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mardi 30 juin 2009
L'aumône faite à Madame Madoff
150 ans de prison pour Bernard Madoff. Ce matin, c'est une information périphérique concernant cette affaire qui retient mon attention et me laisse perplexe. Le Wall Street Journal se demande comment Ruth Madoff, 68 ans, épouse du susnommé, va se débrouiller avec les 2,5 millions de dollars "seulement" que lui laisse la justice sur les quelque 70 millions mis de côté par son prévoyant mari. Admettons que Ruth n'ait rien su des tripatouillages de Bernie (je n'en crois pas un mot, ou alors elle est si bête qu'elle ne mérite pas un cent). Même dans ce cas, mon étonnement est suscité par cette conviction profonde, dans le monde madoffien, que 2,5 millions de dollars "seulement" représentent un terrible sacrifice. C'est dans la crise qu'on réalise vraiment le fossé social et culturel entre les "happy few" et le commun des mortels. Les plumés de ce Ponzi moderne et les deux millions de familles mises à la rue par la crise des subprime apprécieront.
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Madoff
"War on terror" is dead, c'est officiel
Selon le Financial Times, l'administration Obama enterre officiellement l'expression "global war on terror". Alleluiah! Cette dernière m'a paru dès le premier jour aussi contre-productive qu'absurde. On fait la guerre à des Etats; on lutte contre des groupes terroristes; on éradique ou confine le terrorisme. Mais guerroyer contre un sentiment, un concept comme la terreur??? C'est le meilleur moyen de l'entretenir - ce qui était peut-être l'objectif véritable de l'administration précédente. A moins que cela n'eût participé de l'attrait morbide des Américains mômiers pour tout ce qui touche à l'Apocalypse, aux histoires de revenants visqueux jaillissant des tombes pour se venger des vivants. Yeaaâââââhhh!
Un Suisse franc-tireur en Equateur
Le chien de Samuel von Rütte répond au nom d'Aschu (qui veut dire... chien en quechua, la langue des Indiens de la Sierra). Il saute dans la Jeep avant qu'on lui dise quoi que ce soit, en descend sans un bruit, s'installe au café du coin, suit son maître avec un sens fusionnel de l'anticipation. Casquette de base-ball, barbe de trois jours et yeux rieurs derrière des lunettes rondes, Samuel von Rütte n'est pas précisément le prototype du "Nestlé man". C'est pourtant lui qui a installé en Equateur la ferme expérimentale du groupe suisse il y a vingt ans, en a poursuivi l'exploitation sous contrat quand la multinationale n'était plus très sûre de vouloir y continuer ses recherches, puis a fini par voler de ses propres ailes.
"Les gens qui font du chocolat ne sont pas sérieux, dit-il. Parmi les fèves exportées en Europe, j'ai vu des choses horribles." Samuel n'est pas de la race de ceux qui se fient aveuglément aux normes et aux formels, qui pensent qu'avec de bonnes machines et beaucoup de mélanges, on arrive à faire passer n'importe quoi. Lui préfère suivre son instinct, ou celui d'un vieux fermier qui, contrairement à toutes les pratiques recommandées par les centres agronomiques agréés, commence par sécher son cacao pendant un jour avent de le fermenter, petit à petit.
Il y a douze ans, il a venu venir la pénurie de cacao fin, de variété Nacional, en même temps que se renforçait le désir de chocolat pour gourmets. Avec deux associés, il a planté 250 hectares de cacao et fait ses propres expériences. Pas toujours concluantes au début, puis ses échantillons ont commencé à dégager les bonnes saveurs, les arômes subtils et uniques du Nacional. "Je savais que c'était bon, mais quand je les envoyais en Europe, personne ne voulait de cela. J'étais déçu et fâché." Routine des acheteurs? Samuel von Rütte était un peu comme un vigneron marginal qui venait proposer des crus inhabituels à de grandes caves habituées à produire des vins coupés, corrects mais sans personnalité.
Il a donc passé par un fabricant équatorien, Tulicorp. L'an dernier, il a produit chez lui 15 tonnes de chocolat, déjà autant cette année. Il le vend surtout en Equateur. "Des ouvriers viennent ici acheter des plaques qui coûtent douze francs le kilo, le salaire d'une journée. Ce n'est pas vrai que les gens du Sud se contentent d'un chocolat bon marché et sans goût. Ils savent et aiment ce qui est bon."
Samuel von Rütte est sévère avec les chocolatiers. "Lindt m'a contacté. Le problème, leur ai-je répondu, c'est vous. Vous voulez court-circuiter les intermédiaires, prendre la part des négociants, et ne rien laisser aux planteurs." Il dénonce l'inefficacité des multiples organisations professionnelles locales: "Avec un contrôle sérieux au port, les problèmes de qualité ou de mélange entre le Nacional et le clone CCN51 seraient résolus en quinze jours. Mais il manque le courage de l'instaurer." Le résultat est un gaspillage énorme: "45% du cacao équatorien est exporté pour faire du beurre et de la poudre, c'est comme utiliser du bon Bordeaux pour couper des vins." Si pour la majorité des acteurs le cacao est une "matière première", Samuel von Rütte fait partie de la minorité qui y voit un produit d'origine noble. "On ne sait rien du cacao. Je suis allé voir la plantation de RISEC en république dominicaine, ils ont leur petite fabrique. Nestlé n'a pas 5% de leurs connaissances."
Le défi de la société Orecao, que dirige Samuel von Rütte, est de trouver des débouchés suffisants dans les pays du Nord, fermement tenus par les grands groupes. "Pour entrer dans le marché, il faut au moins cinq ou six produits", dit-il. Des projets sont en cours, notamment aux Etats-Unis et... en Arabie saoudite, plus gourmande qu'on ne l'imagine. La société vise 45 à 50 tonnes en 2010.
"Les gens qui font du chocolat ne sont pas sérieux, dit-il. Parmi les fèves exportées en Europe, j'ai vu des choses horribles." Samuel n'est pas de la race de ceux qui se fient aveuglément aux normes et aux formels, qui pensent qu'avec de bonnes machines et beaucoup de mélanges, on arrive à faire passer n'importe quoi. Lui préfère suivre son instinct, ou celui d'un vieux fermier qui, contrairement à toutes les pratiques recommandées par les centres agronomiques agréés, commence par sécher son cacao pendant un jour avent de le fermenter, petit à petit.
Il y a douze ans, il a venu venir la pénurie de cacao fin, de variété Nacional, en même temps que se renforçait le désir de chocolat pour gourmets. Avec deux associés, il a planté 250 hectares de cacao et fait ses propres expériences. Pas toujours concluantes au début, puis ses échantillons ont commencé à dégager les bonnes saveurs, les arômes subtils et uniques du Nacional. "Je savais que c'était bon, mais quand je les envoyais en Europe, personne ne voulait de cela. J'étais déçu et fâché." Routine des acheteurs? Samuel von Rütte était un peu comme un vigneron marginal qui venait proposer des crus inhabituels à de grandes caves habituées à produire des vins coupés, corrects mais sans personnalité.
Il a donc passé par un fabricant équatorien, Tulicorp. L'an dernier, il a produit chez lui 15 tonnes de chocolat, déjà autant cette année. Il le vend surtout en Equateur. "Des ouvriers viennent ici acheter des plaques qui coûtent douze francs le kilo, le salaire d'une journée. Ce n'est pas vrai que les gens du Sud se contentent d'un chocolat bon marché et sans goût. Ils savent et aiment ce qui est bon."
Samuel von Rütte est sévère avec les chocolatiers. "Lindt m'a contacté. Le problème, leur ai-je répondu, c'est vous. Vous voulez court-circuiter les intermédiaires, prendre la part des négociants, et ne rien laisser aux planteurs." Il dénonce l'inefficacité des multiples organisations professionnelles locales: "Avec un contrôle sérieux au port, les problèmes de qualité ou de mélange entre le Nacional et le clone CCN51 seraient résolus en quinze jours. Mais il manque le courage de l'instaurer." Le résultat est un gaspillage énorme: "45% du cacao équatorien est exporté pour faire du beurre et de la poudre, c'est comme utiliser du bon Bordeaux pour couper des vins." Si pour la majorité des acteurs le cacao est une "matière première", Samuel von Rütte fait partie de la minorité qui y voit un produit d'origine noble. "On ne sait rien du cacao. Je suis allé voir la plantation de RISEC en république dominicaine, ils ont leur petite fabrique. Nestlé n'a pas 5% de leurs connaissances."
Le défi de la société Orecao, que dirige Samuel von Rütte, est de trouver des débouchés suffisants dans les pays du Nord, fermement tenus par les grands groupes. "Pour entrer dans le marché, il faut au moins cinq ou six produits", dit-il. Des projets sont en cours, notamment aux Etats-Unis et... en Arabie saoudite, plus gourmande qu'on ne l'imagine. La société vise 45 à 50 tonnes en 2010.
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dimanche 28 juin 2009
Belle Epoque équatorienne
Tombé sur cette étonnante photographie de Nicolas Mestanza (1893-1942) hier dans un musée dédié à la musique populaire de Guayaquil. Mestanza est le très jeune garçon qui dirige l'orchestre au premier plan. Enfant-prodige, disait-on à l'époque, les foules se déplaçaient pour le voir. Il a ensuite fondé le Mestanza Jazz Band, premier orchestre de jazz équatorien, dans les années 20, puis une revue d'art, "Arte", qui a paru pendant quatre ans dans les années 30. Il militait au parti socialiste et a été exilé dans une ville de province pour raisons politiques. C'est tout ce que je sais de lui. Cette image donne aussi une idée de ce qu'était la vie à Guayaquil au début du vingtième siècle, quand l'Equateur était le premier producteur mondial de cacao et que les plantations enrichissaient de grandes familles qui avaient créé à Vinces, sur la route Guayaquil-Quevedo, un "petit Paris" aux maisons bourgeoises, dont il ne reste aujourd'hui qu'une tour Eiffel miniature. A l'époque, me dit Jorge Hanze, directeur de la fabrique de chocolat Tulicorp, le prix de deux tonnes de cacao était équivalent à celui d'une Ford T. Aujourd'hui, il faut dix tonnes.
Et allez, un petit coup de nostalgie avec Julio Jamarillo...
Quatre images de Guayaquil avant de partir
Les ruelles de la colline de Santa Santa Ana, jadis mal famées, ont été très joliment rénovées. Aujourd'hui, les touristes comme moi s'y baladent, et les "titis" de Guayaquil y bécotent leur copine. Dommage qu'il y ait autant de vigiles pour assurer la sécurité. J'ai voulu emprunter un chemin différent pour la descente et suis passé devant la joyeuse équipe ci-dessous, qui m'a dissuadé de le faire en m'offrant une gorgée de bière pour la route. Eux n'en étaient pas à leur première.
En rentrant à l'hôtel, je suis tombé sur une parade gay. "C'est le diable, je ne reste pas ici", m'a dit une demoiselle qui semblait vouloir sympathiser avec moi.
Le quartier des discos et magasins de sonos.
Bonne retraite, "Don" Milton
Le fruit ci-dessus est plus décoratif que comestible. On le surnomme "teta de vaca" (pis de vache), ce qui est assez indiqué pour ce specimen qui pousse devant la ferme expérimentale de Nestlé en Equateur, au bord du ruisseau Chollo près de Quevedo. Une propriété que la multinationale suisse a achetée il y a vingt ans pour tester de nouveaux plants de café et de cacao. Petit à petit, la surface s'est étendue à 40 hectares. Les va-et-vient décisionnels du groupe avaient fait que le lieu était un peu tombé en veilleuse jusqu'à ces dernières années - jusqu'à ce que montent en puissance les cafés et cacaos d'origine. Aujourd'hui, la ferme de Chollo est redevenue un maillon important dans la chaîne du chocolat de Nestlé, entre le laboratoire agronomique de Tours et le centre d'excellence mondial qui sera ouvert à Broc cet automne (oups, je grille un début de scoop, là).
C'est ici que sont testés en plein champ les plants clonés à Tours par embryogenèse somatique, après la quarantaine de rigueur sous serre. Milton Alvarez (qui présente une cabosse de CCN51 sur la photo) est notre hôte. Le plus spectaculaire, visuellement, sont les troncs qui poussent droit comme des "i" jusqu'à un mètre cinquante du sol environ, alors qu'on est habitué à des cacaoyers dont les branches se divisent près du sol et s'ouvrent comme les doigts d'une main arthritique. Cette architecture facilite la récolte, mais là n'est pas l'essentiel. Les plants de cacao Nacional sélectionnés à Tours et replantés ici, s'ils tiennent leurs promesses, seront à la fois plus résistants et plus productifs que leurs cousins locaux non sélectionnés. Nestlé a commencé à les distribuer aux 2000 planteurs réunis en huit coopératives avec lesquels la société travaille aujourd'hui. Une façon de les dissuader de passer au CCN51, variété plus productive mais qui n'a pas la saveur recherchée par les chocolatiers pour le cacao fin "origine Equateur".
