La bourse de Shanghai (-6,7% ce lundi, sa plus grosse baisse en une séance depuis juin 2008) a lâché 23% de sa valeur depuis début août, ce qui correspond à la définition du "bear market". Voici un mignon commentaire de Chen Dongqi, vice-directeur de la Commission nationale pour la réforme et le développement: "L'argent des Chinois a été gagné durement en vendant des chaussettes, des boutons, des fermetures Eclair, des soutiens-gorge et des meubles. On devrait au moins pouvoir garantir la valeur des investissements."
Comme on dit par chez nous: "compte dessus et bois du lait" (frelaté). Tout le monde sait que la bourse chinoise est un casino, à commencer par les Chinois eux-mêmes, qui ont le goût du jeu chevillé au corps. On peut en revanche se faire du souci quand on voit que les investisseurs occidentaux calquent leurs réactions, de plus en plus, sur le yo-yo de Shanghai. Faut-il qu'ils aient perdu leurs repères traditionnels.
lundi 31 août 2009
dimanche 30 août 2009
Qui ment?
Le ministre français du budget au Journal du Dimanche: "Nous avons récupéré les noms de 3000 contribuables détenteurs de comptes dans les banques suisses dont une partie correspond très probablement à de l'évasion fiscale. Ces comptes sont ouverts dans trois banques et représentent des avoirs à hauteur de 3 milliards d'euros. C'est la première fois que nous avons ce type d'informations, précises, avec les noms, les numéros de comptes et les montants en dépôt. C'est exceptionnel."
Soit le ministre ment, soit c'est le Conseil fédéral qui ment en déclarant que l'accord avec les Etats-Unis livrant les noms de 4450 clients UBS est exceptionnel, que l'essentiel du secret bancaire est sauf et que les "parties de pêche" des autorités fiscales sont interdites.
Je trouve hallucinant qu'aucun politicien suisse n'ose demander des explications claires à un gouvernement qui se mure dans le silence et les contradictions. Cela en dit long sur le degré de déliquescence où est tombé la politique suisse. Les excuses à la Libye ne sont que du pipi de minet à côté de cela.
Soit le ministre ment, soit c'est le Conseil fédéral qui ment en déclarant que l'accord avec les Etats-Unis livrant les noms de 4450 clients UBS est exceptionnel, que l'essentiel du secret bancaire est sauf et que les "parties de pêche" des autorités fiscales sont interdites.
Je trouve hallucinant qu'aucun politicien suisse n'ose demander des explications claires à un gouvernement qui se mure dans le silence et les contradictions. Cela en dit long sur le degré de déliquescence où est tombé la politique suisse. Les excuses à la Libye ne sont que du pipi de minet à côté de cela.
Libellés :
secret bancaire
samedi 29 août 2009
"Mais à part ça, Madame la Marquiiiise..."
La Federal Deposit Insurance Corp., la grande dépanneuse des banques américaines, a annoncé vendredi qu'elle compte 416 établissements "à problèmes" (en clair: risque de faillite élevé), contre 305 en mars dernier et 117 en juin 2008. Le fonds d'assurance de la FDIC est tombé à 10,4 milliards de dollars, pour couvrir des dépôts totalisant 6200 milliards de dollars. Ici, l'article du Wall Street Journal (accès payant).
Libellés :
banques
"Né en 1741" boude "né en 1776"
C'est le geste symbolique de la semaine: la plus vieille banque de Suisse - Wegelin, créée en 1741, environ 530 employés - se retire du marché américain. La décision intervient après l'accord Etats-Unis-Suisse qui prévoit que 4450 dossiers de clients UBS seront transmis au fisc américain. Le fait que les "petites lettres" de cet accord ne sont pas encore connues n'est pas bon signe, déclare Konrad Hummler, patron de Wegelin, dans une interview à la NZZ. On relèvera à ce sujet que les petites lettres de l'accord avec la France, signé cette semaine, ne sont pas connues non plus.
Le nom de Wegelin a été évoqué parmi celui d'autres banques suisses dont certains clients intéressent le fisc américain, ce qui peut être un motif du retrait annoncé. Konrad Hummler assure que ce n'est pas le seul. Pour lui, un Etat aussi endetté et un marché toujours surévalué - même si c'est le premier du monde - n'offrent pas un bon placement à long terme, dit-il à la NZZ. L'avenir dira s'il a raison.
L'autre argument qu'il avance - les banques suisses deviennent les auxiliaires du fisc - me paraît plus étrange, car il ne s'applique pas seulement aux Etats-Unis. L'accord signé avec la France, dont encore une fois on ignore les détails, semble indiquer que là aussi, banquiers et autorités de surveillance vont vers un travail administratif de plus en plus gigantesque pour répondre aux demandes du partenaire. Et il y aura plus de dix autres accords du même genre...
Le Conseil fédéral continue de mettre la tête dans le sable et - ce qui est plus grave - les candidats au siège laissé vacant par Pascal Couchepin aussi. Ceux qui sont censés incarner l'avenir, donc! Le Temps leur a posé une série de questions, dont une sur le secret bancaire. Tous, sans exception, répondent la même chose: la Suisse doit "vendre" aux autres pays la solution d'un impôt prélevé à à la source par la Suisse et rétrocédé à l'Etat d'origine du client-contribuable pour préserver le secret bancaire. C'est la solution appliquée aujourd'hui avec l'Union européenne. Le premier problème, c'est que personne, hors de Suisse, n'est preneur de cette solution à long terme - en tout cas je n'ai pas vu une seule déclaration dans ce sens. L'autre problème est que cela fait des banques et autorités suisses les auxiliaires du fisc mondial - exactement ce que dénoncent Konrad Hummler et les milieux bancaires. Mais on n'en est plus à une contorsion près pour sauver ce qui peut l'être.
Le nom de Wegelin a été évoqué parmi celui d'autres banques suisses dont certains clients intéressent le fisc américain, ce qui peut être un motif du retrait annoncé. Konrad Hummler assure que ce n'est pas le seul. Pour lui, un Etat aussi endetté et un marché toujours surévalué - même si c'est le premier du monde - n'offrent pas un bon placement à long terme, dit-il à la NZZ. L'avenir dira s'il a raison.
L'autre argument qu'il avance - les banques suisses deviennent les auxiliaires du fisc - me paraît plus étrange, car il ne s'applique pas seulement aux Etats-Unis. L'accord signé avec la France, dont encore une fois on ignore les détails, semble indiquer que là aussi, banquiers et autorités de surveillance vont vers un travail administratif de plus en plus gigantesque pour répondre aux demandes du partenaire. Et il y aura plus de dix autres accords du même genre...
Le Conseil fédéral continue de mettre la tête dans le sable et - ce qui est plus grave - les candidats au siège laissé vacant par Pascal Couchepin aussi. Ceux qui sont censés incarner l'avenir, donc! Le Temps leur a posé une série de questions, dont une sur le secret bancaire. Tous, sans exception, répondent la même chose: la Suisse doit "vendre" aux autres pays la solution d'un impôt prélevé à à la source par la Suisse et rétrocédé à l'Etat d'origine du client-contribuable pour préserver le secret bancaire. C'est la solution appliquée aujourd'hui avec l'Union européenne. Le premier problème, c'est que personne, hors de Suisse, n'est preneur de cette solution à long terme - en tout cas je n'ai pas vu une seule déclaration dans ce sens. L'autre problème est que cela fait des banques et autorités suisses les auxiliaires du fisc mondial - exactement ce que dénoncent Konrad Hummler et les milieux bancaires. Mais on n'en est plus à une contorsion près pour sauver ce qui peut l'être.
Libellés :
secret bancaire
vendredi 28 août 2009
Super-Rudi, bagagiste en chef!
La Suisse n'a pas encore récupéré ses deux otages en Libye après que le président de la Confédération Hans-"Super-Rudi" Merz est allé s'y aplatir. Mais l'avion du gouvernement, après avoir poireauté deux jours au soleil sans résultat, est revenu dans la nuit de jeudi à vendredi avec... les valises des deux hommes d'affaires.
On a beau dire, mais en Suisse, il y a au moins une chose qui marche: l'intendance. C'est juste la politique qui ne suit pas.
Au fait, quand Super-Rudi fait-il les siennes, de valises?
jeudi 27 août 2009
Ca chauffe à la City
Tandis que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ruminent des propositions - peu contraignantes jusqu'ici - sur la limitation des bonus bancaires, Lord Turner (photo), président de l'autorité de surveillance financière britannique (le Financial Services Authority) a osé une proposition si shocking que même dans la placide Albion, les banquiers en ont des hoquets d'indignation. Il a proposé une taxe globale pour réduire la taille d'une industrie financière "enflée" qui déstabilise l'économie. Une espèce de taxe Tobin en quelque sorte, une des idées préférées des gauchistes...
Pire, il a osé dire qu'il était "très, très fatigué" d'entendre que la compétitivité de la place londonienne devrait être l'objectif principal, sinon unique de toute autorité de contrôle. Là, Lord Turner donne carrément dans le sacrilège. Depuis le début de la crise financière, tous les efforts visant à limiter les gains qui provoquent les prises de risques insensées se sont heurtés au même argument: "Ne faites pas cela, car nos concurrents étrangers seraient trop contents d'en profiter!" C'est pratique, la finance: on joue global tant qu'il s'agit de se remplir les poches, et farouchement national dès qu'arrive un problème.
Pour l'instant, la City bout de rage. La guerre entre les régulateurs et les lobbies bancaires, larvée depuis plusieurs mois, est ouvertement déclarée. Voyons dans quel camp se rangera le prochain G20.
Pire, il a osé dire qu'il était "très, très fatigué" d'entendre que la compétitivité de la place londonienne devrait être l'objectif principal, sinon unique de toute autorité de contrôle. Là, Lord Turner donne carrément dans le sacrilège. Depuis le début de la crise financière, tous les efforts visant à limiter les gains qui provoquent les prises de risques insensées se sont heurtés au même argument: "Ne faites pas cela, car nos concurrents étrangers seraient trop contents d'en profiter!" C'est pratique, la finance: on joue global tant qu'il s'agit de se remplir les poches, et farouchement national dès qu'arrive un problème.
Pour l'instant, la City bout de rage. La guerre entre les régulateurs et les lobbies bancaires, larvée depuis plusieurs mois, est ouvertement déclarée. Voyons dans quel camp se rangera le prochain G20.
Libellés :
banques,
bonus,
City,
régulation
"Dix raisons pour lesquelles le rally boursier ne durera pas"
C'est ici, en allemand, mais facile à comprendre, avec des images...
7,7 millions de Suisses, et même pas un terrain de foot par tête
Le mois dernier en Colombie britannique, j'avais bien fait rire un Canadien en estimant que son grand pays devait contenir "30 ou 40 fois la Suisse". "Tu parles! avait-il répondu, la surface de la Suisse représente à peine celle de l'île de Vancouver". Vérification faite, le Canada fait, à un poil près, 10 millions de kilomètres carrés, la Suisse 41 000. Le Canada est donc 244 fois plus grand que la Suisse.
Je lis ce matin que la Suisse a connu une des plus forte progressions démographiques européennes en 2008 (due à 90% à l'immigration) et compte désormais 7,7 millions d'habitants. Et dans la salle où je me trouve en ce moment (le Club de la presse internationale à Genève, où l'on prépare une Conférence mondiale sur le climat), un fonctionnaire de l'Office fédéral de l'environnement, José Romero, nous rappelle qu'avec 7 millions d'habitants, la surface par tête d'habitant est de 6000 mètres carrés - l'équivalent d'un terrain de football. Enlevez les zones de montagne inhabitables, et il reste 4000 mètres carrés par habitant, deux tiers d'un terrain de foot...
Bon sang! C'est pour ça que l'équipe suisse est si faible: les joueurs manquent de place pour s'entraîner!
Blague à part, quand on sait que le Canada compte 32 millions d'habitants pour ses 10 millions de kilomètres carrés - ce qui fait pas mal de terrains de foot par personne - on comprend mieux certaines différences de mentalité. Par exemple le fait qu'au Canada, les gens semblent toujours contents de vous voir, tandis qu'en Suisse, on a souvent l'impression de déranger.
Libellés :
démographie
mercredi 26 août 2009
Le 19ème trou de Barack Obama - "read my hips!"
En confirmant Ben Bernanke pour un deuxième mandat à la tête de la Réserve fédérale, le président américain a revu à la hausse de 2000 milliards de dollars la totalité des déficits publics fédéraux sur la décade à venir. La dette fédérale devrait s'alourdir de 9000 milliards de dollars au cours de la même période, selon les nouvelles estimations. Le site EconomistMom.com fait ses propres calculs et arrive à 14 000 milliards de dollars.
Interrogé sur les conséquences que ce trou pourrait avoir sur les contribuables moyens (revenu annuel inférieur à 250 000 dollars), auxquels Barack Obama avait promis en campagne électorale qu'ils ne payeraient pas d'impôts supplémentaires, le directeur du budget pour la Maison Blanche, Peter Orszag, a répondu que les calculs sont en cours pour le budget 2011 et que "nous aurons quelque chose de plus à dire là-dessus plus tard".
