vendredi 27 février 2009

UBS, prochains épisodes

Un lecteur des articles et commentaires sur le changement de boss chez UBS dans Le Temps de ce jour m'écrit ceci. A garder dans un coin de la tête:

"On ne va pas chercher le CEO depuis peu à la retraite de son concurrent principal sans l'accord des administrateurs des deux sociétés. S'il y a eu accord, et je n'en doute pas, c'est qu'un changement de paradigme dans le monde bancaire suisse est en préparation, que ce soit en relation avec le secret bancaire, une nouvelle répartition des rôles sur le marché suisse avec les banques cantonales qui pourraient entrer dans le grand corporate financing sous l'égide de la ZKB, l'accès de Postfinance au statut de quasi banque. Il pourrait en résulter une seule grande banque suisse de niveau international capable de tenir tête aux nouveaux géants mondiaux qui émergent et vont émerger de la crise suite à des fusions plus ou moins voulues. Oswald Grübel pourrait avoir la tâche de nettoyer impitoyablement l'UBS pour la rendre fusionable avec le CS. Grübel a la confiance du CS, ce qui est très important dans une telle opération. Avec Grübel à l'UBS, ça risque de saigner dur. Il n'a pas non plus accepté ce job par amour pour UBS et la Suisse. Il est imprégné du CS jusqu'à la moëlle."

Je lui ai fait remarquer que ce scénario est politiquement incorrect en ce moment, à quoi il ajoute ceci:

"Comme il était politiquement incorrect de dire que le futur de Swiss passait par Lufthansa, que la pérennité d'ABB passait par la vente de sa division de base de power generation à Alstom, et comme il est aujourd'hui politiquement incorrect à Zurich de dire qu'après Franz et Dormann, un troisième Allemand est en charge de restructurer un poids lourd de l'économie suisse."

Trou d'air


Le dernier exploit de Ryanair, à découvrir ici.

A propos du départ de Jean-Pierre Roth


Il va me manquer. J'avoue un faible pour le moustachu valaisan qui mettait dans les affaires monétaires une sorte d'accent terrien, et surtout un bon sens qui n'a pas trop mal réussi à la Suisse (quoi qu'il ne faille pas surestimer le rôle d'un seul homme à la BNS: c'est une machine bien huilée aux processus collectifs rigoureux).
En 2007, la Banque nationale célébrait son centenaire, et je l'avais interviewé sur les risques qu'on sentait enfler sans savoir encore qu'ils nous exploseraient à la figure quelques mois après:
Q: Les instruments financiers se compliquent, les effets de levier augmentent. Les nouveaux risques systémiques «n'ont pas encore été testés», entend-on. Avez-vous une vision claire de ce qui se passe?
R: La force des banques centrales est de dire la vérité. La réponse à votre question est clairement: non. Nous voyons ces évolutions, elles nous interpellent. (...)La seule attitude est que nous devons être prêts, autant que possible, à des retournements. C'est la responsabilité de chacun, j'insiste sur ce mot, car les banquiers centraux ne sont de loin pas les seuls acteurs impliqués.
C'était moins flamboyant que Greenspan, mais la BNS a montré par la suite qu'elle était au moins prête à réagir vite.
En juin 2007, j'avais trouvé Jean-Pierre Roth amaigri et les traits tirés, au point de me demander s'il couvait une maladie. Depuis, il semblait avoir remplumé. Aujourd'hui, je me repose la question quand même. Il aura passé treize ans à la direction générale et huit comme président: deux tranches de crise et une de calme au milieu.
Une fois le micro débranché en juin 2007, il m'avait dit, mi-plaisantant, en marchant vers la sortie: "J'éspère que les marchés tiendront jusqu'aux festivités du centenaire!" Ils ont tenu, juste.

Comme en 1913


Parmi les sites référencés dans la colonne de droite de cette page, le Global Europe anticipation bulletin (LEAP/2020)mérite une mention à part.Il anticipe les désordres actuels de l'économie mondiale depuis début 2006 et, jusqu'ici, ne s'est pas trop trompé dans le déroulement des événements, qu'il découpe en différentes phases.
Le 15 février dernier, le LEAP a annoncé officiellement - taratati! taratata! - que le monde entrera au quatrième trimestre de cette année dans la cinquième phase de la crise, celle de la "dislocation géopolitique globale" marquée, entre autres, par l'effondrement du dollar. Intrigué? Lisez et dites ce que vous en penser.