Une façon aussi de fidéliser les fermiers (le groupe suisse est un gros acheteur de cacao équatorien). Là le pari sera plus difficile à gagner, car la concurrence des intermédiaires est rude, l'esprit coopératif peu répandu et la loyauté très relative, me dit-on ailleurs. Franck Blacio Borja, un jeune agronome, a été poursuivi un jour par des paysans brandissant leur machette: ces derniers, furibards, avaient découvert que les intermédiaires leur payaient deux dollars de plus le quintal que Nestlé. Franck est retourné vérifier - sur la pointe des pieds - et a constaté que les acheteurs jouaient sur le poids et l'humidité, leur prix réel étant en réalité inférieur d'une quinzaine de dollars par quintal.
A Naranjito, j'ai rencontré Dina Marina Miranda, qui a mis longtemps à se laisser convaincre de planter les clones de Nestlé dans son champ. Pour l'instant, ce sont encore des bébés. Elle attend de voir les résultats quand pousseront les premières cabosses dans un ou deux ans. Non loin, j'ai aussi vu des plantations de Nacional vieilles de 80 ans. Les arbres atteignent quinze mètres de haut, et le peu de cabosses qu'ils produisent sont souvent attaquées par la maladie. Quand on voit cela, on comprend pourquoi le CCN51 a eu tant de succès depuis une dizaine d'années.
Coïncidence: Milton Alvarez, qui nous a fait visiter la ferme de Chollo, prend sa retraite juste après notre départ. On devinait une certaine nostalgie dans la façon dont il parlait de "ses" arbres, comme un prof d'école détaillant les travaux de ses bons et moins bons élèves. Voici ce que découvre "Don" Milton en se levant le matin à la ferme. On comprend son regret de la quitter...
samedi 27 juin 2009
Fabriquer du chocolat en Amazonie
Lever à 7 heures du matin. la fatigue de la veille est effacée, comme ces voiles de nuages sur les montagnes environnantes que le soleil va bientôt aspirer. Je fais quelques pas au bord du Rio Paute et comprends pourquoi cette région d'Amazonie est accueillante pour le cacao: qu'elle vienne soit des rivières ou du ciel, l'eau précieuse est partout.
Ulrike et Alex, mes contacts de Bouga Cacao, ont déjà organisé ma journée avec les responsables de la coopérative APPOS. A 8 heures 30, nous avons rendez-vous avec le maire de Santiago de Mendez, Rafael Ruiz, dans un décor inattendu: le bâtiment municipal étant en reconstruction suite à un tremblement de terre, les bureaux sont installés dans la halle de gymnastique, avec de simples cloisons de séparation. Je m'attends à quelques officialités, à une présentation de la commune. Non: Rafael Ruiz me parle de l'Amazonie. "Pour vous Européens, c'est peut-être une photo aérienne sympathique, mais nous, nous vivons dans cette région qui est le poumon du monde, et nous ne devons pas attendre qu'elle soit détruite." C'est pourquoi la commune appuie les efforts récents pour planter des cacaoyers, qui contribuent à la reforestation et à la diversification des revenus. La région avait attiré les colons et une large activité de "ganaderia", l'élevage extensif qui dévore les arbres. Dans cette zone de sédiments, il y a aussi de l'or. Mais l'homme ne peut plus se contenter de se servir sans réfléchir de ce que lui donne la nature, il doit veiller à son équilibre. Santiago de Mendez n'est qu'une petite ville de 2000 habitants, mais je trouve que le discours de son maire est remarquablement articulé.
Puis nous faisons halte sur le square du centre-ville, sur les côtés duquel s'alignent les boutiques aux couleurs pastel. Les proportions de cette place sont parfaites, l'espace public beaucoup mieux entretenu que ce que j'ai vu sur la côte,les façades accueillantes. Il y règne une atmosphère fraîche et paisible après la bruine de ce matin. Je suis séduit.
Non loin, une de ces façades colorées est celle de l'APPOS, où l'ingénieur Manuel Zavala et la présidente Oliva Ortiz (photo du haut) m'expliquent le fonctionnement de cette coopérative née en 2003. Il faut s'imaginer ce que peut être l'individualisme des agriculteurs, la mauvaise réputation des cultures vieillies de cacao, la méfiance à l'égard des structures collectives pour mesurer le chemin parcouru. APPOS regroupe aujourd'hui 50 familles qui produisent 25 tonnes d'un cacao Nacional de toute première qualité. On ne devient pas membre du jour au lendemain! Il y a une période d'essai d'un an pendant laquelle la qualité du produit est contrôlée, le candidat invité à participer à des travaux collectifs. La réception et le pesage des fèves sont confiés à tour de rôle à différents membres, pour que chacun se familiarise avec la commercialisation. Dimanche prochain - jour choisi pour cette opération - ce sera au tour de Rigoberto Campoverde, que nous rencontrerons tout-à-l'heure dans son champ. A près de 70 ans (!) Rigoberto a décidé de vendre son bétail pour se convertir au cacao, qui rapporte plus et l'intéresse davantage. Ses yeux rieurs sous des sourcils broussailleux en disent plus long que de longs discours.
APPOS doit beaucoup à Manuel Zavala, qui a travaillé à l'INIAP (l'institut agronomique équatorien). Il a créé un champ expérimental d'un hectare et y a développé une collection des meilleurs cacaoyers de la région. Nous sommes ici dans le berceau historique de cet arbre, une équipe de chercheurs français est d'ailleurs en train d'en remonter les origines non loin. On dit que le Nacional produit peu, qu'il est fragile. Manuel démontre le contraire avec des plants sélectionnés et traités avec soin. Pour que ce trésor végétal ne soit pas dispersé suite à un de ces retournements politiques locaux dont l'Equateur n'est pas encore protégé, il a constitué une pépinière fournie: "Si la municipalité décidait d'arrêter, nous sommes prêts à redistribuer ce capital à nos membres, car c'est de leur travail qu'il s'agit", dit-il, malicieux.
La particularité d'APPOS - et pour tout dire son côté un peu fou - est de posséder ce qui doit être une des plus petites fabriques de chocolat du monde. En pleine Amazonie. Elle a été installée, avec des moyens très simples et les conseils d'Ulrike et Alex, dans un petit bâtiment situé juste à côté du centre de récolte du cacao. Après avoir visité l'usine géante de Barry Callebaut à Wiese, me voici plongé dans un autre univers! La masse est affinée dans une petite machine à cylindres de fabrication équatorienne et une conche guère plus grande qu'une machine à laver. Tout ici est conçu pour préserver les arômes des fèves. Celles qui sèchent dehors sont superbes, rien à voir avec ce que j'ai vu en Afrique. "Ne poussez pas trop la torréfaction!", conseille Alex aux quatre employés. Parmi ces derniers, une femme rondelette d'un certain âge, qui ne doit pas mesurer plus de 130 centimètres, écoute attentivement les explications: Geraldina a eu 18 enfants - "dont 13 vivants", me précise-t-elle sur le ton de l'évidence tranquille. "A mi, me gusta la fabbrica de chocolate", ajoute-t-elle sans que je lui aie rien demandé. Il y a des rencontres qui ont quelque chose de miraculeux. Voici Geraldina en action.
APPOS produit déjà des brisures de fèves et de la poudre qu'Ulrike et Alex distribuent en Europe via leur société Bouga Cacao. Ces prochaines semaines, quand les essais de conchage et de tempérage seront terminés, les premières plaques de chocolat sortiront de la mini-fabrique de Santiago de Mendez, pour la consommation nationale et l'exportation.
Tandis qu'Ulrike déguste la liqueur et lèche ses doigts, j'ai l'impression d'assister aux préparatifs d'une naissance. Ulrike travaillait pour la GTZ, la coopération technique allemande, et a aidé APPOS à consolider ses structures. La volonté de maintenir autant de valeur ajoutée que possible dans le pays de production en a fait, avec Alex, une dirigeante de PME. Cette année, le couple et ses deux enfants sont accompagnés de Michael Kitz, un confiseur de Francfort. Il a apporté son nécessaire à faire des pralinés pour préparer l'étape suivante.
Le projet réussira ou pas, c'est sans doute une activité de niche. Le plus important est le dynamisme qu'il a révélé dans la collectivité locale. Conservateurs et passifs, les paysans d'Amérique du Sud? Pas à Santiago de Mendez,en tout cas! Oliva Ortiz, la présidente d'APPOS, était une mère de famille qui partageait son temps entre son foyer et le petit bazar familial. Parler devant plus de deux personnes la mettait dans tous ses états. Ce soir à l'hôtel, elle me montre sur l'ordinateur portable les dernières retouches graphiques pour l'emballage d'un nouveau produit d'APPOS, évoque l'avenir avec confiance.
Avant de partir - à regret - je suis repassé mercredi matin au bureau d'APPOS pour une photo-souvenir avant de remonter dans les brumes de la jungle amazonienne.
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jeudi 25 juin 2009
Au coeur de l'Amazonie
C'était un coup de coeur, une sorte de pari irrationnel. J'avais fait la connaissance de Ulrike et Alex via internet. Ce couple d'Allemands établi en Ariège a fondé Bouga Cacao, qui travaille avec une coopérative équatorienne possédant probablement une des plus petites unités de fabrication de chocolat au monde.
Il y avait d'autres zones de production cacaoyères bien plus représentatives - et plus faciles d'accès au Nord. Mais Alex avait une bonne voix au téléphone, il m'a dit qu'entre Guayaquil et Santiago de Mendez, au coeur de l'Amazonie équatorienne, il fallait certes compter huit bonnes heures, mais que justement, il serait sur place à fin juin. Cela m'a décidé. J'ai loué un 4x4 avec chauffeur (la maison ne recule devant aucun sacrifice), et avanti.
Après la première montée au-dessus de mille mètres, après les premiers vingt kilomètres de nids-de-poule, les murs de verdure brunis par les projections de boue, après les écheveaux de brume d'où surgissaient des paysannes en chapeau, poncho, quenouilles à la main, je me suis dit que c'était quand même une aventure.
Quand au col nous sommes passés devant un écriteau annonçant une "Gallera" organisant des combats de coqs "à mort", je me suis dit que c'était vraiment dépaysant.
Quand nous sommes redescendus et avons attendu une demie-heure derrière une file de cinq kilomètres retenue par un chantier, parcourue par un essaim de vendeurs et vendeuses, je me suis dit que nous allions y passer la journée.
Quand nous nous sommes trompés de route à Cuenca, je me suis dit aussi que la journée n'y suffirait peut-être pas. J'ai secoué le chauffeur qui ne parlait pas un mot d'anglais malgré les promesses échangées par mail (heureusement, je hablo mas o menos l'espagnol) et qui s'était mal préparé au voyage. Xtreme Cars, portant bien mal son nom, n'avait pas une seule carte routière d'Equateur et n'avait même pas été fichu de retenir les instructions de mon correspondant à Santiago de Mendez.
Quand nous nous sommes enfilés dans la vallée du rio Paute, que la route a monté, redescendu, remonté, redescendu, que nous avons enroulé mille virages jusqu'au fond de chaque vallée transversale, je me suis demandé pour quelle stupide et indéfendable raison j'avais choisi Santiago Mendez pour voir une vague coopérative dont je ne savais au fond pas grand chose et dont le monde pouvait parfaitement ignorer l'existence jusqu'à la fin des temps (qui paraissait d'ailleurs assez proche au fur et à mesure que la lumière baissait).
Il y a un moment dans les reportages ou voyages au long cours où on se demande ce qu'on fait là. Ce moment était arrivé.
Quand de mauvaise, la route est devenue infecte et que nous avons traversé à gué (photo) les passages les plus délicats, je me suis dit que c'était cuit pour arriver ce soir. Je me préparai mentalement à dormir en boule sur le siège de la voiture; cette nuit succéderait à une autre tassée dans les cinquante centimètres carrés du vol KLM entre Genève et Guayaquil. Mais contrairement à la première, faite de promiscuité remuante, celle-ci promettait une solitude aussi absolue qu'humide, à moins que nous ne soyons détroussés, égorgés par quelque bandit de grands chemins.