Hum. Un autre président, George Bush senior, avait lâché en 1988 la fameuse phrase "read my lips" devant la convention républicaine pour faire passer le message qu'il n'y aurait pas de nouvelles taxes. Deux ans plus tard, le déficit l'amenait à violer sa promesse. Et ce trou était minuscule par rapport à celui d'aujourd'hui.
Pour illustrer tout cela, voici les graphiques publiés par le Wall Street Journal (aïe! aïe! aïe! les droits d'auteur, mais bon, je fais assez de publicité pour leur site sur ce blog).
Interrogé sur les conséquences que ce trou pourrait avoir sur les contribuables moyens (revenu annuel inférieur à 250 000 dollars), auxquels Barack Obama avait promis en campagne électorale qu'ils ne payeraient pas d'impôts supplémentaires, le directeur du budget pour la Maison Blanche, Peter Orszag, a répondu que les calculs sont en cours pour le budget 2011 et que "nous aurons quelque chose de plus à dire là-dessus plus tard".
Hum. Un autre président, George Bush senior, avait lâché en 1988 la fameuse phrase "read my lips" devant la convention républicaine pour faire passer le message qu'il n'y aurait pas de nouvelles taxes. Deux ans plus tard, le déficit l'amenait à violer sa promesse. Et ce trou était minuscule par rapport à celui d'aujourd'hui.
Pour illustrer tout cela, voici les graphiques publiés par le Wall Street Journal (aïe! aïe! aïe! les droits d'auteur, mais bon, je fais assez de publicité pour leur site sur ce blog).
Libellés :
budget,
déficits,
Etats-Unis,
obama
Bonne question à propos de Bernard Madoff
Combien d'argent la bbanque JP Morgan a-t-elle gagné avec l'escroc du siècle? se demmande le blog du Financial Times, alphaville. La plainte de la Securities and Exchange Commission contre son adjoint Frank Di Pascali signale que Bernard Madoff Investment Securities maintenait un compte, no 703,chez JP Morgan, sur lequel les avoirs atteignaient 5,5 milliards de dollars en été 2008. La banque ne l'a évidemment pas géré gratuitement et a encaissé des commissions. D'après Linus Wilson, professeur assistant en finance à l'Université de Louisiane, le compte 703 aurait rapporté 483 millions de dollars de bénéfices après impôts sur seize ans. Il ne s'agit bien sûr que d'une estimation. Bernie n'a pas fait que des malheureux.
Libellés :
Madoff
Après l'accord sur la livraison de 4450 noms au fisc des Etats-Unis, voici la VRAIE menace qui plane sur les clients d'UBS
C'est l'avocat new yorkais Raoul Lionel Felder qui la dévoile à Time Magazine. Ce spécialiste des divorces haut de gamme a déjà été contacté par un certain nombre d'ex-épouses très curieuses de connaître les montants exacts planqués par leur ex-amour, des fois que celui-ci aurait les moyens d'augmenter la pension alimentaire qu'il leur verse. "Les allégations de comptes en Suisse reviennent tout le temps dans ce genre de procédures", dit-il à l'hebdomadaire.
"Les gens ne cachent pas leur argent uniquement pour fuir les impôts, mais aussi d'autres créanciers", ajoute un autre avocat, Martin Press. Il peut s'agir par exemple d'anciens partenaires en affaires.
D'après l'article, les fraudeurs du fisc qui se dénonceront eux-mêmes bénéficieront de la confidentialité. Pour les autres, "c'est moins clair". Voilà peut-être une raison qui va pousser les fautifs à se mettre en règle vite fait.
Libellés :
secret bancaire,
UBS
La Suisse aura le plus fort taux de chômage d'après-guerre en 2010
Les journaux ne mettent guère en évidence l'exposé prononcé hier par Thomas Jordan, membre du directoire de la Banque nationale suisse, et pourtant: il y annonce que le taux de chômage suisse, qui tourne actuellement autour de 4%, passera à 6% l'an prochain. Ce chiffre peut faire sourire les Européens, habitués à des taux de 6 à 11%, mais Jordan précise (page 6 du texte en allemand) que ce niveau sera le plus élevé depuis 1945. Dans un pays qui a vécu pendant une génération le quasi plein-emploi, ce n'est pas banal. Confirmation de la tendance, le nombre d'actifs a reculé au dernier trimestre pour la première fois depuis six ans.
De plus, le membre du directoire de la BNS souligne que, si mauvais que soit ce chiffre, il ne reflète qu'imparfaitement la réalité. Un important sous-emploi est actuellement camouflé sous forme de chômage partiel, temps de travail raccourci et vacances prolongées sur base plus ou moins volontaire, cours de formation, etc. Ces possibilités épuisées, il faudra se rendre à l'évidence: la crise aura mis près d'un Suisse sur dix au chômage.
De plus, le membre du directoire de la BNS souligne que, si mauvais que soit ce chiffre, il ne reflète qu'imparfaitement la réalité. Un important sous-emploi est actuellement camouflé sous forme de chômage partiel, temps de travail raccourci et vacances prolongées sur base plus ou moins volontaire, cours de formation, etc. Ces possibilités épuisées, il faudra se rendre à l'évidence: la crise aura mis près d'un Suisse sur dix au chômage.
Libellés :
chômage
Ben Bernanke, sans couronne, par Stephen Roach
Intéressant commentaire de Stephen Roach ce matin, intitulé "The Case against Ben", à propos de la reconduction de Ben Bernanke à la tête de la Réserve fédérale américaine par Barack Obama.Roach nourrit son scepticisme de trois erreurs qu'il pense avoir décelées chez Bernanke.
1. Celui-ci partageait "la conviction agnostique" de son prédécesseur en ce qui concerne les bulles. En clair, attendre qu'elles éclatent et agir après. Corollaire de cette attitude, la Fed est restée assez passive du côté des taux d'intérêts quand les marchés ont commencé à s'emballer.
2. Bernanke est un adepte de la théorie de l'excès d'épargne, en Asie notamment ("savings glut") qui a fait pression sur les actifs américains. Roach la partage en partie mais pense que cela n'excuse pas le déni de réalité des autorités américaines, Fed comprise, face au comportement irresponsable des consommateurs/propriétaires nationaux.
3. Bernanke hérite en partie de l'obsession libertarienne de son prédécesseur Greenspan à propos des marchés "qui-ont-toujours-raison-au-final". L'explosion non contrôlée des dérivés de crédits et des effets de levier ont créé un monde financier massivement instable, dont nous ne savons pas encore vraiment comment sortir. A ce sujet, il est intéressant de lire la dernière contribution de Philip Hildebrand, futur président du directoire de la Banque nationale suisse.
Ainsi, conclut Roach, il est prématuré de présenter Ben Bernanke en héros de la crise - les marchés sont calmés pour l'instant, les banques encore fragiles - et imprudent de donner à la Fed autant de pouvoir pour dicter les règles futures de conduite permettant de réduire les risques systémiques.
1. Celui-ci partageait "la conviction agnostique" de son prédécesseur en ce qui concerne les bulles. En clair, attendre qu'elles éclatent et agir après. Corollaire de cette attitude, la Fed est restée assez passive du côté des taux d'intérêts quand les marchés ont commencé à s'emballer.
2. Bernanke est un adepte de la théorie de l'excès d'épargne, en Asie notamment ("savings glut") qui a fait pression sur les actifs américains. Roach la partage en partie mais pense que cela n'excuse pas le déni de réalité des autorités américaines, Fed comprise, face au comportement irresponsable des consommateurs/propriétaires nationaux.
3. Bernanke hérite en partie de l'obsession libertarienne de son prédécesseur Greenspan à propos des marchés "qui-ont-toujours-raison-au-final". L'explosion non contrôlée des dérivés de crédits et des effets de levier ont créé un monde financier massivement instable, dont nous ne savons pas encore vraiment comment sortir. A ce sujet, il est intéressant de lire la dernière contribution de Philip Hildebrand, futur président du directoire de la Banque nationale suisse.
Ainsi, conclut Roach, il est prématuré de présenter Ben Bernanke en héros de la crise - les marchés sont calmés pour l'instant, les banques encore fragiles - et imprudent de donner à la Fed autant de pouvoir pour dicter les règles futures de conduite permettant de réduire les risques systémiques.
Libellés :
B en Bernanke,
finance,
Roach,
réserve fédérale
mardi 25 août 2009
Match à venir Nokia-Apple?
Nokia se lance dans le marché des mini-ordinateurs "toujours connectés" avec un produit au design alléchant, le Nokia Booklet 3G, qui annonce 12 heures d'autonomie (divisez par deux...).
Mais n'est-ce pas un peu tard, chers amis finlandais? Le marché est déjà occupé, sinon saturé par les Asus, Acer, HP, Dell & Co. Par ailleurs, on apprend ce jour dans le Wall Street Journal que Steve Jobs, a peine revenu de sa transplantation du foie, surveillerait de très près le fignolage d'une nouvelle tablette tactile qui serait le prochain grand coup de la société. Bien entendu, l'intéressé ne commente pas, mais les rumeurs d'un gadget de ce type courent depuis quelque temps déjà, et elles font sens. Apple, tirant profit de l'expérience et de l'avance technologique prise avec son téléphone mobile, proposerait une sorte de super-iPhone pour les surfeurs invétérés et amateurs de jeux que le petit écran de l'iPhone frustre.
A suivre, donc. De toutes façons, l'arbitre de ce match est le prix que fixeront les opérateurs. Quand ces messieurs cesseront-ils de truander leurs clients avec indécence dès que ces derniers se connectent à internet par-dessus les frontières par exemple? Leur politique de tarification a toujours été et reste un des principaux freins au développement des communications mobiles. Dommage.
Mais n'est-ce pas un peu tard, chers amis finlandais? Le marché est déjà occupé, sinon saturé par les Asus, Acer, HP, Dell & Co. Par ailleurs, on apprend ce jour dans le Wall Street Journal que Steve Jobs, a peine revenu de sa transplantation du foie, surveillerait de très près le fignolage d'une nouvelle tablette tactile qui serait le prochain grand coup de la société. Bien entendu, l'intéressé ne commente pas, mais les rumeurs d'un gadget de ce type courent depuis quelque temps déjà, et elles font sens. Apple, tirant profit de l'expérience et de l'avance technologique prise avec son téléphone mobile, proposerait une sorte de super-iPhone pour les surfeurs invétérés et amateurs de jeux que le petit écran de l'iPhone frustre.
A suivre, donc. De toutes façons, l'arbitre de ce match est le prix que fixeront les opérateurs. Quand ces messieurs cesseront-ils de truander leurs clients avec indécence dès que ces derniers se connectent à internet par-dessus les frontières par exemple? Leur politique de tarification a toujours été et reste un des principaux freins au développement des communications mobiles. Dommage.
L'arme absolue de la Suisse: l'impôt (bas)
A première vue la Confédération helvétique n'a pas bonne mine ces jours - sa principale banque muée en auxiliaire du fisc américain; son président transformé en carpette d'un dictateur libyen, dont un des turbulents fistons menace d'"atomiser" la petite Helvétie.
Derrière les cris et la fureur, la situation n'est peut-être pas si dramatique que cela. La Suisse ne possède pas la bombe atomique, mais elle détient l'arme absolue - une fiscalité attrayante.
Un rapport de KPMG nous apprenait hier que, les principaux concurrents de la Suisse ayant été forcés par la crise financière de remonter leurs taux d'imposition, ceux de mère Helvétie deviennent du coup plus avantageux, le gouvernement y ayant fait preuve de discipline budgétaire et de modestie (pingrerie, se plaindront certains) en ce qui concerne ses plans de relance.
Et un article du Wall Street Journal estime que, suite à la taxation accrue des fonds spéculatifs en Grande-Bretagne, ceux-ci déménagent du côté de Zurich ou du Léman. Ils y auraient déjà accumulé 15 milliards de dollars d'actifs sous gestion.
L'honneur, l'honneur... Tant que l'argent n'a pas d'odeur.
Derrière les cris et la fureur, la situation n'est peut-être pas si dramatique que cela. La Suisse ne possède pas la bombe atomique, mais elle détient l'arme absolue - une fiscalité attrayante.
Un rapport de KPMG nous apprenait hier que, les principaux concurrents de la Suisse ayant été forcés par la crise financière de remonter leurs taux d'imposition, ceux de mère Helvétie deviennent du coup plus avantageux, le gouvernement y ayant fait preuve de discipline budgétaire et de modestie (pingrerie, se plaindront certains) en ce qui concerne ses plans de relance.
Et un article du Wall Street Journal estime que, suite à la taxation accrue des fonds spéculatifs en Grande-Bretagne, ceux-ci déménagent du côté de Zurich ou du Léman. Ils y auraient déjà accumulé 15 milliards de dollars d'actifs sous gestion.
L'honneur, l'honneur... Tant que l'argent n'a pas d'odeur.
Libellés :
fiscalité,
fonds spéculatifs,
KPMG
L'Arctic Sea, Twitter et l'art de se faire mousser
Comme d'autres, j'essaie de comprendre la rocambolesque odyssée de l'Arctic Sea. J'observe que les informations ont quasiment cessé depuis que les Russes ont repris le bateau et le contrôle de l'information. On a juste eu droit à une séquence TV qui puait la mise en scène, et à un nom parmi les "pirates": Andrei Lunev. D'après le Telegraph, citant sa famille, ce Lunev était considéré comme disparu et mort noyé depuis trois ans...