mercredi 25 février 2009

Mirabeauf


Le président de l'Association suisse des banquiers se nomme Pierre Mirabaud. Il a des moustaches en guidon de vélo, porte sans sourciller des chaussettes violettes et pratique, dit-on, un franc-parler roboratif.
C'est selon les goûts. Pierre Mirabaud répondait mercredi soir à un journaliste de Rundschau à propos des maigres efforts suisses pour débusquer les fraudeurs étrangers du fisc. "Je suis surpris, a argumenté Belles Moustaches, nous avons signé des traités bilatéraux qui prévoient l'entraide judiciaire pour nombre de pays, européens entre autres, mais cette voie est très rarement utilisée. C'est vrai qu'elle est un peu longue et compliquée. Cela ne convient peut-être pas à des pays où l'on travaille 35 heures par semaine."
Et voilà marquise: si ces fichus Franchouillards ou têtus Teutons ne prennent pas la peine de passer par le chas de l'aiguille que nous leur avons réservé, c'est qu'ils sont décidément trop feignants, tant pis pour eux!
On connaissait déjà le couplet des banquiers suisses sur le "fisc confiscatoire" des pays étrangers qui hausse le secret bancaire au niveau sacré du Droit des Réfugiés. Là, leur président fait encore plus fort. Sûr qu'avec cette fine stratégie, la Suisse va se faire plein d'amis.

A vos calculettes! (ardu, mais documentaire)

Si la Suisse cessait de considérer l'évasion fiscale comme une simple peccadille et se mettait à coopérer avec les autorités judiciaires et fiscales étrangères dans les cas de ce genre, quel serait l'impact pour la place financière?
Le Tages Anzeiger s'est livré au calcul suivant basé sur les dernières statistiques de la Banque nationale suisse (voir page 49). Celle-ci calcule qu'à fin 2008, 3822 milliards de francs sont déposés par les clients suisses et étrangers dans l'ensemble des banques suisses. A relever que la somme a rétréci d'un tiers suite à l'effondrement des marchés.
Soixante pour cent de ces dépôts concernent des clients étrangers; parmi eux, les clients étrangers privés détiennent 670 milliards de francs. Il faut y ajouter une part de la clientèle enregistrée comme institutionnelle, car des fondations peuvent en réalité cacher un client privé. Au total, le Tages Anzeiger estime les dépôts privés de la clientèle étrangère à environ 1000 milliards à fin 2008.
Première question: sur ces 1000 milliards, quelle proportion est liée à l'évasion fiscale? 25%? 33%? 50%? Plus? Le journal alémanique choisit 40%. Le chiffre ne paraît pas irréaliste. Dans Le Temps, Ivan Pictet déclare que "sans cette distinction (entre fraude et évasion fiscale), la place financière pourrait rétrécir d’une proportion qui pourrait aller jusqu’à près de la moitié de sa taille". Merrill Lynch, en se basant sur le précédent de l'amnistie fiscale italienne, fait une estimation plus prudente: 20 à 25% de l'argent placé "offshore" le serait au noir selon ML. Enfin, sans citer de pourcentage, Fox-Pitt Kelton reprend un calcul de la Bundesbank sur les avoirs non-déclarés des Allemands à l'étranger: 500 milliards d'euros, dont 28% se trouveraient en Suisse, ce qui veut dire que plus de 200 milliards de francs déposés dans les banques suisses seraient liés à la seule évasion fiscale allemande (merci Myret pour ces documents).
Revenons à l'estimation du Tages Anzeiger: 40% de 1000 milliards font 400 milliards d'argent fuyant le fisc de différents pays et au chaud dans les coffres suisses.
Le quotidien zurichois poursuit le raisonnement. En comptant une marge brute moyenne de 1% prélevée sur la gestion de cette somme, on arrive à 4 milliards de commissions par an, somme qu'il faut augmenter de un ou plusieurs milliards pour tenir compte des effets induits sur l'économie nationale. Bref et en résumé, l'évasion fiscale rapporte bon an mal an 1 à 2% du produit intérieur brut, ou à peu près mille francs par habitant.
Deuxième question: quelle part de ces revenus serait affectée par la pénalisation de l'évasion fiscale et l'exode de clientèle que cela déclencherait? Ici, les estimations sont encore plus vagues. Merrill Lynch limite la sienne à UBS: deux tiers des fonds déposés dans la banque sont "offshore"; sur cette part, un quart fuient le fisc; deux tiers de ce quart repartiraient si le secret bancaire était affaibli. Au total, 16,5% des fonds gérés par UBS sont "à risque", selon ML, ce qui représente 800 millions de francs de revenus annuels menacés.
Voilà. Tout ça reste encore assez nébuleux, mais au moins on commence à poser chiffres sur la table. La prochaine fois, nous parlerons des aventures de Jo et Zette, pour changer un peu.

La crise, youp'la boum...