Quand au crépuscule, dans un contour que tout désignait comme celui de la mort, nous avons fait halte ans un restaurant vert pissoir posé au milieu de nulle part, pour grignoter, seuls hôtes servis par trois gamines pouffantes et désabusées, l'inévitable assiette de pollo con arroz, je me suis dit que de toutes façons nous n'avions plus le choix. Le dernier village à peu près habitable était situé trois heures derrière nous, et devant il n'y avait plus rien, rien que d'autres virages dans une jungle abrupte, noire et infinie, jusqu'à Santiago de Mendez. La montagne pissait par tous ses replis des cascades laiteuses qui jaillissaient pour deux secondes dans le halo des phares.
Quand dans la nuit j'ai aperçu trois cents mètres en contrebas de puissants projecteurs halogènes éclairant des travaux d'apparence herculéenne, j'ai pensé que, plongeant dans une faille spatio-temporelle, nous avions atteint la base des rebelles ou je ne sais quelle scène de Star Wars. Plus rien ne pouvait m'étonner. Nous y sommes arrivés peu après, et c'était le chantier d'un barrage, je crois, qui donnera à l'Equateur plus de courant électrique et des jours meilleurs. Vive le président Correa! En attendant, nous sommes remontés dans la nuit, vers un long tunnel rugueux et dégoulinant qu'on m'a présenté plus tard comme effrayant mais qui, compte des circonstances, paraissait presque accueillant.
Quand j'ai demandé notre chemin à deux ouvriers solitaires, éclairés par les loupiotes d'un Caterpillar tapi contre un tas de pierres et que, levant les yeux, j'ai découvert le ciel scintillant d'étoiles, je me suis dit que tout cela présentait au fond une certaine beauté. J'ai dit bêtement aux ouvriers: "On voit beaucoup d'étoiles, hein?", et ils m'ont regardé sous leur casque sans rien dire, avec ce qui me semblait être un peu de compassion.
Quand nous sommes arrivés à Santiago de Mendez, avec cinq heures de retard, et qu'Alex (photo) - que je n'avais jamais rencontré physiquement - est venu vers la voiture en tendant la main, demandant: "Es-tu Jean-Claude?", j'ai pensé à la célèbre formule "Dr. Livingstone, I presume?". Il présumait juste, et je dirai pour couper court à toute spéculation que la journée que nous avons vécue ensemble avec Bouga Cacao et la coopérative Appos le lendemain valait largement le déplacement.
Mais cela, je le raconterai plus tard, car j'écris ceci de retour à Guayaquil, où je me reconnecte au monde. Mais figurez-vous qu'avant, il a fallu faire le trajet dans l'autre sens...
Masqué, démasqué
Moi qui ironisais sur l'alarme mondiale concernant la grippe mexicaine et me félicitais d'échapper à ces sottises en me rendant en Afrique sur les pistes du cacao... Je parlais trop tôt. Ces pistes m'ont aussi conduit en Equateur, et la première personne qui m'a accueillie quand le tuyau-accordéon m'a débarqué du vol KLM à Guayaquil n'était pas l'officier d'immigration équatorienne, mais une dame en blouse bleue qui m'a d'autorité distribué ce masque anti-virus. Plus loin, un de ses collègues nous faisait placer, les uns après les autres, sur une croix marquée à même le sol, face à une caméra-détecteur de chaleur.
Mince! me suis-je dit, j'arrive justement avec un rhume. Au fait, vous savez l'effet qu'exerce un solide rhume sur les tympans, le martyre que ceux-ci subissent en cas de changement de pression, quand on perd rapidement de l'altitude par exemple? Eh bien les vols que j'ai pris m'ont valu trois atterrissages entre Genève et Guayaquil. J'ai cru que ma tête explosait. Elle n'a pas fait exploser la caméra, ce qui m'a permis de passer sans encombre mais a conforté mes préjugés contre le déploiement technologique anti-grippe. Jamais content, le gars!
dimanche 21 juin 2009
Arriba!

Départ pour l'Equateur ce soir, une des dernières étapes sur les pistes du cacao. Je risque de pas pouvoir nourrir ce blog aussi facilement que depuis la Côte d'Ivoire ou le Ghana, les planteurs que je vois les premiers jours se trouvant dans des endroits plutôt isolés (et puis a-t-on idée de livrer du courant 130 volts!).
Ce que je verrai aussi, pour sûr, ce sont des affiches comme celle ci-dessus. "Ne mélangez pas le CCN51 avec le Nacional!", recommande-t-elle. Pour le profane, admettons que c'est un peu abscons. Pour comprendre le slogan, il faut savoir que l'Equateur est le premier exportateur de cacao dit "fin", qui se traite évidemment avec une prime sur le marché mondial. Cette famille de cacaos plus aromatiques porte le nom "Nacional", ou "Arriba".
Les agronomes ont développé une variété dérivée du Nacional, le CCN51. Quel intérêt? Cet hybride est plus productif et moins fragile, donc d'un meilleur rapport pour les planteurs. Oui mais voilà, il est aussi moins "fruité", plus banal. Du coup, la réputation de qualité supérieure du pays en souffre. La tentation de certains vendeurs est évidemment de mélanger le CCN51 avec le Nacional, ni vu ni connu, et bien malin qui y retrouvera ses fèves. Justement, les consommateurs et les fabricants de chocolat apprécient moyennement. L'International Cocoa Organization a dégradé l'Equateur dans l'échelle des producteurs de cacaos fins. L'Equateur mène donc campagne auprès de ses producteurs pour qu'ils visent la qualité dans la concurrence mondiale.
samedi 20 juin 2009
Interlude
Me suis perdu dans le Bois de Chêne à photographier les aulnes. Vu un cerf. Ecouté Nick Drake en retouchant les photos.
Autocritique du blogueur

"Jeux de Pouvoir", thriller pas trop original relatant une enquête journalistique contre un puissant groupe militaro-industriel américain, m'a intéressé dans sa séquence initiale, celle où le bon vieil enquêteur de terrain un peu crade (Russell Crowe, photo) mouche sa jeune collègue qui tient un blog politique. Les blogs, lui dit-il en substance, c'est de la mousse, du ragot ou du commentaire - dans tous les cas, du travail de seconde main où la quantité l'emporte sur l'originalité. La vraie information originale demande du temps et de la prise de risque. A la fin du film, quand le tandem forcément réconcilié conclut son enquête avec succès, la blogueuse lâche cette phrase: "Ce scoop mérite d'être dans l'édition papier". Le scénario ne dit pas si cela suffit à sauver les rotatives que l'on voit tourner à plein régime dans les dernières images ou la rédenchef plutôt angoissée par ses nouveaux patrons. Mais la scène du début suffit à rappeler ce qui fait l'intérêt premier d'une nouvelle: son exclusivité. Si Google peut pirater éhontément la matière première médiatique pour attirer plus de trafic sur son site, c'est précisément parce que cette matière première est largement indifférenciée.
Ce qui me renvoie à une déprimante conversation professionnelle l'autre soir à l'occasion de l'enterrement d'une crèche d'entreprise. Ce n'est pas la fin de la crèche qui pesait sur le moral, mais les conversations qui tournaient en rond sur l'impact d'internet sur les journaux. L'un défendait la thèse que "les petits ruisseaux font les grandes rivières" et détaillait ses micro-stratégies d'acquisition publicitaire. Un autre citait Die Zeit, qui " a tout essayé depuis dix ans, sans succès. Pourquoi pas en tirer la conclusion logique: arrêter?". Un autre encore assurait que "toute action sur le web gratuit doit amener au papier qui reste payant". Un quatrième se préoccupait de son prochain plan de restructuration. Tout le monde est tombé d'accord pour trouver qu'on parle de tout dans ces discussions, sauf du contenu qui intéresse le lecteur.
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L'enterrement secret du secret bancaire

Une annonce parue dans Le Temps vendredi interpelle le conseiller fédéral Rudolf Merz en ces termes: "Vous avez conclu un accord sur la fiscalité avec la France. La presse et le gouvernement français applaudissent la fin de notre secret bancaire!! Tiens donc...!!! Pourriez-vous nous informer!". C'est signé par un groupe "Carton rouge" qui se présente comme "une association de droit suisse, indépendante de tout parti politique" dont le but est de défendre "la souveraineté, la liberté, la sphère privée et le respect de nos lois". Le graphisme du site laisse penser que le groupe est proche des milieux nationalistes.
Sa question pourrait trouver quelque écho dans les mois à venir. La tactique adoptée par le gouvernement suisse depuis qu'il a annoncé un changement de cap sur la collaboration internationale en matière de renseignements fiscaux, en mars dernier, est curieuse. On aurait pu s'attendre à la fixation de quelques principes, d'un cadre qui aurait permis de préparer l'inévitable débat populaire sur la question. Au lieu de quoi le conseil fédéral a négocié six accords dans la plus grande discrétion, comme l'a montré l'exemple français il y a quelques jours. Sans doute les associations professionnelles seront-elles consultées, les banquiers privés viennent aux nouvelles dans leur assemblée de ce vendredi et ne se font plus trop d'illusions sur le secret bancaire en matière fiscale, comme en témoigne le discours de leur président. Cela ne remplace pas encore un débat démocratique.
Vendredi toujours, le sixième accord a été conclu avec les Etats-Unis - un des gros écueils dans cette affaire - et on apprend dans le Wall Street Journal que pour le Trésor américain, ce texte, qui exclut en principe la "pêche aveugle" aux renseignements, n'empêchera pas la justice de continuer à réclamer les noms de 52 000 clients américains d'UBS. C'est pourtant ce que recherchait maladroitement Hans-Rudolf Merz, dont le combat devant le peuple s'annonce ardu.
Notez que depuis le début de la crise, la masse sous gestion des banques suisses a fondu à 3000 milliards de francs, comme le montre le dernier rapport de la Banque nationale. La baisse est de 19% sur un an pour les comptes étrangers (perte de valeur et retraits confondus).
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vendredi 19 juin 2009
Verdict en latex
Décidément, je me disperse. Mais tous ces commentaires - généralement féminins - sur le verdict "équilibré" du procès de Cécile Brossard à Genève m'énervent. Vous y croyez, vous, à la thèse de la pauvre femme pas très futée qui tue dans un moment de passion le banquier Edouard Stern, ci-devant amateur de sexe latex? Moi, pas une seconde. Le million-prêté-mais-pas-rendu a joué, évidemment, un rôle essentiel dans cette affaire (ceci est un blog à connotation économique, ne l'oubliez pas). A l'énoncé du verdict, Cécile Brossard déclare ceci : "je cacherai tout ce que je sais sur Edouard jusqu'à ma mort". Ce que je lis comme: "attention, j'ai encore quelques balles en réserve dans mon barillet pour le cher cadavre si sa famille ne me laisse pas tranquille" (à moins qu'elle n'ait songé au versement d'une rente de veuve inconsolable?). Il s'agissait de ne pas trop salir la mémoire de la victime, et tant mieux pour la meurtrière. Maître Bonnant, avocat de la partie civile, m'a paru bien mollachu et un brin vieilli sur ce coup. Je l'ai connu plus hargneux quand il s'agissait de démolir méthodiquement un confrère journaliste qui avait eu l'impudence de s'attaquer au banquier Safra, mort enfumé dans son loft monégasque peu après. Paix à ses cendres.
Pour égayer la fin de la semaine (bis)
Bon, vous l'aurez compris, je suis un peu paresseux en ce moment. Treize épisodes de la série "cacao" écrits sur 18 - parution dès le 6 juillet, achetez Le Temps! - et préparatifs pour le dernier voyage en Equateur, dimanche soir... Alors oui, je n'ai pas accordé toute l'attention qu'il aurait fallu à la "semaine réglementaire", celle où l'administration Obama, l'Union européenne aujourd'hui et la Banque nationale suisse hier ont donné leur avis sur la façon dont le système bancaire pourrait fonctionner à l'avenir. Gros travail de lecture et synthèse, plutôt envie d'aller au cinéma par ce temps gris et pluvieux. Alors, en attendant des réflexions plus substantielles, cette vidéo décalée sur l'actualité iranienne de la semaine. Thanks Kevin!