Cette incohérence et tant d'autres dans cette affaire ne semblent plus intéresser les médias. Ceux qui sont le mieux à même de creuser l'affaire, en Russie, sont soit contrôlés ou menacés (ma supposition).
Je vois ce matin le commentaire autosatisfait d'un amateur de Twitter, affirmant que la "vraie" info est passée par ce nouveau média. Je regarde ce qu'il nous cite en exemple et constate que ce n'est pas vrai. A part des questions et des thèses conspirationnistes, Twitter n'a rien diffusé de plus que ce qu'on trouvait sur d'autres supports.
Moralité: nouveaux médias ou pas, la censure d'Etat (ou d'autres) reste efficace.
Cette incohérence et tant d'autres dans cette affaire ne semblent plus intéresser les médias. Ceux qui sont le mieux à même de creuser l'affaire, en Russie, sont soit contrôlés ou menacés (ma supposition).
Je vois ce matin le commentaire autosatisfait d'un amateur de Twitter, affirmant que la "vraie" info est passée par ce nouveau média. Je regarde ce qu'il nous cite en exemple et constate que ce n'est pas vrai. A part des questions et des thèses conspirationnistes, Twitter n'a rien diffusé de plus que ce qu'on trouvait sur d'autres supports.
Moralité: nouveaux médias ou pas, la censure d'Etat (ou d'autres) reste efficace.
Libellés :
Arctic Sea
lundi 24 août 2009
Pâtés de sable et longs couteaux
A peine arrivé sur la plage de Martha's Vineyard pour des vacances en famille, Barack Obama se fait accueillir par ce spot concocté par les adversaires de sa réforme du système de santé:
Un peu méchant, à l'image de la campagne estivale contre ce plan, mais assez efficace. Nicolas Sarkozy, lui, a moins de souci à se faire. Contrairement à son habitude, il a réussi à tenir au moins quinze jours sans prendre la parole pour sauver les côtes bretonnes, les Pachtounes d'Afghanistan, l'équipage de l'Arctic Sea ou les forêts grecques. Silence radio.
L'opposition qui l'accusait d'envahir les médias en a-t-elle profité pour faire passer ses idées, ses projets, affûter ses couteaux?...
Un peu méchant, à l'image de la campagne estivale contre ce plan, mais assez efficace. Nicolas Sarkozy, lui, a moins de souci à se faire. Contrairement à son habitude, il a réussi à tenir au moins quinze jours sans prendre la parole pour sauver les côtes bretonnes, les Pachtounes d'Afghanistan, l'équipage de l'Arctic Sea ou les forêts grecques. Silence radio.
L'opposition qui l'accusait d'envahir les médias en a-t-elle profité pour faire passer ses idées, ses projets, affûter ses couteaux?...
Le cocorico du lundi pour se donner du courage
La semaine dernière, la Confédération suisse a revendu la part de capital UBS qu'elle avait acquise l'an dernier pour dépanner la banque. Dans l'opération elle réalise un profit de 1,2 milliard de francs.
Suite à cela, le Financial Times calcule le profit ou la perte (virtuels pour l'instant) que les autres gouvernements ont réalisé à ce jour dans leurs opérations de sauvetage de six grandes banques. A part Citigroup, dont le titre s'est apprécié de 47% - c'est vrai qu'il partait de très, très bas - toutes engendreraient des pertes pour l'Etat si celui-ci se désengageait aujourd'hui. Le solde global, grâce à Citigroup, serait néanmoins positif, à hauteur de 1,2 milliard de dollars. Soit à peu près ce que la Suisse a gagné en une seule opération, qu'elle est la première à avoir dénouée.
Allez, c'est pas tous les jours qu'on peut pousser un petit cocorico en Suisse par les temps qui courent...
Suite à cela, le Financial Times calcule le profit ou la perte (virtuels pour l'instant) que les autres gouvernements ont réalisé à ce jour dans leurs opérations de sauvetage de six grandes banques. A part Citigroup, dont le titre s'est apprécié de 47% - c'est vrai qu'il partait de très, très bas - toutes engendreraient des pertes pour l'Etat si celui-ci se désengageait aujourd'hui. Le solde global, grâce à Citigroup, serait néanmoins positif, à hauteur de 1,2 milliard de dollars. Soit à peu près ce que la Suisse a gagné en une seule opération, qu'elle est la première à avoir dénouée.
Allez, c'est pas tous les jours qu'on peut pousser un petit cocorico en Suisse par les temps qui courent...
Goldman Sachs: plus ça change...
Le Wall Street Journal du jour nous apprend qu'un trader de Goldman Sachs, Marc Irizarry, a privilégié ses collègues et une cinquantaine de gros clients de la banque en les avertissant que les titres de la société Janus Capital allaient probablement prendre de la valeur, alors que sa dernière recommandation à destination du commun des mortels sur cette même société était un "neutre" peu engageant. Apparemment, cette pratique d'initiés est courante dans cette banque. Pour rappel, Matt Taibbi a publié une enquête au vitriol sur GS dont les douze pages valent le détour.
Libellés :
Goldman Sachs
dimanche 23 août 2009
Rafraîchissement express en vue du 9/15
Ces prochaines semaines, les médias vont remplir leurs pages de bilans genre "un an après la crise, que faut-il en penser?", vu que c'est le 15 septembre 2008 que Lehman Frères a mis la clé sous le paillasson, embarrassant ainsi quelques autres concierges de la finance mondiale.
Soyez plus malin que vos amis, anticipez pour briller en société, ne vous laissez pas surprendre par l'événement, préparez-vous. C'est sur ce site que ça se passe. Il suffit de cliquer et de regarder. Bon, il y en a pour une vingtaine de minutes pour tout l'épisode, mais les six premières valent déjà la peine. Enjoy!
Soyez plus malin que vos amis, anticipez pour briller en société, ne vous laissez pas surprendre par l'événement, préparez-vous. C'est sur ce site que ça se passe. Il suffit de cliquer et de regarder. Bon, il y en a pour une vingtaine de minutes pour tout l'épisode, mais les six premières valent déjà la peine. Enjoy!
Libellés :
crise
Il nous arrive tous de dire des conneries de temps en temps. L'embêtant, c'est quand on commence à en faire une idéologie
Mon collègue Ram m'a prêté un vieux recueil de textes d'Ayn Rand, la philosophe russo-américaine dont le livre "Atlas shrugged" fut un triomphe, et qui développa un système de pensée baptisé "objectivisme".
Dans ce livre figure un essai d'Alan Greenspan paru en 1963 dans la Objectivist Newsletter, dont un extrait mérite d'être cité:
"C'est précisément l'avidité de l'homme d'affaires, ou plus précisément sa recherche du profit, qui constitue la protection insurpassée du consommateur.
Ce que les collectivites refusent de reconnaître est qu'il est dans l'intérêt de chaque homme d'affaires d'avoir une réputation d'honnêteté dans ses transactions et ses produits (...) La perte de réputation par la vente d'un produit de piètre qualité ou dangereux réduirait sensiblement la valeur de la société concernée. La valeur de marché d'une société de négoce financière est encore plus liée à ses actifs comptabilisés sous forme de goodwill. Des titres valant des centaines de millions de dollars sont venndus chaque jour par téléphone. Le moindre doute quant à la parole et à la fiabilité d'un négociant l'amènerait à se retirer des affaires du jour au lendemain.
La réputation, dans une économie non régulée, est ainsi un atout compétitif majeur."
Venant de l'homme qui a dirigé la Réserve fédérale et présidé, bras croisés, à la plus grande débâcle financière de tous les temps, faite de titres pourris et de négociants aveugles ou malhonnêtes, ces propos valent leur pesant de cacahuètes.
C'était notre lecture édifiante du dimanche.
Dans ce livre figure un essai d'Alan Greenspan paru en 1963 dans la Objectivist Newsletter, dont un extrait mérite d'être cité:
"C'est précisément l'avidité de l'homme d'affaires, ou plus précisément sa recherche du profit, qui constitue la protection insurpassée du consommateur.
Ce que les collectivites refusent de reconnaître est qu'il est dans l'intérêt de chaque homme d'affaires d'avoir une réputation d'honnêteté dans ses transactions et ses produits (...) La perte de réputation par la vente d'un produit de piètre qualité ou dangereux réduirait sensiblement la valeur de la société concernée. La valeur de marché d'une société de négoce financière est encore plus liée à ses actifs comptabilisés sous forme de goodwill. Des titres valant des centaines de millions de dollars sont venndus chaque jour par téléphone. Le moindre doute quant à la parole et à la fiabilité d'un négociant l'amènerait à se retirer des affaires du jour au lendemain.
La réputation, dans une économie non régulée, est ainsi un atout compétitif majeur."
Venant de l'homme qui a dirigé la Réserve fédérale et présidé, bras croisés, à la plus grande débâcle financière de tous les temps, faite de titres pourris et de négociants aveugles ou malhonnêtes, ces propos valent leur pesant de cacahuètes.
C'était notre lecture édifiante du dimanche.
Libellés :
Greenspan
samedi 22 août 2009
Ben se promène. L'économie boîte encore, pour longtemps
Jeudi dernier à Jackson Hole, Ben Bernanke est allé se promener un moment dans la nature. Cette nouvelle nous intéresse-t-elle?
Oui, en ceci: l'an dernier à pareille époque, les banquiers centraux réunis dans le lieu de villégiature du Wyoming n'avaient pas eu le temps de mettre le nez dehors. Cernés par les questions angoissées des médias, terrés comme des généraux dans un bunker pris sous le feu de l'artillerie ennemie, ils paraient au plus pressé - éviter l'implosion du système financier mondial.
Ils ont réussi, et le simple fait qu'à part la presse spécialisée, personne ne s'intéresse à la réunion de Jackson Hole en 2009 est en soi une bonne nouvelle. Moins on parle d'un banquier central, meilleures sont en général les perspectives.
Plus sérieusement, où en est-on alors qu'on s'approche de la date fatidique du 15 septembre, premier anniversaire de la faillite de Lehman Brothers?
Tout ayant commencé avec le dégonflement brutal de la bulle immobilière américaine, c'est vers ce marché qu'on se tourne d'abord. Les ventes de maisons existantes aux Etats-Unis ont progressé de 7,2% en juillet, le plus haut niveau depuis deux ans. Par ailleurs, l'indice S&P;/Case Shiller qui avait dégringolé non-stop de 206,52 points en juillet 2006 à 139,21 points en avril 2009 a amorcé sa première et timide remontée en mai, à 139,84 points. Toutefois, analyse The Economist dans sa dernière édition, le stock est énorme, et les conditions de crédit beaucoup plus dissuasives. Le redressement sera donc lent.
Au niveau macro-économique, les investisseurs se sont réjouis de voir le Japon, 2è économie mondiale, l'Allemagne et la France sortir techniquement de récession, même si c'est de justesse et sans garantie de durer. Le secteur tertiaire allemand a enregistré sa première croissance depuis septembre 2008, l'industrie française sa meilleure progression depuis 15 mois.
N'oublions pas toutefois qu'en automne dernier, les gouvernements ont décidé dans l'urgence des programmes de relance d'une ampleur jamais vue, qui déploient leurs effets en ce moment - par exemple les primes à la casse pour les voitures. Ces programmes ne dureront pas éternellement.
N'oublions pas non plus que les taux d'intérêt sont proches de zéro aux Etats-Unis, au Japon, et en Suisse, à peine plus élevés dans la zone euro. La politique monétaire reste extraordinairement accommodante partout, pour permettre aux banques de regonfler leurs bilans en élargissant leurs marges d'intérêt. Là encore, ça ne pourra pas durer éternellement.
Malgré ce soutien sans précédent, les banques sont loin d'avoir retrouvé leur santé et leur confiance. Peut-être assiste-t-on même à un déclin historique de ce secteur. La statistique qui m'a le plus fasciné cette semaine concerne les émissions d'obligations par les entreprises, qui ont dépassé pour la première fois la barre des 1000 milliards de dollars (1103 milliards exactement, et il reste encore quatre mois dans l'année) alors que le précédent record était de 898 milliards en 2007. Inversément, les prêts de banques ont reculé à 1052 milliards de dollars, alors qu'ils atteignaient 3369 milliards en 2007. Il y a deux ans, le rapport était de 3 contre 1 en faveur des prêts bancaires alors qu'aujourd'hui, il y a plus d'émissions obligataires! Le renversement est vertigineux.
Pour rester sur le marché des obligations, mais publiques cette fois, le Financial Times observe que le rendement des titres américains, sauf ceux à dix ans, est à la baisse, ce qui veut dire qu'il y a beaucoup plus d'acheteurs que de vendeurs.
