lundi 30 novembre 2009

Châteaux de sable, suite

Je retire ce que j'ai dit l'autre jour à propos de Dubai. Je parlais d'un "Etat-promoteur" et d'un Etat-débiteur acculé au bord de la banqueroute par la dette de Dubai World qu'il faudra bien éponger d'une manière ou d'une autre. Dans les faits, c'est à peu près ça, sauf que Abdulrahman Saleh, directeur général du département des finances de ce joli château de sable, a précisé aujourd'hui que le gouvernement ne garantirait pas cette dette (90 milliards de dollars), ajoutant que les investisseurs devaient aussi assumer la responsabilité de leurs placements.
Quoi! Des investisseurs qui doivent passer à la caisse pour leurs conneries et ne peuvent pas compter sur l'aide de l'Etat pour les renflouer? Non, mais pour qui ils se prennent, ces sheikhs sans provisions!? Monsieur Geithner, Monsieur Bernanke, Monsieur Trichet, dites-leur comment on fait...
P.S.: Petit conseil aux pôv' chéris d'investisseurs pour la prochaine fois. Il existe, comme le rappelle le WSJ, un "indice des gratte-ciel" qui montre une assez étroite corrélation entre la hauteur des tours construites et le gonflement de bulles financières. Prochain coup: la Chine.

Minarets, suite...

Assez d'autoflagellation!
Pour une fois, la Suisse est le phare de l'Europe!
Elle prend l'initiative!
Elle fait des émules!
Elle se révèle en vrai leader!
Comme le résume Le Monde, la Suisse devient La Mecque de l'extrême-droite européenne.
Blague à part, le commentaire de Guy Sorman et celui du Wall Street Journal me paraissent aller plus loin que l'analyse un peu simplette du "vote de la peur" que l'on a beaucoup lue aujourd'hui.

Notre muezzin à nous

Les musulmans n'ont que cinq prières quotidiennes. Nous avons une dizaine de bulletins d'informations, l'émission Forum à la Radio Suisse romande, le Grand huit du matin, le Téléjournal de 19 heures 30, le débat Infrarouge dans la soirée, Mise au Point le dimanche et maintenant la concurrente la Télé avec ses inévitables débats. Autant d'occasions pour Oskar de semer sa bonne parole aux quatre points cardinaux de la Suisse romande.
Il ne s'en est pas privé, le bougre. Fort en gueule naturellement, à ses heures auteur-compositeur-interprète (non, pitiééééé!), l'UDC valaisan Oskar Freysinger a bénéficié au cours de sa campagne anti-musulmans du plus grand minaret de Suisse francophone: la SSR, symbolisée par la tour de la télévision à Genève. Suffisait d'allumer le poste: sa queue de cheval se balançait devant nos yeux et ses diatribes emplissaient nos oreilles. Oskar a pu ainsi prêcher plus souvent qu'à son tour la méfiance, le rejet, l'exclusion, l'héroïque fierté des « y'en a point comme nous », la mâle assurance du Suisse aux bras noueux face à ces Sarrasins qu'on veut bien tolérer chez nous, mais faut quand même pas qu'y fassent chier, hein!
Nous n'aurons pas de minarets en Suisse, mais Oskar est toujours là, et la SSR vient de demander une rallonge budgétaire de 54 millions de francs. Pour lui acheter un nouveau porte-voix?

dimanche 29 novembre 2009

Le Flon, Lausanne

"Mon journal ne connaît pas la crise"

Il s'agit, selon Le Monde, de Dainik Jagran, en Inde, "le journal le plus lu au monde".
"Avec ses 240 éditions locales, Dainik Jagran publie environ 10 000 articles chaque jour. Ses 1 000 journalistes ont un avantage de poids : les habitants appellent le journal avant la police. Mais lorsqu'ils arrivent sur les lieux d'un crime, ils ont pour consigne de ne surtout toucher à rien, de regarder seulement. A tel point que le téléphone portable de Lalit Vijay contient davantage de photos de cadavres que de portraits de stars de cinéma. "Attention, précise-t-il, le journal ne publie aucune image choquante." Car le petit déjeuner est justement le moment choisi par les lecteurs - dont 90 % sont des abonnés - pour lire Dainik Jagran, qui signifie en hindi "le réveil quotidien". "En Inde, les gens ont le temps de lire le journal, car ils se lèvent tôt et partent tard au travail, analyse Lalit Vijay, et on ne peut quand même pas leur donner la nausée."
La suite de l'article ici.

Michael Moore, combien de divisions?

Pas beaucoup, si j'en crois le panneau d'affichage de Cinétoile ce soir à Malley. La salle 5 où était projeté "Capitalism, a love story" avait plus de 200 places vides au début de la projection, tandis qu'à côté, "2012" faisait salle comble.
Apocalypse pour apocalypse, le public suisse préfère celles, bien dégoulinantes, made in Hollywood à l'effondrement de Wall Street.
"Capitalism..." se termine sur un appel à la révolte, sous la forme d'occupations d'usine ou de maisons vides. Mais il y a quelque chose de désabusé et de narcissique dans cette conclusion. C'est encore Moore qui parle de Moore: "Je ne supporte plus ce pays - Mais je reste ici - Aidez-moi à le rendre supportable, et vite". Michael Moore fait semblant de camper en leader de la révolte populaire. En réalité, il se sert des larmes des gens qu'il filme, comme les banquiers se servent de leur naïveté pour leur fourguer des hypothèques léonines ou des assurances-vie prises par leur employeur à leur insu.
Il y a de bons passages dans ce film, notamment quand on apprend que Countrywide (sauf erreur) avait un service VIP qui offrait des hypothèques à des conditions particulièrement favorables aux politiciens censés contrôler ses activités. De la corruption, oui. Mais au lieu de tirer ce fil, de mener une vraie enquête sur ces pratiques et ces politiciens, Moore s'en va faire le guignol à Wall Street, où il ne dérange que les portiers des banques.
Par ailleurs, il essaie de nous vendre - avec force trémolos, une fois de plus - l'élection de Barack Obama comme un signe avancé du soulèvement populaire. Or quelques minutes avant, il signale en passant, sans s'apesantir, qu'Obama a bénéficié des largesses de l'industrie financière pour se faire élire - de Goldman Sachs en particulier, d'UBS aussi. Il aurait été intéressant de se demander pourquoi son administration est une des plus timorées au monde à réformer les excès du système financier. Mais il est plus facile pour avoir les rieurs de son côté de tomber une fois de plus sur ce bon vieux George W. Bush, qui peut encore servir.
Au final, un film bien inoffensif.

samedi 28 novembre 2009

Service après-vente de l'UDC


Merci Jon, et Michael, pour ce lien. Je fais suivre.

vendredi 27 novembre 2009

Tout ça, c'est la faute à la religion...


Quatre jours, c'est long dans la vie d'un investisseur. Une éternité, surtout quand on a des sous dans une tirelire qui rend tout-à-coup un son fêlé.
Quatre jours, c'est pourtant le délai que doivent supporter tous ceux qui ont placé une part de leur fortune à Dubai. Car sitôt annoncée la suspension de paiement pour la tranche de dette de 3,4 milliards de dollars due le mois prochain par Dubai World, les autorités ont actionné le silence radio pour cause de fête religieuse.
Tout ça, c'est la faute à la religion, M'âme Michu. La religion du fric, s'entend. Prochaines nouvelles et - peut-être - explications lundi.
En attendant, la lecture des éditoriaux de la presse financière est un vrai délice. Les commentateurs trépignent comme des cocus dont les SMS vengeurs restent sans réponse.
«Messieurs, les sheikhs, il va falloir donner des réponses crédibles»: telle est la tonalité générale.
Plus un zeste de «on vous l'avait bien dit». La folie de grandeur de Dubai a lesté en quelques années ce micro-Etat sans pétrole d'une dette qui approche les 100 milliards de dollars, pour une population équivalent à celle de la Suisse romande (la dette suisse atteint 120 milliards, mais pour 7 millions d'habitants).
Il est assez fascinant de voir comment les investisseurs se laissent toujours éblouir par les mêmes miroirs aux alouettes, les mêmes slogans reposant sur des informations grossièrement lacunaires et des responsables hautement imprévisibles. La bulle de Dubai était effectivement inscrite dans l'ordre des choses, mais comme pour toutes les bulles, la question est de savoir quand elle éclatera. Pif, paf pouf: c'est fait.
L'inquiétude des marchés financiers depuis deux jours tient à une particularité de cette déconfiture immobilière: on a affaire ici à un Etat-promoteur, à un Etat-débiteur qui menace de faire défaut. Or, comme le relevait jeudi déjà le Wall Street Journal, ce scénario argentin en préfigure peut-être d'autres du même type, vu les dettes publiques colossales amassées par nombre d'Etats sur tous les continents suite à la crise financière.
Pas de panique cependant. Le cas de Dubai reste particulier par la monoculture de la frime financière et bétonneuse qu'a adoptée ce confetti du désert. Tous les regards sont maintenant tournés vers Abu Dhabi, le parrain aux poches pleines dont le fonds souverain a amassé quelque chose comme mille milliards de dollars, si j'ai bien lu. Abu Dhabi n'est pas Abu d'argent (22 heures passées, dans l'Intercity Genève-Lausanne, laissez-moi celle-là). Il a déjà aidé la cigale Dubai, et lui a plein de pétrole.
Mais les spéculations vont bon train sur ce qui s'est passé ces derniers jours. Abu Dhabi a-t-il volontairement laissé Dubai se couvrir de honte face à la communauté financière pour le forcer à faire le ménage? Y a-t-il d'autres explications? Je connais très mal cette région, mais ce qui me console, c'est que les banques et journaux qui y ont pris pied ne sont guère plus avancés que moi.

Spéculation: Krugman vote Tobin

A signaler: l'éditorialiste du New York Times (et prix Nobel d'économie) Paul Krugman se dit favorable à la taxe Tobin, cette "poignée de sable dans les rouages de la spéculation" qui a aussi séduit Lord Turner, président de l'autorité de surveillance financière britannique, et plus récemment Gordon Brown, mais dont l'idée fait horreur à la City et à Wall Street. Lire les arguments de Krugman ici. De là à ce qu'ils convainquent le gouvernement américain, même obamien...