Signalé par un collègue, cet article de la Libre Belgique pour redonner du tonus à ceux que les nouvelles dépriment.
Et pour relativiser les malheurs d'UBS, rien de tel qu'une petite lecture interactive sur la déroute de Fortis.
Pas convaincu? Alors essayez cette vidéo pédagogico-marrante sur la mécanique de la crise.
Non, pas encore déridé? Bon, allez, l'arme absolue: Britney Spears.
Si vous voyez d'autres histoires de ce genre...

mardi 24 février 2009

La voix de leur maître


Vous avez remarqué qu'on parle beaucoup du secret bancaire en Suisse ces derniers temps. En général précédé des mots "menace sur" ou "comment sauver le".
Ce qui est amusant, c'est de constater à quel point ce débat a peu avancé intellectuellement depuis vingt ans. L'Association suisse des banquiers publie régulièrement des sondages montrant que 80% des Suisses sont pour le secret bancaire, et cela clos le débat. Les journalistes le chatouillent de temps en temps, les politiciens de gauche le gratouillent au moins une fois par législature, mais tout cela ne tire pas vraiment à conséquence et tient du rituel fatigué.
Il faut ici souligner le rôle particulier que jouent quelques "experts" régulièrement interrogés par les médias électroniques ou écrits. Je veux parler notamment des avocats genevois Xavier Oberson et Carlo Lombardini, ainsi que du professeur Robert Waldburger. Les trois sont des orfèvres en la matière. Sérieux sans l'ombre d'un doute. Incollables sur la jurisprudence.
Les trois partagent aussi la même tendance à relativiser le problème, esquiver les attaques, défendre le statu quo. Bref, à noyer le poisson.
Les trois partagent encore la particularité d'être régulièrement sollicités par les banques pour des avis de droit, ou la défense de telle ou telle cause. Sans faire injure à leur indépendance d'esprit, on relèvera que cette proximité tend à arrondir le langage, sinon les angles du raisonnement. Carlo Lombardini, par exemple, a publié une savante analyse pour expliquer à quel point un changement de loi à propos de l'évasion mettrait tout le système fiscal suisse sens dessus dessous. Autant y renoncer d'avance, donc.
Quant à Robert Waldburger, la NZZ a publié samedi dernier un morceau d'anthologie basé sur une interview qu'il lui a accordée (rapportée en propos indirects, c'est plus prudent). Peu d'hommes connaissent le dossier du secret bancaire aussi bien que lui, puisqu'il l'a géré pour Kaspar Villiger quand ce dernier était ministre des finances. On pourrait donc s'attendre à ce que ce brillant juriste à l'indépendance retrouvée, puisqu'il enseigne désormais cette matière à l'Université de Saint-Gall, esquisse des pistes pour faire évoluer la savante distinction suisse entre l'évasion fiscale (non poursuivie pénalement) et la fraude (poursuivie).
Mais non. Robert Waldburger n'a rien à dire ou presque, sinon que les craintes sur le secret bancaire sont infondées et que les attaques américaines ne sont pas vraiment solides juridiquement.
Au passage, la NZZ nous apprend que depuis mai 2007, Robert Waldburger officie comme consultant d'UBS pour les questions juridiques liées à l'entraide administrative. Il doit précisément dire dans quel cas il y a fraude et dans quel cas non. Le quotidien ne précise pas combien il touche pour ce travail. Là encore, sans faire injure à sa probité intellectuelle, on imagine qu'il n'est pas payé pour dire à UBS qu'une majorité de ses clients américains sont des tricheurs aisément condamnables. Car ce serait poser indirectement la question du "conseil" qu'ils ont reçu d'UBS.
Bref, on ne s'étonnera pas que les brillants esprits qui connaissent le mieux le dossier ne le fassent pas avancer depuis vingt ans.