Juste pour égayer la fin de la semaine
Précision: d'après Le Matin, citant la Télévision suisse romande, la dame blonde de la séquence n'est pas une inconnue, mais la maire (socialiste) de la commune d'Uzerche, dans le Limousin. Dont voici la photo d'ailleurs, prise sur le site de la commune, qui paraît bien séduisante elle aussi.
jeudi 18 juin 2009
La douche froide de la BNS
La Banque nationale suisse a livré aujourd'hui son appréciation de la situation financière et des deux grandes suisses. J'en retiens qu'elle considère UBS et Credit Suisse comme se trouvant encore dans une passe délicate avec les conséquences que cela implique pour l'ensemble du pays (les engagements des deux banques équivalent à six fois le produit national brut de la Suisse). La BNS n'est pas dupe du bénéfice trimestriel récemment annoncé par Credit Suisse, voir la page 29 de son rapport. Voilà qui contraste singulièrement avec l'article récemment publié par The Economist, qui n'était pas loin de décerner à CS la palme de banque la plus solide du monde. D'après vous, qui faut-il croire?
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mercredi 17 juin 2009
Refrain: "La fin du mon-on-onde est pro-o-oche"
Vous n'avez pas encore constaté la "dislocation géopolitique mondiale" et l'effondrement du dollar? Alors vous n'êtes pas un lecteur régulier de la Lettre confidentielle LEAP/E2020, dont je rajoute le lien à la liste des blogs à suivre. Ce site, à qui il faut reconnaître le mérite d'avoir annoncé la crise, ferait passer l'économiste Nouriel Roubini pour un incorrigible optimiste. Il maîtrise aussi l'art de la formule-choc. Sa dernière livraison nous annonce "les trois vagues scélérates de l'été", dont je vous laisse découvrir le déferlement ici. Et pour ceux qui veulent vérifier l'exactitude des prévisions, voici ce que le LEAP annonçait il y a quatre mois.
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mardi 16 juin 2009
Quand le boss tend la sébille à ses employés
Formidable, cette nouvelle selon laquelle British Airways a envoyé un mail à des dizaines de milliers de salariés pour leur demander de travailler gratis pendant une semaine, voire un mois, afin d'éviter le plongeon à la compagnie. Vous imaginez cela à Air France?
Free trade ou fair trade?
Ce que j'adore dans ces reportages sur le cacao, ce sont les contrastes. En Côte d'Ivoire, je me trouvais un matin à la Maison de correction d'Abidjan et le soir à un défilé de mode fréquenté par des ministres et la bonne société ivoirienne. Il y a quelques jours, je visitais Felchlin, le plus petit chocolatier industriel suisse, après avoir vu la plus grande fabrique de chocolat liquide du monde à Wiese. Et aujourd'hui, j'ai rencontré Sophi Tranchell, directrice de Divine Chocolate, la marque "commerce équitable" dont 45% du capital est détenu par la coopérative ghanéenne Kuapa Kokoo, puis Anthony Ward d'Armajaro, à la fois négociant de cacao et gérant de hedge funds, considéré par certains comme le plus redoutable spéculateur du secteur. J'ai encore vu Philip Sigley, directeur de la Fédération du Commerce de Cacao (FCC, organisation de l'industrie), qui publiait récemment un texte assez polémique sur le "fair trade". Quant à mon avis, laissez-moi un peu de temps pour décanter. Divine est certainement l'exemple le plus abouti dans cette philosophie, mais ses ventes atteignent 25 millions de francs suisses, alors que le chiffre d'affaires de l'industrie du chocolat tourne autour des 80 milliards de francs. Armajaro est loin d'être inactif dans le domaine de la production pérenne, de la traçabilité et du soutien aux communautés locales. La différence est que dans ce dernier cas, l'initiative reste dans les mains de la société basée à Londres, tandis que dans le cas de Divine, les producteurs ont un vrai pouvoir institutionnel proportionnel à leur part de capital. Mais encore une fois: 25 millions de francs, alors qu'Armajaro est un des trois premiers négociants du monde.
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Ambiance londonienne
"Beating the blues": c'est le titre d'une chronique accrochée en première page de City AM, le gratuit de la finance à Londres. Ce matin, on lit que "la City maintient son avantage compétitif". Hier, le même journal pestait contre la grève du métro qui "fait un tort considérable à l'image de notre ville". Depuis deux jours, il tire à boulets rouges sur les mesures de régulation des marchés financiers proposées par l'Union européenne et, demain semble-t-il, par l'administration Obama. Extrait de l'édito du jour: "Bruxelles prépare un assaut destructeur et contre-productif, ce qui n'étonne guère venant de gens qui comprennent encore moins la finance que ceux qui confondaient la dette subprime avec des bons du Trésor." Les restrictions d'investissement dans les hedge funds sont particulièrement mal vues.
A feuilleter le journal, on lit plein de petites nouvelles. UBS a réussi à revendre un de ses immeubles dans la City. Des chasseurs de tête se dépêchent de mettre le grappin sur des talents licenciés par les grandes banques tant que ceux-ci sont relativement bon marché. La société Punch (7900 pubs au Royaume-Uni) recherche du capital frais pour effacer sa dette et voit son action chuter de 30%. "Est-ce que le pire est passé?" demande le sondage du jour à quelques experts. Comme toujours, les réponses ne permettent pas de se faire une opinion.
A feuilleter le journal, on lit plein de petites nouvelles. UBS a réussi à revendre un de ses immeubles dans la City. Des chasseurs de tête se dépêchent de mettre le grappin sur des talents licenciés par les grandes banques tant que ceux-ci sont relativement bon marché. La société Punch (7900 pubs au Royaume-Uni) recherche du capital frais pour effacer sa dette et voit son action chuter de 30%. "Est-ce que le pire est passé?" demande le sondage du jour à quelques experts. Comme toujours, les réponses ne permettent pas de se faire une opinion.
samedi 13 juin 2009
Bonus et hauts salaires, réponse d'un "populiste à fourche pointue" à Kappeler et The Economist
J'aime bien l'économiste suisse Beat Kappeler et recommande la lecture de sa chronique de ce samedi sur la Klosterschule de Saint-Gall et son histoire plus que millénaire.
Une phrase m'a toutefois surpris vers la fin. Kappeler estime que l'information circule mal aujourd'hui malgré l'omniprésence des médias et cite cet exemple: "Pratiquement tout le monde pense que la crise financière s'explique par des bonus excessifs. C'était le trait dominant au parlement cette semaine. Alors que c'était l'arrêt du système de création monétaire en papier, en crédits, en échanges interbancaires."
C'est comme si on disait: l'étouffement du moteur a causé la panne de la voiture. Reste à expliquer pourquoi le mélange air-essence a perturbé l'allumage. Ou, dans le cas de la crise financière, pourquoi les échanges de monnaie-papier se sont gelés. La réponse me paraît assez claire: les instituts financiers et para-financiers avaient créé des effets de levier si importants et opaques, atteint un tel niveau d'endettement que plus personne ne se faisait confiance.
Pourquoi en est-on arrivé là? Parce que les systèmes d'incitation des courtiers immobiliers, concepteurs et négociants de titres, directeurs, agences de notation, etc. encourageaient, récompensaient la confusion des intérêts et les gains à court terme.
Cherchez la motivation, c'est toujours là que se trouve la clé de l'explication.
A propos de motivation, je suis curieux de comprendre celle de Beat Kappeler ou de The Economist, que je ne soupçonne pas d'être stipendiés par le Grand Capital - sinon pour des conférences, mais ça n'en fait pas des millionnaires. Pourquoi se mobilisent-ils instantanément, haut les coeurs, sur la question des rémunérations? Il se trouve que j'appartiens à la catégorie des gens qui pensent qu'il y a problème avec le niveau des bonus et les banquiers surpayés pour une performance insoutenable. Et cette semaine, je me suis vu rangé dans la catégorie des "populistes", et même des "pitch-fork populist" comme l'écrit The Economist, celle des vengeurs réclamant des têtes au bout des piques.
Or regardons ce qui se passe dans les faits depuis l'éclatement de la crise. Très peu de manifestations incontrôlées anti-finance, des démarches judiciaires limitées au strict nécessaire. Quant aux régulateurs et législateurs, ils avancent à pas comptés, car on leur assène tous les jours que leurs remèdes risquent d'être pires que le mal. Bref, on ne peut dire que l'esprit vengeur balaie tout sur son passage! Cette semaine, on a même vu les Etats-Unis et la Suisse avancer à reculons sur la question des rémunérations.
Ce qui me ramène à la question de tout à l'heure sur la motivation des intellectuels précités. J'y vois une part de coquetterie, de posture minoritaire face à toute "pensée dominante". Le libéral tendance libertarienne est par définition un incompris. J'y vois aussi une part de principe: ne bridons pas l'initiative individuelle; elle conduit parfois à la catastrophe mais permet de progresser par apprentissage, tandis que le corset étatique étouffe pour de bon.
Cela ne suffit pas à me convaincre à propos des bonus. Le raidissement observé chaque fois que la question est abordée - et la pauvreté des solutions proposées par The Economist, indignes d'un hebdomadaire de cette qualité - cache quelque chose de plus profond: la bonne vieille défense des intérêts de classe, ou la fascination aveuglante que suscitent toujours la richesse et la réussite.
Pour cette raison, je suis content qu'en Suisse, le Conseil des Etats ait si peu cherché à combattre l'initiative de l'entrepreneur Thomas Minder "contre les rémunérations abusives" que le peuple sera très probablement appelé à en débattre. Parfois, la démocratie directe a du bon.
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jeudi 11 juin 2009
La chasse aux (faux) lapins est ouverte!
Lu cette délicieuse histoire dans le Wall Street Journal ce matin: la Haute Cour de l'Union européenne doit trancher aujourd'hui sur un cas de propriété intellectuelle concernant... le lapin en chocolat de Lindt enrobé d'une feuille dorée. Peut-on déposer une marque tridimensionnelle de ce genre? Lindt le pense et a fait la démarche en 2001.
Depuis, le chocolatier suisse fait une chasse impitoyable aux lapins qui ressemblent peu ou prou au "sien", arguant qu'elle le fabrique depuis les années 50 et qu'il s'agit d'une innovation compliquée (à l'époque en tout cas) méritant d'être protégée. En face, le chocolatier autrichien Roman Hauswirth, petit-fils de Franz Hauswirth, est devenu franc fou quand Lindt l'a poursuivi pour imitation. Il a fouillé les livres d'archives et trouvé des lapins choco (l'article ne dit pas s'ils étaient revêtus de la même feuille d'or) dès les années 30.
Lindt est représentée par l'avocat Reinhart Lange, que le WSJ présente comme un fin fusil dans son domaine, employé par Lindt depuis 20 ans. Hauswirth est défendu par Harald Schmidt. La bataille tourne notamment autour de la circonférence des oreilles du lapin en chocolat, et comment l'obtenir. Ou de la pertinence du ruban rouge autour du cou.
Cela paraît bien futile, mais l'enjeu est de taille: en 2008, Lindt a vendu pour 44 millions de dollars de lapinous dorés rien qu'en Allemagne, ajoute le quotidien.
Affaire à suivre, comme on dit.
Mise à jour de la nouvelle ici. La Cour européenne n'a pas décidé sur le fond mais renvoyé l'affaire au tribunal autrichien. Une autre affaire similaire concerne Mars.
Depuis, le chocolatier suisse fait une chasse impitoyable aux lapins qui ressemblent peu ou prou au "sien", arguant qu'elle le fabrique depuis les années 50 et qu'il s'agit d'une innovation compliquée (à l'époque en tout cas) méritant d'être protégée. En face, le chocolatier autrichien Roman Hauswirth, petit-fils de Franz Hauswirth, est devenu franc fou quand Lindt l'a poursuivi pour imitation. Il a fouillé les livres d'archives et trouvé des lapins choco (l'article ne dit pas s'ils étaient revêtus de la même feuille d'or) dès les années 30.
Lindt est représentée par l'avocat Reinhart Lange, que le WSJ présente comme un fin fusil dans son domaine, employé par Lindt depuis 20 ans. Hauswirth est défendu par Harald Schmidt. La bataille tourne notamment autour de la circonférence des oreilles du lapin en chocolat, et comment l'obtenir. Ou de la pertinence du ruban rouge autour du cou.
Cela paraît bien futile, mais l'enjeu est de taille: en 2008, Lindt a vendu pour 44 millions de dollars de lapinous dorés rien qu'en Allemagne, ajoute le quotidien.
Affaire à suivre, comme on dit.
Mise à jour de la nouvelle ici. La Cour européenne n'a pas décidé sur le fond mais renvoyé l'affaire au tribunal autrichien. Une autre affaire similaire concerne Mars.
