samedi 31 octobre 2009

Un départ au pays des Toujours-Contents

Au pays des Toujours-Contents, il arrive qu'un des Sept Sages finisse par quitter le Grand Tipi. Soit qu'il tombe raide mort sur le sol de terre battue - ce qui est assez rare - soit qu'il décide de lui-même qu'il en a assez fait, ou qu'il en a assez tout court. Car au pays des Toujours-Contents, il ne viendrait à l'idée de personne de pousser hors du Grand Tipi un des Sept Sages, fût-il gâteux, baveux, besogneux, hargneux, ou simplement péteux. Dans ces tribus, on a le respect des Anciens.
Le départ d'un des Sept Sages est un évènement si rare que quand il se produit, on le suppute, on l'attend, on le déguste, on le presse jusqu'à en extraire la dernière goutte de jus. Ainsi en a-t-il été de Nez-Qui-Enfle en l'an 2009. Il faut dire que Nez-Qui-Enfle est l'archétype même du Sage, un modèle qu'on rêve de momifier pour l'exposer devant la Grand Tipi à l'admiration des générations futures. Avant même qu'il entre au Grand Tipi, les tribus du pays des Toujours-Contents chantaient déjà ses mérites loin à la ronde. On le surnommait Le Candidat, car on savait qu'un jour, Nez-Qui-Enfle serait choisi.
On a donc parlé de lui bien avant qu'il entre au Grand Tipi. On en a évidemment parlé abondamment quand il y est entré, puis quand il a commencé à y distiller sa parole, quand il a décidé avec les autres Sages. On en a parlé quand il a laissé entendre que son temps était arrivé. On a beaucoup parlé de l'annonce de son départ, puis du choix de son successeur évidemment, puis de l'héritage que laissait Nez-Qui-Enfle, puis de son bilan, puis des dernières pensées qu'il distillait, puis de la façon dont il rangeait sa place sous le Grand Tipi, puis de ce qu'il ferait après, puis du fait que cette fois ça y était, il s'en allait.
Ainsi coule la vie dans le pays des Toujours-Contents, tranquille et lisse comme la rivière qui traverse leurs gras pâturages.

vendredi 30 octobre 2009

Double dip

On n'a pas entendu beaucoup de bouchons de champagne sauter quand le chiffre de croissance du PIB américain (+3,5% en rythme annuel au dernier trimestre) a été publié jeudi. Et pour cause. Un jour plus tard, les indices Dow Jones et le S&P 500 ont déjà perdu, à l'heure où j'écris, les gains de la veille et reprennent leur tendance baissière de la dernière semaine. L'îndice de volatilité des options (VIX), surnommée "le thermomètre de la peur" a bondi de 25%, tandis que CIT Group ( services financiers aux consommateurs et sociétés américaines) se restructure et que le moral des ménages fléchit à nouveau.
De Budapest, George Soros avertit que la reprise s'essouffle et qu'il faut s'attendre à une rechute en 2010 ou 2011.

Poor Tony!


Il semble mal parti pour occuper le futur poste de président du conseil européen créé par le traité de Lisbonne. Mais à en juger par l'infographie que publie le Financial Times ce matin, il a encore de quoi s'occuper.

jeudi 29 octobre 2009

A Kaboul, les talibans ont déjà gagné...

US military bans salsa karaoke and salsa nights in Afghanistan

The US military is cutting back on recreational activities including salsa and karaoke nights at major Afghan bases to toughen resolve and free up space on supply flights.


 ...finies les gaies soirées entre potes, où on tuait le temps comme on pouvait (à défaut de terroristes). Ca sent le début de la fin.

Investissements directs: un basculement historique


Les investissements directs à l'étranger souffrent bien sûr de la crise et atteindront à peine 1000 milliards de dollars cette année, la moitié du niveau atteint en 2007, relève The Economist Intelligence Unit. On s'y attendait. Mais la grande nouvelle, c'est que pour la première fois, plus d'argent sera investi dans les pays émergents que dans les pays développés.
The Economist illustre le propos avec une photo prise en Chine probablement. Mais voyons ce qui se passe au Brésil. La semaine dernière, le géant d'Amérique latine a introduit une taxe de 2% sur les entrées de capitaux étrangers pour freiner l'envolée du real (qui s'est apprécié d'un tiers face au dollar depuis janvier) et le flot d'argent, qui risque d'alimenter la surchauffe. Les investisseurs ont bougonné, mais pas très longtemps. Même le Financial Times a trouvé que la taxe était au fond assez justifiée. Solide, ayant intelligemment développé ses exportations Sud-Sud, le Brésil est attractif: 35 milliards de dollars y ont été investis depuis un an. Et ses nouvelles ressources pétrolières découvertes au large des côtes, si leurs recettes sont intelligemment dépensées, permettront de rattraper son retard en infrastructures. Plus de la moitié de la population y est actuellement considérée comme appartenant à la classe moyenne.

Coup de chapeau


... à Nadav Kander, qui a remporté le Prix Pictet de la photographie 2009 pour sa très belle série d'images prises tout au long des 6500 km du fleuve Yangtze en Chine. Il explique sa démarche ici. Des tons pastels pour raconter la brutalité des interventions humaines dans le paysage, et la vie qui continue quand même. Superbe.

mercredi 28 octobre 2009

Comment se dégourdir les jambes en allant au boulot le matin

Et deux banques cassées, deux!

C'est au tour de Northern Rock, mise en bourse en 1997, nationalisée l'an dernier. Ce mercredi, l'Union européenne a donné son feu vert à sa division en deux entités, l'une pour les activités de dépôts et crédits à bas risques, l'autre étant ce qu'on nomme la "bad bank".

Et une banque cassée, une!

Un bref message - pour l'instant - afin de me mettre à jour avec l'actualité bancaire, dont la plus importante n'est pas celle qui fait les gros titres de la presse généraliste.
Les mesures annoncées par Kenneth Feinberg, le "tsar des rémunérations" américain et la Réserve fédérale à la fin de la semaine dernière donnent l'impression que l'administration Obama prend, enfin, le taureau par les cornes. Je n'ai pas eu le temps de regarder dans le détail, mais le Wall Street Journal oui, et la conclusion étonnante de l'article est que si, dans les cas les plus visibles, un coup de rabot a bien été donné aux salaires et bonus excessifs, dans de nombreux autres cas - la majorité en fait: 89 sur 136 vus par Kenneth Feinberg - les rémunérations ont été AUGMENTEES. Chez Citigroup, les salaires de 13 employés sur 21 sous revue ont été doublés.
Ainsi, malgré les effets de manche (des conservateurs britanniques aussi, qui font feu de tout bois en ce moment), pas beaucoup de changements sur le front des bonus.
En revanche, ça bouge à propos de l'enjeu "too big to fail" ("trop gros pour faire faillite"). J'ai signalé sur ce blog l'intervention de Mervyn King, le gouverneur de la Banque d'Angleterre, qui a le courage de recommander le démantèlement contrôlé des banques dont la taille représente un risque systémique. Son discours a fait l'effet d'un électrochoc et suscite des débats nourris dans le Financial Times. Martin Wolf est plutôt sceptique, John Kay nettement favorable. Il faudra revenir sur les arguments des uns et des autres.
Mals la grosse nouvelle de ce début de semaine dans ce domaine, c'est bien sûr la décision prise par ING, la plus grande banque des Pays-Bas, de vendre d'ici à 2013 45% de ses actifs, dont son business d'assurance, ses activités en ligne aux Etats-Unis et des morceaux de sa banque de détail dans le pays même. Bien entendu, ING n'a pas pris ces mesures de gaieté de coeur. Elle a aussi dû annoncer une émission de 11,2 milliards de dollars pour rembourser les montants publics injectés pour eviter sa faillite. Du coup, le cours de son action, ainsi que ceux de Royal Bank of Scotland, KBC et Lloyds Banking group ont chuté, car toutes ces banques sont dans des situations peu ou prou comparables.
La commission européenne, en particulier Neelie Kroes (concurrence) semble avoir joué un rôle important dans la décision d'ING.
Voilà donc une grande banque bel et bien "cassée" pour avoir pris trop de r5isques inconsidérés. C'est un précédent de taille, significatif, comme l'analyse The Economist. Ainsi, l'Union européenne apparaît ici, à première vue du moins, plus audacieuse que les Etats-Unis, où la crise a pourtant créé des banques encore plus géantes, encore plus problématiques en termes de risques systémiques.
A moins que le projet dévoilé mardi par le Trésor américain, qui donnerait à la Réserve fédérale le droit de démanteler les établissements à hauts risques, entre autres mesures, soit du sérieux. Trop tôt pour juger. Affaire à suivre.

mardi 27 octobre 2009

Quand le "château d'eau de l'Europe" manque d'eau


Traînant volontiers les bottes au bord et dans les rivières y déployer le trépied de mon Nikon, je suis frappé de n'y voir couler qu'un filer d'eau cette année, malgré les tardives averses de cet automne. Ce n'est bien sûr pas la grande sécheresse de 2003, mais pas loin.
Et ce n'est pas fini, selon l'Agroscope de Reckenholz-Tänikon qui a examiné l'évolution des surfaces agricoles suisses de 1980 à 2006. D'après ses pronostics, les averses pourraient diminuer de 20% d'ici à 2050, et les zones touchées par la sécheresse vont s'étendre. Aujourd'hui déjà, 26% des terres agricoles sont concernées par le phénomène, en particulier le Plateau suisse occidental. Sur la carte, les zones marquées en rouge peuvent s'attendre à une période de sécheresse prolongée dans un délai de trois ans.
Où prendra-t-on l'eau pour irriguer? Dans les nappes phréatiques et les rivières, bien sûr. D'après les chercheurs, il en résultera des conflits d'utililisation.
Lord Stern, auteur du fameux rapport sur le climat, pense tenir un bout de la solution: arrêtons de manger de la viande, dit-il au Times. Moins de vaches = moins de consommation d'eau et moins d'émissions de méthane. Mais une Suisse sans vaches?
Selon un autre article (thanks Michael!), la fonte des glaciers posera des problèmes d'alimentation pour les barrages suisses dans les décennies à venir. Les électriciens ont demandé à l'Ecole polytechnique de Zurich de calculer cet impact.