Voilà qui relative les commentaires sur "l'appétit du risque retrouvé". Au lieu d'avoir les yeux rivés sur la bourse de Shanghaï, qui fonctionne en "casino fermé", note le FT, les investisseurs feraient mieux de ruminer le message que leur envoient les marchés obligataires. En gros, il est le suivant: assommé par le poids de ses dettes et la débâcle immobilière, le consommateur américain n'est pas prêt de se relever. Instruite par ses erreurs passées, la banque centrale ne laissera pas ses taux au plancher plus longtemps qu'il n'est nécessaire cette fois.
La "reprise" actuelle est donc d'abord liée à la reconstitution de stocks et à l'aide massive des gouvernements (en Chine particulièrement). Tel est aussi l'avis de The Economist, qui privilégie le scénario d'une reprise en "U", c'est-à-dire lente et sans élan. Certains indicateurs comme les prix du transport maritime et le taux d'utilisation des bateaux ne trompent pas: ça ne va pas très fort sur ce plan.
Les accros de la bourse devraient relire certaines analyses, publiées en début d'année, sur la "décade perdue" et la médiocrité des performances sur le long terme. On dirait qu'ils les ont déjà oubliées.C'est bien ce qui semble inquiéter le président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet. La petite histoire ne dit pas s'il a eu le temps de se promener à Jackson Hole. Mais il s'est déclaré perturbé par les réactions excessivement optimistes qu'il devine aux moindres bonnes nouvelles de l'économie, alors qu'il reste d'énormes défis à surmonter. De façon intéressante, ses propos ont eu peu d'écho.
Dans son discours introductif, Ben Bernanke s'est attardé sur l'élément "panique" qui a caractérisé la crise de l'automne passé. La surréaction qui en a résulté explique une partie du plongeon des indices boursiers, et la disparition de cette panique explique leur remontée récente. Le reste sera bien plus ardu à regagner.
Oui, en ceci: l'an dernier à pareille époque, les banquiers centraux réunis dans le lieu de villégiature du Wyoming n'avaient pas eu le temps de mettre le nez dehors. Cernés par les questions angoissées des médias, terrés comme des généraux dans un bunker pris sous le feu de l'artillerie ennemie, ils paraient au plus pressé - éviter l'implosion du système financier mondial.
Ils ont réussi, et le simple fait qu'à part la presse spécialisée, personne ne s'intéresse à la réunion de Jackson Hole en 2009 est en soi une bonne nouvelle. Moins on parle d'un banquier central, meilleures sont en général les perspectives.
Plus sérieusement, où en est-on alors qu'on s'approche de la date fatidique du 15 septembre, premier anniversaire de la faillite de Lehman Brothers?
Tout ayant commencé avec le dégonflement brutal de la bulle immobilière américaine, c'est vers ce marché qu'on se tourne d'abord. Les ventes de maisons existantes aux Etats-Unis ont progressé de 7,2% en juillet, le plus haut niveau depuis deux ans. Par ailleurs, l'indice S&P;/Case Shiller qui avait dégringolé non-stop de 206,52 points en juillet 2006 à 139,21 points en avril 2009 a amorcé sa première et timide remontée en mai, à 139,84 points. Toutefois, analyse The Economist dans sa dernière édition, le stock est énorme, et les conditions de crédit beaucoup plus dissuasives. Le redressement sera donc lent.
Au niveau macro-économique, les investisseurs se sont réjouis de voir le Japon, 2è économie mondiale, l'Allemagne et la France sortir techniquement de récession, même si c'est de justesse et sans garantie de durer. Le secteur tertiaire allemand a enregistré sa première croissance depuis septembre 2008, l'industrie française sa meilleure progression depuis 15 mois.
N'oublions pas toutefois qu'en automne dernier, les gouvernements ont décidé dans l'urgence des programmes de relance d'une ampleur jamais vue, qui déploient leurs effets en ce moment - par exemple les primes à la casse pour les voitures. Ces programmes ne dureront pas éternellement.
N'oublions pas non plus que les taux d'intérêt sont proches de zéro aux Etats-Unis, au Japon, et en Suisse, à peine plus élevés dans la zone euro. La politique monétaire reste extraordinairement accommodante partout, pour permettre aux banques de regonfler leurs bilans en élargissant leurs marges d'intérêt. Là encore, ça ne pourra pas durer éternellement.
Malgré ce soutien sans précédent, les banques sont loin d'avoir retrouvé leur santé et leur confiance. Peut-être assiste-t-on même à un déclin historique de ce secteur. La statistique qui m'a le plus fasciné cette semaine concerne les émissions d'obligations par les entreprises, qui ont dépassé pour la première fois la barre des 1000 milliards de dollars (1103 milliards exactement, et il reste encore quatre mois dans l'année) alors que le précédent record était de 898 milliards en 2007. Inversément, les prêts de banques ont reculé à 1052 milliards de dollars, alors qu'ils atteignaient 3369 milliards en 2007. Il y a deux ans, le rapport était de 3 contre 1 en faveur des prêts bancaires alors qu'aujourd'hui, il y a plus d'émissions obligataires! Le renversement est vertigineux.
Pour rester sur le marché des obligations, mais publiques cette fois, le Financial Times observe que le rendement des titres américains, sauf ceux à dix ans, est à la baisse, ce qui veut dire qu'il y a beaucoup plus d'acheteurs que de vendeurs.
Voilà qui relative les commentaires sur "l'appétit du risque retrouvé". Au lieu d'avoir les yeux rivés sur la bourse de Shanghaï, qui fonctionne en "casino fermé", note le FT, les investisseurs feraient mieux de ruminer le message que leur envoient les marchés obligataires. En gros, il est le suivant: assommé par le poids de ses dettes et la débâcle immobilière, le consommateur américain n'est pas prêt de se relever. Instruite par ses erreurs passées, la banque centrale ne laissera pas ses taux au plancher plus longtemps qu'il n'est nécessaire cette fois.
La "reprise" actuelle est donc d'abord liée à la reconstitution de stocks et à l'aide massive des gouvernements (en Chine particulièrement). Tel est aussi l'avis de The Economist, qui privilégie le scénario d'une reprise en "U", c'est-à-dire lente et sans élan. Certains indicateurs comme les prix du transport maritime et le taux d'utilisation des bateaux ne trompent pas: ça ne va pas très fort sur ce plan.
Les accros de la bourse devraient relire certaines analyses, publiées en début d'année, sur la "décade perdue" et la médiocrité des performances sur le long terme. On dirait qu'ils les ont déjà oubliées.C'est bien ce qui semble inquiéter le président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet. La petite histoire ne dit pas s'il a eu le temps de se promener à Jackson Hole. Mais il s'est déclaré perturbé par les réactions excessivement optimistes qu'il devine aux moindres bonnes nouvelles de l'économie, alors qu'il reste d'énormes défis à surmonter. De façon intéressante, ses propos ont eu peu d'écho.
Dans son discours introductif, Ben Bernanke s'est attardé sur l'élément "panique" qui a caractérisé la crise de l'automne passé. La surréaction qui en a résulté explique une partie du plongeon des indices boursiers, et la disparition de cette panique explique leur remontée récente. Le reste sera bien plus ardu à regagner.
Libellés :
banques,
crise économique,
immobilier,
reprise
vendredi 21 août 2009
Vroum! Vroum! Crasshhhh!
On dirait qu'à force de vendre - avec succès, il faut le dire - des voitures qui épatent la galerie, les dirigeants de Porsche se sont eux-mêmes écrasés dans les stucs. J'avoue avoir encore du mal à reconstruire tous les épisodes de cette saga familiale compliquée, mais les quelques éléments déjà glanés me semblent constituer les têtes de chapitre d'un formidable roman de l'ego en excès de vitesse.
1938. Ferdinand Porsche présente au Führer Adolf Hitler le prototype définitif de voiture populaire qui deviendra la célèbre "Coccinelle" VW.
1949. Après la guerre, le fils de Ferdinand, Ferry ressuscite l'entreprise Porsche à Stuttgart. VW renaît de son côté en 1948 sous la houlette de Heinrich Nordhoff, un ancien d'Opel. Des liens demeurent entre les deux sociétés, en particulier à travers Ferdinand Piëch, petit-fils de Ferdinand Porsche, président du conseil de VW et gros actionnaire des deux. Piëch ne cache pas que son rêve est de les réunir un jour.
2005. Les dirigeants de Porsche s'attaquent à VW, dont ils prennent une part minoritaire. Ils utilisent une forme d'options particulières pour augmenter discrètement leur participation, se comportent comme un fonds spéculatif en utilisant un effet de levier maximal. A un moment donné VW devient la première entreprise du monde en capitalisation boursière.
Janvier 2009: Porsche monte sa participation dans VW à 50,76% et augmente sa dette nette à 10 milliards d'euros.
23 juillet 2009. Wendelin Wiederking, patron de Porsche et membre du conseil de surveillance de VW, est remercié, avec un parachute doré de 50 millions d'euros, le plus élevé dans l'histoire de l'Allemagne. Son salaire pour l'année précédente atteignait 80 millions d'euros, "justifié" par un bénéfice de 8,6 milliards d'euros dont seule une petite partie provenait de la vente de voitures.
30 juillet 2009. Porsche annonce, pour l'exercice qui se termine, une perte de 5 milliards d'euros, due à la crise financière et à ses jeux spéculatifs.
13 août 2009. VW prend une participation de 42% dans Porsche pour 3,3 milliards d'euros. Les deux sociétés annoncent leur intention de fusionner complètement en 2011.
14 août 2009. Qatar Holding met 7 milliards d'euros sur la table et prend 10% des droits de vote chez Porsche, 17% chez VW. Avec l'Etat de Basse-Saxonie, il deviendra l'actionnaire de référence de la future société unifiée.
20 août 2009. Suite à une plainte du Bafin, le régulateur financier allemand, la police fait une descente au quartier-général de Porsche. Wendelin Wiederking et d'autres seraient accusés d'avoir manipulé les marchés et profité d'informations d'initiés. Un porte-parole nie les reproches mais confirme que l'ex-patron et le responsable financier figurent parmi les suspects.
S'il tient jusque là, Ferdinand Piëch aura 84 ans en 2011 quand son rêve sera réalisé. A quel prix? Une entreprise moralement dévastée, portée à bout de bras par deux Etats, et dont les voitures ne figurent plus depuis longtemps parmi les plus innovantes.
Ô, dynasties pourrissantes...
jeudi 20 août 2009
Merci Super-Rudi, désormais, le monde entier nous aime!
Mercredi: le gouvernement suisse livre 4450 dossiers d'évadés fiscaux aux Etats-Unis,qui desserrent la corde passée autour du cou d'UBS.
Jeudi: Sitôt réglé le cas UBS, Super-Rudi Merz, président de la Confédération, s'envole pour la Libye et y"exprime ses excuses au peuple libyen pour l’arrestation injuste de diplomates libyens par la police de Genève" - il s'agissait de Hannibal Kadhafi, fils à papa, brute psychopathe et notoire, accusé en l'occurrence de battre ses domestiques dans un hôtel de Genève. Les deux hommes d'affaires suisses que papa Kadhafi retenait comme otages depuis plus d'un an devraient pouvoir rentrer "dans quelques jours" (Super-Billy Clinton, lui, ramène les otages de Corée du Nord illico dans son avion, mais ne chipotons pas).
C'étaient les dernières nouvelles de la Semaine de la Contrition. Pas mal comme idée, au fond. Juste avant la rentrée, on règle en rafale tous les conflits pendants. On relève les pans de sa veste, on va se faire botter le cul partout où c'est nécessaire, puis on revient le poser sur sa chaise pour reprendre les affaires courantes.
A partir de maintenant, la Suisse n'a plus que des amis. Peut-être sera-t-elle même hôte d'honneur pour le 40è anniversaire de la Révolution libyenne le 1er septembre, et invitée à Washington pour y offrir le modèle de son système d'assurance-maladie au malheureux Barack Obama, un peu planté avec la réforme du système de santé.
Jeudi: Sitôt réglé le cas UBS, Super-Rudi Merz, président de la Confédération, s'envole pour la Libye et y"exprime ses excuses au peuple libyen pour l’arrestation injuste de diplomates libyens par la police de Genève" - il s'agissait de Hannibal Kadhafi, fils à papa, brute psychopathe et notoire, accusé en l'occurrence de battre ses domestiques dans un hôtel de Genève. Les deux hommes d'affaires suisses que papa Kadhafi retenait comme otages depuis plus d'un an devraient pouvoir rentrer "dans quelques jours" (Super-Billy Clinton, lui, ramène les otages de Corée du Nord illico dans son avion, mais ne chipotons pas).
C'étaient les dernières nouvelles de la Semaine de la Contrition. Pas mal comme idée, au fond. Juste avant la rentrée, on règle en rafale tous les conflits pendants. On relève les pans de sa veste, on va se faire botter le cul partout où c'est nécessaire, puis on revient le poser sur sa chaise pour reprendre les affaires courantes.
A partir de maintenant, la Suisse n'a plus que des amis. Peut-être sera-t-elle même hôte d'honneur pour le 40è anniversaire de la Révolution libyenne le 1er septembre, et invitée à Washington pour y offrir le modèle de son système d'assurance-maladie au malheureux Barack Obama, un peu planté avec la réforme du système de santé.