Bachelor

D'abord, félicitations à mon fils Vincent pour son bachelor en sciences du sport à l'Université de Lausanne.
Et maintenant, quelques mots sur la cérémonie de remise des diplômes d'hier soir à l'Amphimax. Qu'un ex-étudiant en sciences politiques devenu animateur TV, d'après ce que j'ai compris, et bombardé maître de cérémonie fasse de l'ironie sur les diplômes qui ne servent à rien, ça me va. Ses interventions, assez courtes, avaient un petit côté pince-sans-rire assez marrant, et je crois que ça a bien plu aux jeunes qui étaient dans la salle, ce qui est le plus important.
Que le doyen de la faculté confirme, dans un langage beaucoup plus laborieux, qu'effectivement les bachelors ne servent à pas grand chose me laisse plus perplexe. D'abord parce qu'il y avait parmi les diplômés des dizaines de personnes qui, après trois années d'étude, ont décidé d'en rester là et de tenter leur chance sur le marché du travail. Le message qu'on leur envoyait hier était en gros: "Bonne chance les gars, mais faut pas rêver, assurez-vous plutôt que papa-maman maintiennent le chèque mensuel."
Les papas-mamans présents dans la salle ont apprécié. Il auront compris qu'une fois de plus, une réforme scolaire pavée des meilleures intentions se dilue dans le flou, le manque de maîtrise administrative, l'absence des moyens financiers promis (les bourses par exemple) et la déresponsabilisation. Le résultat net, une fois de plus, est l'allongement des études pour des résultats qui ne justifient pas cet investissement supplémentaire. Le titre de bachelor - on a choisi l'anglais pour faire plus sérieux, j'imagine, ça vous a un petit parfum de Harvard... - n'est rien d'autre qu'une demi-licence, qui nécessite une année de plus qu'avant.
Ce n'est évidemment pas ce qu'on nous avait vendu dans l'ambitieuse réforme dite de Bologne. Mais comme ces affaires sont toujours très compliquées et que l'Université est très jalouse de son indépendance, on laisse des académiciens aux capacités contestables régler cela entre eux.
J'aimerais quand même vous dire, Monsieur le Doyen, que votre prestation ne m'a pas convaincu.
Et pendant que j'y suis, j'étends ma perplexité à l'Eracom, où mon second fils apprend le métier de concepteur multimédia. Il me raconte comment des élèves viennent en classe quand bon leur semble, y font à peu près ce qui leur plait, remettent des travaux approximatifs hors-délais sans que les maîtres s'en formalisent, alors que l'école se montre très tâtillonne sur d'autres points qui me semblent plus secondaires.
Est-ce ainsi qu'on forme les jeunes aux défis d'un monde plus concurrentiel et plus exigeant?
Voilà, c'était la minute du vieux ronchon du vendredi.

jeudi 26 novembre 2009

"The Bracelet"


C'est l'histoire d'un gars arrêté un peu par hasard pour une histoire vieille de trente ans, puis libéré sous caution à condition de porter en permanence un bracelet électronique de surveillance et de ne pas quitter son domicile. Celui-ci est un chalet dans un décor de carte postale. Autour: les montagnes, la neige. Au-dessus: l'immensité du ciel.
Mais le gars n'a pas le droit de sortir de son chalet, sauf pour quelques pas dans le jardin, mais pas trop loin, sinon: "bip! bip!".
Au début, il trouve que c'est nettement mieux que la cellule où il a croupi deux mois. Et puis il s'occupe, range ses affaires, téléphone, surfe sur le net, écrit, reçoit des amis. Mais la procédure judiciaire s'éternise. Le gars commence à trouver le temps long, il supporte de moins en moins le décor à la Heidi dans lequel il est confiné. Sa prison dorée finit par lui peser plus que la vraie. Quand ses amis viennent le voir, il les reçoit mal, car il leur en veut sourdement de repartir libres, où ils veulent, tandis que lui ne peut quitter ce paradis factice où il ne se passe jamais rien.
Du village voisin lui parvient l'écho de fêtes orgiaques. Il apprend qu'Untel, qu'Unetelle a fait scandale, a fait rire, a fait pleurer. Les étoiles, dans le ciel noir au-dessus de sa tête, semblent le narguer.
Au bout d'un certain temps, le gars devient carrément agressif avec ses visiteurs. Les amis se lassent, ils viennent de moins en moins le voir.
Le gars devient sombre, paranoïaque. L'histoire d'il y a 30 ans commence à l'obséder pour de bon. Il cogne avec son bracelet contre les madriers du chalet, déclenche des alarmes qui font débarquer aussitôt des flics aussi compréhensifs qu'une porte de grange.
On le met sous contrôle médical, on tente gentiment de le raisonner, ce qui le rend encore plus violent. L'histoire d'antan lui donne des cauchemars, il hurle la nuit, seul.
Mais ses cris ne dépassent pas les madriers de son chalet.
La matin, il se réveille avec l'envie de frapper, de tuer. Autour, la neige l'aveugle. le ciel éternellement bleu le rend fou.
Un jour, il viole, étrangle, dépèce et coupe en morceaux la femme de ménage Trudi Wandermüller, 63 ans, qui, comme tous les mercredis, venait nettoyer le chalet. Puis il tranche son propre poignet portant le bracelet.
On le retrouve agonisant, vidé de son sang, devant une macabre sculpture composée des morceaux de la femme de ménage, au sommet desquels il a dressé son poignet recroquevillé, entouré du bracelet.
Le tout filmé à Gstaad, en technicolor. J'offre le scénario à Roman Polanski, qui a quelques semaines pour le peaufiner.
Après ça, Suisse Tourisme devra ramer pour rattraper le coup en termes d'image de marque.

6.12.1992

Ma consoeur Christine Salvadé relève que le 6 décembre 2009 sera un dimanche, comme un certain "dimanche noir" de 1992.
Ce 6 décembre-là, les Suisses votaient - massivement - à propos d'un drôle de Lego appelé Espace Economique Européen. C'était la solution du demi-pas en avant vers l'Union européenne: pas vraiment l'adhésion, mais "l'antichambre" comme on disait alors.
Ce fut non - pas de beaucoup en voix (50,3% de rejetants), davantage par le nombre de cantons, au terme d'une campagne très émotionnelle marquée par l'avènement de Christoph Blocher, le tribun de l'Union démocratique du Centre.
Dix-huit ans plus tard, la Suisse a trouvé des arrangements bilatéraux avec l'Union européenne au prix de moult contorsions qui, jusqu'ici, ne lui ont pas trop mal réussi. Christoph Blocher est entré au Conseil fédéral où il a continué de vitupérer la "classe politique", en a été sorti par ce qu'il qualifie de "complot". Son ombre continue de planer sur la Suisse. L'UDC est le premier parti politique de Suisse. Quant au débat européen, il a été congelé; il est devenu "tabou" selon les mots de Christa Markwalder, une juriste bernoise radicale, conseillère nationale et présidente du Nouveau mouvement européen Suisse (NOMES).
Christa Markwalder a osé mettre une couverture chauffante sur le cadavre cryogénisé, sous la forme d'une motion cosignée par 100 parlementaires qui demande au gouvernement d'actualiser l'état de nos relations avec l'Union européenne, et d'évaluer les atouts/désavantages d'une adhésion.
Cette évaluation sera prête dans les premiers mois de l'année 2010, a dit l'autre jour la ministre des affaires étrangères Micheline Calmy-Rey. Il faudra donc reparler de l'Europe.
L'autre raison est que nos 120 accords bilatéraux avec l'UE craquent de toutes parts: ils constituent un système complexe de relations bilatérales statiques, l'état du droit étant figé au jour de signature de l'accord. Or le droit européen évolue sans cesse, c'est un système dynamique - ce qui nécessite une renégociation permanente, sans parler des nouveaux champs que l'un ou l'autre partenaire voudrait bien couvrir par un accord.
La troisième raison est que la Suisse termine l'année un peu groggy. Pas à cause de la crise - elle y a plutôt mieux résisté que ses voisins - mais à cause des brèches béantes ouvertes dans le secret bancaire et de l'incertitude qui règne à ce sujet, à cause des affaires Khaddafi et Polanski qui l'ont éclairée sous un jour peu favorable.
Dans un monde rendu plus nerveux par la débâcle bancaire, où le politique reprend ses droits face aux échecs du laisser-faire financier, où blocs et alliances se recomposent, la Suisse se découvre bien seulette dans le rôle du punching ball fiscal, et bien pataude à gérer l'imprévu.
Or cette troisième raison est la pire de toutes pour rouvrir un débat européen. C'est se placer d'emblée en situation de faiblesse et d'infériorité, promouvoir l'adhésion par défaut et essoufflement. C'est surtout réveiller la droite nationaliste qui n'attend que cela.
Elle est d'ailleurs déjà très réveillée. Ce n'est pas par hasard que depuis quelques semaines en Suisse allemande (et quelques jours en Suisse romande, qui elle se réveille toujours tard), l'UDC a relancé le débat sur la libre-circulation des personnes, acceptée en votation populaire dans le cadre des accords bilatéraux.
Même si, à 4% environ, le taux de chômage suisse fait l'envie de ses voisins, il est en augmentation. Le différentiel avec l'Europe, joint à celui des salaires, explique d'ailleurs que la Suisse reste attractive pour les travailleurs européens qui continuent d'affluer. Il en résulte d'inévitables tensions sur le marché du travail, certains Suisses s'estimant injustement écartés (ou menacés) par des étrangers qui acceptent des salaires plus bas.
Les autorités n'ont pas su anticiper cette situation. Elles se félicitaient du fait que la libre-circulation a soutenu, de manière générale, la croissance retrouvée de l'économie suisse, ce qui est exact. Mais qu'importe au travailleur de base un point de croissance en plus si cette richesse supplémentaire est partagée entre plus de personnes et qu'au bout du compte, le revenu disponible de chacun stagne à la fin du mois.
Les stratèges de l'UDC ne sont pas idiots. Ils savent que la Suisse ne peut renégocier à sa guise la libre-circulation sans ficher par terre tout l'édifice des accords bilatéraux et, au final, risquer un retour en arrière catastrophique pour son économie. Leur but est plus immédiat: prendre le contrôle de l'agenda en se saisissant d'un problème concret et d'une crainte, comme ils ont toujours su le faire. Les partisans de l'ouverture, sur la défensive, donnent l'impression d'avoir peu appris en dix-huit ans sur le plan tactique.
Tout au plus sont-ils devenus plus prudents, plus timorés. Les 6 et 7 novembre derniers au Château de Coppet, le Centre européen de l'Université de Genève organisait un débat sur la Suisse et l'Union européenne.
Il y avait là le professeur René Schwok, devenu cynique après dix-huit ans de décryptages sans perspectives.
Il y avait là l'ex-secrétaire d'Etat Franz Blankart qui serrait la main à tout le monde et posait pour la postérité.
Il y avait là l'ex-ambassadeur à Bruxelles Benedikt de Tscharner qui demandait timidement si l'opinion a évolué en faveur de l'UE.
Il y avait là l'ex-ambassadeur à Paris François Nordmann qui racontait à la pause-café que "même à lui", les envoyés spéciaux du département fédéral des finances refusaient de dévoiler ce qu'ils discutaient à l'OCDE.
Il y avait là un secrétaire du NOMES expliquant en coulisses la tactique de l'engrenage adoptée par son mouvement: signer suffisamment d'accords avec l'UE pour que, l'un entraînant l'autre, l'adhésion devienne un jour une fatalité, une évidence dépassionnée.
Il y avait là des universitaires de moyen calibre choisissant des champs d'études préalablement déminés.
Tout cela ressemblait à une réunion de vieux combattants fatigués, ai-je fait remarquer, ce qui n'a fait rire personne.
Il y avait là aussi Christa Markwalder, la seule qui avait du souffle, qui a parlé précis et clair.
Il y avait là le représentant de l'UE à Berne Michaël Reiterer qui a eu ce bon mot en aparté: "Quand Hans-Rudolf Merz affirme "ce n'est pas négociable!", on sait que la Suisse a déjà cédé".
Cette réunion donnait une assez bonne idée de l'état des forces.
Quelques jours plus tard, Micheline Calmy-Rey a parlé à son tour des relations Suisse-UE à l'Université de Genève. Elle a réussi à ne prononcer le mot "adhésion" que deux fois en plus d'une heure et à ne pas répondre à une question sur sa conviction personnelle. Sa tactique à elle est d'expliquer que la poursuite de la voie bilatérale sera compliquée, compliquée, compliquée...
Ainsi se prépare la relance de la discussion sur les relations Suisse-UE. Il n'y a pas trop de raisons d'être optimiste.