La douche royale de Sarko Ier


La présidence française de l'Union européenne au deuxième semestre 2008 a coûté 171 millions d'euros - 1 million d'euros par jour - au contribuable. A ce niveau, les chiffres ne veulent plus dire grand chose. Alors concentrons-nous sur cet exemple, trouvé par Mediapart et repris par Le Monde, dans le rapport de la Cour des comptes: la douche installée tout exprès pour Nicolas Sarkozy au lancement de son projet d'Union de la Méditerranée a coûté 245 572 euros (radio et jets divers compris), et le président ne s'en est jamais servi. On ne peut même pas dire que c'est la goutte d'eau qui...

Dernières nouvelles du secret bancaire

ITALIE DESCENTE D’AGENTS DU FISC DANS 76 FILIALES DE BANQUES SUISSES
Rome (ats/ansa) Septante-six filiales de banques suisses et d’établissements bancaires liés à des intermédiaires suisses ou situés près de San Marino ont été contrôlés mardi matin par des agents du fisc italien, rapporte l’agence Ansa. L’inspection lui a été annoncée par le fisc et la police financière italiens.
Ces derniers ont précisé qu’il s’agissait de vérifier que le devoir de communication de la part des banques et des intermédiaires financiers auprès des autorités financières ait été correctement accompli.
P.S.: Pour la suite des événements voir "Prochaines étapes de décomposition du secret bancaire", publié le week-end dernier.

Dernières nouvelles des repentis


Quand il était directeur financier d'UBS Global Wealth Management, Mark Branson a connu son quart d'heure de gloire le 18 juillet 2008 en témoignant devant une commission du Sénat américain des turpitudes commises par son employeur en matière d'évasion fiscale. C'est lui qui a très officiellement présenté les excuses de la banque suisse.
Aujourd'hui, apprend-on, Mark Branson a trouvé un nouveau job: le citoyen britannique de 40 ans rejoint la direction de la FINMA, l'organe de contrôle suisse des services financiers.
C'est une bonne nouvelle. Rien de tel que quelqu'un qui connaît les rouages bancaires de l'intérieur pour mettre son nez là où il faut. La Commission fédérale des banques (CFB), prédécesseur de la FINMA, s'était signalée par son stupéfiant manque de curiosité face à UBS et à sa contribution active à l'évasion/fraude fiscale. La CFB, présidée par un ancien d'UBS qui reste d'ailleurs à la tête de la FINMA, n'avait jamais trouvé matière à lancer une enquête sur les pratiques de la banque aux Etats-Unis, alors même qu'en livrant au fisc américain des centaines, puis des milliers de noms, le Conseil fédéral a justifié cette mesure par le fait qu'UBS violait aussi des lois suisses. Toujours la même hypocrisie, la même façon de détourner pudiquement le regard de ce qui dérange.
Tempi passati..., ose-t-on espérer. Bon boulot, Mark Branson, il y a du pain sur la planche!

P.S.: Petit débat interne au Temps entre ceux qui pensent, comme bibi, qu'un voleur repenti peut devenir un policier efficace et ceux qui pensent que le guignol présentant les excuses d'UBS au monde entier ne peut se muer en gendarme crédible. Si vous avez un avis, ne vous gênez pas. L'autre question porte sur les compétences professionnelles de Mark Branson. D'après son CV, il était à la comm' d'UBS - dont les prestations furent un désastre absolu - avant d'être parachuté à la tête du Global Wealth Management quand celui-ci était déjà dans le collimnateur du fisc.
En fait l'engagement du jour est plutôt celui de "Bob" McCann (ex-Merrill Lynch) chez UBS, où il va diriger les 7800 conseillers financiers qui restent. Welcome on board, Bob!

P.P.S.: Bob McCann recevra un salaire fixe de 850 000 dollars par an, sans bonus garanti, et déclare à Bloomberg qu'il ne fera pas de la surenchère pour engager des conseillers. Dont acte.

lundi 26 octobre 2009

Dernières nouvelles des escrocs

Jeffrey Picower, 67 ans, a été retrouvé noyé dans sa piscine de Palm Beach. Assassiné? Même pas, semble-t-il. Crise cardiaque. C'était un ami de Bernard Madoff qui, contrairement à d'autres, n'avait pas vu ses économies partir en fumée - au contraire, il avait gagné 7,2 milliards de dollars (oui: milliards) depuis les années 70 avec Bernie. Les enquêteurs reniflaient quelque chose de suspect à propos de ce miraculé des magouilles madoffiennes, mais ils ne l'avaient pas inculpé ni mis sous enquête à ce stade. Désormais, ils n'en ont plus besoin, anyway.
Raj Rajaratnam, gérant de fonds alternatifs arrêté il y a dix jours pour délits d'inités, se rend toujours au bureau, en attendant son procès, après avoir payé une méga-caution. C'est le Sri Lankais à forte carrure qui a fait la "une" de tous les journaux financiers. "Il est victime d'un délit de sale gueule", assure un gérant genevois qui connaît quelqu'un qui le connaît. Ce serait un beau conte de fées: le p'tit gars d'Asie, ayant fait son chemin à Wall Street à la force du poignet, tombe victime de concurrents jaloux et mal intentionnés. Sob!
Le hic, c'est que pour une fois, les enquêteurs de la SEC ont fait proprement leur boulot. Ils ont amassé pendant des années des écoutes téléphoniques accablantes sur les informations top secret qu'extorquaient le sieur Rajaratnam et ses complices à propos des variations prévisibles de cours de certaines sociétés technologiques. L'article publié samedi dernier par le Financial Times est particulièrement amusant. 
On y apprend qu'une culture d'entreprise très swing régnait chez Galleon, la société du petit génie. Elle avait notamment passé commande d'un rap spécialement taillé pour la maison, dont un couplet dit ceci, en anglais:  “When the market flopped, they knew it would dip, that’s why they call it the good ship.” 
("Quand le marché se cassait la gueule, ils savaient qu'il allait plonger, c'est pour ça qu'ils l'appelaient le bon bateau")
Cette version actualisée de "Il était un petit navire" a fonctionné pendant près de dix ans. Aujourd'hui, il paraît que l'industrie des hedge funds est un peu perturbée, parce que l'avis dominant y était que les flics sont vraiment trop bêtes pour détecter les opérations d'initiés. 
Pour une fois, Dupont et Dupond ont coincé Rackham le Rouge.
P.S.: Au fait, toujours selon le FT, Raj Rajaratnam, sentant que le filet se resserrait autour de sa dodue personne, avait acheté un billet d'avion pour se mettre à l'abri. Où ça, croyez-vous? En Suisse. Il n'avait pas dû lire les journaux à propos de Polanski.

A notre Mère Patrie

La France aura son débat sur l'identité nationale, a-t-on appris ce lundi. Qu'est-ce qui fait qu'on est fier d'être Français, qu'est-ce qui fait qu'on mérite d'être Français... Ce genre de questions, quoi. L'opposition est déjà dans tous ses états face à ce qu'elle considère comme un gage donné à l'extrême-droite nationaliste, tandis qu'Eric Besson, ministre "de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire", a déjà apporté sa conclusion personnelle au débat: être Français, c'est chanter la Marseillaise le matin à l'école.
Je sens venir le moment où l'Union démocratique du centre, le Mouvement citoyen genevois et quelques autres vont importer l'idée en Suisse. Le problème sera alors d'ordre pratique. Le "Cantique suisse" qui sert d'hymne national est si poussif et mal fichu que même les vétérans de l'équipe de foot n'arrivent pas au bout de la première strophe (ils arrivent rarement au bout du match aussi, mais ça c'est une autre histoire). Pas facile de faire vibrer les patriotes dans un pays multilingue et - eh oui! - multiculturel.
Je propose que la Suisse se tire de ce mauvais pas en adoptant l'hymne existentiellement insurpassable, musicalement indémodable et gastronomiquement imperturbable que l'on entend dans les haut-parleurs des wagons des chemins de fer fédéraux. En version anglaise, pour rassembler le plus grand nombre:

"For refreshing drinks or appetizing snacks, come and see our friendly staff in the middle of the train"

...Avec les trois notes finales: "bing, bang, boung"

Les pharmas vaccinées contre la crise

Selon le principe "on n'est jamais trop prudent", les gouvernements ont commandé des dizaines de millions de doses de vaccin contre la grippe H1N1. Nul ne saura jamais si c'était de l'argent bien dépensé, puisqu'il aurait fallu pour éclaircir nos lanternes que d'importants pays se trouvant dans une situation comparable prennent la décision de ne rien faire - ce qui n'a pas été le cas. Imaginez la pression politique qu'aurait subie un ministre de la santé mettant en place un dispositif minimal, alors que l'Organisation mondiale de la santé crie au loup depuis des mois. Impensable.
C'est donc la ruée. L'analyste David Kagi, de la banque Sarasin, a calculé le chiffre d'affaires qui en résulte pour l'industrie pharmaceutique: il arrive à 7,6 milliards de dollars pour une pandémie de faible intensité, 18 milliards si elle est de forte intensité. Novartis annonçait la semaine dernière que H1N1 lui rapportera entre 400 millions et 700 millions de dollars en 2009.
La chaîne TV Arte, dans un documentaire diffusé la semaine dernière, pose la question de l'indépendance de l'OMS, citant Wolfgang Becker-Brüser, ancien directeur du service chargé de la circulation des médicaments à l'Office pour la santé de la République fédérale d'Allemagne. L'organisation dépend, pour ses avis scientifiques, de l'industrie pharmaceutique, qui a seule les moyens de mener des études sur l'efficacité des vaccins qu'elle vend. De là à voir derrière le climat de psychose créé autour de H1N1 la main toute-puissante des pharmas, il y a un pas qu'il est difficile de franchir, faute de preuve concluantes.
Tout au plus des indices. Je me souviens de la visite très médiatique de Daniel Vasella à l'OMS il y a quelques années. Il venait y annoncer une collaboration humanitaire entre Novartis et l'organisation. En sortant de la conférence de presse, je suis tombé par hasard, dans le parking, sur Vasella et sa sexy attachée presse qui appelaient je ne sais qui au téléphone mobile pour dire comment les choses s'étaient passées. Ils ne se sont pas rendus compte qu'un journaliste glissait à côté d'eux. Je n'ai plus en tête les mots précis qu'ils ont employés, mais le ton jubilatoire et les quelques phrases entendues ne laissaient guère de doutes sur l'excellent exercice de RP auquel ils venaient de se livrer.