R.I.P. (bis)
Dure rentrée pour la presse. James Murdoch, fiston de Rupert, retire la prise du quotidien gratuit "thelondonpaper", lancé il y a trois ans et tiré à un demi-million d'exemplaires. Le journal a perdu 12,9 millions de livres au cours du dernier exercice, sur un chiffre d’affaires de... 14,1 millions de livres. 91% de pertes par rapport au revenu! Il n'avait guère le choix, James.
Quant à la qualité contenu, je vous en laisse juge par cet article sur "les dix choses que changerait Britney Spears si elle était présidente des Etats-Unis".
Quant à la qualité contenu, je vous en laisse juge par cet article sur "les dix choses que changerait Britney Spears si elle était présidente des Etats-Unis".
Libellés :
médias
mercredi 19 août 2009
Le nouveau visage du secret bancaire
Cliniquement, le secret bancaire vit encore. Mais s'il fallait fixer la date de son entrée en phase terminale, celle du 19 août 2009 fait l'affaire.
L'accord américano-suisse à propos d'UBS, dont les documents se trouvent ici et ici, prévoit la livraison de 4450 noms de clients au fisc américain dans un délai administratif d'un an (un recours judiciaire reste possible). Il s'accompagne, côté américain, d'une carotte: si 10 000 évadés du fisc se dénoncent, la procédure contre la banque sera abandonnée.
Côté suisse, le Conseil fédéral affirme que l'essentiel est sauf: l'ordre juridique helvétique a été respecté. Ce qu'il se garde bien de préciser, c'est qu'il ne s'agit plus du tout du même ordre juridique qu'il y a six mois. Alors - il y a des lustres, est-on tenté de dire - le secret bancaire s'opposait encore aux cas de soustraction fiscale, et la Suisse refusait dans tous les cas de collaborer à des «fishing expeditions», des parties de pêche où l'Etat demandeur d'informations ne connaît pas l'identité des contribuables qu'il pourchasse.
Or dans le cas des 4450 noms de clients UBS, le communiqué suisse dit ceci: «Il est désormais admissible, concernant les Etats-Unis, de fournir des informations sur des comptes sans même que l'Internal Revenue Service (le fisc américain) ne dispose déjà des noms individuels des différents clients de la banque au moment de la soumission de la demande».
En conférence de presse, le Conseil fédéral s'est tortillé pour assurer que cela ne peut être assimilé à une partie de pêche: «L'accord fixe des critères précis, et les données des clients qui y correspondent sont transmises, ce n'est pas la même chose», prétend-il.
Traduites en langage maritime, les choses se passent ainsi: les Américains déterminent la taille des mailles du filet, les Suisses le lancent et leur ramènent docilement, dans un délai donné, les poissons qui y sont pris. C'est la définition même de la partie de pêche. L'accord pose là un précédent considérable.
Ce n'est pas tout. Dans le communiqué de l'Internal Revenue Service, on lit que «le gouvernement suisse a accepté d'examiner et de traiter des requêtes additionnelles concernant d'autres banques qui auraient agi selon des faits et circonstances équivalents à ceux du cas UBS». Ainsi, contrairement à ce que les autorités suisses ont tenté de faire croire, il ne s'agit aucunement d'un «accord UBS», limité à cette seule affaire-là, mais bien d'un accord-cadre qui peut s'appliquer à n'importe quelle banque suisse. D'ores et déjà, le Wall Street Journal signale que des actions se préparent contre Credit Suisse, Julius Baer et UBP.
Reste un dernier et illusoire rempart. L'accord ne concernerait que les Etats-Unis, affirme le Conseil fédéral, car ceux-ci bénéficient d'un traité de double-imposition qui va plus loin que les autres. Le gouvernement suisse prend-il les autres pays (ou ses citoyens) pour des imbéciles? Cinq nouveaux traités bilatéraux ont déjà été signés, d'autres vont suivre en rafale. On peut compter sur les partenaires de la Suisse, encouragés par l'OCDE, pour réclamer et obtenir un statut comparable à celui dont jouissent les Etats-Unis.
Une fois que ce sera fait, que restera-t-il du secret bancaire? Sur le site web de la Neue Zurcher Zeitung mercredi soir, à côté d'un commentaire qui se veut rassurant (comment en irait-il autrement dans le quotidien porte-parole des milieux économiques?) une étude d'avocat proposait par petite annonce ses services aux contribuables américains prêts à se dénoncer pour limiter la casse.
Libellés :
secret bancaire
mardi 18 août 2009
Woodstock 2009
Et après dix jours de canicule, sans une goutte de pluie, la foule chantait:
"More rain!
More rain!
More rain!"
"More rain!
More rain!
More rain!"
A Vincent -le-trader qui masque son prénom
Vincent, 34 ans est trader dans une banque à Londres. Et Vincent le dit bien fort dans Le Point: "Je n'ai pas honte de mes 250 000 euros de bonus actuel".
A la place de Vincent, j'aurais quand même un peu honte que mon bonus ne soit que d'un quart de million - ça fait un peu cheap. D'ailleurs Vincent-qui-n'a-pas-honte ne pousse pas l'audace jusqu'à dire qui il est. Le prénom dont il signe sa contribution a été changé par la rédaction.
Sur le fond, voici ses arguments. "Au football, vous comptez les buts marqués et vous savez vite si un attaquant justifie son salaire ou non. C'est un un peu pareil sur les marchés." Sauf qu'un footballeur peut éventuellement me faire rêver. Je regarde ses exploits à la télé, porte un T-shirt à son effigie. Tandis que Vincent-qui-change-son prénom est un mercenaire (c'est lui qui emploie le mot pour qualifier la mentalité du métier) parmi des milliers d'anonymes arpentant les pavés de la City. Il ne me fait pas rêver une seconde. Argument rejeté.
"Dans mon équipe, qui est loin de figurer parmi les équipes stars de la banque, nous dégageons en moyenne dix millions d'euros de revenus par an à quatre. Il suffit à notre employeur de déduire le coût de notre ordinateur et de notre chaise et de faire une division pour savoir combien vaut chacun d'entre nous. Le problème, c'est que nous aussi sommes capables de faire ce calcul." Drôle de calcul qui fait fi d'une ribambelle de facteurs (infrastructure humaine et technique) sans lesquels les "exploits" de la petite équipe seraient impossibles. D'ailleurs Vincent-le-gagneur n'hésite pas à se contredire quelques lignes plus loin: "Ne sachant pas exactement qui sont les stars et qui sont les passagers clandestins (ah bon? nous avions cru qu'une simple division suffisait), les banques préfèrent payer grassement tout le monde que de prendre le risque de perdre la poule aux oeufs d'or. Du coup, contrairement à ce qui se passe dans d'autres métiers, le nivellement se fait par le haut." Cher Vincent, vous incarnez par ces mots la sotte arrogance attribuée aux traders. Argument rejeté.
"Sans nous, Renault ne pourrait pas produire en Thaïlande, faute de pouvoir couvrir son risque de change sur la monnaie thaïlandaise, et Axa ne pourrait pas proposer des rendements garantis sur les assurances-vie." En d'autres termes, la liquidité du système financier dépend de milliers de plombiers comme Vincent, veillant à ce que les tuyaux passent bien là où il faut. Cet argument-là est recevable, c'est d'ailleurs celui qui est martelé par les acteurs du système financier depuis qu'ils ont failli faire péter toute la tuyauterie l'an dernier.
Mais je pose la question: un plombier de la finance mérite-t-il de gagner plus que celui qui débouche mes chiottes? L'approvisionnement du système financier en liquidités, s'il relève de l'utilité publique comme on nous le donne à croire, doit-il être à la merci d'un système de rémunération privé, sauvage, totalement opaque et invérifiable? Ou ne devrait-on pas, comme le suggère le banquier Konrad Hummler, retirer cette activité vitale aux banques commerciales et la confier à des organismes plus soucieux de l'intérêt général, mieux contrôlés en tout cas?
Quand les spéculateurs prenant de vrais risques gagnent beaucoup d'argent, cela ne me dérange pas. Quand les Vincent-qui-n'ont-pas-honte le font sur d'obscures transactions dont l'utilité économique n'est pas prouvée - je pense par exemple au "flash trading", qui flirte avec le délit d'initiés et relève en tout cas de l'avantage compétitif indu - je ne suis plus d'accord.
Yo-yo boursier et reprise
Suivre les soubresauts de l'économie et des bourses mondiales est un dur métier en ce moment. Prenons la journée de lundi: Le Japon sort de la récession, tandis que l'indice industriel Empire Sate qui mesure l'activité industrielle dans l'Etat de New York progresse de 12,1% en août (contre -055% en juillet), à son plus haut niveau depuis novembre 2007. Ce genre de signal est celui dont se nourrissent les rebonds boursiers, particulièrement en cette fin d'été, où LA question est de savoir s'il faut croire à une reprise. Quelques jours plus tôt, la Réserve fédérale estimait que l'économie américaine « est en train de se stabiliser ».
Or lundi, les bourses se sont ramassées partout dans le monde, en particulier en Chine, où elle a perdu plus de 5%, son plus mauvais résultat depuis des mois. Je vois trois explications possibles à cette contradiction apparente:
1.Les indices boursiers ont beaucoup grimpé depuis le printemps (+42% pour le Dow Jones Industrial jusqu'à vendredi dernier par exemple). Cela le laisse encore 34% en-dessous du pic qu'il avait atteint en octobre 2007, mais si on considère ce sommet comme celui d'une bulle, alors la remontée récente du Dow est trop rapide. Elle ne correspond pas à l'amélioration de l'économie réelle, et les investisseurs en sont conscients. Par ailleurs, les mouvements marqués et contradictoires des bourses sont typiques d'une période de fin de crise.
2.Victimes d'un trop-plein d'informations et d'indices en matière économique et boursière, nous ne savons plus vraiment auxquels se fier. La montée en puissance de l'Asie, en particulier de la Chine, n'a pas facilité les choses. Les experts ne cessent de se demander si les économies émergentes du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) sont découplées des pays industrialisés. Plutôt oui, pensaient-ils au début de la crise. Plutôt non ensuite. Et de nouveau plutôt oui en ce moment, Russie mise à part. Par ailleurs, ils ont toujours des doutes sur la confiance à accorder aux statistiques chinoises. The Economist vantait la reprise asiatique sur sa dernière couverture, les marchés en semblaient moins sûrs lundi.
D'une façon générale, les experts restent mal à l'aise pour analyser les synergies de l'économie globalisée, les outils fiables leur manquent, d'où passablement de jugements erratiques en ce moment. A la fin de la semaine dernière par exemple, les journaux titraient sur la sortie de récession allemande et française (faiblârde et fragile dans les deux cas) alors qu''il y a deux mois, les analystes tablaient sur une reprise plus rapide et vigoureuse aux Etats-Unis qu'en Europe.
3.La crise actuelle, déclenchée par un gel brutal des liquidités bancaires alors que le monde vivait une situation plutôt exceptionnelle de croissance dans la plupart des pays, est particulière. Le contrecoup de la crise bancaire sur l'économie réelle sera-t-il momentané ou durable? S'agit-il d'un réajustement douloureux mais passager, ou au contraire du déclencheur de mouvements plus profonds dont nous ne saisissons pas encore l'ampleur? L'optimisme naturel des investisseurs les pousse à parier sur la première réponse, mais leur nervosité les laisse ouverts à la seconde. Le Wall Street Journal a illustré plusieurs cas de figure de reprise après une récession, dans les schémas ci-dessous.
Je lis ce matin les résultats semestriels, très mauvais, de Tornos, une entreprise de machines-outils du Jura suisse qui exporte l'essentiel de sa production. Le recul des commandes sur six mois atteint 69,4%! Ce qui est intéressant, c'est le commentaire accompagnant ces résultats:
"Personne ne sait quand la reprise viendra, ni à quel niveau l’activité économique se stabilisera. (...) La crise actuelle qui frappe durement la machine-outils se différencie des précédentes par le fait qu’elle touche simultanément tous les marchés et tous les pays industriels, ce qui la rend plus profonde que les récessions précédentes. Dans ces conditions, il est imaginable que la reprise se déroulera avec un scénario assez symétrique à celui de la baisse et qu’au moment du redémarrage, la reprise pourrait être soudaine et relativement vigoureuse. De ce fait, la gestion de la crise actuelle ne passe pas par une réduction permanente de la capacité de production du groupe."
Ce raisonnement reste celui de beaucoup d'entreprises. Serrer les dents (et les coûts) en attendant que le pire de l'orage passe. En soi, c'est un indicateur de confiance dans l'avenir.
Or lundi, les bourses se sont ramassées partout dans le monde, en particulier en Chine, où elle a perdu plus de 5%, son plus mauvais résultat depuis des mois. Je vois trois explications possibles à cette contradiction apparente:
1.Les indices boursiers ont beaucoup grimpé depuis le printemps (+42% pour le Dow Jones Industrial jusqu'à vendredi dernier par exemple). Cela le laisse encore 34% en-dessous du pic qu'il avait atteint en octobre 2007, mais si on considère ce sommet comme celui d'une bulle, alors la remontée récente du Dow est trop rapide. Elle ne correspond pas à l'amélioration de l'économie réelle, et les investisseurs en sont conscients. Par ailleurs, les mouvements marqués et contradictoires des bourses sont typiques d'une période de fin de crise.