Batman sur Paradeplatz


On prend les mêmes et on recommence. Les yeux légèrement exorbités de Thomas Borer refont surface dans le bouillon du secret bancaire. Borer? Mais oui: Batman sur Paradeplatz, le héros qui dirigea la "task force" nommée début 1997 pour aider les banques suisses (déjà) à se sortir de la pétaudière où leur arrogance les avait jetées à propos des fonds juifs en deshérence.
Il piaffe d'impatience, Borer. Décrétez la Patrie en danger, il accourt. Ambassadeur à Berlin, c'était bien aussi, mais tout a une fin. Quant à son emploi actuel, factotum pour le milliardaire russe Viktor Vekselberg, il est sans doute bien payé mais peu gratifiant socialement. Pensez donc: justifier devant un parterre de plumitifs locaux dans un salon du Baur Au Lac pourquoi son très riche patron, en pleine activité et force de l'âge, bénéficie d'un forfait fiscal à Zurich, ce n'est pas très reluisant.
D'ailleurs les Zurichois ont aboli les forfaits fiscaux et, qui sait, Thomas-Le-Valeureux est peut-être à la recherche d'un nouveau job. Le scénario actuel a tout pour lui plaire.
La NZZ a d'ailleurs publié un intéressant parallèle entre la (non-)réaction initiale de la Suisse officielle face à l'affaire des fonds juifs et sa totale impréparation quand le fisc américain a mis le pistolet sur la tempe d'UBS, et indirectement sur le secret bancaire.
Dans les deux cas, une faute suisse est à l'origine du problème.
Dans les deux cas, l'attaque vient d'une administration américaine démocrate.
Dans les deux cas, elle est totalement prévisible, annoncée par quelques esprits lucides.
Dans les deux cas, les banques et leur association entassent des sacs de sable pour qu'aucun débat intérieur n'ait lieu. Donc, rien n'est préparé.
Dans les deux cas, la Suisse proteste comme une belette prise dans une lessiveuse et finit par céder.
Dans les deux cas, le secret bancaire est levé: pour les morts, s'agissant des fonds juifs en deshérence; pour les vivants dans l'affaire UBS.
Dans les deux cas, les autorités essaient de masquer leur capitulation en jetant du sable aux yeux du bon peuple: "Ce n'est pas grave, il ne s'est rien passé, circulez, y'a rien à voir..."
Afin de compléter la ressemblance, il ne reste plus qu'à constituer une "task force" comme en 1997 - une façon élégante de masquer l'absence de stratégie du gouvernement: depuis le temps qu'il se la laisse dicter par les banques, il ne sait plus comment on fait! Alors pourquoi pas Thomas Borer à la rescousse?
Il ne reste plus qu'à trouver le char-vedette de ce carnaval. En 97, ce fut l'idée boy-scoute d'une fondation de solidarité (soufflée par la BNS). Un milliard pour les nécessiteux de Suisse et du globe (dont les juifs, mais c'était par pur hasard). Voyons, qu'imaginer cette fois??? Ah, mais au fait, on la tient déjà l'idée de génie, la bonne oeuvre, et c'est de nouveau la BNS qui l'a soufflée: une fondation de solidarité à six milliards pour les nécessiteux d'UBS.

lundi 23 février 2009

Le crime du mobile


Le congrès GSMA de téléphonie mobile s'est tenu du 16 au 19 février à Barcelone. Peut-être avez-vous été alléché par les derniers gadgets à écran tactile, ou quelques reportages annonçant l'arrivée prochaine de la "quatrième génération" de communication mobile à très, très haut débit. A la TV, ça fonctionnait au poil.
Maintenant, voilà comment ça se passe dans la vraie vie.
Prenez un gars, votre serviteur par exemple, qui a acheté un netbook. Ces mini-ordinateurs portables à 500 francs environ se sont vendus comme des petits pains l'an dernier: logique, car ce sont les premiers à remplir (presque) correctement les services attendus d'une informatique nomade: faible poids, rapidité de mise en service, simplicité d'emploi (mais pas encore de batterie satisfaisante, hélas).
Un netbook n'est vraiment utile que s'il se connecte partout à Internet. Or le wi-fi intégré est aléatoire, souvent payant et compliqué à payer. Donc, départ chez les opérateurs téléphoniques qui proposent des clés USB pour se connecter à leur réseau 3G. Petite précision: le netbook en question tourne sous Linux, un système d'exploitation stable, devenu courant aujourd'hui.
Chez Swisscom (prenez un numéro et attendez cinq minutes), la vendeuse regarde l'engin avec un vague dégoût. "Ah non, ça ne marche pas avec nos clés-modems!". Manque de pot pour elle, un test préalable avec une de ces clés s'est révélé positif. "Ah bon? Moi, ce que je vous en dis, c'est sans garantie, hein. Parce qu'après, les gens rapportent quand ils ont des problèmes." Et visiblement, la vendeuse n'a pas envie d'en savoir davantage sur ces "problèmes". Voyons le prix: 49 francs par mois avec une limitation de débit ridiculement basse, ou 59 francs pour élever cette limite. "Je suis d'accord avec vous, grimace encore la vendeuse, c'est vraiment trop cher pour ce que c'est." Honnête, au moins. Mais pas franchement encourageante.
Allons voir chez Orange, qui propose une clé similaire à 49 francs sans limite de débit, et en bonus six mois à moitié prix. Re-ticket et re-file d'attente (dix minutes). Ici, l'accueil est résolument optimiste: "Ah oui monsieur, c'est du plug-and-play. Votre mini-ordinateur? Nous vendons les mêmes, pas de problème." Joie et bonne humeur, comme tout est simple!
Sauf que, contrat conclu et clé achetée (pour 79 francs), celle-ci ne réagit absolument pas quand on la glisse dans la fente USB. Mode d'emploi? Niet. Support Internet? Nada. Service après-vente du fabricant d'ordinateur? Après cinq tentatives infructueuses, un technicien épuisé à fort accent espagnol pose plein de questions d'identité, donne un numéro de cas et propose de rappeler le lendemain "car nous allons fermer".
Un petit tour sur les forums spécialisés Internet donne un intéressant échantillon de clients hésitant entre le suicide et l'achat d'une Kalaschnikov après avoir tenté en vain d'installer eux-mêmes la fameuse clé USB sur leur bécane. Ah! En voici un qui a fini par réussir, mais il avoue benoîtement qu'il ne se souvient plus comment il a fait". Où sont passés mes comprimés pour maux de tête?
Re-retour chez Orange, où la mâchoire des vendeurs s'est nettement crispée. "On vous a dit plug-and-play? Ah mais monsieur, nous ne garantissons ces clés qu'avec le matériel que nous vendons nous-mêmes". Cela, évidemment, n'était nullement précisé au moment de l'achat. A force d'insister, voici l'adresse et le nom d'un technicien Orange - mais dans un autre magasin, et un autre jour, parce qu'"aujourd'hui, il ne travaille pas".
Au jour dit, le technicien en question n'est pas là, mais un de ses collègues (ticket d'attente) daigne se saisir de l'affaire. Il bidouille la clé et l'ordinateur avec un soft qu'il s'est fait envoyer par mail, sans trop y croire. Au bout d'une heure d'acharnement dans un silence de mort, il déclare forfait. Qu'est-ce qui reste à faire? "Ben annuler votre contrat, m'sieur." OK, c'est justement une idée qui faisait son chemin depuis un moment. Alors annulons! "Ah, mais j'peux pas l'faire ici, m'sieur, faut aller dans le magasin où vous l'avez conclu."
Deuxième retour chez le premier Orange (vous me suivez?) où le ticket d'attente donne droit cette fois à vingt bonnes minutes dans un endroit grand comme une boîte à chaussures où tout le monde semble vaguement excédé. Une jolie cliente est en train de se faire expliquer les dix-huit plans tarifaires et six sous-variantes pour l'Australie par trois vendeurs empressés. Quand il s'agit de la délaisser pour un emmerdeur qui prétend en plus se faire rembourser quelque chose, la mâchoire des vendeurs devient carrément en béton. Ca n'est pas le problème du premier, ni dans les compétences du second, et le chef "est allé manger".
Après une demie-heure, un gominé au regard hostile décide qu'il faut bien en finir avec ce client qui encombre le comptoir. Il disparaît sans un mot d'explication pendant un quart d'heure et revient avec le contrat annulé. Il rembourse aussi les 79 francs de la clé avec le grincement de dents de Dracula qui aurait été privé de sang pendant trois hivers consécutifs.
Bilan de l'expérience: une journée entière passée dans différentes officines d'opérateurs téléphoniques, et aucune clé-modem USB fonctionnant sous Linux à un tarif qui ne soit pas du vol.
Certains analystes s'étonnent que le trafic de données mobile n'ait pas connu l'essor glorieux qu'ils prédisaient en 1999 déjà lors de la foire Telecom de Genève. On se demande bien pourquoi.