dimanche 25 octobre 2009

Chauffe... (Marathon de Lausanne)

vendredi 23 octobre 2009

Bulles anglaises

L'étonnement de certains commentateurs face au sixième trimestre consécutif de décroissance du PIB britannique (-0,4% au 3è trimestre 2009) m'étonne. Ce pays a connu les deux plus grosses bulles - immobilière et financière - du monde développé. Plus grosses qu'aux Etats-Unis, proportionnellement à la richesse nationale. Normal que la baisse y soit plus longue et douloureuse. Une fois de plus, les analystes à la petite semaine ont les yeux rivés sur de micro-indicateurs à court terme et perdent de vue l'image globale.
"La Grande-Bretagne sera sortie de la récession à Noël", promet Gordon Brown. Et elle aura changé de premier ministre à Pâques?

Prochaines étapes de décomposition du secret bancaire


Faire semblant. Marteler, contre toute évidence, que "l'essentiel est sauf". C'est devenu le mot d'ordre, le réflexe pavlovien, la politique de la Suisse en matière de secret bancaire.
"L'essentiel est sauf", a dit la Suisse après le sommet de Feira en 2000, où l'Union européenne a adopté le principe d'une généralisation, à l'horizon 2010, de l'échange d'informations entre administrations fiscales des Etats membres. Le Luxembourg, l'Autriche et la Belgique faisant de la résistance, la Suisse gardait des alliés dans l'UE.
"L'essentiel est sauf", a dit la Suisse quand, en 2001 et 2004, l'OCDE a présenté ses rapports d'étape sur la "concurrence fiscale dommageable". Par leur obstruction, les négociateurs helvétiques mettaient leur pays en marge des avancées prévues.
"L'essentiel est sauf", a dit la Suisse quand, sous les coups de boutoir du fisc américain, UBS a été amenée à lui livrer plus de 4000 noms de clients.
"L'essentiel est sauf", a dit la Suisse en mars 2009, quand elle a abandonné la distinction entre fraude et évasion fiscale comme critère de coopération avec les autorités étrangères.
"L'essentiel est sauf", dit-elle aujourd'hui après la signature au pas de course d'une douzaine d'accords bilatéraux pour sortir de la liste grise de l'OCDE. Ces textes prévoient un échange d'informations à la demande - et non un échange automatique, qui planterait le dernier clou dans le cercueil du secret bancaire.
Ce n'est qu'une question de temps, quelques années au maximum. En théorie, la Suisse peut bien sûr s'en tenir à l'échange d'informations à la demande, et aux exigences minimales de l'OCDE. Pour prouver sa bonne foi, elle devra élargir l'assiette et élever le pourcentage de l'impôt à la source qu'elle restitue au fisc des Etats étrangers. C'est le sens du projet "rubik" défendu notamment par l'association des banques étrangères en Suisse.
Le double problème de cette approche, est que:
1. Aucun pays étranger n'y a répondu de manière positive à ce jour.
2. Plus la Suisse devient efficace dans ce rôle de percepteur-délégué, moins le secret bancaire devient attrayant pour les évadés du fisc.
Et tout cela ne tient pas encore compte d'une lame de fond, dont témoigne cette information qui n'a pas fait les gros titres: Unigestion, une société basée à Genève travaillant à plus de 80% pour des clients institutionnels, a décidé d'enregistrer un de ses fonds en France, a indiqué mercredi Bloomberg. La raison invoquée est que l'assaut des voisins suisses a rendu "très compliquée" la gestion des fonds "offshore" (par rapport leur gestion sur le territoire de l'Union européenne).
Compliqué? Inquiétant plutôt, estime l'Association suisse des gérants de fonds. "Conséquence du non à l'Espace économique européen en 1992, la place suisse des fonds a perdu l'essentiel de ses produits au profit de sites communautaires tels que Luxembourg et Dublin - auxquels est récemment venu se joindre la Principauté du Liechtenstein", écrit la SFA.
"La situation devrait évoluer de façon dramatique pour le marché suisse des fonds suite au projet de directive pour gestionnaire de fonds d'investissement alternatifs (AIFM) présenté le 30 avril 2009 par la Commission de l'UE", poursuit la circulaire de la SFA datée du 8 octobre dernier. Cette directive introduit une "obligation d'agrément" pour toutes sortes de catégories de fonds. Les gestionnaires suisses non établis dans l'UE seront vraisemblablement privés de ce "passeport européen". Il vaut la peine de reproduire intégralement la conclusion qu'en tire la SFA:
"Les niches dans les affaires transfrontalières se réduisent ainsi comme peau de chagrin, du moins sur les marchés les plus importants de l'UE pour l'industrie suisse des fonds. Rester à l'écart ne ferait qu'envenimer la situation, d'autant plus que le marché européen de la gestion de fortune - sans la Suisse - prend forme dans les autres domaines de la gestion de fortune institutionnelle avec un volume estimé à fin 2008 à quelque 2000 milliards d'euros, le danger d'émigration de valeurs ajoutées et d'emplois hautement qualifiés en Suisse se faisant de plus en plus menaçant."
Ce qui nous mène au problème de fond.
Le dilemme pour la place financière suisse est le suivant, dit une source très bien placée: d'un côté, elle a besoin de l'accès au marché européen - pas seulement les banques, mais aussi les assurances - car elle est nettement surdimensionnée par rapport à la taille de son marché intérieur. De l'autre, elle veut maintenir l'exception du secret bancaire et l'échange d'informations à la demande.
Forcément, elle ne pourra avoir le beurre et l'argent du beurre. D'autant plus que suite à la crise, l'humeur n'est pas aux cadeaux transfrontaliers. Il y aurait même du protectionnisme dans l'air.
"Le temps travaille contre nous", dit cette source, qui regrette que la place financière suisse avance en ordre dispersé, sans stratégie proactive. Qu'elle le veuille ou non, la Suisse se dirige vers des accords dynamiques avec l'UE: elle devra en reprendre non seulement l'acquis, mais les développements futurs. Plus elle attend, plus le prix sera élevé.
Un des développements futurs les plus prévisibles est l'échange automatique d'informations.
Les alliés traditionnels de la Suisse (Luxembourg et Autriche) ont tiré cette semaine quelques-unes de leurs dernières cartouches en bloquant au conseil des ministres des finances européens deux projets d'accords fiscaux qui ouvrent la voie à cet échange automatique, auquel ils s'opposent toujours. Mais le sujet reviendra sur la table avec la révision de la directive européenne sur la fiscalité de l'épargne, et les chances des résistants paraissent minces.
A partir de là, la Suisse sera seule face au bloc unanime des 27 exigeant l'échange automatique d'informations. Comme l'écrit la NZZ, la situation deviendra alors "brisant" (prononcer "brizanttt"), car Berne se trouvera dans une "Feira-Situation" bis face à l'Europe.
Le débat est ouvert entre ceux qui continuent de clamer que "l'essentiel est sauf" (l'essentiel des banquiers et des politiciens suisses, si on se réfère à ce qui est publié) et ceux qui pensent que l'essentiel est désormais ailleurs que dans le faire-semblant avec le secret bancaire.
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Jean apprend

Bon, bon. Jean S. qui n'en a pas parlé précédemment au président Nicolas S., mais en revanche à son papa Nicolas S., a donc décidé tout seul, comme un grand, de renoncer à présider l'EPAD, l'organe public qui développe le quartier d'affaires de la Défense à Paris.
Il mûrit à vue d'oeil, ce jeune homme. Vous avez vu cette tête d'ange, sa coupe de cheveux et ses lunettes sur les dernières photos? On lui signerait les yeux fermés un contrat d'assurance pour la voiture, la TV à écran plat et le lave-vaisselle.
Jean S. ne supportait pas l'idée "de vivre avec le soupçon" au-dessus de sa tête. Soupçon de népotisme, s'entend. OK, il aurait peut-être pu y penser avant, mais il lui fallu moins de trois semaines pour comprendre, ce qui confirme que le fils de Nicolas S. est un futé.
Pour ce qui est du soupçon, en général, je ne suis pas sûr que son revirement de dernière minute change grand chose. Pour ma part, j'aurais bien aimé que Jean S. s'accroche. Parce qu'alors, la presse française aurait été amenée à s'intéresser de plus près au fonctionnement de l'EPAD, l'organe qui planifie l'urbanisme de la Défense, aux rapports qu'il entretient avec ses prestigieux investisseurs. Pour voir les projets de tours - nombreux - du quartier, c'est ici. Et sur la réaction des locaux à ce Manhattan parisien, ici.
En attendant qu'il se réalise, voici, pour la bonne humeur du vendredi, une chronique de François Reynaert dans le Nouvel Observateur, "L'ascète au beurre".

jeudi 22 octobre 2009

Chapeau!


José Luis Rodriguez a remporté le grand prix Veolia 2009 de la photo environnementale avec cette image d'un loup à la chasse, sautant par-dessus une barrière. Il a élaboré cette image plusieurs années, a même dessiné un croquis sur papier avant de trouver le loup, le lieu - et le moment. Plus de détails ici.