Tableau de chasse
Les boulons, vis, lames de rasoir, bouts de chaînes, clous, épingles à cheveux etc. que l'on voit ci-dessus sont exposés sur le "tableau de chasse" de Felchlin, le chocolatier le moins connu de Suisse, sauf des professionnels et des amateurs éclairés de chocolat. Pour vous faire une idée, Felchlin produit près de Schwyz 3500 tonnes de chocolat par an alors que l'usine de Barry Callebaut à Wiese où je me trouvais la semaine dernière en fabrique 1000 tonnes par jour en haute saison.
Ces déchets métalliques sont des exemples de ce que l'on peut trouver dans les sacs de fèves de cacao - et encore Felchlin travaille-t-il avec des producteurs qui apportent un soin particulier à la manutention. Je me suis laissé dire qu'en Côte d'Ivoire, on avait même trouvé une fois un revolver dans un lot.
Nettoyées, débactérisées par jet de vapeur, torréfiées, séparées de leur cosse, réduites en brisures, broyées progressivement jusqu'à former des particules de moins de 100 microns, mélangées à du sucre, de l'extrait de vanille (et pas de la vanilline chez Felchlin), de la poudre de lait selon les recettes, laminées encore jusqu'à des particules de 20 microns, complétées parfois par du beurre de cacao, ces fèves deviennent du chocolat onctueux.
Particulièrement onctueux quand il sort de la conche dont on voit la photo ci-dessous, où il est malaxé longitudinalement jusqu'à 72 heures pour certaines spécialités. La machine octogénaire avait failli finir au rebut, comme tant d'autres. A la demande pressante d'un client japonais, Felchlin l'a remise en service, a réappris à en maîtriser les secrets. Au début, le responsable technique dormait parfois à côté pour vérifier la progression de la matière (chauffée jusqu'à 80 degrés par frottement) toutes les 3 à 4 heures.
Vu le travail, on ne met dans cette conche que du chocolat exceptionnel. Par exemple ce "Bolivia 68% 60 heures de conchage" dont les fèves - du "criollo" sauvage, extrêmement rare - sont récoltées par cueillette dans un plateau perdu et marécageux du plateau amazonien en Bolivie. Une fois séchées et ensachées, les fèves sont transportées par pirogue de bois, puis bateau à vapeur, puis camion par-dessus un col andin à 5000 mètres, puis bateau sur 12 000 km avant d'arriver à Bâle, puis à Schwyz.
Ils sont fous, chez Felchlin.
mercredi 10 juin 2009
Comment tuer le principal débat de l'après-crise
Voyons comment se télescopent les dernières nouvelles du monde fascinant de la finance.
Nouvelle No 1 : Les dix grandes banques américaines rembourseront cette année 68 milliards de dollars, au lieu des 25 estimés initialement, sur les aides accordées par l’Etat. Soit à peu près le quart de ce qu’elles ont reçu. Réjouissant, n’est-ce pas ? Voilà un signe que le pire est passé, que les affaires reprennent. Exactement le genre de message que les banquiers veulent faire passer. « Pas de panique, ce n’était qu’un méchant trou d’air … ». Comme les pilotes d’avion traversant le Pot-au-Noir, leur première urgence est de rassurer les passagers, pas de leur dire la vérité. Les financiers carburent à l’optimisme, c’est leur fonds de commerce.
Il y a peut-être une autre interprétation de la nouvelle No 1, à la lecture de la
Nouvelle No 2 : L’administration Obama dévoilera cette semaine les mesures à prendre pour limiter les excès de rémunération obscènes qui ont été un puissant ressort du crash financier en récompensant outrageusement la prise de risques insensés, d’autres payant la facture. Le débat sur les salaires et « l’aléa moral » est au fond le seul qui vaille la peine d’être mené après cette crise. Le reste est trop technique et complexe pour l’homme de la rue. Tandis que les millions versés aux traders tricheurs et aux directeurs menteurs, ça il comprend.
L’essentiel pour l’industrie financière est d’étouffer un tel débat qui saperait son message d'optimisme et la base de son système d'incitations. Elle s’y emploie de toutes ses forces, avec succès pour l’instant. Savourez dans le Financial Times le morceau de bravoure rédigé par Tim Ryan, président du grand lobby américain de la finance Sifma. Intitulé « Wall Street est un partenaire consentant de la réforme du système financier », ce texte est l’exacte démonstration du contraire. Regrouper les organismes publics de surveillance ? Si ça vous amuse… Un partenariat public-privé pour digérer les actifs pourris ? Volontiers, la socialisation des pertes n’est pas pour nous déplaire. Ecrémer les instruments financiers et les rendre plus transparents ? Pourquoi pas, tant que vous ne bridez pas l’innovation. Les rémunérations excessives ? Heu, hem… Oui, oui, il faut qu’elles restent « compatibles avec les intérêts des actionnaires », « soutenables » à plus long terme.
Le dentier de ma grand-mère avait plus de mordant.
La technique de l’étouffoir a déjà fonctionné en Suisse, où l’autorité de surveillance Finma vient de proposer une réformette conforme aux vœux de Tim Ryan, diluant vaguement les rémunérations sur le long terme. Notez que personne n’a jamais vérifié l’efficacité de cette dilution. En fait, les indices vont dans le sens contraire. UBS se vantait déjà d’avoir une politique de rémunération étalée il y a trois ans : puissante dissuasion à la prise de risques, comme on l’a vu !
Quid des belles résolutions du G20, de la sainte colère des autorités quand les dominos bancaires tombaient les uns après les autres ? Oubliées, envolées. Les lobbies ont bien travaillé.
Quant au rapport avec la nouvelle No 1, il est ici : le seul risque que courent les jongleurs financiers face au régulateur vient de leur dépendance des fonds publics. Plus vite ils les rembourseront, plus vite ils pourront dire aux autorités, poliment bien sûr, de se mêler de ce qui les regarde. Et retourner à leurs affaires, comme en témoigne la
Nouvelle No 3 : On lit dans le International Herald Tribune que Philippe Jabre, gérant de hedge fund interdit d’activité à Londres pour irrégularités, réfugié à Genève depuis, a fait un coup fumant il y a trois mois en rachetant au prix plancher des actions dont plus personne ne voulait. On est content pour lui. Au début de l’année, Philippe Jabre courait après ses clients pour les supplier de ne pas retirer leur argent. Ceux qui l’ont écouté ont vu leur pactole gonfler de 30% en six mois sur son principal fonds.
Et c’est reparti. Refaites-vous les gars, le casino a rouvert ses portes, les croupiers époussètent leur veste des derniers gravats, les néons clignotent encore un peu, mais la douce musique résonne de nouveau. Du risque ! Du fric !
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mardi 9 juin 2009
Filière cacao ivoirienne: procès ou pas?
Il y a un an, l'arrestation de 23 dirigeants de la filière cacao ivoirienne avait fait grand bruit. Accusés de détournements massifs de fonds, notamment à l'occasion du rachat de l'usine Nestlé de Fulton (Etats-Unis), les "barons" se retrouvaient à la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan (MACA), dont des proches conseillers du président de Laurent Gbagbo.
Celui-ci avait-il fait sauter cette boîte de fusibles pour donner des gages de bonne gouvernance à la communauté internationale? L'hypothèse est plausible. Ce qui est sûr, c'est que depuis, rien n'a bougé pendant onze mois. En mai, un des dirigeants emprisonnés à qui je rendais visite à la MACA pour lui remettre des livres me confirmait qu'il n'avait toujours pas été entendu par un juge.
Depuis peu, il y a du mouvement. Samedi dernier, un millier de manifestants - des proches et partisans des prisonniers - ont manifesté publiquement pour implorer le pardon du président. Les 23 dirigeants commencent enfin à défiler devant le juge cette semaine. Quant au journal Le Patriote, citant un avocat, il affirme ce matin que "ce procès n’aura jamais lieu parce qu’il y a trop de gens dans des systèmes qui sont impliqués dans ce dossier". A prendre avec des pincettes. En Côte d'Ivoire, l'information neutre est rare, on ne sait jamais qui manipule qui.
Mais dans un climat qui commence à chauffer autour des élections (annoncées pour novembre par Laurent Gbagbo) et d'une grève des dockers à Abidjan dont les effets semblent se faire sentir dans l'approvisionnement du pays, la résurgence du enjeux de la filière cacao est un élément non négligeable. La Côte d'Ivoire produit près de 40% du cacao mondial. Cette ressource représente un bon tiers de la valeur totale des exportations ivoiriennes et fait travailler quelque 3 millions de personnes.
Le groupe de réflexion qui doit accoucher des nouvelles structures de la filière vient d'être désigné et commence ses travaux sous étroite surveillance du pouvoir politique, qui y a nommé des proches. D'après un ou deux échos que j'ai recueillis auprès de gens qui suivent l'affaire, il ne faut pas en attendre des miracles.
Celui-ci avait-il fait sauter cette boîte de fusibles pour donner des gages de bonne gouvernance à la communauté internationale? L'hypothèse est plausible. Ce qui est sûr, c'est que depuis, rien n'a bougé pendant onze mois. En mai, un des dirigeants emprisonnés à qui je rendais visite à la MACA pour lui remettre des livres me confirmait qu'il n'avait toujours pas été entendu par un juge.
Depuis peu, il y a du mouvement. Samedi dernier, un millier de manifestants - des proches et partisans des prisonniers - ont manifesté publiquement pour implorer le pardon du président. Les 23 dirigeants commencent enfin à défiler devant le juge cette semaine. Quant au journal Le Patriote, citant un avocat, il affirme ce matin que "ce procès n’aura jamais lieu parce qu’il y a trop de gens dans des systèmes qui sont impliqués dans ce dossier". A prendre avec des pincettes. En Côte d'Ivoire, l'information neutre est rare, on ne sait jamais qui manipule qui.
Mais dans un climat qui commence à chauffer autour des élections (annoncées pour novembre par Laurent Gbagbo) et d'une grève des dockers à Abidjan dont les effets semblent se faire sentir dans l'approvisionnement du pays, la résurgence du enjeux de la filière cacao est un élément non négligeable. La Côte d'Ivoire produit près de 40% du cacao mondial. Cette ressource représente un bon tiers de la valeur totale des exportations ivoiriennes et fait travailler quelque 3 millions de personnes.
Le groupe de réflexion qui doit accoucher des nouvelles structures de la filière vient d'être désigné et commence ses travaux sous étroite surveillance du pouvoir politique, qui y a nommé des proches. D'après un ou deux échos que j'ai recueillis auprès de gens qui suivent l'affaire, il ne faut pas en attendre des miracles.
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Un film à voir, l'autre pas forcément
Les Français connaissent déjà, mais comme il vient d'arriver près de chez moi, j'encourage les visiteurs suisses de ce blog à aller voir "Erreur de la banque en votre faveur", avec Gérard Lanvin et Jean-Pierre Darroussin. C'est malin, bien ficelé, truffé de rebondissements jusqu'à la dernière minute. Certaines répliques valent à elles seules le détour, Lanvin est superbe. Et mine de rien ce film dit pas mal de choses sur les ressorts humains de la crise financière.
Je l'ai préféré au pompeux documentaire "Let's make money" de Erwin Wagenhofer, plombé par le bon vieux proverbe "qui trop embrasse..." Wagenhofer filme bien, efficacement - trop peut-être. C'est l'exemple même du montage habile qui multiplie outre mesure l'effet des mots et substitue l'émotion à l'intelligence. Il y a de bons moments dans ce film (l'hallucinante partie sur la bulle immobilière espagnole, le reportage au Burkina, le rédenchef économique de la Neue Zürcher Zeitung comparant les pays riches à un club qui devrait faire payer une taxe d'entrée aux immigrés de tout poil), mais aussi beaucoup de simplifications, de collages faciles, et surtout un insupportable député allemand qui s'écoute parler en glosant sur le capitalisme.
lundi 8 juin 2009
Europe et nationalisme économique
Sur son blog du Monde, Georges Ugeux "croit rêver" en découvrant le résultat des élections européennes:
"L’Europe est confrontée a une crise financière et économique dont tous les politiques nous ont dit qu’elle était la plus grave depuis 1929 et qu’elle nécessitait des moyens financiers d’une dimension jamais déployée dans le passé. (...)
On pourrait croire que ces thèmes transformateurs de l’Europe auraient animé une campagne où les solutions politiques à long terme de cette crise auraient été l’enjeu de débats passionnés et passionnants. Au lieu de ces vrais sujets, le spectacle de ces élections au parlement européen a été probablement l’un des plus lamentables de la démocratie européenne. (...)