Pot commun

S'il y a un point positif qui est ressorti du sommet des chefs d'Etat européens ce week-end, c'est bien la proposition de renforcer le Fonds Monétaire International de 500 millions de dollars pour faire face aux besoins des pays touchés par la crise, en particulier ceux d'Europe de l'Est.
Selon les chiffres publiés ces derniers jours, leur dette remboursable à court terme se monte à 400 millions de dollars. Juste un exemple: la Lithuanie avait connu un taux de croissance de 10% en 2007, porté par la consommation et la construction. A la fin de l'année dernière, déjà touchées par la crise, les autorités ont refusé de dévaluer leur monnaie, liée à l'euro, et décidé des mesures d'austérité, sollicitant aussi l'aide du FMI. Malgré tout, la situation économique n'y cessé d'empirer, aboutissant à la démission du premier ministre et de son cabinet vendredi dernier. Le déficit de la balance des paiements y atteint 15% du produit intérieur brut.
Donner plus de moyens au FMI est nécessaire mais pas suffisant: il n'a pas que les nouveaux membres de l'Union à tirer d'affaire. Pour Wolfgang Munchau, du Financial Times, la réponse la plus intelligente serait d'étendre la zone euro aux nouveaux membres aussi vite que possible, pour éviter la glissade des monnaies locales à laquelle on nassiste actuellement, et qui alourdit la dette des ménages (en euros ou en francs suisses). Pour Munchau, pas besoin d'agir dans la précipitation: un engagement ferme et un plan de marche (au mépris des critères actuels d'entrée dans la zone euro, notamment en matière d'inflation) rétabliraient un peu de confiance sur les marchés monétaires.
Le financier George Soros a émis une autre idée, que je trouve personnellement plus stimulante: constatant que la Banque Centrale Européenne n'a pas actuellement le rôle de prêteur ultime, contrairement à ce qui se passe aux Etats-Unis, Soros propose qu'elle puisse émettre des obligations "zone euro" avec lesquelles elle financerait, entre autres, le dépannage des pays de l'Est.
Bon, tout ça ferait une dette supplémentaire de super-Etat au niveau européen, alors qu'on critique déjà celle des Américains. Mais cela donnerait aussi à l'UE un instrument pour une véritable politique économique dont on voit bien au fil des sommets successifs à quel point elle lui fait défaut. Par beau temps, c'était supportable. Dans la tempête actuelle, ça l'est moins.