Notre Axe du Mal


La Suisse avait déjà quelques petits problèmes avec Mouammar Khadafi, qui s'obstine à garder deux otages pour venger l'honneur de son fils et de sa belle-fille importunés par la maréchaussée genevoise. L'avion du Conseil fédéral joue les pendulaires entre Berne et Tripoli, revenant chaque fois à vide. A la veille du sommet de Copenhague sur le climat, c'est gênant. Tant qu'à faire, on devrait au moins élargir ce vol à une liaison commerciale, histoire d'amortir les frais de kérosène.
Mais voilà que les relations se gâtent avec un autre pays plus proche, dans la même direction du Sud et par ailleurs ami du colonel libyen: l'Italie.
Comme le savent ceux qui suivent l'actualité bancaire, il est récemment devenu à la mode de réclamer des listes de clients aux banques suisses. L'Italie ne semblant pas en avoir sous le coude pour l'instant, elle a décidé de procéder à sa façon, par la méthode de la carotte et du bâton.
La carotte, c'est la nouvelle amnistie fiscale visant à rapatrier plus de 100 milliards d'euros d'avoirs italiens planqués hors-taxes à l'étranger, principalement dans des coffres helvétiques. Le ministre des finances italien Giulio Tremonti est un habitué de l'exercice, il sait comment doser les pénalités pour le pas trop effaroucher la clientèle berlusconienne tentée par un repentir fiscal.
Le bâton, ce sont des caméras installées près des postes-frontière Italie-Suisse, histoire de repérer les allées et venues suspectes. Il faudra qu'on m'explique un jour comment cet attirail permet de détecter les transferts de fonds délictueux à l'époque d'internet, mais apparemment, l'impact recherché est surtout psychologique. Le déploiement d'objectifs fouineurs s'accompagne d'ailleurs de déclarations tonitruantes et vengeresses contre les banques tessinoises.
A force, on a fini par se fâcher du côté de Lugano. La Lega (droite dure et nationaliste locale) demande des mesures de représailles aussi fines que l'expulsion de frontaliers. Moins démonstratifs mais pas moins inquiets, les banquiers tessinois sont allés se plaindre à Berne.
Ils ont été écoutés. Ce jeudi, le super-héros national Hans-Rudolf Merz, s'est dit "préoccupé par la manière d'agir de l'Italie et a décidé de collaborer étroitement avec l'association des banquiers tessinois dans cette affaire. Il recevra aussi prochainement le gouvernement tessinois pour évaluer la situation".
Diable! Ce n'est pas encore la déclaration de guerre, mais ça sent déjà la Mob, version secret bancaire en déroute.
Désormais, la menace No 1 n'est plus la "cavalerie" du ministre allemand Peer Steinbrück (pour l'instant du moins). Sus aux chevau-légers italiens! Depuis le réduit national de la Léventine, braquons nos canons sur Milan et Rome, quitte à relever la mire sur Tripoli en cas de besoin. Tel est l'Axe du Mal qu'affronte la Suisse en l'an de disgrâce 2009.
Avec un général aussi efficace que Hans-Rudolf Merz, ça va barder, promis.

mercredi 21 octobre 2009

"Cassez les banques"

L'idée ne vient pas de n'importe qui: de Mervyn King (photo) dans un discours remarquable de clarté. Le gouverneur de la Banque d'Angleterre rappelle d'abord que le soutien public aux banques du pays approche les mille milliards de livres sterling, soit deux tiers du produit intérieur brut britannique. "Jamais autant d'argent n'a été dû par un si petit nombre à un si grand nombre. Et, pourrait-on ajouter, avec si peu de réformes jusqu'ici."
Ce soutien a créé le plus grand aléa moral de l'histoire, poursuit-il, et il est difficile de concilier l'existence d'institutions "trop importantes pour faire faillite" avec le fait de les abandonner au secteur privé.
Il y a deux façons de résoudre ce problème. La première est d'accepter que certaines de ces banques sont effectivement "too big to fail" et de faire en sorte que la probabilité de leur faillite soit réduite au minimum. La seconde est de veiller à ce qu'aucune institution n'atteigne une taille telle que sa faillite entraîne un risque systèmique.
Jusqu'ici, les régulateurs - en particulier sous les régimes Bâle I et II - ont privilégié la première approche, en fixant des minima de fonds propres censés servir de pare-chocs en cas de crise. Or, dit Mervyn King, elle a deux défauts. Premièrement, elle n'élimine pas complètement le risque, donc la nécessité d'une certaine forme d'assurance par le contribuable. Deuxièmement, le degré de risque auquel une banque est exposée peut changer brutalement, sa liquidité s'assécher du jour au lendemain ou presque, comme on l'a vu l'an dernier. Le "coussin" qui paraissait suffisant si on tombe de sa chaise devient dérisoire quand on chute du dixième étage.
Le talon d'Achille du régime de Bâle I et II est de supposer qu'un ratio de fonds propres constant assure la stabilité du système financier. Tout le monde semble s'accorder sur le besoin de renforcer les pare-chocs, mais de combien? "Nous n'en savons simplement rien", dit le gouverneur de la Banque d'Angleterre.
Une solution hybride consiste à demander aux banques de constituer une assurance sous forme de capital conditionnel ("contingent capital"), c'est-à-dire de la dette convertible en actions si la ratio de fonds propres tombe au-dessous d'un certain niveau prédéfini. Quant à savoir si les investisseurs sont prêts à financer les banques de cette façon, cela dépend du prix qu'on leur paie pour courir ce risque.
La formule est jouable, estime Mervyn King, avec trois bémols. Primo, l'incitation à prendre des risques excessifs demeure, dans la mesure où l'Etat reste le garant de dernier ressort. Deuxièmement, l'expérience a montré que les risques d'évènements rares et à fort impact sont difficiles à juger, il en résulte donc un danger résiduel de contamination des activités "utilitaires" de la banque (par rapport à ses activités spéculatives). Ces deux éléments additionnés rendent quasi-impossible le calcul du capital conditionnel nécessaire. Troisième bémol, tout ceci exige une réglementation détaillée - exactement ce que les institutions financières combattent bec et ongles, non sans raison puisque la multiplication des règles n'a pas empêché la crise, au contraire.
Séparer l'utilitaire du risqué
La deuxième approche consiste à empêcher les banques de devenir trop grosses pour faire faillite. Au lieu de se demander qui doit réglementer quoi, la question de fond y est: pourquoi réglemente-t-on? Une distinction claire doit est faite entre les activités "utilitaires" - le financement des entreprises et des ménages, d'une manière générale le rôle d'intermédiaire entre l'épargne et le crédit - et les activités à risque - comme le négoce pour compte propre. Les premières justifient une garantie publique ultime pour assurer la continuité du service en toutes circonstances, pas les secondes.
Certains affirment qu'une telle division est impraticable dans la réalité. "Il est difficile de voir pourquoi", répond Mervyn King. La réglementation actuelle opère déjà une telle distinction pour fixer des exigences de fonds propres. Ce qui est impraticable, ajoute-t-il, ce sont les arrangements actuels offrant pour les activités utilitaires des banques des garanties publiques avec lesquelles elles peuvent financer des activités de nature spéculative.
"La créativité du secteur financier touchant aux nouveaux moyens de prendre des risques nous confrontera in fine à la question "too big to fail". Croire qu'une réglementation appropriée évite les faillites relève de l'illusion", dit Mervyn King.
La séparation des activités ne supprime pas toutes les incitations perverses, mais elle a pour conséquence essentielle de ne plus subventionner la prise de risques excessifs.
Le gouverneur de la Banque d'Angleterre rappelle que la Grande-Bretagne a un secteur bancaire très concentré: quatre établissements dominent le marché - dont deux virtuellement nationalisés en ce moment, et dont les actifs sont un multiple de la banque suivante.
En Suisse, la concentration est plus forte encore, avec deux banques (UBS, Credit Suisse) dominant outrageusement le paysage. Représentent-elles un danger? Certains le minimisent et convoquent déjà la fanfare au motif qu'UBS a remboursé l'aide de la Confédération (gagnante dans l'opération). Dans Le Temps, Pierre Kladny, président de l'association Le Réseau conteste même la "phrase ressassée par tous les politiciens de la planète et même par certains banquiers, selon laquelle les bénéfices ont été privatisés et les pertes ont été socialisées". Et de souligner que ce sont les actionnaires qui ont supporté le coût principal du sauvetage.
Le raisonnement est habile mais spécieux. Pierre Kladny oublie que la Banque nationale suisse est encore en possession de dizaines de milliards de francs de titres pourris, dont la valeur ne sera pas connue avant des mois, plusieurs années peut-être. C'est alors seulement qu'on pourra dire qui a perdu ou gagné quoi.
Et de toutes façons, limiter le raisonnement à la Suisse n'a aucun sens. C'est parce que tous les grands Etats ont injecté au total plusieurs milliers de milliards de dollars dans l'urgence, parce que les banques centrales ont inondé le marché de liquidités, parce qu'elles ont baissé quasiment à zéro le loyer de l'argent que la finance globale n'a pas purement et simplement implosé - et UBS au milieu. Ces conditions exceptionnelles, qui restent en vigueur pour l'essentiel, expliquent en bonne partie l'embellie actuelle du secteur. Venir rouler des mécaniques en suggérant que les actionnaires ont réglé la facture relève de la mauvaise foi arrogante.
Ce mercredi, le secrétaire d'Etat américain au Trésor Tim Geithner a annoncé que l'administration Obama va boucler à la fin de l'année certains programmes du plan de sauvetage à 700 milliards décidé en 2008. A cette occasion, Reuters rappelle que le Trésor a injecté 204 milliards dans 600 banques , dont 70 milliards ont été remboursés jusqu'ici. C'est compter sans le soutien à AIG.
De son côté, Martin Wolf cite Lawrence Summers, le conseiller économique de Barack Obama, à propos du fait que "tous les trois ans, au cours de la dernière génération, un système financier conçu pour gérer, répartir et contrôler le risque est devenu en fait une source de risque majeur, avec des conséquences dévastatrices pour les travailleurs, les consommateurs et les contribuables". Conséquences qu'on peut d'ailleurs chiffrer pour celle de 2008: six millions d'emplois perdus aux Etats-Unis, 2,5 millions dans la zone euro et 500 000 au Royaume-Uni. On doit garder cela en tête face à l'assaut -prévisible - des banques contre toute tentative de restreindre leur liberté.
La régulation? Impossible sans "terrain de jeu égal pour tous", une condition irréalisable en pratique; et puis cela "tuera l'innovation, renchérira le coût du crédit"... Les bonus? "Faux problème, c'est un symptôme, pas une cause". 
Le secteur financier n'a pas de désir plus ardent que le retour rapide au "business as usual" - jusqu'à la prochaine secousse, qui risque d'être encore plus violente puisqu'entretemps, le nombre d'acteurs se sera réduit et que les survivants pourront jouer encore plus sur l'aléa moral. Il ne reste pas beaucoup de temps aux autorités pour résister à ces pressions et à ce chantage. La proposition de Mervyn King a l'avantage de prendre les banquiers au mot (pas de régulation tâtillonne) et de se focaliser sur une vraie et ambitieuse réforme du système.