2.Victimes d'un trop-plein d'informations et d'indices en matière économique et boursière, nous ne savons plus vraiment auxquels se fier. La montée en puissance de l'Asie, en particulier de la Chine, n'a pas facilité les choses. Les experts ne cessent de se demander si les économies émergentes du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) sont découplées des pays industrialisés. Plutôt oui, pensaient-ils au début de la crise. Plutôt non ensuite. Et de nouveau plutôt oui en ce moment, Russie mise à part. Par ailleurs, ils ont toujours des doutes sur la confiance à accorder aux statistiques chinoises. The Economist vantait la reprise asiatique sur sa dernière couverture, les marchés en semblaient moins sûrs lundi.
D'une façon générale, les experts restent mal à l'aise pour analyser les synergies de l'économie globalisée, les outils fiables leur manquent, d'où passablement de jugements erratiques en ce moment. A la fin de la semaine dernière par exemple, les journaux titraient sur la sortie de récession allemande et française (faiblârde et fragile dans les deux cas) alors qu''il y a deux mois, les analystes tablaient sur une reprise plus rapide et vigoureuse aux Etats-Unis qu'en Europe.
3.La crise actuelle, déclenchée par un gel brutal des liquidités bancaires alors que le monde vivait une situation plutôt exceptionnelle de croissance dans la plupart des pays, est particulière. Le contrecoup de la crise bancaire sur l'économie réelle sera-t-il momentané ou durable? S'agit-il d'un réajustement douloureux mais passager, ou au contraire du déclencheur de mouvements plus profonds dont nous ne saisissons pas encore l'ampleur? L'optimisme naturel des investisseurs les pousse à parier sur la première réponse, mais leur nervosité les laisse ouverts à la seconde. Le Wall Street Journal a illustré plusieurs cas de figure de reprise après une récession, dans les schémas ci-dessous.
Je lis ce matin les résultats semestriels, très mauvais, de Tornos, une entreprise de machines-outils du Jura suisse qui exporte l'essentiel de sa production. Le recul des commandes sur six mois atteint 69,4%! Ce qui est intéressant, c'est le commentaire accompagnant ces résultats:
"Personne ne sait quand la reprise viendra, ni à quel niveau l’activité économique se stabilisera. (...) La crise actuelle qui frappe durement la machine-outils se différencie des précédentes par le fait qu’elle touche simultanément tous les marchés et tous les pays industriels, ce qui la rend plus profonde que les récessions précédentes. Dans ces conditions, il est imaginable que la reprise se déroulera avec un scénario assez symétrique à celui de la baisse et qu’au moment du redémarrage, la reprise pourrait être soudaine et relativement vigoureuse. De ce fait, la gestion de la crise actuelle ne passe pas par une réduction permanente de la capacité de production du groupe."
Ce raisonnement reste celui de beaucoup d'entreprises. Serrer les dents (et les coûts) en attendant que le pire de l'orage passe. En soi, c'est un indicateur de confiance dans l'avenir.
Libellés :
crise économique,
reprise
samedi 15 août 2009
R.I.P.
Sympa, la rentrée. Au kiosque m'attend la dernière édition de PME Magazine, qui se demande si la presse romande "survivra à la crise". A l'intérieur figurent des chiffres sur la chute de la publicité (entre 20 et 40%) et moult projets de restructuration, y compris dans le titre qui m'emploie, lequel ne nous a encore pas dit grand chose à ce sujet.
Il y a huit mois, le tout-gratuit sur internet semblait encore être l'unique planche de salut, dans l'espoir d'y attirer du trafic, puis de la pub selon le bon vieux modèle consistant à vendre de l'info au lecteur, puis le lecteur à un annonceur. Aujourd'hui, il paraît que ce n'est plus du tout "in". Depuis que le vieux Rupert Murdoch a déclaré qu'il ferait payer pour le contenu en ligne - pour le Wall Street Journal, ça passe déjà, mais pour le reste? - les éditeurs, confrontés à une chute des annonces à laquelle ils ne s'attendaient pas sur le web, phosphorent à toute allure.
Un des projets les plus en vue est Journalism Online, qui propose un accès payant, simple et unique à un site fédérant un maximum de journaux. Le lecteur aurait le choix de payer à l'article, au mois, à l'année, pour un "bouquet" de titres composé selon son goût. Les éditeurs profiteraient de l'effet de masse d'un portail unique gérant la fastidieuse tâche des paiements et de contrôle des accès.
Sur le papier, ce n'est pas inintéressant. Il paraît que 500 journaux ont déjà manifesté leur intérêt à rejoindre la plateforme. Mais encore une fois, on concentre son énergie sur la recherche de modèles d'affaires dont il n'y aucun miracle à attendre. A part les solutions loufoques comme celle-ci, la seule question qui compte est: ai-je ce matin un article exclusif, dérangeant, intéressant, bien écrit ou marrant pour lequel les lecteurs sont prêts à payer - peu importe sur quel support? Si la réponse est non, je ne mérite pas de survivre.
Amen.
Il y a huit mois, le tout-gratuit sur internet semblait encore être l'unique planche de salut, dans l'espoir d'y attirer du trafic, puis de la pub selon le bon vieux modèle consistant à vendre de l'info au lecteur, puis le lecteur à un annonceur. Aujourd'hui, il paraît que ce n'est plus du tout "in". Depuis que le vieux Rupert Murdoch a déclaré qu'il ferait payer pour le contenu en ligne - pour le Wall Street Journal, ça passe déjà, mais pour le reste? - les éditeurs, confrontés à une chute des annonces à laquelle ils ne s'attendaient pas sur le web, phosphorent à toute allure.
Un des projets les plus en vue est Journalism Online, qui propose un accès payant, simple et unique à un site fédérant un maximum de journaux. Le lecteur aurait le choix de payer à l'article, au mois, à l'année, pour un "bouquet" de titres composé selon son goût. Les éditeurs profiteraient de l'effet de masse d'un portail unique gérant la fastidieuse tâche des paiements et de contrôle des accès.
Sur le papier, ce n'est pas inintéressant. Il paraît que 500 journaux ont déjà manifesté leur intérêt à rejoindre la plateforme. Mais encore une fois, on concentre son énergie sur la recherche de modèles d'affaires dont il n'y aucun miracle à attendre. A part les solutions loufoques comme celle-ci, la seule question qui compte est: ai-je ce matin un article exclusif, dérangeant, intéressant, bien écrit ou marrant pour lequel les lecteurs sont prêts à payer - peu importe sur quel support? Si la réponse est non, je ne mérite pas de survivre.
Amen.
Libellés :
presse
Grand chef sioux
Ayant laissé l'indienne Chiwid dans ses plaines canadiennes, je rentre en Suisse et découvre qu'un indien rusé y a rempli l'été de ses signaux de fumée. Il se nomme Fulvio Pelli - Fouine Myope, de son nom totémique. Son tipi se trouve au Tessin, et il guide la tribu radicale. Enfin, guider est une façon de parler, car la tribu radicale erre depuis quelque temps déjà dans le Grand Canyon Fédéral, harcelée par les Longs Couteaux UDC d'un côté et les Langues Fourchues PDC de l'autre.
Voilà qu'une place est à repourvoir dans le Grand Tipi des Sept Sages, qui fédère toutes les tribus de Suisse. Fouine Myope meurt d'envie de la prendre, mais il n'est pas trop sûr que les autres tribus aient envie de la lui laisser.
Mais c'est un malin!
Il envoie d'abord un petit nuage de fumée: Fouine Myope pas vraiment intéressé.
Puis deux: Si vraiment personne intéressé, Fouine Myope disponible, mais uniquement pour rendre service.
Puis un gros suivi de deux petits: Fouine Myope veut surtout pas brimer les jeunes guerriers de sa tribu.
Puis deux gros, un petit et encore un gros: Fouine Myope reste chef de tribu - en toute impartialité, bien sûr.
Puis un petit et trois gros: Fouine Myope prêt à y aller, si Sous-Conseil Palabre de toutes les tribus le désigne.
Puis deux gros et cinq petits: ... si squaw de Fouine Myope est d'accord, bien sûr.
On en est là dans le Grand Canyon Fédéral, où tout le monde est pris de quintes de toux convulsives à cause des nuages de fumée envoyés par Fouine Myope.
Du coup, personne n'a le temps de se demander si Fouine Myope est l'homme de la situation dans le Grand Tipi des Sept Sages, assiégé par la cavalerie du lieutenant Peer Steinbrück et celle du fisc américain qui veulent abattre le totem du Secret Bancaire. Voyons donc les signaux de fumée qu'a envoyés Fouine Myope autour du totem Secret Bancaire:
Février 2009: "Le Secret Bancaire n'est pas menacé", dit Fouine Myope.
Avril 2009: "Il faut se battre et unir toutes les tribus pour sauver le Secret Bancaire", dit Fouine Myope.
Fin avril 2009: "Il faut thématiser autre chose que le Secret Bancaire", dit Fouine Myope.
Mai 2009: "Il faut trouver des alliés pour imposer notre solution d'impôt à la source et sauver le Secret Bancaire", dit Fouine Myope.
Eté 2009: "Il n'est pas question qu'UBS livre davantage de noms de clients à la justice américaine qu'elle n'en a donnés jusqu'ici", dit Fouine Myope
Fin août 2009: UBS s'apprête à livrer entre 8000 et 10 000 noms supplémentaires à la justice américaine, selon les dernières informations. Les îles Caymans ont été retirées de la liste grise de l'OCDE en matière de coopération fiscale tandis que la Suisse y figure toujours. Les Sept Sages du Grand Tipi continuent de psalmodier leurs invocations devant le totem vacillant du Secret bancaire, sans donner le moindre signal sur la façon dont ils vont le consolider.
Dans un mois, on saura si Fouine Myope est entré dans le Grand Tipi des Sept Sages. Le suspense est intolérable.
Voilà qu'une place est à repourvoir dans le Grand Tipi des Sept Sages, qui fédère toutes les tribus de Suisse. Fouine Myope meurt d'envie de la prendre, mais il n'est pas trop sûr que les autres tribus aient envie de la lui laisser.
Mais c'est un malin!
Il envoie d'abord un petit nuage de fumée: Fouine Myope pas vraiment intéressé.
Puis deux: Si vraiment personne intéressé, Fouine Myope disponible, mais uniquement pour rendre service.
Puis un gros suivi de deux petits: Fouine Myope veut surtout pas brimer les jeunes guerriers de sa tribu.
Puis deux gros, un petit et encore un gros: Fouine Myope reste chef de tribu - en toute impartialité, bien sûr.
Puis un petit et trois gros: Fouine Myope prêt à y aller, si Sous-Conseil Palabre de toutes les tribus le désigne.
Puis deux gros et cinq petits: ... si squaw de Fouine Myope est d'accord, bien sûr.
On en est là dans le Grand Canyon Fédéral, où tout le monde est pris de quintes de toux convulsives à cause des nuages de fumée envoyés par Fouine Myope.
Du coup, personne n'a le temps de se demander si Fouine Myope est l'homme de la situation dans le Grand Tipi des Sept Sages, assiégé par la cavalerie du lieutenant Peer Steinbrück et celle du fisc américain qui veulent abattre le totem du Secret Bancaire. Voyons donc les signaux de fumée qu'a envoyés Fouine Myope autour du totem Secret Bancaire:
Février 2009: "Le Secret Bancaire n'est pas menacé", dit Fouine Myope.
Avril 2009: "Il faut se battre et unir toutes les tribus pour sauver le Secret Bancaire", dit Fouine Myope.
Fin avril 2009: "Il faut thématiser autre chose que le Secret Bancaire", dit Fouine Myope.
Mai 2009: "Il faut trouver des alliés pour imposer notre solution d'impôt à la source et sauver le Secret Bancaire", dit Fouine Myope.
Eté 2009: "Il n'est pas question qu'UBS livre davantage de noms de clients à la justice américaine qu'elle n'en a donnés jusqu'ici", dit Fouine Myope
Fin août 2009: UBS s'apprête à livrer entre 8000 et 10 000 noms supplémentaires à la justice américaine, selon les dernières informations. Les îles Caymans ont été retirées de la liste grise de l'OCDE en matière de coopération fiscale tandis que la Suisse y figure toujours. Les Sept Sages du Grand Tipi continuent de psalmodier leurs invocations devant le totem vacillant du Secret bancaire, sans donner le moindre signal sur la façon dont ils vont le consolider.
Dans un mois, on saura si Fouine Myope est entré dans le Grand Tipi des Sept Sages. Le suspense est intolérable.
Libellés :
secret bancaire
mercredi 12 août 2009
Chiwid
Bye-bye Canada, retour en Suisse - et à l'actualité. Comme un élève qui entasse pensivement livres et cahiers dans son sac après de trop longues vacances, je jette un dernier regard vers les ondulations infinies du Chilcotin, quittées il y a quelques jours, et j'y rencontre le regard de Chiwid.