Les pannes de M3

Les Lausannois ont un nouveau métro, le M2, bijou de technologie qui tombe en panne plus souvent qu'à son tour. Les banques centrales utilisent, pour fixer leur politique monétaire, différents agrégats abrégés de M1 à M4, d'autant plus larges que le chiffre suivant le M est élevé. Contrairement au métro lausannois, le défaut de cet outil est sa rusticité.
En secouant jusqu'aux tréfonds le système financier, la crise remet aussi en cause les instruments de pilotage des banques centrales, qui ont bien senti venir le problème mais ont mésestimé son ampleur et, du coup, n'ont pas réussi à y faire face. Dans ce commentaire intéressant (et en français, pour une fois), Sébastien Duchêne estime qu'elles "ont failli dans leurs objectifs" - ce qu'Alan Greenspan, ex-patron de la Fed, a d'ailleurs reconnu à demi-mot - et propose de revoir leur rôle, notamment quant au ciblage de l'inflation.
On sait que l'inflation est la bête noire des banquiers centraux, car elle détruit le pouvoir d'achat et, à terme, les emplois. Le débat relancé par la crise est de savoir quels composants on inclut pour la surveiller, en plus du bon vieux panier de la ménagère et des salaires ou l'immobilier. Sébastien Duchêne en propose une liste qui va de l'évolution du crédit (ratio crédit/produit intérieur brut) aux prix des matières premières en passant par la liquidité des banques et le taux d'endettement des gouvernements.
Il propose aussi d'élargir la définition de M3 en y incluant les actions, "dont la grande majorité est liquide et peut être vendue à tout moment".
Je ne suis pas un technicien et ne peux juger de la validité de ces idées. Ce qui est sûr en revanche, c'est que la corrélation traditionnelle entre la variation des agrégats monétaires et celle de l'indice des prix usuel ne joue plus. Sans doute les banques centrales mènent-elles d'intenses réflexions à ce sujet. On apprécierait qu'elles en communiquent prochainement un premier rapport d'étape accessible au grand public. Greenspan avait coutume de dire qu'on ne peut prévenir les bulles et que le rôle de la banque centrale est d'en limiter les effets. Même lui n'en est plus aussi sûr aujourd'hui.

vendredi 20 février 2009

Poésie hivernale: la promenade de Johnny



Pas beaucoup lu les journaux aujourd'hui, à part le Anzeiger von Sarnen. Sorry, j'étais à Gstaad où l'on devient un peu nerveux à propos des forfaits fiscaux. Bon, faut quand même dire, avec le temps et la neige de ce mois de février, c'était une bien belle ballade.
Dommage que mon pote Johnny le rocker n'ait pas été à la maison. Le chalet "Jade" paraissait bien désert. Ben s'il ne vient même pas par des conditions pareilles, lui qui doit passer six mois et un jour à Gstaad...
Cela dit, je n'ai pas perdu mon temps. Depuis le chalet, on peut suivre un charmant sentier longeant la Wispine (photo), jusqu'au centre de la station, non loin du très bel hôtel Holden, qui appartient à Bernie Ecclestone. Vous savez, le magnat de la F1 dont The Economist avait décortiqué les savants montages d'évasion fiscale, avec l'aide d'un avocat genevois qui n'a jamais voulu me recevoir - je me demande pourquoi.
Il n'y a pas que l'argent dans la vie, mais aussi les rencontres. Et aujourd'hui, j'ai passé une heure formidable avec Gottfried von Siebenthal. Son magasin d'ustensiles de ménage est juste en face de l'hôtel Rössli. Mais Gottfried est surtout un passionné d'histoire locale. Depuis l'âge de 12 ans! Encore en culottes courtes, il tirait les vers du nez des vieux du village pour connaître la vraie histoire du grand incendie (criminel) qui ravagea Gstaad en 1908. "C'était un sujet tabou, dit-il. On connaissait les responsables, mais personne n'en parlait". Et les forfaits fiscaux? "C'est un peu la même chose", concède l'historien amateur, qui les défend pourtant et se dit un fan de Margareth Thatcher (qui a écrit un de ses livres de mémoires au Palace de Gstaad et lui a dédicadé une belle photo). Des images, Gottfried en a des tonnes. Des histoires aussi. Par exemple celle de Marcel Ospel (autre habitué de la station) qui déambulait l'été dernier affublé de lunettes noires et casquette, parce qu'il craignait d'être reconnu et agressé, verbalement du moins.
Comme dit Gottfried: "Avant, les stars étaient des personnalités, comme Liz Taylor, ou John Kenneth Galbraith", deux visiteurs réguliers de son magasin. Tandis qu'aujourd'hui, on n'a plus que des Marcel.

