - dénoncer - révéler - mettre en lumière - éclairer". Il s'agit juste d'admettre que le métier de journaliste est polyphonique: il peut rapporter, témoigner, raconter, questionner, interroger, enquêter, soulever, dénoncer. Que ce métier connaît aussi des dérives: monter en épingle un sujet, bâcler (car soumis à la rapidité de la cadence quotidienne de l'actualité), se tromper, ne pas assez vérifier ses informations, se faire manipuler par un interlocuteur, une source (publique ou privée), faire dans la communication plutôt que dans l'information, divertir, faire que du people, etc.

S'agissant de l'exemple qu'il cite du journal "Le Matin" (affaire prison de Bochuz), c'est typiquement un bon suivi de l’affaire qui a demandé du temps et des moyens. Surtout du temps. On me l'a clairement expliqué. Le journaliste en question est à fond là-dessus depuis mi-mars, date de l'incident dans la prison. Il a multiplié les contacts. Un travail d’endurance, de réseautage, de patience (en gros un mois sur ce sujet, avec certes plein d'articles - donc un certain rendement cher à M. Derder...). Sans doute aussi un choix éditorial du journal d’insister/creuser cette affaire. Reste à savoir comment exactement les fameuses bandes d’enregistrement sont arrivées à la rédaction du Matin. Fruit de l’enquête et de liens de confiance tissés par le journaliste ou coup plus classique de la fuite orchestrée et intéressée…? On peut critiquer parfois le coté "boulevard" du "Matin", mais là, pour le coup, je trouve que c'est typiquement un bon travail d'investigation, du moins de persévérance et de persuasion. Je donne donc raison à M. Derder sur cet exemple choisi, sauf qu'il sous-entend que cela peut se faire vite en bossant vite et bien (et pas comme ces paresseux de journaliste auto-proclamés d'investigation, je cite en substance). Faux et archi-faux. Il faut un minimum de temps. M. Derder a peut-être voulu se la jouer popu en citant "Le Matin". En l'occurrence, c'était au niveau du canton de Vaud et sur la base initiale d'un fait divers encore peu clair à l'époque, un long et bon travail acharné qui a mis en lumière des dysfonctionnements, du moins un laxisme et un cynisme des milieux concernés. D'autres journaux auraient pu le faire, plutôt que de se laisser noyer par des communiqués officiels, plutôt que de sous-estimer peut-être ce fait divers ou plutôt que d’être trop attentistes.

Voilà. Que la réflexion hâtive, paresseuse ou juste provocante de M. Derder puisse susciter débat est au moins une excellente chose!

Jean-François Schwab, journaliste libre (ex-ATS, ex-La Côte, ex-24Heures).

David Marin a dit…

C’est drôle : j’aimerais entendre un journaliste, d’investigation ou pas, s’insurger contre l’utilisation que Derder a fait de la citation de Roberto Saviano.
J’affirme que Derder a bidonné la citation.
C’était de l’invective, mais écrite entre guillemets.

Le journaliste, d’enquête ou pas, vérifie toujours ses quotes, ses citations. C’est Derder qui l’écrit : la moindre brève est une enquête. Alors, le lecteur doit s’attendre à des informations exactes aussi en lisant le même article signé Derder. Sauf que là où le lecteur attend l’enquête ou l’information, il n’y trouve rien.

Est-ce que Roberto Saviano a dit « oui, vraiment c’est dur la vie de grand enquêteur? ». Quand il aurait dit cela ? Qui a entendu Saviano prononcer cette phrase ? Où ? A Genève ? Fathi Derder n’était pas à Genève.

J’affirme que c’est une citation bidon. C’est une contrefaçon pratique qui sert pour que Derder puisse étayer son argumentation. L’information n'a pas été vérifiée. Qui dit le contraire ? Je n’attends qu’à être contredit. Entretemps, c'est du toc.
Que dirait Derder d’un journaliste qui écrit une citation bidon dans sa brève ?Que dirait Derder de ce type de journalisme qui modifie les faits car ça l'arrange, d’investigation ou pas ?