Les sujets qui sont ceux sur lesquels la voix de l’Europe est essentielle, ont été remplacés par les débats politiques locaux. Nulle mention d’un changement des règles du jeu ou des agences de notation. Aucun débat sur le système de rémunérations ou l’avenir de l’économie européenne. Pas un mot des moyens abusifs dont on traite le consommateur ou de la santé des banques."
Voici la réponse indirecte de Guy Sorman:
"L'étonnement des journalistes des télévisions françaises face à un résultat européen si prévisible , m'étonne , à peine . Il est évident qu'en temps de crise , les nations se tournent vers les mouvements susceptibles de créer des richesses plutôt que vers les mouvements capables, avant tout , de les distribuer. Là , il n' y a rien à distribuer et tout à recréer."
Sorman s'adresse à ceux qui pleurent le recul de la gauche, mais aussi à ceux (dont Ugeux) que le débat n'ait pas porté sur les grands enjeux soulevés par la crise. Je partage son opinion. Croire que les élections européennes seraient l'occasion de changer les règles du jeu financières par un coup de sac miraculeux est une vue de l'esprit. Les turbulences des deux dernières années ont montré que si les entreprises prennent une dimension transnationale quand tout va bien, elles redeviennent nationales en cas de problèmes graves. Qui est appelé à sauver les banques, le usines automobiles? Les Etats. Logique: l'ordre juridique régissant les sociétés privées est d'abord national, accessoirement arbitral sur le plan international. Le seul domaine où l'UE exerce un pouvoir réel est le droit de la concurrence.
Je vois mal le champ de son pouvoir s'élargir tant que l'Union européenne ne disposera pas de recettes fiscales pour mener des politiques économiques propres. L'exception historique est l'agriculture, où on ne peut pas dire que l'UE ait convaincu, sa politique étant celle du plus petit dénominateur commun, c'est-à-dire des subventions à tout-va.
Le vrai problème actuel de l'Union est peut-être celui que signalait Wolfgang Munchau dans le Financial Times il y a quelques jours. Le marché unique européen fait du surplace, relève-t-il. Son extension souhaitable au domaine des services est ralentie. Or on a souvent comparé l'UE à un cycliste: tant qu'il pédale, ça va. S'il s'immobilise, il risque de tomber.
C'est un fait que la crise encourage le nationalisme économique. Le vote de ce week-end ne peut rien y changer à court terme. C'est aux dirigeants de faire preuve de vision dans les mois, les années à venir, et d'achever les chantiers qu'ils ont ouverts.
"L’Europe est confrontée a une crise financière et économique dont tous les politiques nous ont dit qu’elle était la plus grave depuis 1929 et qu’elle nécessitait des moyens financiers d’une dimension jamais déployée dans le passé. (...)
On pourrait croire que ces thèmes transformateurs de l’Europe auraient animé une campagne où les solutions politiques à long terme de cette crise auraient été l’enjeu de débats passionnés et passionnants. Au lieu de ces vrais sujets, le spectacle de ces élections au parlement européen a été probablement l’un des plus lamentables de la démocratie européenne. (...)
Les sujets qui sont ceux sur lesquels la voix de l’Europe est essentielle, ont été remplacés par les débats politiques locaux. Nulle mention d’un changement des règles du jeu ou des agences de notation. Aucun débat sur le système de rémunérations ou l’avenir de l’économie européenne. Pas un mot des moyens abusifs dont on traite le consommateur ou de la santé des banques."
Voici la réponse indirecte de Guy Sorman:
"L'étonnement des journalistes des télévisions françaises face à un résultat européen si prévisible , m'étonne , à peine . Il est évident qu'en temps de crise , les nations se tournent vers les mouvements susceptibles de créer des richesses plutôt que vers les mouvements capables, avant tout , de les distribuer. Là , il n' y a rien à distribuer et tout à recréer."
Sorman s'adresse à ceux qui pleurent le recul de la gauche, mais aussi à ceux (dont Ugeux) que le débat n'ait pas porté sur les grands enjeux soulevés par la crise. Je partage son opinion. Croire que les élections européennes seraient l'occasion de changer les règles du jeu financières par un coup de sac miraculeux est une vue de l'esprit. Les turbulences des deux dernières années ont montré que si les entreprises prennent une dimension transnationale quand tout va bien, elles redeviennent nationales en cas de problèmes graves. Qui est appelé à sauver les banques, le usines automobiles? Les Etats. Logique: l'ordre juridique régissant les sociétés privées est d'abord national, accessoirement arbitral sur le plan international. Le seul domaine où l'UE exerce un pouvoir réel est le droit de la concurrence.
Je vois mal le champ de son pouvoir s'élargir tant que l'Union européenne ne disposera pas de recettes fiscales pour mener des politiques économiques propres. L'exception historique est l'agriculture, où on ne peut pas dire que l'UE ait convaincu, sa politique étant celle du plus petit dénominateur commun, c'est-à-dire des subventions à tout-va.
Le vrai problème actuel de l'Union est peut-être celui que signalait Wolfgang Munchau dans le Financial Times il y a quelques jours. Le marché unique européen fait du surplace, relève-t-il. Son extension souhaitable au domaine des services est ralentie. Or on a souvent comparé l'UE à un cycliste: tant qu'il pédale, ça va. S'il s'immobilise, il risque de tomber.
C'est un fait que la crise encourage le nationalisme économique. Le vote de ce week-end ne peut rien y changer à court terme. C'est aux dirigeants de faire preuve de vision dans les mois, les années à venir, et d'achever les chantiers qu'ils ont ouverts.
dimanche 7 juin 2009
Bulletin de santé cacaoyer
Le monsieur éclairé au rétroprojecteur ci-dessus s'appelle Bernard Masseret, l'image derrière lui montre l'arborescence génomique de différents types de cacao, qui se regroupent schématiquement en trois grandes familles (criollo, trinitario, forastero). Bernard Masseret est chef de projet cacao au Centre de recherches agronomiques Nestlé à Tours. C'est ici qu'ont été développés par embryogenèse somatique - rien à voir avec les OGM, il s'agit d'une technique de multiplication végétative contrôlée - les plants de cacao plus costauds et productifs dont les Indonésiens ont déjà distribué plus d'un million d'exemplaires, la Côte d'Ivoire étant la prochaine sur la liste.
Pourquoi toutes ces recherches (Mars, de son côté, investit 10 millions de dollars dans le décodage du génome du cacao) pour une fève dont la récolte mondiale ne représente "que" 3,4 millions de tonnes en 2006/2007? Après tout, les maladies du cacao sont un problème connu depuis des siècles, et un peu plus de soins aux champs en éviterait une bonne partie.
Pensais-je naïvement.
D'abord, faites le calcul: 3,3 millions de tonnes multipliées par 2700 dollars la tonne, prix du marché moyen actuel, ça fait près de 9 milliards de dollars. Maintenant imaginez que 2 millions de tonnes soient détruites par les maladies. Il en résulte une perte sèche dépassant 5 milliards de dollars.
Scénario impossible, direz-vous. Pas tant que ça. En réalité, les maladies du cacao évoluent constamment et sont potentiellement dévastatrices. Le "balai de sorcière" a ruiné les planteurs brésiliens de la région de Bahia, alors que leur pays était le premier producteur mondial. Le "swollen shoot" (tige enflée)a fait d'énormes dégâts au Ghana. La moniliose, due à un champignon microscopique mais redoutable qui sème ses spores à grande échelle, s'est répandue en une génération de la Colombie au Mexique (voir la carte). Une des craintes actuelles est qu'elle gagne l'Afrique de l'Ouest, première zone productrice mondiale. Le "vascular streak", une maladie qui empêche la circulation de la sève - sorte de maladie cardio-vasculaire du cacaoyer - est mortelle pour l'arbre.
Chaque continent a un peu ses spécialités en matière de maladie. Un autre aspect du problème est que les arbres plus productifs, certains hybrides comme le CCN51 équatorien, sont aussi plus fragiles. La bonne vieille règle de la nature: on n'y change rien sans conséquences.
Bref, je venais à Tours en me disant que les recherches de l'industrie sur le cacao risquent de provoquer une surproduction, donc une chute des prix. Je réalise que c'est plus compliqué que cela. Il faut aussi tenir compte de la course permanente contre les maladies (plus promptes à se répandre que l'homme ne l'est à trouver des remèdes). Certes, le risque de surproduction existe, mais le risque inverse semble plus important actuellement aux yeux des scientifiques.
On peut ajouter à cette équation déjà compliquée l'inconnue climatique. Au sud-ouest de la Côte d'Ivoire, j'ai vu des cacaoyers misérables aux feuilles rongées par le soleil, parce que la pluviométrie y a anormalement chuté depuis peu. Effet de la déforestation galopante? On ne sait pas.
Allez faire des pronostics de récolte précis avec tout ça...
samedi 6 juin 2009
Oleg au pilori
C'est LA vidéo de la semaine (avec traduction anglaise sur le site de la BBC - attendez les 20 secondes de pub, ça en vaut la peine).
Vladimir Poutine y pratique un exercice dont il a le secret, le pilori télévisé, sur la personne d'Oleg Deripaska (photo), l'oligarque qui était considéré en 2008 comme le Russe le plus riche du monde avec une fortune estimée à 40 milliards de dollars, No 2 mondial de l'aluminium. Enfin, tout cela, c'était avant la crise. Oleg a aujourd'hui quelques soucis, une de ses usines a fermé, les ouvriers n'ont pas été payés et ont commencé à manifester.
C'est ici qu'entre en scène Super-Poutine. On le voit visiter l'usine - "qui ressemble à un champ d'ordures", grince-t-il devant les caméras avant de demander "pourquoi tous les responsables détalent comme des cancrelats". Car il a convoqué tout ce monde, en conférence de presse, pour humilier publiquement Deripaska, qu'il oblige à signer un document où ce dernier s'engage a remettre les lieux en état et en activité, faute de quoi il sera exproprié. Oleg s'exécute, la tête basse. Poutine n'oublie pas de lui réclamer le stylo en retour et conclut sur une menace à tous les hommes d'affaires présents.
Comme dit la BBC, reste à savoir où Deripaska trouvera l'argent pour tenir sa promesse, car il a aujourd'hui des milliards de dettes. L'autre question porte sur la méthode. En pratiquant de la sorte, Poutine remet au goût du jour les procès-spectacles du stalinisme. Succès d'audience garanti, mais pour quelle efficacité générale dans la lutte contre la corruption?
Vladimir Poutine y pratique un exercice dont il a le secret, le pilori télévisé, sur la personne d'Oleg Deripaska (photo), l'oligarque qui était considéré en 2008 comme le Russe le plus riche du monde avec une fortune estimée à 40 milliards de dollars, No 2 mondial de l'aluminium. Enfin, tout cela, c'était avant la crise. Oleg a aujourd'hui quelques soucis, une de ses usines a fermé, les ouvriers n'ont pas été payés et ont commencé à manifester.
C'est ici qu'entre en scène Super-Poutine. On le voit visiter l'usine - "qui ressemble à un champ d'ordures", grince-t-il devant les caméras avant de demander "pourquoi tous les responsables détalent comme des cancrelats". Car il a convoqué tout ce monde, en conférence de presse, pour humilier publiquement Deripaska, qu'il oblige à signer un document où ce dernier s'engage a remettre les lieux en état et en activité, faute de quoi il sera exproprié. Oleg s'exécute, la tête basse. Poutine n'oublie pas de lui réclamer le stylo en retour et conclut sur une menace à tous les hommes d'affaires présents.
Comme dit la BBC, reste à savoir où Deripaska trouvera l'argent pour tenir sa promesse, car il a aujourd'hui des milliards de dettes. L'autre question porte sur la méthode. En pratiquant de la sorte, Poutine remet au goût du jour les procès-spectacles du stalinisme. Succès d'audience garanti, mais pour quelle efficacité générale dans la lutte contre la corruption?
vendredi 5 juin 2009
Des discours et des chiffres
Il semble que Barack Obama ait de nouveau cartonné avec son discours aux Musulmans. Juste pour le plaisir de la contradiction, voici la réaction d'une vieille connaissance qui n'est pas impressionnée: celle de Karl Rove, conseiller de George W. Bush. "It's the economy, stupid", lance-t-il en titre - contrairement au sous-titre de ce blog ;-)
Rove rappelle qu'un Etat n'a jamais retrouvé la prospérité en se lançant dans une spirale de dépenses publiques. Le résultat sera plus d'inflation, des taux d'intérêt et des impôts plus élevés, et les Américains s'en rendront compte au moment où arriveront les prochaines élections. Le conseiller de Bush prépare visiblement le terrain. Reste encore à trouver des candidats crédibles, car pour l'instant, les Républicains font peine à voir. La puissance des mots, ça compte aussi, cher Karl.