Réfléchir

"Réfléchir, c'est bien, surtout avant de parler ou d'écrire. Mais réfléchir peut être néfaste, surtout quand il s'agit d'entreprendre. (...) Un entrepreneur m'a dit un jour: "Le problème de mon entreprise est que nous analysons une bonne idée jusqu'à ce qu'en elle devienne mauvaise!" Avec cette attitude, la plupart des grandes innovations n'auraient jamais vu le jour. Personne n'aurait cru à la chance d'easyJet, McDonalds ou Ikea, bien trop fous... Les grands entrepreneurs ne réfléchissent pas trop, ils essaient et voient ce qui se passe",
...écrit dans un grand journal populaire le président du conseil d'une société suisse qui réfléchit depuis plus d'un an à son avenir.

mardi 20 octobre 2009

Si au lieu d'acheter un iPhone...

...vous aviez acheté trois actions Apple au début 2007 par exemple, pour un peu moins de cent dollars pièce, vous auriez doublé votre mise aujourd'hui, garderiez les actions et auriez les moyens de vous payer l'iPhone. Mais vous auriez perdu deux ans de pianotage à épater les copains, et ça, ça n'a pas de prix.

lundi 19 octobre 2009

La Chine, deuxième économie mondiale d'ici à 2011

C'est le pari que fait Todd Lee, analyste à IHS Global Insight. Plus de détails ici. Sa prévision de croissance pour le 3è trimestre (9,5%) me paraît néanmoins optimiste par rapport aux 7,9% enregistrés au premier semestre. Par ailleurs, tout ceci suppose qu'on fasse confiance aux statistiques chinoises.

De la chute du Mur à la chute des naissances

Trouvé, en préparant un sujet sur l'avenir de l'Union européenne, cette étonnante prévision du démographe Gérard-François Dumont sur le site web Toute L'Europe. Selon ses calculs, la France comptera plus d'habitants que l'Allemagne en 2057. Cette dernière affiche un solde naturel négatif depuis 1972. L'an dernier, elle a ainsi "perdu" 156 000 habitants, tandis que la France en "gagnait" 345 000 à cause d'un taux de fécondité supérieur et de l'immigration. Le fossé se comble donc d'un demi-million d'habitants par an.
En 1990, l'Allemagne avait d'un coup engrangé 16 millions d'habitants supplémentaires grâce à la réunification avec la RDA (annexion, diront certains). Cet avance s'érode lentement, mais sûrement. "Le Pape, combien de divisions?", demandait Staline. "Merkel, Sarkozy, combien d'enfants?", demande-t-on aujourd'hui.
Dans un domaine voisin, l'ONG Migreurop, qui chapeaute plusieurs dizaines d'associations européennes et africaines, présentait récemment à Bruxelles un rapport dénonçant le renforcement des contrôles aux frontières et plus généralement des barrières à l'immigration. Selon elle, plus de 14 000 personnes ont trouvé la mort depuis vingt ans en cherchant à rejoindre l'Europe. Elle a aussi calculé le coût moyen d'une expulsion en France: 26 000 euros, selon elle.

dimanche 18 octobre 2009

It's Monday! Bonne semaine, faites attention où vous courez...

Histoire contemporaine de Genève en raccourci

J'ai la flemme. D'autres pas, heureusement, c'est ça qui est bien sur la Toile. Donc, renvoi à l'analyse intéressante et bien écrite de Gérard Delaloye sur le "cas genevois" (triomphe du mouvement anti-frontaliers MCG aux dernières élections) publiée par Largeur.com.

Soleil d'octobre


mercredi 14 octobre 2009

Un cas gratiné de Government Sachs

Gene Sperling et Lee Sachs reçoivent un salaire annuel de 162 900 dollars comme conseillers seniors du secrétaire américain au Trésor Tim Geithner. Précision intéressante: ils n'ont pas eu besoin d'une confirmation du Sénat pour occuper leur poste.
On pourrait imaginer que le sauvetage des banques américaines et les mesures pour éviter que l'implosion se reproduise occuperaient leur journées. Eh bien non. Ces conseillers, rémunérés par l'Etat pour une mission de supervision du système financier, ont du temps pour faire quelques extras - très bien rémunérés - chez Goldman Sachs, Citigroup et d'autres. Bloomberg nous apprend ainsi que Gene Sperling a encaissé 887 727 dollars de Goldman Sachs et 158 000 dollars pour des discours prononcés devant différentes sociétés financières, dont celle d'Allen Stanford, le monsieur qui est en prison depuis peu pour avoir escroqué quelques milliards à ses clients. Lee Sachs a encaissé 3 millions de dollars de Mariner Investment Group, un hedge fund new yorkais.
Et Bloomberg de citer - c'est toujours utile - un discours de Barack Obama où le nouveau président américain assure que "nous ne reviendrons pas aux temps des comportements et des excès incontrôlés qui fut au coeur de la crise".
Le prédécesseur de Tim Geithner, Henry Paulson, était connu pour ses liens incestueux avec l'industrie financière. Avec Obama, on pouvait espérer que les moeurs évolueraient.
Et au Père Noël, vous lui commandez quoi, cette année?
Ah, j'oubliais: les 887 227 dollars payés par Goldman Sachs à Gene Sperling concernent un travail de consultant pour une de ses oeuvres caritatives dédiée aux femmes méritantes. Comme quoi il ne faut pas voir le mal partout.

Le Nobel d'Obama, un conte pour enfants?

J'aimais bien l'histoire de la fille d'Obama lui annonçant qu'il a gagné le Nobel de la Paix à son réveil. C'était peut-être trop beau pour être vrai si je me réfère aux soupçons de fuite dont parle le Nouvel Observateur et au décryptage de Thierry Meyssan du Réseau Voltaire. Le second est à prendre avec des pincettes: le Réseau Voltaire a fait de l'anti-américanisme son fonds de commerce, et Meyssan est un champion des thèses conspirationnistes à propos du 11 septembre 2001. Sa démonstration des liens entre Obama et le président du comité Nobel, via Madeleine Albright et le Kenya, est assez alambiquée. Mais pas complètement inintéressante. Je crois un peu moins à partir d'aujourd'hui aux histoires de petites filles de président - mais toujours à celles de fils prodiges de président, n'est-ce pas Nicolas et Jean?

Madoff en vient aux mains en prison

Bernard Madoff, 71 ans, condamné à 150 ans de prison en juin dernier pour avoir fait perdre quelque 65 milliards de dollars à ses riches clients, a eu une altercation avec un codétenu du pénitencier de Butner, écrit le New York Post. Ce dernier, âgé d'une soixantaine d'années, aurait poussé Bernie qui, vociférant et rouge de colère, l'aurait repoussé encore plus fort, le faisant trébucher. L'incident se serait produit près d'un terrain à l'extérieur, pendant un des rares moments où les gardiens n'ont pas les yeux sur les prisonniers, dit le Post.
Mais le plus beau, s'il faut en croire l'article, est le motif de la dispute: les deux hommes en seraient venus aux mains parce qu'ils n'étaient pas d'accord sur la situation actuelle des marchés financiers! Frustration suprême, le texte ne précise pas si Madoff était plutôt "bear" ou "bull". L'avis de l'escroc du siècle continue de fasciner...

Nicolas Sarkozy bientôt 800 000 fois papa

"Et moi, je peux être un Sarkozy?" demande le Mouvement des Jeunes Socialistes français, qui déposera ce mercredi des... demandes d’adoption de jeunes en recherche d'emploi auprès du Président de la République. Histoire de lui rappeler qu'il n'y a pas que son fiston Jean, ci-devant étudiant en droit de deuxième année, qui a besoin d'un bon petit job.
Le MSJ "espère que leur nouveau père sera capable de leur offrir un premier emploi à temps plein et rémunéré décemment, ce que 7 années de politique de droite n’ont pas permis ni d’obtenir ni même d’espérer". Il invite "tous les jeunes de France qui cherchent un emploi, une première expérience professionnelle, à demander à être adoptés par le Président de la République. Un formulaire d’adoption type est téléchargeable sur le site Internet du MJS et peut-être envoyé gratuitement par voie postale à l’Elysée".
Selon les statistiques de l'INSEE, la France métropolitaine compte 2,5 millions de chômeurs, dont environ un tiers de jeunes. Ce qui représente grosso modo 800 000 personnes. Nicolas, heureux papa!

A la soupe!