mercredi 25 novembre 2009

Google est-il toxique pour les journaux?

Houlà, le grand méchant Murdoch se fâche! Le patron de News Corp (The Sun, The Times, Dow Jones, Wall Street Journal, Sky, Fox News, etc.) ne veut plus que les articles produits par les médias de son groupe soient repris gratuitement par Google. Il préfère négocier avec Microsoft et son moteur de recherche Bing, en espérant sans doute que ce dernier paiera quelque chose pour cette matière journalistique.
Sur le fond, son idée est intéressante et s'inscrit dans la logique de ce qu'il a déclaré jusqu'ici, à savoir qu'il veut rendre payant l'accès aux sites web de ses titres.
Tout le monde y pense, bien sûr, en citant les exemples du Wall Street Journal et du Financial Times qui font payer pour lire les articles en ligne. Mais depuis bientôt un an que tout le monde y pense, bien peu ont franchi le pas, pour deux raisons.
D'abord, tout le monde n'est pas le FT ou le WSJ, qui proposent des articles clairs, pointus et souvent exclusifs en finance. Quand les directeurs de publications affirment qu'ils veulent monnayer la plus-value qu'apportent leurs journalistes surgit aussitôt la question qui tue: quelle plus-value?
Souvent, l'internaute curieux et un rien débrouillard trouvera plus d'informations et d'analyses sur le sujet qui l'intéresse en surfant 15 minutes sur le web qu'en se contentant du média X ou Y. Il faudrait que l'accès à toute cette masse devienne payant, ou dissuasif d'autres manières pour faire barrage aux aggrégateurs comme Google. Pour l'instant, ce n'est pas la tendance.
La deuxième raison est que les éditeurs, tout en admettant qu'ils sont devenus trop dépendants de la publicité, n'arrivent pas à s'affranchir de cette dépendance. Ce sont eux qui ont ouvert les vannes du tout-gratuit sur le web, eux encore qui se sont jetés dans les bras de Google parce qu'ils étaient et restent obnubilés par les chiffres d'audience, dont dépend la publicité. Plus leur site était référencé, plus les recettes d'annonces en ligne devaient augmenter.
Cela ne s'est pas produit - ou très en-deçà des attentes. Les annonceurs veulent des contacts qualitativement élevés, ce que ne sont pas les clics dus au hasard des résultats d'un moteur de recherche. A cela s'ajoute un phénomène sous-estimé: la presse classique ne souffre pas seulement de la concurrence d'internet, mais d'une dilution plus générale de la publicité sur des supports qui se sont démultipliés depuis vingt ans.
Dans le bras de fer Murdoch contre Google - dont il reste à voir s'il dépassera l'effet d'annonce - les médias n'ont peut-être pas grand chose à perdre (les 23% du trafic total générés par Google sur le site du WSJ ne représentent pas grand chose en rentrées publicitaires sonnantes et trébuchantes, pour les raisons évoquées plus haut), mais Google encore moins. Le site BuzzMachine, assez à la page sur ces questions, rappelle que l'ensemble des éditeurs allemands, représentant un millier de "marques médias", génèrent quatre fois moins des résultats de recherches classés en tête de liste que le seul site Wikipedia.
Si même News Corp ne parvient pas à faire pencher la balance en sa faveur, que dire des petits? Ils essayent d'unir leurs forces, comme les éditeurs suisses travaillant avec Swisscom à un projet commun de contenu sur liseuse électronique.
Reste à savoir comment décliner sur le web ce qui était et reste une fonction essentielle d'un journal: celle d'un rassembleur d'une communauté (locale, d'intérêts, intellectuelle), celle de place du village médiatique. Cette fonction suppose un espace où l'on circule, où l'on se laisse surprendre, attirer par un titre, une photographie - ce que la surface et la présentation du journal papier permet - où l'on peut ensuite s'immerger dans un récit, une analyse, etc. Jusqu'ici, internet a plutôt encouragé l'inverse: le morcellement, le zapping et l'éphémère. Nous ne sommes sans doute qu'aux balbutiements de cette technologie. Mais d'ici qu'elle mûrisse, pas mal de titres ont le temps de disparaître.

Attention, chute de noix de coco!


Dubai World, c'est l'île artificielle en forme de palmier, un autre ensemble insulaire qui reprend la forme des cinq continents, le projet immobilier de tous les superlatifs, le méga-parc Dysney des pétrodollars, etc. etc.
Depuis aujourd'hui, c'est une dette de 3,5 milliards de dollars dont le paiement a été brutalement suspendu. Amusant de lire l'article du Wall Street Journal, tous les téléphones des journalistes qui ne reçoivent aucune réponse, le sol qui s'ouvre soudain sous les promoteurs dont les poches paraissaient sans fond.

Swissrange

Trois opérateurs téléphoniques se partageaient le marché suisse et s'entendaient comme larrons en foire pour fixer des tarifs trop élevés, plus élevés qu'à l'étranger comme le relèvent régulièrement les études comparatives. Avec la fusion projetée Orange-Sunrise, ils ne se seront plus que deux à se partager la facture de restaurant où Monsieur Swisscom et Monsieur Sunrange fixeront le prix du SMS et de la minute. Et pour le dessert, vous prendrez une tranche de tarte au potiron ou une tranche de tarte au potiron?

lundi 23 novembre 2009

Uttwiler Spätlauber forever!

Je vous parle d'un journal épais (104 pages), pétant de santé.
Je vous parle d'une histoire de pomme et de paradis (l'éternelle jeunesse).
Je vous parle d'une invention qui a séduit Michelle Obama.
Je vous parle d'une de ces histoires à succès qui font que la Suisse est grande devant l'Eternel.
Je vous parle de Migros Magazine et de la pomme Uttwiler Spätlauber.
Il était donc au pays de Guillaume Tell une variété de pommes menacée d'extinction, mais connue pour sa longue durée de conservation, la Uttwiler Spätlauber. Les chimistes de Migros, première chaîne de supermarchés de Suisse, y braquèrent leurs microscopes et, après quatre ans de recherches, isolèrent la substance active de Uttwiler Spätlauber, dûment enregistrée par la M-filiale Mibelle Biochemistry sous le nom PhytoCellTec Malus Domestica.
Les M-chercheurs ont été récompensés l'an dernier par l'European Cosmetics Innovation Prize. Mais la vraie consécration mondiale, c'est cet article de Vogue qui l'a apportée dans son édition de novembre. On y apprend que Michelle Obama est une fan du traitement à base de pomme helvète. Petite déception quand même: Michelle ne se fournit pas chez Mibelle, mais auprès d'une marque concurrente à qui, j'imagine, la recette de la pomme-miracle a été vendue.
Voilà l'histoire. Tout ça, c'est dans Migros Mag de cette semaine, dont je deviens fan au fur et à mesure que je lis les éditos de Fathi Derder dans la presse dite classique et payante.
Ben oui, M-Mag, c'est gratuit et surtout c'est du positif, de la bonne humeur entre deux tranches de lard, le monde qui va et achète sans faillir ses couche-culottes et lames Gillette à prix réduit, le triomphe de la Vie Heureuse au rayon conserves et condiments.
La vraie question médiatique en Suisse aujourd'hui n'est pas celle que ressassent les journaleux en pré-retraite - face au web, le buzinèce modèle des groupes de presse tient-il la route? (la réponse est non) - mais: de M-Mag et de Coop-Mag, qui est le meilleur? (le premier, à mon avis). D'ailleurs M-Mag se démultiplie. L'autre jour, un gros cahier sur papier bien épais - pas la râclure de chiotte sur laquelle sont imprimés les quotidiens d'aujourd'hui - mise en page soignée et photos classe, dormait dans ma boîte aux lettres. C'était une nouvelle M-publication basée sur le bien-être. Recettes, vacances, anti-stress, plantes, nature, zeste de new age: tout sur le bien-être, rien que du bien-être, une orgie de bien-être.
Tu l'ouvres, tu planes déjà. Une odeur d'encens surgit du néant, les soucis se désagrègent, le nirvana soufi sam'suffit pénètre jusqu'au tréfonds de l'âme - et en plus pour pas trop cher selon les produits habilement signalés au fil des pages.
C'est magnifique M-Messieurs, continuez de nous faire rêver. La presse des mauvaises nouvelles crève, en voilà une bonne nouvelle! Bientôt, il n'y aura plus que du bonheur et des pommes Uttwiler Spätlauber à croquer.

