jeudi 1 avril 2010

Haïti et Credit Suisse

Dans un message précédent, je compare les 10 milliards de dollars que la communauté internationale a promis hier pour Haïti en râclant ses fonds de poche aux 3 milliards de francs de bonus distribués par Credit Suisse à 400 cadres.
Dix milliards pour Haïti, diront les cyniques, c'est beaucoup trop! De toutes façons, ces malades du vaudou seront incapables de les dépenser correctement. Eh bien, que les sceptiques se rassurent: ce sera sans doute beaucoup moins au bout du compte, comme le montre le bref historique des mobilisations humanitaires que fait la NZZ. En 2003, un tremblement de terre avait dévasté la ville iranienne de Bam. Emotion dans les chaumières. Plus d'un milliard de dollars d'aide avaient été promis. Deux ans plus tard, moins de 2% de cette somme avaient effectivement été versés.
L'Afghanistan a suscité pas moins de trois conférences de pays donateurs, en 2002, 2004 et 2006. Résultat des courses, les Etats-Unis ont payé la moitié de l'argent promis, l'Inde et la Banque asiatique de développement moins d'un tiers, l'Allemagne et l'Union européenne les deux tiers.
Au Liban, les dons annoncés aux conférences de Paris I et Paris II ont été, eux aussi, à moitié concrétisés. Même le tsunââââmi de 2004 qui mettait en extase le patron du Forum de Davos, Klaus Schwab, lequel ne se tenait plus de réchauffer le coeur de ses global leaders, s'est soldé par un trou de 100 millions par rapport aux promesses globales de dons (je ne parle même pas de la pitoyable opérations "moustiquaires pour l'Afrique" tentée lors d'un précédent Forum, avec la complicité de Sharon Stone, qui fut un flop monumental).
On peut donc compter sur la mémoire défaillante des populations et les caisses percées des Etats pour que Haïti reçoive en réalité la moitié, le tiers peut-être des sommes annoncées mercredi. Si on arrive au tiers, la parité parfaite aura été réalisée entre Haïti et Credit Suisse - 3 milliards pour 10 millions de miséreux et une fois pour toutes, autant pour 400 banquiers et pour 2010. La seule différence, c'est qu'il n'y a pas de déperdition pour les seconds.
Avant-dernière remarque: je ne suis apparemment pas le seul à penser que l'obscénité des bonus annoncés mercredi par CS apporte des dizaines de milliers de voix à l'initiative de Thomas Minder contre les rémunérations abusives - voir le Tages Anzeiger.
Dernière remarque: le "Performance Incentive Plan" ou PIP (c'est joli ça, on dirait le pépiement du poussin Régis adopté par Le Matin) qui vaut aux cadres de CS d'être noyés sous le fric avec cinq ans de décalage est le modèle qu'ont adopté nombre de banques, suite à la crise financière, pour fidéliser leurs petits génies. On peut donc s'attendre à d'autres déluges de ce type.

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