Les 23 principales banques et institutions financières américaines (hedge funds, etc.) paieront en 2009 des rémunérations totales de 140 milliards de dollars, annonce le Wall Street Journal. Elles battront ainsi le record de 2007 (130 milliards) et bien naturellement la légère contre-performance de 2008 (117 milliards). Détails sur les gagnants ici. La rémunération moyenne par employé se montera à 143 000 dollars.
Vous avez vu une crise? Où ça? Un sauvetage massif par l'Etat? Quand ça?

mardi 13 octobre 2009

Enfin un remède préventif contre la prochaine crise financière!

Merci à Philips Electronics et à ABN Amro, qui ont joint leur génie technologique et financier pour inventer The Rationalizer. Késako? L'objet se présente comme un bracelet, plus précisément un EmoBracelet qui mesure le stress, les émotions de celui qui le porte et l'en avertit en changeant de couleur. Ainsi, le Jérôme Kerviel professionnel ou amateur en train de passer ses ordres en bourse peut suspendre son mouvement (fatal?) et prendre une pause de cinq minutes pour boire une verveine, pratiquer le yoga ou relire Jacques Chessex (de préférence les oeuvres de jeunesse).
Plus besoin de limiter les bonus, de renforcer les fonds propres des banques et autres mesures aussi compliquées qu'impopulaires. Grâce au Rationalizer, le mal est attaqué à la base, de façon ciblée et sans douleur. Mais pourquoi n'y avait-on pas pensé plus tôt?
Bon, l'objet est encore au stade de prototype. Hé! ho! les horlogers suisses, il est encore temps de greffer votre talent créateur sur ce gadget du XXIè siècle. Pourquoi pas une montre dont les aiguilles se mettraient à tourner à toute vitesse en cas de stress excessif? Les financiers adorent les belles mécaniques au poignet, il y a sans doute de quoi faire.
P.S. pour Nicolas Hayek: je réserve mes droits d'auteur sur ce coup-là.

Frank Vandenbroucke est mort...

...de même que le médecin du sport Daniel Blanc. Le second est moins connu que le premier, mais les deux étaient réunis par la passion du vélo. Les causes du décès du second sont connues (cancer). Celles du premier pas encore. Donc j'avance à pas feutrés.
Daniel Blanc, personnage plutôt sympathique et fort en gueule (je l'ai rencontré une fois) militait pour un dopage du peloton sous contrôle médical. Voici son argument, repris par 24 Heures du jour: "Du moment que le Tour de France est un spectacle, arrangeons cela comme un spectacle! La question fondamentale serait d'admettre que les coureurs sont là pour faire un spectacle, donc un certain nombre de performances. Il faut réfléchir à ce problème: de quoi ont-ils besoin pour faire ce spectacle que nous, spectateurs, nous désirons? Et leur donner, sous contrôle médical et sans danger pour eux, en les protégeant, de quoi faire ce spectacle."
Daniel Blanc tenait ce discours, disait-il, pour faire avancer le débat.
Première gêne: son porte-monnaie de médecin sportif se remplissait évidemment en fonction de "l'avancement" de ce débat.
Deuxième gêne: Daniel Blanc attribuait aux spectateurs du cyclisme des "désirs" qu'il décrétait sans leur demander leur avis.
Mais le caillou qui dérangeait le plus dans sa chaussure cycliste était évidemment l'exemple donné aux jeunes. Il l'évacuait ainsi: "La grande ambiguïté, aujourd'hui, c'est que l'on veut faire croire que le sport est un modèle pour les jeunes, mais ce n'est plus un modèle."
Ah bon? Il leur avait demandé leur avis, aux jeunes?
Il se trouve que le sport est utilisé à toutes les sauces pour les éduquer, les jeunes. A la fraternité entre peuples, à la vie saine, à la lutte contre l'obésité... Mais dès qu'on passe aux choses sérieuses, aux compétitions qu'on regarde à la télé, il faudrait leur dire: "Attendez, stop! Là, il ne s'agit plus du tout du même sport, c'est tout de la frime, ces gars superpayés que nous vous défendons d'admirer - triche, dopage et tout ça, caca! - c'est juste du spectacle."
Elle est simple la vie des jeunes dans le monde enchanté du docteur Blanc.
J'entends venir un dernier argument, à propos de spectacle. "Et la musique pop, la danse de haut niveau, le cinéma, c'est pas un monde de dopés, peut-être?"
Peut-être. Sauf qu'à part une frange de faiseurs d'opinion, on n'en a pas fait une norme socialement admise, la dope a toujours gardé un côté clandestin. Hypocrite sans doute, mais préférable à la généralisation. Il y a toujours eu des fantasmes de performance autour de la came, des hippies jusqu'au-boutistes aux banquiers survitaminés de Wall Street, mais elle n'a jamais remplacé le talent et le travail.
Cela dit, paix aux cendres de Daniel Blanc et à celles de Vandenbroucke, mort dans une chambre d'hôtel du Sénégal à 34 ans, pas très heureux semble-t-il.
C'est dur, quand le spectacle s'arrête. On n'a pas encore inventé de produit-miracle pour combler ce vide.

Prêts pour un deuxième tour?

Même le conciliant représentant de l'ONU à Kaboul Karl Eide le reconnaît officiellement depuis hier: les élections afghanes étaient massivement frauduleuses. Ce n'est un scoop pour personne, surtout pas pour Hamid Karzaï qui a toujours procédé par copinage et arrosage. On comprend à la limite qu'il soit perplexe et fâché. Ce n'est pas lui qui a changé, ce sont les exigences de ces inconstants et pusillanimes Occidentaux. L'administration Bush n'était pas regardante sur les moyens de sa lutte antiterroriste, la suivante l'est davantage. Allez vous y retrouver!
De 54,6% des voix qu'attribue à Hamid Karzaï, pour l'instant, la commission électorale "indépendante" (constituée uniquement d'Afghans, donc sous contrôle direct des autorités actuelles), le score du président sortant passera probablement sous la barre des 50% quand la plus grande part des bulletins frauduleux - 15%, 20%?- en auront été exclus par la commission de recours (constituée, elle, majoritairement d'étrangers).
Selon la loi électorale afghane, un deuxième tour sera alors nécessaire. Il va falloir expliquer ça dans les villages. A ce propos, faites un bref survol en avion avec l'International Herald Tribune: les images aériennes de l'Afghanistan sont moins percutantes que celles des talibans en armes ou de blindés américains, mais plus parlantes sur le défi qu'affronte l'OTAN, après quelques autres, dans la région.
Petit détail: le temps qu'on organise le deuxième tour, la neige va se mettre à tomber sur une partie de ces montagnes, qui pourraient devenir inaccessibles aux organisateurs du vote. Diantre, va falloir expliquer cela aux villageois...

lundi 12 octobre 2009

Qui en veut encore?

D'avril à mai derniers, les banques centrales ont choisi l'euro ou le yen pour 63% de leurs nouvelles réserves en devises: c'est le pourcentage le plus élevé jamais enregistré sur un trimestre, relève Bloomberg, citant les données de Barclays Capital. En 1999, 63% des réserves en devises étaient libellées en dollars. La proportion s'est donc exactement inversée en dix ans.
Cette diversification est un signe supplémentaire de l'affaiblissement du dollar, qui a perdu plus de 10% de sa valeur contre la plupart des autres monnaies depuis six mois - la plus grande baisse depuis 1991 - tandis que l'or passait la barre des mille dollars.
Le déficit américain a atteint 1400 milliards de dollars à fin septembre.
Sur les enjeux de cette baisse, deux analyses intéressantes dans le FT du jour, ici et ici.

dimanche 11 octobre 2009

Les étrangers à Genève

Il y a eu les Vigilants, puis l'Union démocratique du Centre (les auteurs de l'affiche sur la "racaille d'Annemasse"). C'est aujourd'hui le Mouvement citoyen genevois qui perce aux élections cantonales. On pouvait le voir récemment récolter des signatures, place du Molard, pour réserver les emplois en priorité aux Genevois. Autour du stand, aux terrasses des cafés, des frontaliers français servaient la clientèle d'avocats, banquiers et touristes. Dans les magasins, les vendeuses sont françaises aussi, souvent immigrées d'autres pays d'ailleurs. A l'hôpital, les infirmières sont africaines.
Il n'y a guère plus dépendant de l'extérieur que les Genevois. C'est peut-être là que le bât les blesse. C'est contre cette dépendance qu'il se révoltent une fois tous les quatre ans avant de somnoler à nouveau dans l'aigreur quotidienne des assistés.
Depuis 2005, les étrangers ont le droit de vote à Genève - mais uniquement à l'échelon de la commune. A quand leur participation à la vie politique cantonale? Ce sont déjà eux qui font tourner l'économie.

Creux du Van

samedi 10 octobre 2009

Le baromètre des exportations


Le volume du commerce mondial du second trimestre 2009 a atteint 2,58 billions (milliers de milliards) de dollars, contre 2,41 billions au premier trimestre, selon les chiffres de Global Trade Information Services cités par le WSJ. Ils restent nettement en recul par rapport à ceux du 2è trimestre 2008 (3,85 billions de dollars).
Le FMI pronostique une contraction globale de 11,9% cette année et une reprise de 2,5% en 2010. Les chiffres américains de vendredi montrent une légère augmentation des exportations en août, après une hausse en juillet. Le volume reste 21% en-dessous de celui d'il y a un an. Le schéma ci-dessus, tiré du WSJ, résume l'évolution des trois grands pays exportateurs. A relever que les pays pauvres ont souffert d'une chute de leurs exportations bien plus importante pendant la crise: -48% selon l'International Trade Centre.

vendredi 9 octobre 2009

Polanski: "Enfermez!" Mugabe: "Circulez!"