dimanche 22 novembre 2009

Les gorges du Dailley, et quelques notes en vrac sur le mysticisme


D'abord merci à Slobodan Despot, qui m'a permis, via un article de 24 Heures, de découvrir ce joli coin accroché au-dessus de Salvan. Slobodan Despot est éditeur, écrivain et traducteur, serbe d'origine et orthodoxe. Il a publié dans la page religieuse du très catholique Nouvelliste différents textes rassemblés dans un livre que ses éditions Xenia ont publié récemment sous le titre "Le Valais mystique".
Les catholiques du canton n'ont pas tous apprécié, semble-t-il. Cela tient sans doute à la nature de l'expérience mystique: "elle désigne une approche expérimentale du divin qui serait par nature incommunicable, où l'âme humaine accèderait à une rencontre directe avec Dieu" (Wikipedia). Le mysticisme tend par nature à échapper à la religion, qui le regarde de haut et avec un certain mépris, tel un magma de croyance mal structuré.
Le côté "brut de décoffrage" du mysticisme ne me gêne pas. Il m'arrive aussi de ressentir qu'il "se passe quelque chose" dans certains paysages, un quelque chose dont j'essaie de capter la fugacité dans les photographies, et tant pis si je n'y arrive que très imparfaitement. Le moment vécu est ce qui compte.
Si je parle de mysticisme ici, c'est parce qu'il a aussi une couleur politique. Je ne connais pas les opinions récentes de Slobodan Despot, mais je sais qu'il défendait la cause serbe avec vigueur au temps des éditions Dimitrijevic et des massacres en Bosnie. D'accord, j'admets que les Serbes ont aussi été victimes des Croates dans l'éclatement de l'ex-Yougoslavie, qu'ils sont plus complexes et attachants (heureusement) que l'image qu'en ont donnée Milosevic et Karadzic. Mais au temps où les snipers serbes s'amusaient à faire des cartons sur les habitants de Sarajevo, au début des années 90, il n'y avait guère de place pour la nuance. Et les opinions alors professées par Slobodan Despot me paraissaient difficilement défendables.
Aujourd'hui, c'est surtout son épouse Fabienne qu'on voit. Elle milite à l'Union démocratique du Centre, le parti qui soutient entre autres l'interdiction des minarets (le mysticisme ou la croyance des autres dérange l'UDC, apparemment). Fabienne Despot bouffe du socialiste à tout bout de champ sur son blog, ce qui ne me dérange pas mais est parfois indigeste.
Toujours à propos de mysticisme - et d'UDC, voyez comme tout se tient - la TV romande diffusait jeudi dernier un reportage consacré aux jeunes UDC, valaisans en particulier, qui disaient avec des étoiles dans les yeux leur amour de la Patrie, de la discipline, et les frissons d'extase que leur procure le son du cor des Alpes le soir par-dessus les vallées. Ils disaient aussi la "menace" étrangère, le besoin de sauver la Suisse, etc.
C'est là que vient le malaise. Les émotions de Despot et des jeunes UDC sont respectables, chacun pratique le mysticisme qui lui plaît, c'est une question strictement personnelle. De ce fait, il n'est pas admissible de le mêler à une idéologie, à plus forte raison d'en faire un levier d'exclusion.
A ce propos, apprend-on, l'UDC déposera la semaine prochaine une motion parlementaire pour dénoncer la libre-circulation des personnes dans le but de la renégocier avec l'Union européenne. Chiche les gars! Déposez votre motion, gagnez ce vote, dénoncez les bilatérales, faites tomber le château de cartes, puisque les accords sont liés, imposez à la Suisse le mysticisme de la voie solitaire intégrale. On en reparlera dans dix ans.
Au fait, si la Suisse était rigoureusement conforme à la mystique de l'UDC à laquelle adhère Fabienne Despot, je ne vois pas comment son Slobodan d'époux pourrait arpenter les sentiers valaisans et enrichir son âme.

jeudi 19 novembre 2009

Le coup de savate de Delors à Blair

Dans le Financial Times du jour: le président du Conseil européen qui sera choisi aujourd'hui "doit être un Européen convaincu, d'un pays qui souscrive à toutes les politiques de l'Union" (c'est moi qui souligne). Une façon élégante d'éliminer, sans nommer le pays, tous les candidats de Grande-Bretagne, restée hors de la zone euro.
Par ailleurs, poursuit Delors, il n'est pas question d'un "superchef de gouvernement". Si l'élu devait se considérer comme un "président de l'Europe", cela contredirait les bases mêmes de l'UE et conduirait tout droit à des conflits de compétence. Bref, dit Maître Jacques, il convient de rester modeste dans toute cette affaire.
Il y a quand même une légère ironie (involontaire?) dans ses propos. Si Delors s'était cantonné dans le rôle qui lui était dévolu par les institutions quand il était président de la Commission européenne, l'UE n'aurait probablement pas connu le coup d'accélérateur dans les années 90.

mercredi 18 novembre 2009

Jean-Claude Trichet parle d'or

... dans Le Monde d'aujourd'hui. Deux extraits:
"L'économie de marché demeure le moyen le plus approprié pour cérer des richesses. La crise n'a pas renforcé l'adhésion à l'économie de marché, mais elle l'a révélée de façon frappante. il n'y a pas eu de contestation venant des pays émergents."

"L'euro n'a pas été créé pour lutter contre le dollar des Etats-Unis ou pour se substituer au dollar comme monnaie de réserve internationale. Il a été créé pour parachever le grand marché européen. (...) Je crois que la force du dollar au sein des monnaies convertivles est non seulement dans l'intérêt des Etats-Unis, mais aussi de la communauté internationale."

La pluie, c'est pour les autres


J'aime la façon dont les journalistes anglo-saxons s'adressent aux chefs d'Etat. "Obama should...", "the governement must...", claironnent leurs commentaires. On devine, y compris chez les fous du roi, les restes du rantanplan propre aux puissances capables d'influencer la marche du monde.
Même le doux Martin Wolf, du Financial Times, n'échappe pas à ce tic. Sa dernière analyse est carrément écrite sur le mode "voilà ce que Barack Obama aurait dû dire à Hu Jintao" et se poursuit comme si c'était Casse-la-Barack lui-même qui mettait les points sur les "i".
Mais pourquoi mettre les points sur les "i", au fait? J'en viens au fait, qui touche justement au poids relatif des puissants et de l'usage qu'ils en font - dans le domaine monétaire en l'occurence.
Même si le climat et la prolifération nucléaire sont deux enjeux dont Barack Obama et Hu Jintao ont raison de se préoccuper à long terme, il est est un autre qui demande une action à court terme, souligne Martin Wolf: la valeur artificiellement basse de la monnaie chinoise, qui est en train de siphonner les mesures de relance économique au profit de la Chine. Ce n'est pas sain, c'est même dangereux.
Paul Krugman pense la même chose dans le New York Times. Nous vivons, depuis plus de trente ans, dans un régime dit de changes «flottants», rappelle-t-il. Les gouvernements laissent s'apprécier ou se déprécier leur monnaie et n'interviennent en principe que pour freiner des mouvements trop brutaux. Par exemple l'Islande, confrontée à une fuite des capitaux au plus fort de la crise, ou plus récemment le Brésil, confronté au problème inverse d'un afflux d'investisseurs risquant de provoquer une bulle et de l'inflation, et qui a décidé de taxer les entrées de capitaux.
Tel est le système, forcément imparfait. Il a une grosse exception: la Chine, qui a décidé de lier sa monnaie au dollar. Pas complètement, c'est vrai: jusqu'à l'an dernier, on avait vu le yuan s'apprécier timidement face au billet vert. Mais depuis que la tornade financière est passée par là, c'est le règne du chacun pour soi. Les Américains laissent filer le dollar (quoi qu'en dise Ben Bernanke) pour effacer une partie de leur dette gigantesque et favoriser leurs exportations. Et les Chinois s'accrochent fermement au dollar dans cette baisse.
Or ils ne sont pas du tout confrontés à la même situation que les Etats-Unis: leurs réserves dépassent 2200 milliards de dollars, leur économie a repris le chemin de la croissance. En s'accrochant au dollar, le le renminbi s'est artificiellement déprécié, depuis mars 2009, de 15,7% face à l'euro, de 32,2% face au dollar canadien, de 17,2% face à la livre sterling, de 10,7% face à la roupie indienne, etc.
Autrement dit, les Chinois sont en train de siphonner les autres pays pour exporter meilleur marché et accélérer leur reprise. C'est inadmissible non seulement face aux Etats-Unis, mais aussi face au reste du monde.
Deux universitaires de l'Institut des Hautes études internationales de Genève, Richard Baldwin et Daria Taglioni, défendent l'idée que le surplus chinois, temporairement limé par l'effondrement général du commerce mondial suite à la crise, va gonfler de plus belle. Là est le danger: les Etats-Unis, et d'autres pays, ne l'admettront pas, alors que leur taux de chômage rôde autour des 10%.
Les Chinois peuvent dénoncer à hauts cris les mesures protectionnistes occidentales sur les chaussures ou les pneus made in China, mais ce sont eux qui provoquent en ce moment les plus grandes distorsions du marché, en leur faveur, par leur politique monétaire, et le retour de bâton, par exemple sous forme de taxes généralisées à l'importation, pourrait être saignant.
Si on se place d'un point de vue chinois, on soulignera bien sûr que la crise est venue des excès américains, et que les premières victimes en sont les Asiatiques aux poches remplies de bons du Trésor et de titres américains. La Chine n'a pas envie de devenir, comme le Japon il y a vingt ans, le dindon de la farce quand la bulle se dégonfle.
Comme leur répond Wolf-Obama, personne ne les a forcés de se bourrer les poches de ces bons et titres américains. Les Chinois détestent qu'on vienne leur faire la leçon et renvoient aujourd'hui critique pour critique. Sauf qu'au jeu du «c'est ta faute, pas la mienne si le Monopoly est cassé», il n'y aura que des perdants.
On sait qu'une cause profonde de la crise réside dans l'«équilibre de la terreur» financier qui s'est établi entre les Etats-Unis et la Chine, les premiers dépensant beaucoup plus qu'ils ne gagnaient grâce aux seconds qui épargnaiennt beaucoup plus qu'ils ne devaient.
Aujourd'hui, les Etats-Unis réajustent leur politique dans la douleur. La Chine, elle, joue les profiteurs comme si de rien n'était. Cela ne vas pas.
C'est aussi ce que vient de dire, en termes plus diplomatiques, le patron du Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn  lors de sa tournée asiatique. En revanche, on est frappé par l'absence de l'Europe, pourtant concernée au premier chef, dans ce débat monétaire. C'est bien joli de se choisir un président du Conseil européen, un Haut-représentant pour les Affaires internationales, mais c'est encore mieux de savoir à quoi ils vont servir, quelle place l'Union européenne entend occuper sur la scène internationale.