Un voyage est fait de rencontres en chair et en os, et aussi de celles qui passent par un livre. Dans les plaines de l'Ouest canadien, ces fantômes sont très présents, tels ceux d'Eric Collier ou d'Alf Bracewell. Européens, nous sommes habitués à l'Histoire racontée par des pierres séculaires. En Colombie britannique, où l'homme blanc n'a posé son sac qu'au 19è siècle, la mémoire des hommes la remplace. Elle est partout à fleur de terre.
Chiwid fut baptisée Lillie Skinner le 18 juin 1904 par le prêtre François Marie Thomas, alors qu'elle avait 11 mois. Sa mère Loozap, renommée Lausap pour la circonstance, était une indienne Tsilhqot'in. Son père Charlie Skinner s'occupait de chevaux, il avait eu l'élégance de reconnaître l'enfant, ce qui n'allait pas de soi alors. Son nom indien, Chiwid, évoque le chant de la mésange à tête noire.
Chiwid est morte au milieu des années 70. Quelques années auparavant, Sage Birchwater avait découvert la région et, attiré par elle, s'y est installé en 1977, écrivant ensuite des articles pour le Williams Lake Tribune et le Coast Mountain News de Bella Coola.
Sage Birchwater n'a jamais rencontré Chiwid, mais il entendait parler d'elle au fil de ses rencontres, et c'est ainsi qu'il a eu l'idée de reconstituer le fil ténu de son existence dans un livre paru en 1995 aux éditions New Star. Tâche ingrate, car peu d'êtres ont aussi peu marqué le monde physique de leur empreinte et de leurs possessions.
Chiwid vivait seule, dans un dénuement total, existait et se déplaçait comme une ombre. On la croyait près de Nimpo Lake, elle surgissait près d'Alexis Creek, à des dizaines de kilomètres de là. Elle avait eu un un mari, qui faillit la tuer un jour en la battant à coups de chaînes de fer. Elle eut des enfants. Quand son âge le lui permettait, elle avait un petit troupeau, coupait son foin à la faucille, montait à Potato Mountain, se déplaçait avec deux chevaux. Puis il n'y eut plus qu'un baluchon, une carabine pour chasser, et la pêche.
Sage Birchwater a interrogé Tom Chignell de HalfWay Ranch, qui entretenait le télégraphe, le policier Johnny Blatchford, l'indien Doland Ekks, Doreen Seaforth la petite-fille de Chiwid, des épiciers, des fermiers, des gardiens de bétail. Il restitue leur témoignage brut, sans en changer un mot. Il a aussi retrouvé le portrait ci-dessus,réalisé par Veera Bonner, et qui reste un mystère: comment Chiwid s'était-elle laissée photographier, elle qui échangeait à peine trois paroles - et encore avec les gens en qui elle avait confiance, qui n'étaient pas nombreux?
D'autres mystères tournent autour d'elle. Par exemple sa résistance phénoménale au froid. Chiwid ne supportait pas de vivre dans une maison, ni même une tente, et s'enveloppait d'une simple couverture pour dormir dans la neige. Certains l'ont vue le matin secouant la croûte blanche qui la recouvrait, alors que le thermomètres était descendu au-dessous de - 50 degrés pendant la nuit. La tenancière d'un magasin se souvient encore du "clac, clac, clac" que faisaient ses bottes mocassins et ses pieds nus à l'intérieur, durcis comme une pierre par le gel, quand elle marchait sur le sol en bois de la boutique pour vendre une peau d'écureuil et acheter quelques grammes de sucre.
Rarement, quand le froid et la faim menaçaient d'ôter toute vie de son corps, elle se présentait devant une ferme le soir et se laisser réchauffer et nourrir juste ce qu'il fallait pour survivre.
Certains abusaient d'elle. Elle fut violée, moquée. D'autres la craignaient. Parfois montait dans la solitude glacée un chant qui ressemblait à celui d'un coyote. On savait que Chiwid campait non loin, et il était facile certains soirs de croire à la sorcellerie. Elle avait en tout cas des sens hyper-développés qui l'avertissaient de la présence de n'importe quel animal, bien avant que les animaux domestiqués par les hommes ne les aient eux-mêmes remarqués.
Chiwid fut aussi une belle femme. Certains l'admiraient, à cause de la présence lumineuse de son visage, du sentiment de plénitude qui émanait d'elle.
"The name comes from the sound that the bird makes. In January, it goes "chee-wit". In February "chee-chee-wit" and in March it goes "chee-chee-chee-wit". Hank Law
"God damn, she was a beautiful women then. Hard to believe". Randolph Mulvahill
"One time, in late fall, people were hearing some stange noises above Tatla Lake, and people called in the authorities... The locals were laughing about it. All they ever found was old Chiwid's camp. It wounded like a cougar screaming or a wolf howling, they said." Marty Moore
Chiwid est morte aveugle dans un asile pour personnes âgées. Il y a toujours des Indiens Tsilhqot'in dans la région, dans des réserves qui ressemblent à un camp de caravanes. Nous en avons pris un en stop, son visage était aussi raviné que les paysage de Farewell canyon. Il est resté muet pendant le trajet. Quand nous l'avons déposé à la station-service d'Anahim Lake, la pompiste aussi âgée que lui l'a interpellée familièrement: "Hey Billy, hitch-hiking again?"
Il est parti en trottinant, sans dire un mot.
vendredi 7 août 2009
Sale temps pour les saumons
La température de la Fraser River, qui traverse la Colombie britannique sur plus de 1300 km, a atteint 21 degrés ces derniers jours. Cela ne sert à rien pour y faire trempette, car les courants sont trop forts: le débit aux "portes de l'Enfer", ainsi nommées par l'explorateur britannique Simon Fraser en 1808 et qui a donné son nom au fleuve, équivaut à celui des chutes du Niagara. En revanche, les centaines de milliers de saumons qui remontent le courant sont très affectés par une eau trop chaude. On en attendait plus de 700 000 cet été, les estimations tournent pour l'instant autour de 150 000. Beaucoup ont dû mourir en route.
A noter que ce n'est rien par rapport à la catastrophe écologique que provoqua un éboulement dû au dynamitage du canyon pour faire passer le chemin de fer au début du siècle passé. Il bloqua complètement la rivière - et des millions de saumons. Malgré des efforts désespérés pour transporter une partie d'entre eux de l'autre côté de l'obstacle provoqué par l'homme, la plupart périrent, et il fallu près de 40 ans pour rétablir la situation.
Lavabeaux
Ceci est le début d'un nouveau grand projet artistique. Ci-dessus: les toilettes d'un sushi-bar à Seymour Street, Vancouver. Ci-dessous: celles d'un bar-boutique de Clinton, BC. J'en ai déjà une bonne douzaine comme ça.
Pour une brique à Vancouver, t'as pas grand chose
A sept mois des Jeux olympiques d'hiver, le marché immobilier de la ville côtière a enregistré une progression des ventes de... 89% par rapport à l'année précédente, selon les statistiques publiées ce matin dans le Vancouver Sun. Le prix moyen d'une maison familiale atteint 711 000 dollars canadiens dans la zone métropolitaine (autant de francs suisses). Le nombre de permis de construire a augmenté dans toute la province en juin selon cet article.
Le creux de 2008 paraît bien passé dans cette région, qui ne doit pas son dynamisme qu'aux JO, et de loin. La forte présence asiatique, plus les investissements des Américains de l'Ouest la stimulent depuis des années déjà. Les gratte-ciel ne sortent pas aussi vite de terre qu'à Shanghaï, mais ça bouge beaucoup.
Le marché des yachts, lui, semble plus déprimé. En longeant les quais vers Canada Place et ses paquebots de luxe en partance pour l'Alaska (hier: le Carnival Spirit, 300 mètres de long, 2400 passagers), on voit pas mal d'écriteaux "à vendre".
Quant au problème des sans-abri, dénoncé il y a deux ans par des "Jeux olympiques de la pauvreté", il ne semble pas règlé. Si on marche un peu plus loin vers East Hastings Street, en bordure de la ville chinoise, on tombe sur des dizaines de gens prostrés, assis contre les murs de brique, soit drogués, soit dans un état montrant que leur décrochage ne date pas d'hier. Il y a deux ans, la ville recensait plus de 2000 sans abri. Cet été, ils font la manche au milieu des touristes déambulant dans Gastown, à 500 mètres du centre névralgique qui accueillera les cérémonies olympiques. Va-t-on les mettre au chaud, et à l'écart, avant l'arrivée de la flamme?
Le creux de 2008 paraît bien passé dans cette région, qui ne doit pas son dynamisme qu'aux JO, et de loin. La forte présence asiatique, plus les investissements des Américains de l'Ouest la stimulent depuis des années déjà. Les gratte-ciel ne sortent pas aussi vite de terre qu'à Shanghaï, mais ça bouge beaucoup.
Le marché des yachts, lui, semble plus déprimé. En longeant les quais vers Canada Place et ses paquebots de luxe en partance pour l'Alaska (hier: le Carnival Spirit, 300 mètres de long, 2400 passagers), on voit pas mal d'écriteaux "à vendre".
Quant au problème des sans-abri, dénoncé il y a deux ans par des "Jeux olympiques de la pauvreté", il ne semble pas règlé. Si on marche un peu plus loin vers East Hastings Street, en bordure de la ville chinoise, on tombe sur des dizaines de gens prostrés, assis contre les murs de brique, soit drogués, soit dans un état montrant que leur décrochage ne date pas d'hier. Il y a deux ans, la ville recensait plus de 2000 sans abri. Cet été, ils font la manche au milieu des touristes déambulant dans Gastown, à 500 mètres du centre névralgique qui accueillera les cérémonies olympiques. Va-t-on les mettre au chaud, et à l'écart, avant l'arrivée de la flamme?
jeudi 6 août 2009
Toutes taxes comprises, please!
Le Canada est un pays cher - c'est un Suisse qui le dit. Non seulement cher, mais opaque quant au coût réel des biens et des services, car on y pratique à grande échelle le système "taxes non comprises". Une fois que vous les avez ajoutées - ainsi que le service, non compris lui aussi - à la note du restaurant par exemple, celle-ci a renchéri de 20 à 25% par rapport au prix affiché. La même surprise peut survenir dans les magasins suivant les achats que vous y effectuez.
L'absurdité atteint des sommets avec les billets d'avion. Dans une vitrine cet après-midi et dans un journal gratuit, j'ai découvert des annonces vantant un vol Vancouver-Londres "à partir" de 199 dollars (le dollar canadien valant 1 franc suisse). Formidable! Sauf que s'y ajoutent des "taxes and fees" de 457 dollars!
En Colombie britannique, un débat fait rage en ce moment autour d'un projet de "taxe harmonisée sur les ventes", abrégée HST, qui en réunit deux autres en une. Formidable encore: on ne simplifie jamais trop les prélèvements fiscaux. Sauf que dans le cas particulier, le gouvernement en profite pour augmenter la charge fiscale sur les restaurants de 7%. Alors que ceux-ci ne sont déjà pas bon marché.
Les étrangers visitant le Canada (en moins grand nombre cette année, crise oblige) ne peuvent que rallier à cet éditorial de The Province, qui demande que l'adoption de la HST s'accompagne du principe "toutes taxes incluses". Ce serait plus honnête pour les clients.
L'absurdité atteint des sommets avec les billets d'avion. Dans une vitrine cet après-midi et dans un journal gratuit, j'ai découvert des annonces vantant un vol Vancouver-Londres "à partir" de 199 dollars (le dollar canadien valant 1 franc suisse). Formidable! Sauf que s'y ajoutent des "taxes and fees" de 457 dollars!
En Colombie britannique, un débat fait rage en ce moment autour d'un projet de "taxe harmonisée sur les ventes", abrégée HST, qui en réunit deux autres en une. Formidable encore: on ne simplifie jamais trop les prélèvements fiscaux. Sauf que dans le cas particulier, le gouvernement en profite pour augmenter la charge fiscale sur les restaurants de 7%. Alors que ceux-ci ne sont déjà pas bon marché.
Les étrangers visitant le Canada (en moins grand nombre cette année, crise oblige) ne peuvent que rallier à cet éditorial de The Province, qui demande que l'adoption de la HST s'accompagne du principe "toutes taxes incluses". Ce serait plus honnête pour les clients.
mercredi 5 août 2009
Clinton, son musée, "Deutschland über alles"
Clinton devait être prospère quand les cohortes de chercheurs d'or y faisaient escale en route pour Barkerville, après 1860. Vers cette époque, la ville-relais de Colombie britannique comptait plus de Chinois que de Blancs. "Mais on n'en faisait pas grand cas, précise le gardien du petit musée local, chapeau de cow-boy vissé sur la tête (photo). Quand l'un d'entre eux était tué, l'enquête n'aboutissait en général pas." En revanche, quand un "constable" local fut tué par deux Indiens, la chasse à l'homme dura dix-huit mois, les coupables finirent par se rendre, l'un fut pendu.
Aujourd'hui, Barkerville, reconstituée est devenu une attraction touristique où des acteurs professionnels rejouent (avec talent) la vie d'antan. Clinton, qui n'était qu'un lieu de passage, n'a pas les mêmes moyens. Elle se contente d'un musée-capharnaüm où s'entassent les objets et photos de la mémoire collective. Pour ma part, je préfère: les souvenirs respirent, gardent leur parfum d'origine. Les visages sur les photos jaunies vous fixent comme s'ils vivaient encore.