Rove rappelle qu'un Etat n'a jamais retrouvé la prospérité en se lançant dans une spirale de dépenses publiques. Le résultat sera plus d'inflation, des taux d'intérêt et des impôts plus élevés, et les Américains s'en rendront compte au moment où arriveront les prochaines élections. Le conseiller de Bush prépare visiblement le terrain. Reste encore à trouver des candidats crédibles, car pour l'instant, les Républicains font peine à voir. La puissance des mots, ça compte aussi, cher Karl.
La Mission de Bâle et le cacao du Ghana: trois versions différentes d'une même histoire
La photographie ci-dessus est tirée des exceptionnelles archives photographies de la Mission de Bâle et montre la collecte des sacs de cacao au Ghana au début du 20è siècle. Je suis tombé dessus dans le cadre de mes recherches sur la chaîne de production du cacao, car le rôle des missionnaires bâlois dans ce qui s'appelait alors "la Côte d'Or" m'intriguait.
Quand on voyage au Ghana, on fait rapidement connaissance avec Tetteh Quarshie. Selon l'histoire officielle du pays, ce héros national du 19è siècle a introduit en douce, vers 1880, la fève de cacao depuis l'île de Fernando Po (où les Espagnols l'avaient eux-mêmes amenée d'Amérique du Sud) et, bienfaiteur-paysan, en a répandu la culture auprès de ses compatriotes dans la brousse.
Les archives de la Mission de Bâle racontent une histoire différente. Après un contact initial dissuasif avec la Côte d'Or (les quatre premiers religieux envoyés en 1828 sont tous morts du paludisme en moins d'un an), un des missionnaires a survécu et s'est établi dans la région d'Akropong, où il a commencé à évangéliser la population, bientôt rejoint par d'autres. Pour financer les églises et les écoles qu'elle construisait, la Mission de Bâle a créé une société commerciale, la Basel Mission Trade Company, dont le rôle clairement économique était de mener à bien des projets agricoles, semi-industriels et commerciaux. Celle-ci est rapidement devenue indépendante et entreprenante, et c'est elle qui a fait les premiers essais (infructueux, semble-t-il) de plantations cacaoyères au Ghana en 1857-58.
Au plus fort de son développement, la Mission de Bâle était présente dans une trentaine de villages, comptait plus de 3000 fidèles et scolarisait 900 enfants. Elle avait aussi tout un programme d'apprentissage pour les jeunes Ghanéens car, affirment ses textes, la parole de Dieu (et accessoirement la lutte contre l'esclavage, qui sévissait encore) ne pouvait être basée que sur un commerce juste. C'est presque trop beau pour être vrai: au milieu du 19è siècle, la Mission de Bâle aurait inventé le "fair trade".
Telle est du moins la version qui prévalait selon les archives officielles de la Mission jusqu'à récemment. Mais voici qu'une historienne, Andrea Franc, y a replongé et a publié un livre ("Wie die Schweiz zur Schokolade kam")qui relativise ce désintéressement. En réalité, conclut sa thèse, la Basel Mission Trading Company a formé un cartel pour contrôler le commerce bilatéral entre l'Europe et l'Afrique et tuer dans l'oeuf la concurrence des jeunes entrepreneurs locaux, qui existaient déjà à l'époque. Bref, les hommes de Dieu et leurs mandataires commerciaux n'auraient pas eu un comportement très différent de celui qu'on reproche aujourd'hui aux multinationales en bétonnant le marché.
J'ai commandé le livre et discuté brièvement avec Andrea Franc aujourd'hui. Elle s'insurge contre l'éternelle image du sympathique paysan qui colle aux semelles des Africains: il y avait aussi une première génération de capitalistes ghanéens au 19è siècle déjà, mais elle n'a pas eu la possibilité de se développer. En attendant de voir sa thèse de plus près, voici une seconde image tirée des archives de la Mission de Bâle, prise fin 19è ou début du 20è siècle. On y voit des femmes transportant des sacs de fèves. (Sont-ce bien des fèves? doute Maryse, au regard acéré. La légende de la photo le dit, mais la réalité se démultiplie sous le regard des observateurs, voir ci-dessus...)
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jeudi 4 juin 2009
Blagues
Dans un éditorial publié par l’International Herald Tribune, Thomas Friedman raconte la blague suivante, qu’il a dite au téléphone à Barack Obama pour lui résumer la situation sur le front arabe et moyen-oriental.
« Un juif très pieux nommé Goldberg a toujours rêvé de gagner à la loterie. Chaque Sabbat, il se rend à la synagogue et prie : « Dieu, j’ai été un bon croyant toute ma vie. Qu’y a-t-il de mal à ce que je gagne à la loterie ? » Mais la date du tirage arrive, et Goldberg ne gagne rien. Semaine après semaine, il prie, mais la date du tirage survient, et à chaque fois, c’est la même chose, rien pour lui. Un jour de Sabbat, Goldberg lève les mains au ciel et dit : « Dieu ! Je suis pieux depuis si longtemps, que faut-il faire pour gagner ? ». Alors, du fin fond du ciel lui vient en retour la voix de Dieu : « Goldberg, donne-moi une chance ! Commence par acheter un billet ! »
Il paraît que Barack Obama a bien ri. Ce que j’apprécie, outre la blague elle-même, c’est le message que Friedman adresse en filigrane au lecteur : vous voyez, je suis assez familier avec l’homme le plus puissant de la planète pour échanger des plaisanteries avec lui au bout du fil et, pourquoi pas, disserter d’un ton badin sur les meilleurs choix politiques.
C’est fort. J’essaie d’imaginer la même chose en Suisse, avec le ministre des affaires intérieures et de la santé Pascal Couchepin par exemple. Et je n’y arrive pas, en tout cas pas du côté des médias. Tout ce que je verrais, c’est l’humoriste Daniel Rausis interpeller le conseiller fédéral valaisan sur les enjeux fondamentaux de la santé, de la vie et de la mort, par la blague suivante .
« Savez-vous pourquoi les Valaisans ne sont pas très favorables à l’incinération ? Parce que quand on est incinéré, c’est notre dernière cuite. Tandis que si on est enterré, on a encore la possibilité d’avoir un petit ver dans le nez. »
J’ai bien ri à celle-là aussi (entendue aux Dicodeurs de RSR avant-hier). Chaque pays a les enjeux qu’il peut.
« Un juif très pieux nommé Goldberg a toujours rêvé de gagner à la loterie. Chaque Sabbat, il se rend à la synagogue et prie : « Dieu, j’ai été un bon croyant toute ma vie. Qu’y a-t-il de mal à ce que je gagne à la loterie ? » Mais la date du tirage arrive, et Goldberg ne gagne rien. Semaine après semaine, il prie, mais la date du tirage survient, et à chaque fois, c’est la même chose, rien pour lui. Un jour de Sabbat, Goldberg lève les mains au ciel et dit : « Dieu ! Je suis pieux depuis si longtemps, que faut-il faire pour gagner ? ». Alors, du fin fond du ciel lui vient en retour la voix de Dieu : « Goldberg, donne-moi une chance ! Commence par acheter un billet ! »
Il paraît que Barack Obama a bien ri. Ce que j’apprécie, outre la blague elle-même, c’est le message que Friedman adresse en filigrane au lecteur : vous voyez, je suis assez familier avec l’homme le plus puissant de la planète pour échanger des plaisanteries avec lui au bout du fil et, pourquoi pas, disserter d’un ton badin sur les meilleurs choix politiques.
C’est fort. J’essaie d’imaginer la même chose en Suisse, avec le ministre des affaires intérieures et de la santé Pascal Couchepin par exemple. Et je n’y arrive pas, en tout cas pas du côté des médias. Tout ce que je verrais, c’est l’humoriste Daniel Rausis interpeller le conseiller fédéral valaisan sur les enjeux fondamentaux de la santé, de la vie et de la mort, par la blague suivante .
« Savez-vous pourquoi les Valaisans ne sont pas très favorables à l’incinération ? Parce que quand on est incinéré, c’est notre dernière cuite. Tandis que si on est enterré, on a encore la possibilité d’avoir un petit ver dans le nez. »
J’ai bien ri à celle-là aussi (entendue aux Dicodeurs de RSR avant-hier). Chaque pays a les enjeux qu’il peut.
mercredi 3 juin 2009
Inversion de poussée
Quand les roues d’un avion ont touché le sol à l’atterrissage, il faut inverser la poussée des réacteurs pour raccourcir la distance de freinage. Ni trop tôt, ni trop tard : c’est l’art du pilotage.
Le moment de le faire est-il arrivé pour les banques centrales et les ministres des finances qui ont généreusement « mis la sauce » depuis dix-huit mois pour stabiliser l’économie mondiale, partie en vrille à cause de ceux qui jouaient un peu trop avec les manettes de la finance et de l’immobilier? Angela Merkel s’est toujours montrée sceptique face aux tonnes de kérosène brûlées dans la manœuvre par les banques centrales. Hier, elle les a ouvertement critiquées: « Nous devons revenir à des politiques monétaires indépendantes et raisonnables, sans quoi nous nous retrouverons dans dix ans au même point qu’aujourd’hui. » Elle visait la Réserve fédérale américaine, mais aussi la Banque centrale européenne, brisant une règle non écrite selon laquelle le gouvernement s’abstient de s’en prendre publiquement à la BCE. « Notre tâche la plus complexe, a-t-elle ajouté, viendra une fois que nous aurons surmonté la crise. La question sera : pouvons-nous revenir à une politique vertueuse, s’agissant des déficits publics par exemple? ». La pique s’adressait cette fois aux ministres des finances, américain en tête, qui ont généreusement délié les cordons de la bourse publique pour contrer la chute conjoncturelle.
En tenant ces propos, Angela s’invite dans le débat qui oppose notamment le prix Nobel Paul Krugman au professeur de Harvard Niall Ferguson. Le second s’inquiète de la hausse du rendement des bons du Trésor, conséquence selon lui de l’explosion des déficits publics, laquelle pourrait déboucher sur une envolée de l’inflation . Le premier soutient l’action résolue des pouvoirs publics.
Martin Wolf, éditorialiste du Financial Times, s’est joint à la discussion mercredi et se range clairement aux côtés de Krugman. Le rendement des bons du Trésor augmente ? Et alors, ce n’est qu’un retour à la normale après une baisse excessive suite à la ruée sur ces placements à la fin de l’année dernière. « Hourra ! », écrit-il, il faut s’en réjouir. Le financement des déficits publics croissants par l’émission massive d’obligations d’Etat ne va-t-il pas assécher le marché des capitaux pour les entreprises privées ? Non, estime, Martin Wolf, les données récentes montre que celui-ci reprend aussi des couleurs. L’épargne est là, il suffit de la faire sortir de sous le matelas.
L’explosion des déficits publics? Niall Ferguson (Harvard) affirme qu’elle n’est pas justifiée par la récession actuelle, nullement comparable à celle des années 30. Raisonnement spécieux! répond Wolf : si le crash a pu être évité jusqu’ici, c’est précisément grâce à la politique déterminée et non conventionnelle des banques centrales et des gouvernements. Il est donc facile et d’en tirer argument aujourd’hui pour dire qu’il ne fallait pas s’affoler. Eternelle question : « qu’est-ce qui se serait passé si… »
Reste la question du moment judicieux pour inverser la poussée. Tout le monde est d’accord là-dessus, à commencer par les banquiers centraux : la relance de l’économie par la baisse des taux directeurs et la politique dite d’assouplissement quantitatif (injection de liquidités) ne peut être que temporaire. Il s’agit de pomper dès que possible les liquidités excédentaires pour éviter, qu’effectivement, celles-ci ne créent de l’inflation et de nouvelles bulles comme le craint Angela Merkel. Ce moment est-il venu ? Pas encore, estime Martin Wolf. Madame la chancelière, elle, annonce la couleur: elle se montrera vigilante.
Angela Merkel, dans son souci de réduire au plus vite les déficits publics, a reçu mercredi un appui inattendu - celui d'un de ceux qu'elle critique, Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale. La hausse du rendement des bons du Trésor américains indique clairement que les marchés s'inquiètent du fossé budgétaire, a-t-il déclaré. Comme quoi les banquiers centraux peuvent se montrer indépendants des gouvernements, parfois...