L’invective ? La satire ? Elle ne peuvent exister que si l’information donnée est vraie. Autrement c’est du bidon.

Saviano a probablement répété pour la millième fois qu’il est dur de vivre dans sa condition : en captivité car condanné à mort par la Camorra. Il est vrai, ce sont aussi les journalistes qui lui demandent toujours comment il va depuis qu’il vit sous protéction. Au fait : quelle serait la première question que Derder aurait posé à Saviano s’il avait été à la place de Darius ? Etes vous un grand enquêteur ? Au fait : quelle est la traduction en italien de grand enquêteur ?

Fathi a dit…

Etrange et insoupçonnable violence, pour un simple débat d'idées... Haine et violence, difficilement compréhensibles. Notamment la froide insulte de Jean-Claude. Mais bon... j'en prends acte. Toute personne prête à débattre poliment sait où me joindre. Bien à vous, Fathi.

David Marin a dit…

Toute personne prête à débattre poliment ne peut pas écrire des articles dans 24heures.
Il y a le débat d'idées et le débat à propos des faits. Les faits dans leur froideur et dans leur violence.
Pour le débat d’idées : Roberto Saviano fait a fait son travail de journaliste en Campanie comme Dominique Botti fait en Suisse romande. La différence : à Naples ce n’est pas l’absence d’enquête qui provoque la mort du journaliste, c’est le contraire.

Pour le débat à propos des faits : la moindre brève est une enquête? Il n'y a pas de journalisme sans investigation? Si cela est vrai, alors votre article, Fathi Derder, paru dans 24Heures du 27.4.10 est aussi une enquête. Sauf que vous avez inventé la citation de Saviano. J'affirme que Roberto Saviano n'a jamais dit «oui, vraiment, c’est dur la vie de grand enquêteur».
Il n'y a pas d'insulte, il n'y a pas de violence. Vous avez écrit dans le même article que: "Analyser et comprendre l’actu - pour mieux la raconter -, c’est surtout la secouer, la décanter, éjecter les évidences, pour que jaillisse la vérité"
Que la vérité jaillisse alors: c'était une citation vraie ou une citation inventée, bidonnée, fausse?
Une simple question, dans toute sa violence: vrai ou faux?

cordialement

David Marin

Daniel a dit…

Bonjour M. Péclet !

Je suis content de prendre connaissance de votre saine réaction à ce tissu derderien d'assertions pour le moins surprenantes. J'ai moi aussi réagi sur mon blog, mais de façon moins "informée" que la vôtre. Je ne suis qu'un simple lecteur de la presse...

Ce qui me sidère toutefois sur cette page, c'est la seconde réaction de Fathi Derder, que je me permets de reformuler comme suit : "vous êtes des méchants, je proposais un débat d'idées, voilà en plus que vous m'insultez, moi au moins je suis prêt à la discussion".

Or, la logique de Fathi Derder est ici de jouer les victimes après avoir bouté le feu. Il aligne provocation sur provocation (ce qui en soi en tout à fait acceptable, selon moi), mais il le fait totalement gratuitement, à l'emporte-pièce et - c'est plus grave - sans arguments un tant soit peu consistants. En passant, il insulte injustement les journalistes réunis à Genève. Et voilà ensuite qu'il vient jouer les Caliméros.

S'il cherche vraiment le "débat d'idées", il faudrait qu'il revoie ses bases en matière de communication et de psychologie.

Et j'avoue que j'aimerais bien voir 24 heures confier cette chronique hebdomadaire à quelqu'un qui soit réellement porteur d'idées...