Envie de chocolat

L'italien Ferrero et l'américain Hershey s'unissent pour faire une contre-offre sur Cadbury, qui a décliné celle à 9,8 milliards de livres sterling de Cadbury.
Pendant ce temps, Nestlé ne bouge pas un  doigt. Mais Warren Buffett a acheté pour 144 millions de dollars d'actions Nestlé, a-t-on appris hier.
Nestlé participait mardi à une grande conférence à la Haye sur la nourriture halal, dont la société basée à Vevey est le premier producteur mondial.
L'important dans l'industrie alimentaire, c'est d'avoir une recette d'avance, pas de se disputer autour d'un dessert trop cher.

La blague à 500 millions de Goldman Sachs


Lloyd Blankfein n'est pas seulement un banquier compétent qui arrive à payer des bonus record à ses boys l'année suivant la plus grave crise financière d'après-guerre - le fait que ses concurrents ont en partie crevé y aide sans doute un peu - c'est aussi un petit plaisantin.
En recevant les journalistes du Sunday Times la semaine dernière, il a justifié son activité, ses gains en expliquant qu'il faisait "le travail de Dieu" ("God's work"). C'était dit au deuxième degré.
Cela a été compris au premier, et la colère contre les banquiers de Wall Street a repris de plus belle. Confronté à ce désastre de relations publiques, Lloyd Blankfein a annoncé hier qu'il "s'excusait" pour le rôle joué par des institutions comme la sienne dans la crise financière et offert 500 millions de dollars pour aider 10 000 petites entreprises américaines en difficulté à relancer leurs affaires (2,3% de sa masse salariale et bonus 2009).
C'est pas beau, ça?
Moralité: tout ça, c'est la faute aux médias. Quand vous les évitez, ils n'arrêtent pas de vous critiquer. Quand vous êtes sympa et que vous essayez de nouer le contact avec eux, vous vous exposez à ce genre de déconvenue. Pas facile, la vie de banquier.

mardi 17 novembre 2009

Comment leur faire peur

Les rigolards de la photo sont des militaires birmans. Ils ont de quoi se marrer. Ils se remplissent la panse depuis des décennies en exploitant et réprimant à la matraque et au fusil la population de leur pays. Outre Aung San Suu Kyi - 14 années de résidence surveillée sur les 20 dernières - le pays compte 2100 prisonniers politiques détenus pour les motifs arbitraires.
Aujourd'hui, j'ai rencontré Bo Kyi (sept ans et trois mois de prison lui-même), qui s'occupe comme il peut de ces détenus et de leurs familles par le biais de cette association.
Il faut savoir qu'en Birmanie, il y a des gens formidables - avocats, artistes, journalistes, etc. - qui risquent tous les jours l'arrestation et la torture pour que la liberté continue d'exister par des réseaux clandestins, et parfois par des protestations publiques.
Pour nous Occidentaux, l'éternelle question est: que pouvons-nous faire? Boycotter le pays comme touristes? Non, c'est isoler encore plus la population; mieux vaut y aller et voyager intelligemment, en évitant par exemple les tours opérateurs qui, pour la plupart, engraissent la junte. Demander à Total de se retirer? Même Human Rights Watch ne le demande pas. Total fait déjà quelque chose, pourrait faire plus sans doute, mais laisser la place aux Chinois n'est sans doute pas la solution.
En parlant avec David Mathieson, qui suit de près la Birmanie pour HWR, j'ai trouvé intéressante son idée de créer une liste commune des salopards dont il faudrait bloquer les comptes partout dans le monde. Pour l'instant, les Etats-Unis, l'Australie, le Canada, l'UE, la Suisse ont chacun leur liste de militaires birmans peu fréquentables, mais elle est souvent trop longue, dépassée et pleine de trous. Ainsi, les sociétés qui remplissent les poches de ces messieurs n'y figurent souvent pas.
"Il faudrait convoquer une conférence internationale et s'entendre sur une liste assez courte mais efficace des personnages les plus en vue et des sociétés qu'ils contrôlent", dit David Mathieson. Elle pourrait être ensuite publiée sur internet, avec photos, pour que chacun puisse la consulter. Techniquement, le blocage des comptes et des transferts est tout-à-fait possible, la lutte anti-terroriste d'après-11 septembre a tout de même servi à quelque chose. C'est surtout la volonté politique qui fait défaut.
Quant à l'efficacité, elle est bien supérieure à celle des autres sanctions. Face à la junte sanguinaire de Guinée Conakry, c'est la seule mesure qui a eu un peu d'effet (pas assez jusqu'ici). Le reste, les embargos militaires, sont de la rigolade pour les truands en uniforme.
Alors voilà, c'est une idée que je trouve intéressant de faire circuler, avec cette autre proposition de Bo Kyi, concernant les ex-prisonniers politiques: les organisations ou entreprises actives en Birmanie devraient dans la mesure du possible les engager, leur donner une formation et du travail. D'abord, ça permettrait de les réinsérer dans la société, ensuite ils seraient mieux protégés. Là aussi, il faut juste un peu de courage.

UBS, donc...

Passé 22 heures, écrit trois articles aujourd'hui, je ne vais pas faire une analyse en profondeur des présentations UBS sur sa nouvelle stratégie, qu'on trouve ici. Pour ce qui est du renouveau, il y a au moins une chose qui n'a pas changé chez UBS: le goût immodéré des présentations Power Point débiles et du charabia pour initiés.
Un exemple: au dixième schéma de celle intitulée "Group strategy and transformation", on trouve ça:
70% of AuM from UHNW/HNW in WM Americas
Ce qui veut dire, en clair et en français: plus des deux tiers de la fortune gérée par la division banque privée américaine d'UBS relève de clients super-dégoulinants de pognon (ultra high net worth individuals)ou simplement dégoulinants de pognon (high net worth individuals).
Le but, on l'aura compris, est de rassurer ceux qui penseraient quitter la banque, soit qu'ils aient été dégoûtés par la façon dont elle les a traité face aux attaques du fisc (il y aurait dix fois de quoi), soit qu'ils ne lui fassent plus confiance. Le message est donc: "mais non! restez braves gens, voyez: nos coffres sont encore pleins, nous restons, avec 1700 milliards de dollars de fonds sous gestion, le No 1 mondial hors Etats-Unis."
C'est super-important, chez UBS, d'écrire le plus souvent possible "No 1" ou "leader" à propos de n'importe quoi - ça fait chic, cossu.
L'objectif de la banque, on l'aura lu dans les dépêches, est de dégager dans quelques années 15 milliards de dollars de profits annuels avant impôts. Mais comment donc? Voici le "best of" des réponses power pointées:
en "refocusing les activités",
en "deliverant the best of all of UBS to our clients" (surtout les UHNW bien sûr - à vos souhaits!),
en "enhançant the structures and processes",
en "puttant the clients at the center of everything we do",
en "takant a holistic portfolio view in decision-making",
en "ensurant consistent high-quality delivery externally & internally",
et bien entendu en "treatant reputation and people as our most valuable assets".
Je vous jure, je n'invente rien. C'est écrit en toutes lettres dans le Power Point, et il y a des gars qui ont regardé ça en hochant la tête d'un air entendu.
C'est les mêmes conneries marketeuses que celles emballées sous vide par la direction précédente, le même gargarisme postillonnant, la même conchiade prétentieuse qui a mené UBS au désastre.
Je vous avais prévenus, ceci n'est pas une analyse financière en profondeur de la "nouvelle stratégie UBS". Simplement un avertissement: une banque qui prend à ce point les investisseurs et ses clients pour des cons leur réserve de mauvaises surprises.

Obaclimat, vais-je manger mon chapeau?

Me suis-je fâché trop vite il y a deux jours quand le premier ministre danois Lars Lokke Rasmussen est venu à Singapour annoncer, en marge du Forum Asie-Pacifique, ce qui ressemblait fort à un enterrement de première classe du sommet de Copenhague sur le climat, pour le plus grand bonheur des pollueurs No 1 et No 2 de la planète, la Chine et les Etats-Unis?
C'est le défaut des blogs: on n'y tourne pas sept fois la langue dans sa bouche.
Mais leur avantage, c'est de rebondir vite. Alors je le fais sur le communiqué commun publié ce mardi par Barack Obama et Hu Jintao. Il parle de plusieurs choses, mais à la fin, il comprend près d'une page sur le réchauffement climatique, présenté comme "un des plus grands enjeux de notre temps". Rien que ça, ce n'est pas rien sous la plume de ces deux chefs d'Etat qui comptent un peu plus que les autres. Suit un engagement ferme à s'inscrire dans le processus initié à Kyoto, précisé à Bali: c'est aussi bon à prendre. Enfin, la Chine et les Etats-Unis s'engagent à prendre des mesures "significatives" pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et prennent clairement le pari d'une économie "low carbon". On apprend même, un peu plus loin, l'existence d'un projet commun consistant à déployer des milliers de voitures électriques dans des villes-test.
Bien sûr, les sceptiques - dont je fais en général partie - relèveront que les engagements restent généraux, qu'il n'y a aucun chiffre. C'est vrai. Mais dans ce texte dont chaque mot a été pesé figure quand même l'adhésion à un certain nombre de principes - dont celui de la coopération internationale, qui n'est pas le moindre.
On verra à Copenhague ce qu'il advient de cette réthorique. Mais à ce stade, il me paraît important d'en prendre acte, quitte à reconnaître que je me suis échauffé un peu rapidement (ça ne produit pas trop de CO2, et c'est bon pour la santé).

lundi 16 novembre 2009

A suivre ce mardi, UBS

La plus grande banque suisse, la plus touchée aussi par les "subprime" et celle qui est le plus dans le collimateur des autorités fiscales américaines, présente ses grandes orientations stratégiques lors d'une journée des investisseurs.
Ce n'est pas la première fois qu'Oswald Grübel annonce ainsi un nouveau départ. Le problème, c'est qu'à chaque fois, la voiture reste collée au parking.
Je ne peux pas m'empêcher de repenser à cette dépêche de Bloomberg qui compare UBS à ses pairs. Pas brillant. C'est la banque la plus mal classée dans les attentes des analystes. Celle qui continue d'inscrire des pertes un an après le pic de la crise. Celle qui enregistre des retraits nets de fonds. Celle dont le gain boursier (15% pour l'année, au 5 novembre) est à la traîne de la moyenne du secteur (41%), sans parler du concurrent Credit Suisse (94%). Celle dont le ratio prix/bénéfice est le plus défavorable.
On espère que M. Grübel a au moins une bonne nouvelle à annoncer, ou une bonne idée.