Le moment de le faire est-il arrivé pour les banques centrales et les ministres des finances qui ont généreusement « mis la sauce » depuis dix-huit mois pour stabiliser l’économie mondiale, partie en vrille à cause de ceux qui jouaient un peu trop avec les manettes de la finance et de l’immobilier? Angela Merkel s’est toujours montrée sceptique face aux tonnes de kérosène brûlées dans la manœuvre par les banques centrales. Hier, elle les a ouvertement critiquées: « Nous devons revenir à des politiques monétaires indépendantes et raisonnables, sans quoi nous nous retrouverons dans dix ans au même point qu’aujourd’hui. » Elle visait la Réserve fédérale américaine, mais aussi la Banque centrale européenne, brisant une règle non écrite selon laquelle le gouvernement s’abstient de s’en prendre publiquement à la BCE. « Notre tâche la plus complexe, a-t-elle ajouté, viendra une fois que nous aurons surmonté la crise. La question sera : pouvons-nous revenir à une politique vertueuse, s’agissant des déficits publics par exemple? ». La pique s’adressait cette fois aux ministres des finances, américain en tête, qui ont généreusement délié les cordons de la bourse publique pour contrer la chute conjoncturelle.
En tenant ces propos, Angela s’invite dans le débat qui oppose notamment le prix Nobel Paul Krugman au professeur de Harvard Niall Ferguson. Le second s’inquiète de la hausse du rendement des bons du Trésor, conséquence selon lui de l’explosion des déficits publics, laquelle pourrait déboucher sur une envolée de l’inflation . Le premier soutient l’action résolue des pouvoirs publics.
Martin Wolf, éditorialiste du Financial Times, s’est joint à la discussion mercredi et se range clairement aux côtés de Krugman. Le rendement des bons du Trésor augmente ? Et alors, ce n’est qu’un retour à la normale après une baisse excessive suite à la ruée sur ces placements à la fin de l’année dernière. « Hourra ! », écrit-il, il faut s’en réjouir. Le financement des déficits publics croissants par l’émission massive d’obligations d’Etat ne va-t-il pas assécher le marché des capitaux pour les entreprises privées ? Non, estime, Martin Wolf, les données récentes montre que celui-ci reprend aussi des couleurs. L’épargne est là, il suffit de la faire sortir de sous le matelas.
L’explosion des déficits publics? Niall Ferguson (Harvard) affirme qu’elle n’est pas justifiée par la récession actuelle, nullement comparable à celle des années 30. Raisonnement spécieux! répond Wolf : si le crash a pu être évité jusqu’ici, c’est précisément grâce à la politique déterminée et non conventionnelle des banques centrales et des gouvernements. Il est donc facile et d’en tirer argument aujourd’hui pour dire qu’il ne fallait pas s’affoler. Eternelle question : « qu’est-ce qui se serait passé si… »
Reste la question du moment judicieux pour inverser la poussée. Tout le monde est d’accord là-dessus, à commencer par les banquiers centraux : la relance de l’économie par la baisse des taux directeurs et la politique dite d’assouplissement quantitatif (injection de liquidités) ne peut être que temporaire. Il s’agit de pomper dès que possible les liquidités excédentaires pour éviter, qu’effectivement, celles-ci ne créent de l’inflation et de nouvelles bulles comme le craint Angela Merkel. Ce moment est-il venu ? Pas encore, estime Martin Wolf. Madame la chancelière, elle, annonce la couleur: elle se montrera vigilante.
Angela Merkel, dans son souci de réduire au plus vite les déficits publics, a reçu mercredi un appui inattendu - celui d'un de ceux qu'elle critique, Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale. La hausse du rendement des bons du Trésor américains indique clairement que les marchés s'inquiètent du fossé budgétaire, a-t-il déclaré. Comme quoi les banquiers centraux peuvent se montrer indépendants des gouvernements, parfois...
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Du chocolat en camions-citernes
D’accord : c’est moins poétique que « Charlie et la Chocolaterie » - encore que je n’aie pas trouvé le film très réussi - mais l’endroit que j’ai visité aujourd’hui m’est apparu plus fascinant, parce que telle est notre réalité industrielle. J’ai vu à Wiese (Belgique) la plus grande fabrique de chocolat du monde. En haute saison, Barry Callebaut y remplit chaque jour des dizaines de camions-citernes transportant chacun 23 à 24 tonnes de chocolat maintenu à une température de 50 degrés ou plus pour qu’il ne durcisse pas jusqu’à l’usine du client, parfois distante de plus de 300 kilomètres. Quand on croise ces semi-remorques étincelants franchir le portail, la première idée maléfique qui surgit à l’esprit est : y a-t-il déjà eu un accident de la route, 23 tonnes de liquide brun et tiède répandues sur le bitume ?
Non, m’assure Rudy Eeckman, chef de production. Tout au plus a-t-on une fois mal fermé le couvercle de la citerne, et du chocolat jaillissant par l’ouverture a marqué la trace du camion, Petit Poucet moderne. Il a fallu envoyer des équipes de nettoyage, car le chocolat est gras, donc peu indiqué pour les voitures.
On ne dira jamais assez le danger du chocolat sur les autoroutes. En revanche, il faudra peut-être réviser nos préjugés sur les risques d’obésité et de malbouffe qui y sont liés. Avec Hans de Vriens, la « nourriture des dieux » est promise à un bel avenir diététique. Hans de Vriens est le « chief innovation officer » de Barry Callebaut, poste qui a d’ailleurs été créé pour lui en 2005. Quand on voit débouler dans le bureau ce quadragénaire bronzé qui a travaillé pour Red Bull avant de s’intéresser au chocolat, on se dit qu’on ne va pas être s’embêter.
Effectivement. De Vriens est un passionné, et son équipe n’a pas chômé en quatre ans. Elle a identifié quelque 230 composants de la fève de cacao (sur environ 700) qui sont potentiellement bons pour la santé, dont les polyphénols qui diminuent la pression artérielle et le risque d’accidents cradio-vasculaires. Il en est résulté une nouvelle ligne, Acticoa, qui préserve la valeur de ces composants jusqu’au produit fini. Voici un autre chocolat « bon pour les dents », avec des substituts du sucre ; un autre encore, incluant comme certains produits laitiers des bactéries qui contribuent à régénérer la flore intestinale. Etc.
Coup de marketing ? Voire. Les ventes de produits dits organiques ont augmenté de 25% en France l’an dernier et de 60% en trois ans, selon Reuters. Le marché européen, quasi inexistant en 2000, dépasse les 40 millions d’euros. Quel est le souci numéro un des gens, au-delà de la crise et de ses effets ? Leur santé pardi ! Leur corps, leur équilibre nutritionnel. Nestlé l’a compris et en a fait un pilier de son développement. Le chocolat restait un plaisir culpabilisant. Hans de Vriens est en train de changer tout cela. Un des ses projets les plus fascinants est le processus de fermentation contrôlée de la fève, un moment-clé pour la formation du goût et le développement de qualités du cacao. Mais de cela, je parlerai dans la série estivale du Temps - à partir du 6 juillet dans Le Temps.
Non, m’assure Rudy Eeckman, chef de production. Tout au plus a-t-on une fois mal fermé le couvercle de la citerne, et du chocolat jaillissant par l’ouverture a marqué la trace du camion, Petit Poucet moderne. Il a fallu envoyer des équipes de nettoyage, car le chocolat est gras, donc peu indiqué pour les voitures.
On ne dira jamais assez le danger du chocolat sur les autoroutes. En revanche, il faudra peut-être réviser nos préjugés sur les risques d’obésité et de malbouffe qui y sont liés. Avec Hans de Vriens, la « nourriture des dieux » est promise à un bel avenir diététique. Hans de Vriens est le « chief innovation officer » de Barry Callebaut, poste qui a d’ailleurs été créé pour lui en 2005. Quand on voit débouler dans le bureau ce quadragénaire bronzé qui a travaillé pour Red Bull avant de s’intéresser au chocolat, on se dit qu’on ne va pas être s’embêter.
Effectivement. De Vriens est un passionné, et son équipe n’a pas chômé en quatre ans. Elle a identifié quelque 230 composants de la fève de cacao (sur environ 700) qui sont potentiellement bons pour la santé, dont les polyphénols qui diminuent la pression artérielle et le risque d’accidents cradio-vasculaires. Il en est résulté une nouvelle ligne, Acticoa, qui préserve la valeur de ces composants jusqu’au produit fini. Voici un autre chocolat « bon pour les dents », avec des substituts du sucre ; un autre encore, incluant comme certains produits laitiers des bactéries qui contribuent à régénérer la flore intestinale. Etc.
Coup de marketing ? Voire. Les ventes de produits dits organiques ont augmenté de 25% en France l’an dernier et de 60% en trois ans, selon Reuters. Le marché européen, quasi inexistant en 2000, dépasse les 40 millions d’euros. Quel est le souci numéro un des gens, au-delà de la crise et de ses effets ? Leur santé pardi ! Leur corps, leur équilibre nutritionnel. Nestlé l’a compris et en a fait un pilier de son développement. Le chocolat restait un plaisir culpabilisant. Hans de Vriens est en train de changer tout cela. Un des ses projets les plus fascinants est le processus de fermentation contrôlée de la fève, un moment-clé pour la formation du goût et le développement de qualités du cacao. Mais de cela, je parlerai dans la série estivale du Temps - à partir du 6 juillet dans Le Temps.
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mardi 2 juin 2009
Victimes du crash de l'Airbus A330: un who's who des investisseurs au Brésil?
Le Wall Street Journal dresse une première liste de VIP parmi les disparus: Erich Heine, président de Thyssenkrupp Brésil, un cadre "senior" du brésilien Vale non nommé, d'autres de La société Michelin, trois employés de la compagnie norvégienne StatoilHydro.
Enfin de vrais netbooks?
Hé!Hé! Acer, 3è constructeur mondial d'ordinateurs, annonce qu'il lancera cette année un netbook tournant sous Androïd, le système d'exploitation de Google. Il y a deux mois, le même fabricant affirmait que "Androïd n'est pas fait pour les netbooks". Cherchez l'erreur...
Pour ma part, j'espère que l'annonce la plus récente est la bonne. Je travaille en déplacement sur un Aspire One, grâce auquel ce blog a été alimenté en Côte d'Ivoire et au Ghana, et j'en suis très content. Sauf sur deux points. Primo, l'autonomie de la batterie (2 heures) reste insuffisante. Les nouveaux modèles font mieux - encore un effort, please! Secundo, je ne comprends toujours pas pourquoi l'ordinateur, portable ou non, reste le seul gadget de l'homme moderne qui nécessite 30 secondes (dans le meilleur des cas) à trois minutes d'échauffement avant de rendre le moindre service. Je suis un indécrottable nostalgique du Psion (modèle 7 en photo), petite machine anglaise - certes limitée, écran noir et blanc - qui était immédiatement utilisable dès que vous souleviez l'écran. Et l'autonomie atteignait sept heures. L'industrie promet depuis des années des systèmes d'exploitation à démarrage progressif qui permettront, par exemple, de consulter son courrier tandis que que les autres fonctionnalités se chargent. Je n'ai encore rien vu de tel. Je suis persuadé que le vrai décollage des netbooks ne se produira que quand ce point aura été réglé. Grâce à Google ou à un autre, peu importe.
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Loyers, immobilier
Les loyers pourraient en Suisse, l’Office fédéral du logement ayant ramené le taux hypothécaire de référence à 3,25% (moins un quart de point). Cette "bonne" nouvelle en cache deux mauvaises. D'abord, le système suisse du taux de référence ne fonctionne pas, en tout cas pas à la baisse, car c'est aux locataires d'initier les démarches, et elles sont lourdes, sans garantie de succès. Cela fait une dizaine d'années que tout le monde juge ce système dépassé, mais politiciens et lobbies ne sont pas encore parvenus à s'entendre sur une nouvelle méthode (échec pas plus tard que la semaine dernière). Là est la première mauvaise nouvelle: l'inertie politique du Parlement helvétique devient un boulet dont mon collègue Beat Kappeler a raison de dénoncer le coût économique croissant.
L'autre mauvaise nouvelle est que la baisse des taux (et peut-être des loyers) est une conséquence indirecte de l'effondrement immobilier mondial. Au premier trimestre 2009, les prix ont baissé dans 27 pays sur 32 étudiés par Global Property Guide: de 19% aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, de 23% à Singapour et de 35% à Dubaï. La Suisse, qui a eu sa bulle immobilière à la fin des années 80, est beaucoup moins touchée cette fois, mais elle n'est pas totalement à l'écart du marché.
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