Une vitrine est consacrée à Floyd Grinder, roi du rodéo, véritable "redneck" qui, raconte une petite carte, invitait dans les années 60 les hippies crédules à fumer un joint avec lui dans le jardin derrière le bistrot local. Les naïfs qui le suivaient revenaient cheveux tondus: "c'est comme ça qu'on se coiffe au pays des cow-boys" leur expliquait-on.Derrière le musée de Clinton, il y a aussi un jardin où se côtoient toutes sortes de véhicules et d'outils agricoles que la communauté n'a pas les moyens d'entretenir, comme la dépanneuse ci-dessus. A côté. une boutique de souvenirs locale est à vendre, avec ou sans son contenu précise l'affiche. Une autre, qui propose des antiquités, s'est fait cambrioler la nuit dernière, ainsi que quelques autres commerces.
Floyd le "redneck" n'est plus là pour courir après les voleurs.
A l'entrée du musée sont exposés la pipe en bois d'un immigré suisse (probablement tessinois) et un ancêtre du tourne-disques, de marque Edison, qui lit des cylindres en cire. "Si vous désirez l'écouter, demandez au gardien", précise la notice. Avant de partir, j'ai demandé qu'il le fasse tourner. Un son nasillard et des paroles allemandes sont sorties du haut-parleur. "Je mets ce rouleau quand passent des visiteurs d'Allemagne, mais ils n'ont pas l'air très contents. Vous pouvez me lire le titre de la chanson, là?"
Il m'a tendu le cylindre bleu, sur la tranche duquel était gravé le titre "Deutschland über alles".
Tatlayoko Lake, avec Gerry et la famille Bracewell, jeu de cache-cache avec les incendies
Ca fait drôle de rencontrer une légende vivante. Mais avant de parler de Gerry, je reprends la route à partir du message précédent. Bloqués à Anahim en Colombie britannique par une des pires séries d'incendies dans la province de mémoire d'homme. Que faire avant de revenir sur Vancouver? Au croisement de Tatla Lake, où la pompiste nous recommande le lac Chilko, nous jouons presque à pile ou face et choisissons l'autre, Tatlayoko Lake (photo).
Ai-je déjà dit que ce voyage est une successions de coïncidences extraordinaires?
A peine avons-nous roulé quelques kilomètres sur la piste poussiéreuse que nous tombons nez à nez avec un ours noir, aussi surpris de nous, qui s'enfile dans les fourrés après nous avoir fixés deux secondes.
Une succession de petits panneaux en bois en forme de cheval et cloués sur les pins nous encourage: "sorry for the long road" dit l'un d'entre eux.
Nous débouchons finalement sur un plateau à 1280 mètres d'altitude, entouré de montagnes. C'est là que nous avons rencontré Gerry Bracewell, 87 ans. J'évoquais il y a deux jours l'épique construction de la route vertigineuse qui a franchi "The hill" entre Bella Coola et Anahim en 1953. Lassés de l'inaction du gouvernement fédéral, les gens du pays Chilcotin ont pris les choses en main. Un trax à chaque bout du tronçon manquant, il sont partis à l'assaut des 1600 mètres de dénivelé. Alf Bracewell était un de ces conducteurs de trax. Gerry est allée le filmer avec sa caméra à remontage manuel. Les trax poussaient des rochers gros comme des maisons dans le précipice, manquaient y passer eux-mêmes, Alf sertissait les détonateurs de charges explosives avec les dents, il n'était pas payé. Il est devenu le mari de Gerry et l'est resté jusqu'à sa mort, il y a trois ans.
Gerry nous fait visiter la lodge des Bracewell. Tout ici à une histoire. Cette tête d'orignal géant qu'elle a abattu au dernier moment, quand il la chargeait. Cette dépouille de loup - ils déciment les troupeaux aux alentours aujourd'hui encore. Gerry a été guide pendant plus de 50 ans, la première femme à exercer ce métier. Elle connaît chaque repli de montagne, les endroits où affleurent les coquillages fossiles vieux de millions d'années. Elle a arrêté de guider il y a quatre ans seulement après d'être cassé la hanche en marchant sur la glace.
Après quelques heures passées à l'écouter, le reste de la famille est arrivé, enivré de soleil et d'une quantité respectable de canettes consommées sur le radeau géant qu'Alex, un des fils de Gerry, a construit pour se promener sur le lac Tatlayoko avec une vingtaine de passagers et plusieurs chevaux. Quant à Berry, un autre fils, il a bricolé lui-même un châssis pour transporter d'un coin à l'autre de la région des cabanes de rondins pesant une trentaine de tonnes chacune.
L'esprit pionnier, solide comme le roc. La débrouillardise dictée par la survie. Tandis que la tribu se précipite sur les T-bone steaks que Connie, la femme d'Alex, a préparés, les histoires continuent, comme celle du programmeur informatique devenu chercheur d'or et qui a fait fortune, prenant un fusil sous le siège de sa camionnette pour protéger sa trouvaille la plus spectaculaire sur le chemin de la banque. Cela ne se passait pas au temps du far-west, mais au début des années 90. La mine est encore là, la veine n'est pas complètement exploitée, avis aux amateurs.
Gerry écrit des poèmes. Ne pouvant plus monter à cheval pour crapahuter avec les chèvres, elle les regarde de loin, à la lunette. C'est ainsi que je l'ai photographiée. Et si l'aventure vous tente, les Bracewell ont un site internet.
Parmi ceux qu'ils ont guidé dans les montagnes volcaniques aux couleurs arc-en-ciel se trouve le photographe Chris Harris, dont les images de nature dans le pays Chilcotin ont une qualité méditative extraordinaire. Lui aussi a un site pour mieux faire connaissance avec son travail. Chris fut, comme Gerry, un des tout premiers à sensibiliser les autres à la délicate beauté de cette région sauvage. Il est aujourd'hui âgé de 70 ans mais court toujours par monts et par vaux. Il n'était pas à sa galerie de 108 Mile House quand je m'y suis arrêté sur le chemin du retour, mais sa compagne oui, et ses photos aussi.
Faut-il préciser que le soir sur les champs de la famille Bracewell, la lune était pleine, après l'ultime ballet des oiseaux-mouches?
Sur le conseil des Bracewell, nous sommes repartis le lendemain matin déjà, à regret. Mais la décision était bonne: aujourd'hui, la route où nous sommes passés hier, à Alexis Creek où les flammes étaient à cent mètres des maisons, est coupée aussi dans le sens du retour. Si nous étions restés un jour de plus, nous aurions été pris au piège.
dimanche 2 août 2009
Une odeur de brûlé (bis)
Retour au barrage de la route 20. Cette fois, c'est clair: on ne passe pas. Nous ne verrons pas "the hill" (lire le message précédent)
Comme une odeur de brûlé (doublée d'un hommage à Eric Collier et aux castors)
Les Canadiens de Colombie britannique l'appellent "the hill", la colline. C'est la partie non goudronnée de la route No 20 qui dégringole de 1500 mètres d'altitude au bord de la mer, à Bella Coola, entre des parcs naturels d'une beauté à couper le souffle. A gauche, les chutes de Hunlen, parmi les plus hautes du Canada, que l'on rejoint en neuf heures de marche à travers une forêt moussue. A droite, les "rainbow mountains", ainsi nommées à cause des strates métalliques qui prennent toutes les nuances du jaune au rouge sang, et qui se parcourent à dos de cheval. Un trek de cinq jours.
Enfin, tout cela est la terre promise que nous aurions rejointe si "the hill" n'était pas en feu. Au moment où j'écris depuis le Eagle's Nest, une odeur de brûlé chatouille les narines, et de petites pluches se cendre se déposent délicatement sur les habits. La route est fermée depuis deux jours, et rien ne dit qu'elle s'ouvrira d'ici ce soir, dernier délai pour rejoindre le ferry qui descend ensuite sur l'île de Vancouver. On dénombre en ce moment 531 feux de forêt en Colombie britannique (à cause de la foudre principalement) dans une semaine de chaleur record. Les quatre cinquièmes de la province sont en situation de risque extrême.
Les Canadiens faisant la queue au soleil dans leurs Jeep et campers prennent les choses avec philosophie. Cela aussi fait partie de la "wilderness experience". Il reste à faire comme eux, à apprécier l'oiseau-mouche qui nous file sous le nez ou le pélican qui vient se poser sur le lac, pataud comme un hydravion.
Du coup, il y a aussi du temps pour la lecture, et c'est ainsi que j'ai découvert Eric Collier (1903-1966), dont les mémoires "Three against the Wilderness" publiées originellement en 1959 viennent d'être rééditées, car les gens ne cessaient de réclamer ce grand classique de la vie sauvage écrit par un précurseur de l'écologie (la photo de Collier ci-dessus est tirée du livre). Eric Collier, qui avait usé ses pantalons comme apprenti dans un bureau d'avocats anglais, ne s'y était pas plu, avait émigré chez un oncle canadien avant de s'établir au pays Chilcotin en Colombie britannique. Terre d'Indiens, d'ours et de coyotes où la température peut dépasser les 40 degrés l'été (comme en ce moment) et tomber sous 50 l'hiver.
Au début des années 30, il s'est installé avec femme et (très jeune) enfant dans une forêt délaissée par tous. Un chariot branlant, une tente, un fusil, quelques outils et un peu de fil de fer pour tout bagage. La zone, jadis bien pourvue en étangs et lacs, s'était progressivement asséchée suite à l'extermination des castors dont les barrages assuraient l'équilibre hydrologique.
Avec sa femme (elle-même un quart indienne), Eric Collier s'est mis en tête de reconstruire les barrages des castors disparus pour recréer les réserves hydrauliques locales. Au prix d'un travail insensé (je passe les rencontres hivernales avec les loups et les orignaux colériques, les périodes de disette et de tempête, les règles de voisinage à établir avec les Indiens), il y est arrivé, redonnant du coup eau et vie à une rivière en contrebas, permettant aux paysans de remettre des vaches à pâturer dans leurs champs.
Au bout de dix ans, le chef du service de la faune canadien a entendu parler de ce gars qui devenait peu à peu une légende. Il lui a rendu visite, a observé pendant une semaine, n'a presque pas pipé mot. Puis il lui a envoyé deux couples de castors. Cinq ans encore ont passé, et les castors avaient fondé une colonie d'une cinquantaine d'individus.
J'en suis là dans le bouquin, aux deux tiers. Mon seul regret, c'est le titre: pourquoi "against" the wilderness, alors que tout le contenu montre que s'il doit certes tuer pour survivre avec sa famille, Collier collabore avec son environnement, il n'est pas "en lutte" contre celui-ci. A part cela, Collier, qui s'inspire du journal qu'il tenait dans sa cabane, offre non seulement des souvenirs vivants mais quasiment un manuel de survie dans la forêt canadienne.
Si je parle de ce livre en particulier, c'est aussi à cause d'une coïncidence extraordinaire. Je l'avais choisi, un peu au hasard dans une librairie de Lake Williams, ville plus connue pour son "stampede" et ses rodéos que pour ses musées. Mais on y cultive la mémoire locale, et les Collier en font partie. J'ai donc acheté "Three against the Wilderness".
Le soir même, nous faisions étape à Chilcotin Lodge (ainsi nommée par transcription phonétique de la tribu indienne du plateau). C'est un ancien relais planté au sommet d'une côte qui faisait un peu tout (poste, magasin, auberge). Il est tavillonné de vert, toit rouge, et tenu aujourd'hui par une hollandaise grand format dont je recommande les crêpes aux pêches et à la crème aigre. Bien calé sous la couette le soir, j'ai feuilleté les premières pages de "Three against the Wilderness"... et constaté que le relais où je me trouvais était l'endroit même où Eric Collier avait travaillé comme aide-magasinier! Il y est resté jusqu'au moment de s'établir à Meldrum Creek, 30 km plus au nord, où la cabane de rondins qu'il a construite avec sa femme existe toujours!
Voilà. A part ça, les forêts canadiennes que nous avons traversées (sur plus de mille kilomètres quand même) n'ont pas très bonne mine en ce moment. Entres les pins mangés par les insectes (sur 7 millions d'hectares,précisait un panneau au bord d'un étang asséché) et ceux qui dressent leurs squelettes léchés par les flammes, les grandes tâches grises ou rousses sont plus qu'occasionnelles dans les ondulations vertes. Parmi les explications avancées: une succession d'hivers trop doux et d'étés très secs comme celui-ci ont favorisé la prolifération des insectes. La lutte plus efficace contre les feux a eu pour effet paradoxal que les arbres vieillissent davantage, or les plus âgés sont aussi les plus fragiles. La monoculture du pin par l'industrie du bois, pour des raisons économiques évidentes, a réduit la diversité. Aujourd'hui, plein d'experts se penchent sur les raisons générales du mal, mais il n'existe plus guère de pionniers aussi déterminés et durs au mal qu'Eric Collier pour recréer l'habitat des castors.
Inscription à :
Messages (Atom)