"Question de personne"

Les socialistes genevois se sont pris une veste ce week-end: ils n'ont plus qu'un siège sur sept au Conseil d'Etat (Exécutif) du canton, ce qui ne leur était arrivé qu'une fois en 48 ans.
Forcément, nous discutons de cela lors de la séance de rédaction hebdomadaire. Aucune idée brillante ne fuse en ce lundi matin brumeux, l'impression dominante est celle d'avoir analysé, ranalysé et raranalysé sous toutes les coutures les causes du déclin socialiste en Suisse et dans le monde.
Jusqu'à ce qu'une collègue, plutôt tendance gauche-Carouge, nous lance cette mise en garde: "Ne tombez pas dans le piège des généralisations! Si le PS a perdu un siège à Genève ce week-end, ce n'est pas nécessairement un problème de parti, mais plutôt une question de personne".
Ah bon, voilà qui change tout. La cause est intacte, c'est juste le cheval qui était mauvais...
Mais voilà que plus tard dans la même séance, on évoque la fin d'année et les successions d'usage sous le Tipi des Grands Sages au pays des Toujours-Contents. Justement, c'est au tour de Marmotte Enrhumée (Moritz Leuenberger pour les ignares), de la tribu socialiste, d'occuper l'an prochain le siège de Vice-Grand Sage, et peut-être celui de Grand Sage en 2011. Des esprits irrespectueux se disent qu'après quatorze ans passés sous le Tipi des Grands Sages, Marmotte Enrhumée pourrait peut-être aller se gratter le nombril ailleurs. Certains membres particulièrement téméraires de la tribu socialiste ont même osé le lui chuchoter à l'oreille, mais ils se sont fait remettre en place d'un coup de griffe rageur (Marmotte Enrhumée a la particularité d'attaquer juste au moment où on le croit le plus somnolent).
Or plus Marmotte Enrhumée s'accroche, plus sa tribu du PS helvétique semble peiner face aux électeurs du Pays des Toujours-Contents. Etonnante coïncidence. N'y aurait-il pas là une deuxième "question de personne" pour les socialistes, me dis-je en sortant de la séance?
J'allume l'ordinateur à mon bureau et lis qu'en France voisine, la députée socialiste Aurélie Filippetti propose de "rétablir la fessée" au PS, effondrée qu'elle est de voir Ségolène Royal et Vincent Peillon s'écharper en public.
Tiens donc, voici que surgit la troisième "question de personne" socialiste en moins de deux heures.
Tous les partis politiques de France, de Navarre et du Pays des Toujours-Contents ont bien sûr leurs "questions de personnes" à régler, mais j'ai comme l'intuition qu'au PS - parce qu'on n'y aime guère, par principe, aborder de front les enjeux d'autorité (synonymes d'inégalité, beûrk!) - on les laisse pourrir plus longtemps qu'ailleurs.
Ce qui, du coup, transforme les "questions de personnes" en problème général.

dimanche 15 novembre 2009

Le coup tordu d'Obama et Hu Jintao

Alors là, je suis soufflé! Comme tout le monde, je n'attendais plus grand chose du sommet mondial sur le climat à Copenhague, mais je croyais naïvement qu'il y aurait une forme de discussion entre les 192 Etats représentés et la société civile représentée par ses ONG sur les objectifs, ce qui est possible et ne l'est pas, l'équilibre entre l'idéal et le réel.
Tu parles, Charles! Ce week-end, les deux plus gros pollueurs de la planète, Etats-Unis et Chine, ont décidé - pour des raisons différentes mais convergentes - qu'ils n'allaient pas s'emmerder avec des palabres qui ne leur apporteraient que des critiques et des désagréments. Ils ont donc décidé que Copenhague serait un sommet pour rien ou presque, un petit tour de piste avant un autre sommet qui, peut-être, offrira quelque chose de plus substantiel.
Bien sûr, il fallait donner un semblant de légitimité à ce sabotage en règle. Pour cela, Barack Obama et Hu Jintao ont choisi le forum asiatique de l'APEC. Il y avait là une vingtaine de chefs d'Etat asiatiques, les Australiens et les Mexicains - tous de grands partisans de la lutte contre le réchauffement climatique, comme on sait. Et pour faire bonne mesure, on a convoqué illico presto le premier ministre danois qui est venu en avion assister à un petit-déjeûner "hâtivement organisé" précisent le New York Times et le Wall Street Journal, pour donner un vernis d'officialité à cette basse manoeuvre.
Même George W. Bush n'aurait pas osé traiter les Européens - et ceux qui pensent que la planète mérite plus que des belles paroles, avec un mépris aussi tranquillement affiché.
On s'en doutait un peu, mais les choses sont claires: Obama n'est pas l'ami des Européens. Sa résistance aux lobbies de l'énergie américains est chancelante. Quand donc cessera-t-on de baver d'admiration devant ce type de ce côté-ci de l'Atlantique?

samedi 14 novembre 2009

Emploi, les Etats-Unis suspendus au-dessus du vide



La zone euro est donc sortie de la récession au troisième trimestre (+0,4% de croissance par rapport aux trois mois précédents, +0,2% si on prend les 27 pays de l'UE), tout en affichant un recul du PIB de 4,1% sur un an.
Mais la nouvelle de la semaine est à chercher du côté de l'emploi, car il ne sert à rien de mouliner des chiffres de produit intérieur brut s'ils ne se traduisent pas en postes de travail.
Là, il se passe quelque chose d'intéressant: le taux de chômage américain a atteint 10,2% en octobre, celui de la zone euro se situant à 9,7%. Sur un an - that's the point - la progression est de 3,6 points aux Etats-Unis, de 2 points pour l'UE et de 1,3 point au Japon, selon les statistiques de l'OCDE. Bref, le chômage progresse plus vite aux Etats-Unis.
Ce qui tranche sur la tendance de long terme puisque, comme le relève The Economist, le taux moyen américain était de 5,8% sur le dernier quart de siècle, contre 9,5% en France et 9,1% en Allemagne. Et l'hebdomadaire de se poser la question: l'Europe aurait-elle apporté une meilleure réponse que les Etats-Unis en matière d'emploi suite à la dernière crise?
Il n'est pas le seul à s'interroger. Dans le Financial Times, Jeffrey Sachs écrit que Barack Obama "a perdu son chemin sur l'emploi" tandis que dans le New York Times, Paul Krugman pense aussi que les Etats-Unis ont, pour une fois, quelque chose à apprendre de l'Europe.
La philosophie américaine traditionnelle en matière de soutien à l'économie est "la politique du PIB", rappelle Krugman: la stimulation de la consommation, généralement par des rabais fiscaux, incite les gens à dépenser plus et les entreprises à engager davantage. L'alternative, largement utilisée en Europe depuis un an, est de soutenir directement l'emploi, en particulier par une aide aux entreprises qui ont introduit le chômage partiel suite à la chute des commandes. Ainsi, celles-ci peuvent différer des licenciements en attendant une éventuelle reprise. Il peut y avoir aussi un subside à la création de nouveaux emplois.
Il semblerait bien que cette fois, la façon de faire européenne ait donné de meilleurs résultats que l'américaine. On peut voir deux raisons à cela. Premièrement, le gel du crédit a provoqué une chute brutale, mais relativement courte (espérons-le) de l'activité économique. Dans ce cas, le chômage partiel aidé par l'Etat est une parade efficace.
L'autre raison, plus profonde, est à chercher du côté des Etats-Unis. La stimulation classique de la demande par rabais fiscaux, aides hypothécaires, etc., n'a pas donné les résultats habituels car elle contredisait la réalité massive que doivent aujourd'hui affronter les Américains: ils sont surendettés - pas depuis trois ans, mais depuis plusieurs décennies. Ils surconsomment, de tout. On sait qu'aux Etats-Unis, la demande intérieure fait marcher plus de la moitié des entreprises. C'est un problème structurel qui ne se résoud pas en un ou deux ans - et surtout pas par un encouragement des dépenses. C'est comme si on suggérait à un drogué de s'acheter une dernière petite dose avant de commencer sa cure de désintoxication. Les ménages américains ne comprennent pas très bien ces messages contradictoires.
Ajoutez à cela une indemnisation du chômage bien plus faible qu'en Europe, et vous obtenez un système qui, dans le cas de figure actuel, a perdu sa légendaire capacité de rebond.
Bien sûr, le système européen a aussi ses faiblesses, que ne manque pas de rappeler la presse anglo-saxonne. Le soutien direct à l'emploi contribue à maintenir en survie artificielle des entreprises fragiles, retardant l'inévitable adaptation de l'économie. C'est la vision "schumpeterienne" de la "destruction créatrice": laisser mourir ce qui est vieux et usé pour que surgissent plus vite les jeunes pousses.
Mais même cette objection classique ne correspond plus tout-à-fait à la réalité. Les politiques européennes d'innovation - certes lentes à se mettre en place - commencent à porter leurs fruits. Le soutien public au chômage structurel qui tournait parfois à l'encouragement à l'inactivité a été réduit (même à Genève, c'est dire!). Les onéreuses mises en retraite anticipées, qui ne mènent nulle part ni sur le plan personnel, ni sur celui de l'économie en général, restent un problème, mais là aussi, la tendance est à la baisse.
Ce constat étant posé, comment sortir les Etats-Unis de l'impasse actuelle en matière d'emploi? Jeffrey Sachs propose trois pistes:
1. Promouvoir les exportations par la dépréciation du dollar (c'est déjà en train de se passer) et par un soutien plus direct comme les garanties (attention à la concurrence déloyale! L'Europe devra être très attentive si ces aides se multiplient).
2. Soutien massif à la formation en emploi et à l'éducation en général, étant connu que les travailleurs sans compétences particulières sont trois fois plus touchés par le chômage.
3. Investir dans des secteurs "à fort retour social" tels que l'infrastructure et les technologies vertes.
Tout cela est bel est bon. Le problème à X milliards - qu'élude Sachs - est: où trouver l'argent? Les Etats-Unis ont déjà une dette record, et Jeffrey Sachs lui-même rappelle que les 17% du PIB récoltés en impôts servent tout juste à financer la Défense, les services sociaux comme l'assurance-maladie de base (que Barack Obama veut étendre) et les intérêts de la dette. Toutes les autres dépenses se font à crédit...
Plus modestement, The Economist suggère d'augmenter les incitations pour les entreprises qui engagent (par réduction voire suppression temporaire de la fiscalité sur les employés, par exemple). C'est un système administrativement plus simple, encourageant et responsabilisant ceux qui sont le mieux placés pour prendre les décisions d'embauche: les entrepreneurs.