Robert Mugabe, despote paranoïaque interdit de séjour depuis plusieurs années sur le territoire de l'Union européenne, des Etats-Unis et de Suisse (en principe), était en goguette ce vendredi au salon Telecom qui se tient à Genève. Il est reparti aussi tranquillement qu'il était venu. Un juriste de l'administration suisse a expliqué à la télévision que la Confédération "doit" appliquer les accords qui la lient aux organisations internationales - en l'occurrence l'Union internationale des télécommunications (UIT), dont on aimerait bien savoir si elle a envoyé un carton d'invitation enluminé de dorures à Robert Mugabe.
C'est ça qui est bien avec la Suisse: on y applique le droit tip-top à la lettre. Sans traîner, le doigt sur la couture du pantalon (sauf quand il s'agit d'entraide en matière d'évasion fiscale, mais nul n'est parfait).
Roman Polanski, sous mandat d'arrêt américain, vient chercher un prix à Zurich? Enfermez!
Robert Mugabe, sous couvert de l'UIT, vient se promener à Genève? Circulez, y'a rien à voir!
C'est ainsi qu'un dictateur qui torture et fait assassiner ses opposants, musèle la presse et affame son peuple, est traité avec plus d'égards qu'un gars qui a violé une mineure dans les années 70.
Cette semaine, plusieurs journaux helvètes et étrangers se demandaient pourquoi la Suisse semble inspirer, depuis quelque temps, moins de sympathie que par le passé. C'est vrai ça, pourquoi qu'on nous z'aime plus?

Nobel (ter): "C'est bien d'avoir des enfants pour garder les choses en perspective"

Bien fichue, la réaction de Barack Obama à son prix Nobel. J'aime bien la façon dont il raconte comment ses filles lui ont annoncé la nouvelle... et les autres du week-end qui s'annonce. Il a l'air sincère quand il dit qu'il ne mérite pas (encore) ce prix, lucide quand il y voit non la récompense d'un accomplissement mais l'encouragement d'un effort qui ne peut être que collectif. Il est réaliste enfin quand il rappelle qu'il est aussi commandant en chef de l'armée américaine et que le prix Nobel de la paix Obama devra, demain peut-être, envoyer des dizaines de milliers de soldats au casse-pipe. Ce président pris dans un tourbillon d'événements semble garder la tête sur les épaules. Ce n'est pas encore une garantie de succès, mais c'est une certaine assurance contre les dérives.

Nobel (bis): c'est à lui qu'il fallait le donner!

Silvio Berlusconi, cité par AFP: "Je suis dans l’absolu la personne la plus persécutée par la magistrature de tous les temps et de toute l’histoire des hommes dans le monde entier. J’ai dû subir plus de 2500 audiences. J’ai eu de la chance, en ayant bien travaillé et en ayant mis de côté un patrimoine, d’avoir pu dépenser plus de 200 millions d’euros pour mes consultants et juges. (...) La persécution se poursuit naturellement. Je n’aurais jamais pensé de toute manière que les juges de gauche puissent approuver la loi sur mon immunité. (...) Je devrai simplement enlever quelques heures à mon travail de chef du gouvernement pour me consacrer aux procès. (...) Ces procès sont de vraies farces, j’irai à la télévision pour expliquer tout cela et les Italiens pourront comprendre que le président du Conseil est un rempart contre la gauche, qui n’est pas la majorité dans le pays".
La vie de Jésus, à côté de ça, est un chemin parsemé de roses.
P.S.: Je déconne, je déconne... Mais à part ça, il y en a qui pensent VRAIMENT que Silvio Berlusconi devrait recevoir le prix Nobel de la Paix. Ils font même monté un site de soutien sur internet. Allez, signons! Il Cavaliere nobélisé rejoindrait ainsi Mère Teresa pour l'éternité. Autant dire l'Enfer, pour lui.

Un Prix Nobel contre-productif

Commentaire publié ce matin sur le site du Temps:

Pourquoi lui? Ou plutôt, pourquoi maintenant déjà? L'histoire des prix Nobel de la paix est semée de décisions critiquées, mais celle-ci va être une des plus controversées. Pire, elle risque d'être contre-productive.
Malgré la sympathie qu'inspire Barack Obama dans le monde, le fait est qu'il n'a encore rien prouvé. Certes, l'élection du premier président américain noir fut un symbole magnifique - mais dans ce cas, c'est au peuple américain qu'il fallait donner le prix. Sans doute, les discours de Barack Obama sont ciselés et impressionnants, mais ce ne sont pas encore des actes, encore moins la conséquence de ces actes.
Si on observe la politique étrangère du président - du moins ce qu'on en a vu jusqu'ici, qui ne suffit pas à tirer quelque bilan que ce soit - on voit d'abord un homme très emprunté sur les deux dossiers les plus brûlants du moment: le Proche-Orient et l'Afghanistan. Dans le premier cas, Barack Obama s'est fait moucher par les Israéliens à fin septembre et cherche pour l'instant une façon de rebondir. Dans le second, il consulte sur l'avenir d'une force internationale qui n'arrive plus à juguler les rebelles et cautionne un régime corrompu.
Si on observe sa politique intérieure, on voit des chantiers (santé, climat) qui, pour l'instant, prennent du retard tandis que, si Wall Street reprend des couleurs, le dollar chute et l'économie réelle des Etats-Unis ne se porte pas mieux qu'il y a un an, avec un chômage approchant les 10%.
Il en résulte un climat politique tendu. Les attaques ont gagné en violence cet été ne diminuent pas d'intensité. Dans ces conditions, le Nobel de la paix risque d'attiser les tensions plus qu'il ne les calmera. On entend déjà l'usage qu'en feront les télévisions et radios néo-conservatrices. Paradoxalement, ce prix qui doit célébrer un rassembleur va probablement polariser.
Il sera lourd à porter pour le principal intéressé. Ce n'est déjà pas facile d'être le dirigeant de la première puissance mondiale, à la fois point focal d'espoirs immenses qui ne peuvent être qu'en partie déçus, et entravé de toutes parts par un système politique très contraignant. La sanctification par le Nobel n'arrange rien à l'affaire.

mercredi 7 octobre 2009

Les industries "économes en CO2" pèsent désormais plus lourd que celles de la défense et de l'aéronautique combinées

La nouvelle date de quelques jours mais mérite d'être exhumée au moment où le choeur des pessimistes se lamente à propos des maigres progrès réalisés à Bangkok deux mois avant le sommet mondial de Copenhague sur le climat.
Selon une étude de la banque HSBC (par ailleurs très active sur la question du climat), les 368 sociétés cotées qui contribuent d'une façon ou d'une autre à limiter les émissions polluantes - énergies renouvelables, gestion des déchets, nucléaire (eh oui...), etc - ont réalisé en 2008 un chiffre d'affaires global de 534 milliards de dollars, soit 4 milliards de plus que les industries de la défense et aéronautique combinées. Leurs revenus ont progressé sensiblement en dépit de la crise financière. L'emploi dans le secteur a doublé depuis cinq ans. Selon Joaquim de Lima, auteur de l'étude, le secteur pourrait réaliser un chiffre d'affaires de 2000 milliards de dollars en 2020.
Le rapport HSBC recense des sociétés dont la capitalisation boursière dépasse 350 millions de dollars et qui réalisent plus de 10% de leur chiffre d'affaires avec des technologies "vertes" (seule cette part est prise en compte).

"Pays émergents", un concept obsolète victime de son succès

8 milliards de dollars: c'est la somme levée par la branche brésilienne de la banque Santander pour sa mise en bourse. Il s'agit de la plus grosse opération de ce genre depuis longtemps, elle devance celle de China Construction Engineering à Shanghai en juillet (7,3 milliards). Le montant valorise Banco Santander Brazil au même niveau que Deutsche Bank ou Société Générale.
La nouvelle est symptomatique de la montée en puissance des marchés émergents. Ils ont mieux résisté à la crise (à part la Russie) que les pays développés, la Chine et le Brésil en particulier donnent des signes de redémarrage.
Du coup, les investisseurs se demandent s'ils en ont assez dans leur portefeuille. Les caisses de pension allouent en moyenne 5% de leurs avoirs aux pays émergents, alors que la part de ces derniers au produit mondial atteint aujourd'hui 30%. Les fonds centrés sur les émergents sont passés de 64 milliards de dollars au total en 1999 à 563 milliards aujourd'hui selon les données d'EPFR Global - ce qui reste peu par rapport au volume de 4400 milliards dans les pays développés.
Les effets de mode étant ce qu'ils sont, tout le monde a les yeux rivés sur le Brésil de Lula, qui vient de ravir les JO d'été de 2016. Un gérant de hedge fund cité par le Financial  Times va jusqu'à  affirmer que le Brésil représente aujourd'hui moins de risque que l'Italie, dont l'économie s'effondrerait en cas de sortie de la zone euro.
Le risque, une fois de plus, est... de s'aveugler face aux risques. Tony Jackson, dans le Financial Times toujours, rappelle que la route des investisseurs dans les pays émergents a été parsemée de nids de poule depuis les années 70. Celui qui y aurait investi en 1997 aurait gagné moins, dans les huit années suivantes, qu'en plaçant son argent dans les économies développées. Les optimistes clament que "cette fois, c'est différent": la phrase annonciatrice de toutes les bulles. Les prudents regarderont de plus près chaque cas particulier.
Le concept de "pays émergents" est effectivement devenu obsolète, il recouvre aujourd'hui des situations trop différentes d'une région à l'autre. Ceux qui y fourrent tout et n'importe quoi, en particulier en matière  de portefeuille, ne peuvent susciter que la méfiance. Les analystes et investisseurs moins paresseux s'intéresseront davantage aux détails.

mardi 6 octobre 2009

Interdit à Bâle, autorisé à Genève: chronique du racisme ordinaire


L'affiche de la femme voilée sur fond de minarets constellant le drapeau suisse a été interdite à Bâle (et par le groupe de presse Ringier). Elle lance une campagne - qui s'annonce gratinée - de l'Union démocratique suisse (UDC) pour une initiative populaire interdisant la construction de minarets sur territoire helvétique.
Quant à l'annonce dénonçant la "racaille d'Annemasse", elle, été publiée dans la Tribune de Genève, au nom de la liberté d'expression, par la section genevoise de cette même UDC. Pour info, le CEVA dont il est question au début du texte est une nouvelle liaison ferroviaire entre Annemasse et Genève justement.
Sous l'angle du droit pénal, l'affiche anti-minarets a probablement plus de chances d'être considérée comme raciste. Sous l'angle de la connerie, de l'amalgame aveugle et de l'incitation à la haine, l'annonce anti-frontaliers est pire. On peut y voir la pathétique tentative d'un parti en perte de vitesse face à un concurrent nationaliste, le Mouvement Citoyens Genevois, d'exister dans la campagne pour élire le nouveau parlement genevois. Je ne vois pas en quoi ceci serait une excuse pour publier cette merde. Pour mémoire, la Tribune de Genève s'était déjà illustrée en publiant des photos d'identité judiciaire de Hannibal Kadhafi après son arrestation - au titre de "témoignage du sentiment de déshonneur perçu par les Libyens". Comme témoignage, c'était réussi, puisque cet acte infâme a relancé la polémique et permis aux otages suisses de goûter un peu plus longtemps à l'hospitalité forcée de Kadhafi père.