La ta-ca-ta-ca-ca-tique du gendâârme


Un chef d'oeuvre, on vous dit! Dans l'affaire UBS-US, la Suisse se laisse entuber avec une poignée de gravier, comme un dit un producteur de lait de mes connaissances, et elle en redemande. A peine Hans-Rudolf Merz avait-il dit jeudi aux médias que le secret bancaire reste intact que les Etats-Unis réclamaient 52 000 autres noms à UBS, dont l'action est partie en vrille. les marchés ne croient plus Monsieur Merz, c'est pas gentil, ça.
La Suisse, république bananière titre Blick. Le professeur de droit économique Peter Kunz use de la même expression dans le Bund. Il se dit "profondément choqué" que Merz ose décréter que la livraison de 250 noms aux Américains ne pose pas de problème au secret bancaire, puisqu'il s'agit "manifestement de fraudeurs". Qu'en sait-il, cette endive, lui qui affirme dans le même souffle "n'avoir rien à dire dans ce dossier, puisque c'est celui de la FINMA" (notre nouveau gendarme des banques). Que fait-il de la présomption d'innocence? Du respect du Tribunal fédéral?
Tant de misérables concessions bricolées dans l'urgence pour rien! Rien! Rien!
On a honte d'être Suisse. Vraiment. Dans le bras de fer des fonds en déshérence, au milieu des années 90, il y avait eu des moments difficiles, des aveux forcés, des compromis discutables, mais en gros, l'exercice avait eu quelque utilité historique et psychologique. Tandis que là...
Soulignons en rouge cette remarque d'Ivan Pictet dans Le Temps: "La Finma aurait peut-être dû être plus dure en sanctionnant elle aussi les violations de la loi sur les banques par UBS".
Tiens, c'est vrai ça. Notre gendarme, qui constate une violation manifeste de ses obligations par une banque suisse, ne dit rien. Pas un blâme, pas une sanction. Logique: comme c'est le gendarme américain qui a mis les preuves sous les yeux de la Finma, c'est aussi à lui qu'on délègue la tâche de punir. Ne nous plaignons plus des juges étrangers, soyons modernes, sous-traitons la surveillance des banques suisses hors des frontières! Comme ça, le président de la Finma, Eugen Haltiner, ancien cadre UBS, pourra prendre une retraite bien méritée.

jeudi 19 février 2009

Scoop d'un jour, scoop d'une heure

Le Temps a un gros scoop sur le secret bancaire et un petit sur Ogi piégé par un financier texan pourri. Il les met en ligne, les deux sont repris - par la télévision suisse romande et l'agence télégraphique suisse.
Super, bon pour l'ego. Question: qu'est-ce que ça lui rapporte à la fin du mois? Pas un rond, là est le problème. Bien sûr, il y a des retombées indirectes de notoriété, de crédibilité, qui pèseront dans la balance quand les lecteurs devront décider de renouveler leur abonnement par exemple. Mais même ce gain est incertain, parce qu'aussitôt diffusée, une nouvelle est déjà reprise, complétée et commentée par d'autres. Le soir même, la TSR ouvre sur l'affaire du secret bancaire et fait réagir un avocat connu, plus le président des banquiers suisses. 24 Heures paraît le lendemain avec un titre en une et un édito. Pour le public, c'est comme si cette nouvelle a déjà fait l'objet d'une diffusion quasi officielle. Son origine, son originalité se noie dans le maelstöm médiatique.
Mais est-ce évitable? La pression pour lâcher les informations en ligne dès que possible est de plus en plus forte, le risque d'être « grillé » augmente, la durée d'un scoop se raccourcit d'un jour à une heure.
L'impasse reste toujours la même. Internet rapporte des cacahuètes aux médias qui y ont parfois investi beaucoup (voir la petite digression sur le modèle d'affaire des journaux). Un article du Monde sur les difficultés de la presse américaine confirme qu'après avoir connu des taux de progression de 20 à 40%, la pub en ligne a reculé pour la première fois de 3% sur les sites d'information en 2008, et ce n'est sans doute pas 2009 qui va inverser la tendance.
Walter Isaacson, ancien éditeur de Time, veut revenir à une « ancienne et audacieuse idée »: faire payer aux utilisateurs le service qu'offrent les journaux en ligne. Paieront-ils? Je reste dubitatif. Un site GlobalPost tente le pari, partiellement du moins. Allez-y voir. D'autres pensent que les médias devraient devenir des institutions à but non lucratif, soutenues par des donateurs. On pourrait imaginer le financement de postes spécialisés (en finance ou en culture par exemple) par des contrats sur trois ans, renouvelables.
En Espagne (article du Monde, encore), 5000 postes de journalistes pourraient disparaître d'ici à 2010. « Nous sommes une espèce en voie de disparition », proclame leur présidente des associations professionnelles Magis Iglesias. Même les gratuits passent à la trappe. Metro, 2è du pays, jette l'éponge, 20 Minutes restructure, ADN supprime son site web.
Réfléchir à l'avenir n'est pas un luxe. Vos pistes?