jeudi 12 novembre 2009

La Suisse, Schengen et Khadafi

Le 5 juin 2005, 54,6% des votants suisses ont approuvé l'intégration de la Confédération dans l'Espace Schengen. Comme tout ce qui touche à l'Europe, c'était un score ric-rac, précédé de longs débats. Comme tout ce qui touche à l'Europe, la méfiance helvétique dominait face aux "juges étrangers" qui empièteraient sur la souveraineté nationale.
Et voilà que grâce à Khadafi, les Suisses découvrent les charmes de Schengen. Las de se faire danser sur le ventre à propos des des otages retenus à Tripoli, le Conseil fédéral a enfin décidé il y a quinze jours de réagir avec un minimum de dignité. Mais de quels leviers disposait-il? Bloquer des comptes libyens? Manque de pot, le régime les avait déjà vidés.
Il a alors décidé une mesure toute simple: la restriction des visas accordés aux citoyens libyens qui veulent venir en Suisse. Et comme la Confédération fait désormais partie de l'espace Schengen, la mesure s'applique automatiquement dans les autres pays dudit espace. Certes, rien n'empêche un Libyen de solliciter un visa pour la France, ou l'Allemagne, mais s'il veut passer d'un pays "Schengen" à un autre: fini, plus possible. Il doit rentrer et faire une seconde demande.
Visiblement, ce tour de vis a fait son effet. Voici que Khaled Kaïm, vice-ministre libyen des Affaires étrangères, se justifie devant l'AFP, explique que les deux otages suisses "n'ont pas été enlevés"  - ce qui est un pur mensonge, mais montre l'embarras des autorités. Les deux otages ont déjà pu réintégrer l'ambassade suisse à Tripoli, ce qui est un premier pas. Amnesty International s'en est mêlé aussi. Bref, le régime Khadafi commence à paraître pour ce qu'il est aux yeux du monde entier, à savoir une dictature familiale aux humeurs imprévisibles, ce qui cadre mal avec les rodomontades du colonel Mouammar  à l'ONU. Et cela ne lui plait pas beaucoup.
Oui, la solidarité européenne - même automatique comme dans ce cas - a du bon, doit-on se dire Berne. Où le Parlement refusait il y a quelques semaines l'envoi d'une trentaines de soldats en soutien logistique à l'opération Atalante contre les pirates somaliens, alors que nombre de bateaux battant pavillon suisse, ou transportant des marchandises vers la Suisse, passent par cette zone dangereuse.
La solidarité est une belle chose, c'est encore mieux quand elle joue dans les deux sens.

mercredi 11 novembre 2009

Les nouveaux moulins de Don Quichotte


Les bonnes nouvelles en provenance d'Espagne sont rares en ce moment. En voici une, qui plus est liée au très mauvais temps qui a balayé le pays le 8 novembre dernier entre 3 heures et 8 heures 30 du matin. Qui dit mauvais temps dit vents soutenus, et ceux-ci ont si bien fait tourner les éoliennes installées dans le pays qu'à leur pic de production, elles ont fourni jusqu'à 53% de toute l'électricité consommée en Espagne, selon un communiqué de l'association nationale pour l'énergie éolienne. José Donoso, son président, se souvient qu'il y a cinq ans, le système électrique n'était pas capable de digérer plus de 14% d'énergie éolienne en pic de production. Il estime que la puissance installée actuelle, 17 000 megawatts, peut être portée à 40 000 megawatts. En 2008, l'énergie éolienne a fourni, en moyenne cette fois, 11,5% des besoins électriques espagnols.

lundi 9 novembre 2009

Le Mur, le jour d'après

Je sais, tout le monde s'y est mis pour les vingt ans, célébration de vieilles barbes. Paraît que les jeunes Allemands s'en foutent. Le Mur? Ils sont nés après. Leur mur - de l'ennui, de la famille, de l'avenir bouché, ou simplement d'un monde trop prévisible ? -ils le passent tous les jours sur le web. La Guerre froide, c'est pas cool.
Peut-être qu'en regardant la vidéo ci-dessous leur viendra quand même un petit goût de ce que fut la nuit où le Mur s'est ouvert, pour de bon, à Bornholmerstrasse. Un événement magique, d'une folle jeunesse, réunissant toutes les générations dans une pacifique exultation. En le regardant, j'avoue que des larmes me sont venues au coin des yeux.
Non, je n'étais pas à Berlin ce jour-là, mais à Lausanne, où nous préparions le prochain numéro de L'Hebdo. Je me souviendrai toujours du vendredi quand Jacques Pilet, qui était rédacteur en chef du magazine, et moi nous sommes retrouvés les deux, vers huit heures du matin, dans l'entrée de la rédaction. "Alors c'est fait? Tu crois? Le Mur est vraiment tombé?..." Nous nous testions mutuellement face à l'incroyable, nous essayions de faire abstraction des sentiments, de peser les risques, les retournements toujours possibles. Lui et moi avions grandi dans le monde des blocs. Il comprenait non seulement l'appareil policier est-allemand, dont l'efficacité était redoutée loin à la ronde, mais surtout le "rouleau compresseur russe", qu'on avait vu plus d'une fois se mettre en branle. Bien sûr, Gorbatchov avait commencé à changer cela, mais la hiéarchie soviétique était loin de le soutenir unanimement.
Bref, entre ce béton et le bordel bon enfant dont les images nous étaient parvenues tard le soir précédent s'érigeait un autre mur, celui de deux réalités irréconciliables. Il nous a fallu un petit moment pour nous rendre à l'évidence que oui, un monde avait basculé.
Les autres rédacteurs sont arrivés peu à peu. Vers 9-10 heures se tenait traditionnellement une séance de rédaction pour actualiser le contenu du numéro qui serait en kiosque le jeudi suivant seulement. Que faire de la nouvelle incroyable qui nous tombait dessus?
Dans ce genre de moments, Pilet avait une façon bien à lui de laisser venir les avis. Lèvres pincées, yeux rétrécis derrière les lunettes, faussement détaché, avec un petit tic qui lui faisait pencher la tête en émettant un léger bruit de succion avec la bouche. Pas trop réveillés, répartis autour des tables en fer à cheval, les collègues s'y sont laissé prendre. Silence dans la salle. Les rares propositions ne brillaient pas par leur originalité. Et puis l'un d'entre eux, dont je tairai le nom par charité, a lancé cette phrase: "Bon, c'est clair, il faut de toutes façons laisser une page ouverte en actualité pour le bouclage de mardi"...
C'est là que Pilet a explosé. Une heure plus tard, nous étions quatre ou cinq volontaires à préparer nos bagages pour l'Allemagne, la moitié au moins du numéro nous était ouverte.
J'ai eu la chance d'être celui qui partait pour Berlin, ayant rendu compte des manifestations populaires de Leipzig quelques semaines plus tôt. Quand je suis arrivé à l'aéroport de Cointrin, je suis tombé sur un collègue de la Radio suisse romande, dont j'ai malheureusement oublié le nom depuis.
- Tiens, salut, tu vas à Berlin?
- Oui, bien sûr.
- Dis donc, je te croyais à la retraite?
- Je le suis. Mais j'étais à Berlin quand le Mur a été construit en 1961. Alors je me suis dit que je ne pouvais pas rater ce moment. Je paie ce voyage de ma poche.
C'est ainsi que nous sommes partis tous deux pour Berlin. Je me souviens que nous sommes descendus plusieurs stations de métro avant le Mur. L'un et l'autre, nous voulions retarder le moment tant attendu, l'appréhender progressivement, en marchant dans la ville. Nous sommes arrivés près du grand bâtiment de la Philharmonie. De jolies étudiantes américaines étaient en train d'offrir des roses, par un trou déjà percé, à un jeune Vopo rougissant. D'autres étudiants s'attaquaient au béton avec des outils ridiculement petits. Plus loin, des filles en minijupe rouge distribuaient des cigarettes "Go West" aux Berlinois de l'Est qui arrivaient. Le reste est une histoire connue, même si - j'en suis convaincu - nous n'en avons pas encore bien saisi toutes les répercussions, en Suisse particulièrement.
J'ai mis dans ma poche un morceau du mur plus coloré que les autres et l'ai ramené à ma soeur. Je ne sais pas si elle l'a gardé.

dimanche 8 novembre 2009

Voyages...

La bise pousse les feuilles mortes dans l'entrée de la maison de retraite où je suis allé voir, à la télé, Roger Federer se faire battre, en compagnie de ma maman. A part ça: dormi. Et mangé chez des amis hier soir (merci Catherine et Hanspeter!), parlé voyages. A propos, connaissez-vous la revue romande qui s'appelle, précisément, Voyager? Plus d'informations ici. Je lui fais un petit coup de pub parce qu'il a eu l'amabilité de reprendre un article que j'avais écrit pour L'Hebdo sur l'incroyable périple d'Alain Daniélou et du photographe Raymond Burnier à Bénarès. Et c'est dans ce magazine que j'ai trouvé un lien web vers la plus longue photo du monde (à voir en penchant la tête de côté...), qui montre justement les ghats de Bénarès.
Pour rester en Inde, la revue Voyager renvoie aussi vers le très beau site de Fredcan, photographe-voyageur qui prend son temps.

jeudi 5 novembre 2009

iPhone mania

mercredi 4 novembre 2009

La croix

Je n'ai pas l'honneur de connaître Soile Lautsi, l'italo-finlandaise qui ne supportait pas la croix suspendue dans la classe d'école de ses filles et son influence supposée délétère sur les chères têtes blondes. Au nom de la séparation stricte de l'Eglise et de l'Etat, elle vient d'obtenir gain de cause devant la Cour européenne des droits de l'homme, imposant par la force ce que la pratique amenait progressivement. Le résultat de cette "victoire" est:
- le sursaut haineux de tous les bigots et l'incompréhension des autres;
- une intolérance accrue envers tout ce qui signalera l'appartenance à d'autres religions;
- ... et subsidiairement la détestation de tout ce qui incarne l'Europe et les "diktats" de Bruxelles ou Strasbourg.
Bienvenue dans le monde bien rangé de de madame Soile Lautsi où les croix sont suspendues là où elles doivent l'être et pas ailleurs, les écoliers protégés de tout ce qui dérange maman, et la raideur érigée en principe cardinal.
C'est marrant, mais voilà le genre de nouvelle qui transforme le mécréant que je suis en ami des curés.