David Marin a dit…

A mon avis la question est liée à la discussion des faits et des idées plutôt qu’au jugement de la personne.
Effectivement, il paraît logique que le journaliste recherche et vérifie les faits.
Je peux comprendre qu’un journaliste clame qu’il n’y a pas de journalisme d’investigation car le travail journalistique implique de manière intinsèque l’enquête.
Toutefois, tant qu’il y a des journalistes qui s’adonnent à l’expression d’opinions qui ne sont pas étayées par des faits qui les argumentent, le pléonasme « journaliste d’enquête » s’avère nécessaire. Effectivement, « si le «journalisme d’investigation» existe, c’est qu’il en existe un qui n’est pas d’investigation. ».

C’est paradoxal, le même article écrit par Fathi Derder est la preuve qu’il a raison. Car, pour argumenter sa thèse, Derder attribue des mots à Roberto Saviano qu’il n’a pas prononcé.
C’est simple ; Derder a bidonné la citation. La prevue ?
Elle est ici : http://www.gijc2010.ch/fr/accueil/68-video-saviano
Saviano n’a jamais dit devant les journalistes, d’investigation ou pas, qui l’écoutaient à Genève « C’est dur la vie de grand enquêteur ».

Donc, Derder affirme que « la moindre brève, si elle est faite professionnellement, est une enquête. » Mais son article n’est est pas une car il n’y a pas une once d’investigation. Pire, il invente une déclaration, il falsifie des faits pour soutenir sa thèse qui -par pure logique- s’éfrite et n’a plus aucune valeur.

De deux choses l’une : ou l’article signé Fathi Derder paru dans 24heures du 27.04.10 n’est pas du journalisme, ou alors c’est du journalisme qui n’est pas d’investigation. Cela tombe mal car Derder affirme : « Moi, je ne sais pas ce que ça veut dire, le «journalisme d’investigation»: c’est un énorme pléonasme. Je ne connais aucun autre journalisme que le «journalisme d’investigation». »

Il n’y a pas de violence, juste la cruauté des faits.

Cela signifie que l’on ne peut pas se moquer du journalisme d’investigation ? Non.
Il aurait été plus pertient de construire l’invective après consultation de la page du congrès à cette adresse :

http://www.gijc2010.ch/fr/actualites/50-roberto-saviano-invite-dhonneur

On peut y lire que Roberto Saviano a 31 ans et qu’il vit depuis plus que 4 ans sous protection policière. C’est faux : Saviano aura 31 ans en septembre 2010 et vit sous protection depuis octobre 2006, c’est-à-dire depuis presque 4 ans.


Si Fathi Derder veut débattre et me contredir, plus ou moins poliment, il sait où me joindre.

Cordialement

David Marin

Anonyme a dit…

Journalisme d’investigation sélectif
30 avril 2010 | Catégorie: griffures
Barraud;

Dans sa chronique du Temps du 30 avril, Mme Marie-Hélène Miauton pose de bien intéressantes questions, à propos du fait divers dans lequel un gendarme vaudois a abattu un voleur de voitures venu de Lyon. Elle se demande en particulier comment la famille du jeune Kurde a pu faire débarquer 70 personnes en Suisse: qui a organisé tout cela? Qui l’a payé? Elle se demande aussi par quel mystère la famille est tombée opportunément sur l’avocat Jean-Michel Dolivo, détracteur patenté de la police, et politicien d’extrême-gauche.
Mais la meilleure question est à la fin: “Voilà des questions passionnantes sur la façon dont s’organise la récupération d’une cause, voire son instrumentalisation, qui devrait alerter maints journalistes d’investigation. Où sont-ils donc?”
Ils étaient en congrès à Genève, pour se concélébrer! On ne peut pas être au (petit) four et au moulin!

David Marin a dit…

Le jeune français -d’origine kurde- est subitement devenu kurde. Et les 70 de la famille sont arrivés depuis quel pays ? L’Espagne ?
Je ne serai pas étonné de lire dans la réflexion de vendredi prochain : « Oui, vraiment c’est dur la vie d’un turc en Italie ».
Apparemment, il suffit que les journalistes d'enquête se rencontrent pour que les autres puissent écrire n'importe quoi.

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