Le temps des vendanges (toujours plus tôt)

Spencer Tunick s'est fait un nom en photographiant des groupes de gens à poil, dans les lieux les plus divers. Cet automne, il prête son talent à Greenpeace pour une action qui a eu lieu le week-end dernier dans les vignobles de Bourgogne. Pour sensibiliser l'opinion au réchauffement climatique, l'organisation écologique a choisi un thème qui va droit à nos papilles gustatives: le vin. Dans un rapport publié récemment, Greenpeace y affirme que les raisins récoltés plus tôt, soleil oblige, ont une teneur en sucre et en alcool plus forte que par le passé tandis que le taux d'acidité (facteur de conservation) diminue. Ainsi, les vins deviennent déséquilibrés, flatteurs peut-être à la première gorgée mais sans véritable caractère, perdant leur capacité de se bonifier avec le temps. Oenologues de tous bords, le débat est ouvert!

Meuh!

Lu un article du Figaro un article intitulé "L'hospitalité suisse n'est plus ce qu'elle était". Extrait: "Dans les piles de journaux helvètes qui leur sont offerts, les élus ne lisent que les pages consacrées à leur patrie. A l'inverse d'une communauté d'affaires formidablement internationalisée, la classe politique sent l'étable."
Quels fumiers, ces Français!

Pris le café avec Jean-Luc Godard

D'accord, c'était au bar du passage souterrain de la gare de Lausanne, et il a commandé le sien sans faire attention à moi. Mais quand même... A part ça, deux ivrognes du matin veulent savoir si la marque Chevignon existe encore. "Non mais regarde ce petit con!..." dit aimablement l'un à l'autre. Il pleut enfin. Enfin, pleuvine.

lundi 5 octobre 2009

Pourquoi Chicago s'est planté au CIO

Sur le moment, la nouvelle avait étonné. Soutenue par Super-Obama en personne, et la première dame Michelle, la candidature de Chicago pour les Jeux Olympiques de 2016 a été éliminée au premier tour lors de la session du CIO à Copenhague. Trois jours plus tard, la Neue Zurcher Zeitung, qui a eu la bonne idée de laisser son correspondant traîner un jour de plus dans les couloirs du cénacle sportif, lève un coin du voile: les Américains se sont montrés "arrogants", ce qui a singulièrement refroidi les délégués. En particulier le Suisse Denis Oswald, un membre senior du comité exécutif qui pourrait succéder à Jacques Roggue en 2013. D'autres délégués le confirment.
Tous les yankees n'ont pas la lucidité de Robert Zoellick, qui a déclaré ce week-end que la puissance économique américaine déclinera inévitablement suite à la crise financière.

Le Sentier, Les Brenets, Vallorbe

samedi 3 octobre 2009

La Mentue (presque à sec)

vendredi 2 octobre 2009

Tout près de la barre des 10% de chômage

Les entreprises américaines ont supprimé 260 000 postes en septembre. C'est moins qu'au plus fort de la récession - elles en coupaient jusqu'à 741 000 en janvier 2009- mais plus qu'attendu. Le taux de chômage est de 9,8%. Lire à ce sujet l'intéressant commentaire de Robert Reich, ancien secrétaire pour l'emploi. Il pense, comme le FMI, que la pente sera longue à remonter et explique pourquoi. Les derniers chiffres du chômage pour la zone euro donnent 9,6% de moyenne en septembre.

Le rêve gadget du vendredi: tablette Apple ou Courier de Microsoft?


Trouvé l'image ci-dessus du produit que Apple serait en train de développer. Lire l'article ici. J'en avais parlé il y a six semaines, mais rien de concret n'est sorti pour l'instant. La nouvelle qui fait du buzz en ce moment est plutôt la tablette Courier que prépare Microsoft. Article ici et vidéo de présentation ci-dessous.
Mais toujours la même question: what about the keyboard, you dummies!??! Tout le monde ne limite pas ses textes aux 140 caractères d'un SMS, et les systèmes de stylet avec reconnaissance d'écriture ont montré leurs limites. Je reste stupéfait qu'on accorde autant d'attention à l'interface visuelle et aussi peu à celle de l'écriture.

jeudi 1 octobre 2009

La pub sur la Toile augmente, mais pas pour les médias

Un bon thermomètre pour mesurer la santé de la presse est la façon dont les publicités en ligne se jettent aux yeux des visiteurs sur les sites web des grands médias. Plus elles sont invasives et dérangeantes, plus cela signifie que ces médias sont prêts à faire n'importe quoi pour attirer des annonceurs.
En ce moment, c'est un véritable feu d'artifice. Sur le site du Tages Anzeiger (Zurich), il arrive souvent que l'écran d'accueil "s'écroule" en morceaux illisibles pour se reconstituer au bout de dix secondes: c'est une pub pour les armoires modulaires Ikea. Même sur la très sobre BBC, il suffit d'approcher le pointeur d'une annonce vantant un cabriolet pour que celle-ci s'élargisse instantanément aux trois quarts de l'écran. Le Monde et bien d'autres journaux redirigent automatiquement le lecteur vers une page de publicité qu'il faut fermer pour accéder au contenu rédactionnel souhaité.
La question est: tout cela est-il bien efficace? Mon expérience personnelle m'en fait douter. L'internaute est un zappeur qui dispose d'un nombre plus ou moins élevé de signets à disposition selon son appétit de nouvelles. Soit il considère un site comme vraiment essentiel et supportera la parenthèse publicitaire (en l'ignorant du regard) pour accéder au contenu désiré, soit il passera sur un autre d'un click de souris.
L'Internet Advertising Bureau (IAB) a publié mercredi les derniers chiffres concernant l'évolution des annonces sur différents supports en Grande-Bretagne, pays pionnier de la pub sur le web. Ce rapport a provoqué quelque excitation car il montre que pour la première fois, internet passe devant la TV pour la période janvier-juin 2009. Globalement, le volume d'annonces a reculé de 16,6%, mais il a augmenté de 4,6% pour internet, qui devient le deuxième support publicitaire, avec 23,5% de part de marché. Selon une autre étude publiée récemment par Group M, une société de mesure d'audience dépendant du groupe WPP, les annonces en ligne devraient représenter 11% du marché mondial cette année, avec un volume d'affaires de 65 milliards de dollars, et 15% en 2010.
Les journaux qui investissent dans le web ne doivent toutefois pas se réjouir trop tôt. Le 60% des dépenses publicitaires en ligne, relève l'étude IAB, vont vers les moteurs de recherche, part en croissance de 7%. Les sites de petites annonces sont également demandés. En revanche, les publicités sur les sites des médias ont reculé de 5% et ne représentent que 18% du total.
L'atout du web, en particulier des moteurs de recherche, est le "ciblage" de la pub. Mais il faudra aussi tenir compte de la résistance des consommateurs aux pratiques invasives des annonceurs. Une étude basée sur 1000 interviews et résumée par le New York Times montre que deux tiers des Américains ne sont pas d'accord d'être suivis à la trace sur internet. Le débat sur la protection de la sphère privée va probablement monter en puissance.

Quotas pour le climat: Rocard jette un froid

Entendu Michel Rocard hier soir à Lausanne. A 79 ans, il tient la forme, le bougre. Pour son analyse de la crise, lire l'article ici. Il pense que l'économie mondiale n'était pas aussi bleu ciel qu'on le disait au moment où la bulle des subprime a explosé: le pacte "l'accès à l'aisance possible pour tous par le travail" ayant été brisé par la course au profit à court terme pour quelques-uns, la précarité a miné le terrain, dit-il en substance. Et de relever un vieux problème statistique: on compte les chômeurs d'un côté (9,6% pour la zone euro, selon les chiffres tout chauds du jour, variant entre 3,5% aux Pays-Bas et près de 19% en Espagne), les pauvres de l'autre (avec moult définitions possibles), et encore les personnes "en situation précaire". Bref, difficile d'estimer le total. Rocard le situe à un tiers de la population active dans les grands pays industrialisés. Je pense qu'il exagère, et c'est l'éternel problème des socialistes: ils ont besoin de noircir la situation pour vendre leur soupe. Du coup ils exagèrent et perdent en crédibilité.
Mais Michel Rocard m'a intéressé à cause d'un point qu'il a soulevé en passant à la fin de son exposé. Selon lui, les échanges de permis de polluer européens ont atteint en quelques mois un multiple de ce qui était prévu sur plusieurs années. A vérifier. Si c'est vrai, cela veut dire que ces permis sont devenus objet de spéculation, ce qu'annonçait d'ailleurs le journaliste Matt Taibbi dans son enquête sur Goldman Sachs. Cela veut dire aussi que ces permis changent de mains à vitesse grand "V" et que cela rend tout contrôle impossible. Autrement dit, le système des quotas conçu pour réduire la pollution serait détourné de son but et quasiment réduit à néant. A creuser.