Angela se ramasse une pelle en Opel


"Un deal qui pue": c'est ainsi que The Economist avait présenté le sauvetage d'Opel Allemagne, en septembre, par un gouvernement en pleine campagne électorale qui n'osait pas annoncer le sacrifice de 25 000 emplois liés au constructeur automobile. Le deal en question consistait à injecter 4,5 milliards d'euros d'argent public - 180 000 euros par emploi si je sais bien compter - et à vendre 55% de la société à un consortium formé de Magna, un fabricant austro-canadien de composants automobiles, et de Sberbank, la plus grande banque de détail russe.
Comme le décortiquait justement l'hebdomadaire britannique, c'était un arrangement dicté par la myopie électoraliste et les copinages politico-syndicaux, défiant toute logique industrielle - le secteur automobile européen, mondial souffre de surcapacité, et l'intervention du gouvernement allemand n'y change rien. C'était surtout une atteinte crasse aux règles de concurrence de l'Union européenne que n'ont pas manqué de dénoncer les concurrents évincés qui avaient aussi fait une offre sur Opel (dont Fiat) et les trois autres pays où Opel a des usines: Grande-Bretagne, Belgique, Espagne.
Fort heureusement, il y a une forte femme en Europe. Elle ne s'appelle pas Angela Merkel, mais Neelie Kroes. La commissaire européenne à la concurrence n'a pas attendu le résultat des élections allemandes pour envoyer à Berlin une lettre où elle disait dans  les termes les plus clairs que le deal puant autour d'Opel contrevenait aux règles les plus élémentaires de l'UE en matière de concurrence. L'Allemagne a tenté de faire bonne figure tout en s'agitant en coulisses pour gagner d'autres pays à sa petite manoeuvre.
Et hier soir, patatras: General Motors, la maison-mère d'Opel, a annoncé dans un spectaculaire tête-à-queue qu'elle ne vendait  plus Opel, mais va conserver et restructurer ses opérations européennes. L'explication officielle est que le marché automobile présente quelques timides signes de reprise et que l'Europe reste un marché important pour GM. J'y vois une autre raison: GM savait que son accord pourri avec l'Allemagne allait dans le mur, ou en tout cas au devant de grandes difficultés, et a préféré reprendre la main avant d'être forcé à le faire par d'autres.
Angela Merkel a l'air assez bête au milieu de tout cela (elle faisait justement des courbettes à Obama hier) et l'a bien mérité. On tombe régulièrement à bras raccourcis sur Nicolas Sarkozy quand il débarque avec ses 46 fillette pour défendre ses "champions nationaux", mais les Allemands ne valent pas mieux.
Tout aussi embêtés, sans l'avoir vraiment mérité, sont les Russes, qui comptaient sur cette opération pour amener du sang frais à une industrie automobile nationale passablement dévastée.
Quant au problème de fond, il subsiste: Opel aurait deux fois trop d'usines, disent les spécialistes, et ce n'est pas le seul constructeur dont l'appareil industriel dépasse les besoins.
Pendant ce temps, Warren Buffett investit dans le train.

mardi 3 novembre 2009

Genève vote: "satisfait ou remboursé"


Le Mouvement citoyen genevois lave plus blanc. Plus de dealers ni de mendiants en 45 jours, croix de bois, croix de fer, si je mens...
Sur la place du Molard, le seul concurrent politique du MCG à se risquer sous la pluie de novembre est l'Union démocratique du Centre, à qui l'on doit la célèbre affiche sur la "racaille d'Annemasse". Les autres partis? Pas vu en me promenant dans les rues. Devait faire trop froid. Pas étonnant que ces politiciens de beau temps se ramassent des vestes face à la droite national-populiste quand viennent les frimas.

Le dernier pari de Warren Buffett


Adieu la route, bonjour le rail! Warren Buffett, "l'oracle d'Omaha" qui a investi en 1973 dans le Washington Post, en 1979 dans ABC, en 1987 dans Salomon Brothers, en 1988 dans Coca-Cola, en 1998 dans General Re, l'an dernier dans Goldman Sachs, General Electric et Dow Chemical, vient de placer le plus gros paquet d'argent de sa carrière - 26 milliards de dollars - dans une compagnie de chemin de fer, le Burlington Northern Santa Fe. A 79 ans, il semble croire dur comme fer à l'avenir du fret ferroviaire et envoie un signal intéressant aux autres investisseurs.

Le climat, la nouvelle tirelire du Sud

Assisté l'autre jour à un débat d'Alliance Sud, qui regroupe les oeuvres d'entraide suisses, à propos du sommet de Copenhague sur le climat. Quand je dis débat, c'est une formule de politesse: les trois heures de discussion ressemblaient davantage à un prêche pour convertis.
L'aide au développement est aujourd'hui passée de mode, plus vraiment nécessaire dans les économies dites "émergentes", critiquée pour son inefficacité ailleurs. Mais bingo, voilà que surgit le réchauffement climatique! Un danger? Une aubaine, oui. Vu du Sud, il ressemble à une gigantesque tirelire - 160 milliards de dollars par an selon le chiffre articulé par une participante au débat.
A quoi correspond-il? A l'estimation des mouvements tiers-mondistes sur les transferts annuels de fonds Nord-Sud nécessaires pour éviter que le réchauffement de la planète excède deux degrés d'ici 2050. Si vous leur demandez gentiment, ils vous décortiqueront même ce montant en différents sous-chapitres, comme si tout cela avait été calculé avec une précision scientifique.
Je désire comme tout le monde éviter que nos enfants héritent d'une planète en forme de sauna, et contribuer dans la mesure du possible à aider au décollage du Sud. Mais le mélange des deux objectifs dans une sorte de foi missionnaire est une recette pour le désastre. C'est la porte grande ouverte à des méga-magouilles en regard desquelles les scandales passés de l'aide au développement passeront pour des peccadilles. Dans le débat, une participante a analysé l'exemple de la déforestation et montré à quel point l'enfer y est pavé de bonnes intentions. Au nom de la "gestion des forêts", concept élastique englobant aussi bien la préservation de la diversité biologique que la monoculture intensive et écologiquement catastrophique, on subventionne déjà des absurdités. Le négoce des quotas de carbone a donné lieu à des scandales, avec la bénédiction de consultants dont les revenus sont proportionnels au nombre de projets auxquels ils apportent leur bénédiction.
Entre les pays du Nord, pollueurs historiques, et ceux du Sud, qui ont compris qu'ils avaient quelque chose à monnayer, je crains que Copenhague débouche sur l'accord du moindre effort et des bonnes combines. J'espère me tromper, mais ce que j'ai entendu l'autre jour ne me rassure pas.

Une petite place pour Doudou-le-Gnou


Doudou-le-Gnou pénétrera bientôt sous le Grand Tipi des Sept Sages au pays des Toujours-Contents. Comme indiqué dans un précédent épisode consacré à cette attachante peuplade, on s'y montre très minutieux sur le respect des usages, pour le plus grand frétillement professionnel des ethnologues qui l'étudient en toute discrétion, afin ne pas perturber ce rare éco-système. C'est ainsi que le départ de Nez-Qui-Enfle fut abondamment anticipé, préparé, commenté, prédigéré, célébré et dégusté jusqu'à plus soif, afin que tout un chacun ait le temps de se faire à cette idée.
Il en va de même pour l'arrivée de Doudou-le-Gnou. Afin que tout se passe en douceur, progressivement, ce petit dernier a commencé par faire son entrée sur la photo officielle des Sept Sages, sur fond rouge qui est comme chacun sait la couleur préférée des Toujours-Contents. Observez bien qu'on n'a pas convoqué les six autres Sages pour l'occasion, ce qui eût été impertinent, sinon outrecuidant de la part de dernier arrivé. Non, non: Doudou-le-Gnou a posé tout seul, dans son coin. Sur quoi un des habiles peintres officiels du pays des Toujours-Contents, qui regorge de talents méconnus, a fort joliment transposé Doudou-le-Gnou sur le document ci-dessus, tandis que Nez-Qui-Enfle s'en évaporait comme par magie. Du bel ouvrage.
Vous remarquerez au passage la position de Doudou-le-Gnou, bras croisés sur la poitrine, qui respire la confiance en soi et la détermination, comme cela ressortait déjà des propos qu'il tenait au moment de son élection.
Quant à Rhino-Fonceur, Sage entre les Sages sous le Grand Tipi, il a une fois de plus fait preuve de sa clairvoyance le week-end dernier en affirmant dans les gazettes du pays des Toujours-Contents que la tribu des Italiens, qui cherche des noises fiscales par le Sud, allait voir ce qu'elle allait voir, ce qui va sans doute la terroriser quand on sait l'effroi que Rhino-Fonceur a déjà provoqué chez les barbares du désert de Libye. Pour le reste, Rhino-Fonceur est très satisfait de son bilan jusqu'ici, ce qui est bien la moindre des choses quand on est le chef suprême des Toujours-Contents.

Amsterdam, pique et pique et colle et gram...

Secret bancaire, saison 5 - bientôt aussi fort que "Desperate Housewives". Où l'on apprend, dans la Neue Zurcher Zeitung, qu'après les listes de clients liechtensteinois vendues à l'Allemagne par un informateur, après l'affaire Birkenfeld-UBS aux Etats-Unis, après les 3000 noms mystérieusement récoltés par le fisc français, après les caméras et descentes de police italiennes, ce sont les Pays-Bas qui possèdent - allez savoir comment - une liste de quelques centaines d'évadés du fisc qui avaient planqué leur magot au Luxembourg, au Liechstenstein et en Suisse.
Comme dirait Gabrielle Solis à Bree Van de Kamp sur Wisteria Lane, on ne peut plus faire confiance à personne de nos jours.

dimanche 1 novembre 2009