Le nez dans le caca


Archi-minable, la solution de dernière minute bricolée entre UBS, la nouvelle autorité de surveillance des banques, la Finma, et le Conseil fédéral réuni en séance nocturne extraordinaire (!!!). Tout ça pour régler un problème connu de longue date, où le compte à rebours était on ne peut plus clairement fixé. Par une acrobatie juridique dont elle a le secret, la Suisse livre donc les noms de 250 fraudeurs du fisc (seulement? Rien n'est moins sûr à lire le texte de l'accord) aux autorités américaines qui commençaient à s'impatienter. Plus une amende de 780 millions de dollars, apprend-on ce matin.
La Suisse donne l'impression de "capituler" comme écrit la NZZ parce que, sur pression des banquiers, elle a repoussé tant qu'elle a pu la discussion sur l'avenir du secret bancaire. Ce qu'elle aurait pu anticiper de manière active et autonome, elle s'y résigne contrainte et honteuse.
Le prix à payer pour cette lâcheté à courte vue est un grand coup de sabre dans notre Etat de droit. Les compétences du Tribunal Fédéral ont été bafouées parce qu'il devenait urgent d'éviter (pensait-on) le retrait de sa licence américaine à UBS. Cela étant, ne versons pas des larmes de crocodile: si on en est arrivé là, c'est parce que la banque violait massivement, en toute conscience, ses obligations de réserve face aux fuyards du fisc. Cela a été reconnu dans les termes les plus nets par la Finma, une autorité suisse donc. Dommage qu'il ait fallu pour cela que les Américains nous mettent le nez dans notre caca.
UBS ouvre donc une large brèche dans le secret bancaire à cause de la fameuse clause "tax fraud and the like" concédée dans l'accord bilatéral Suisse-US. Les Européens sont sans doute très intéressés. Il reste nécessaire, pour les autorités suisses, d'éclaircir l'avenir en ce qui concerne la distinction entre "fraude" et "évasion" fiscales (la première pénalement répréhensible ici, la seconde pas), et de supprimer l'hypocrisie d'une autre distinction, entre aide "active" (interdite) et "passive" (autorisée) à l'évasion. Certains politiciens ont des idées à ce sujet. Va-t-on encore repousser la discussion jusqu'au prochain coup de trique?

mercredi 18 février 2009

Croulés de rire!


Le message placé juste sous celui-ci (qui a été en fait écrit avant, c'est un peu illogique, ces présentations de blogs, on ne peut pas inverser la marche, non?) évoque le risque d'une sortie de crise inflationniste qui mangera notre capital-retraite. Pour rester dans le 3è voire le 4è âge et nous projeter un peu plus en avant, en 2050 plus précisément, voici une étude intéressante de Christian Jaag, Christian et Mirela Keuschnigg (Uni de St-Gall) présentée dans la NZZ du mercredi 18 février. Je résume rapidos: l'espérance de vie moyenne des hommes passant de 79 à 85 ans et celle des femmes de 84 à 90 ans - qui a dit que le phénomène allait ralentir à cause de l'obésité qui mine nos sociétés? - le pouvoir d'achat global de la population suisse baissera de 20% - schling! - en 2050 si l'âge de la retraite n'est pas retardé. En le repoussant à 68 ans, le pouvoir d'achat diminuera encore de 10% pour la population. Pour chaque année de vie gagnée, calculent les chercheurs, il faut travailler 9,2 mois de plus si on veut maintenir ce fichu pouvoir d'achat global. C'est fou, ça! Et encore, c'est compter sans la Berezina des caisses de pension suite à la crise du crédit. Vous verrez que bientôt, il faudra travailler 18 mois de plus pour chaque année de vie gagnée.
Un truc à se flinguer sans attendre!
Sauf que dans la même NZZ, il y a aussi une bonne nouvelle, pleine d'espoir et de lumière pour notre cacochyme avenir: le gâtisme se soigne par l'humour! C'est un projet-pilote tout-à-fait sérieux que mène Beat Hänni, un... économiste devenu thérapeute par l'humour, avec des personnes âgées atteintes de dépression. Pas de clowneries ni de rires forcés, mais plutôt une approche pince-sans-rire. "L'atelier humour" est décrit sur le site www.tillheiter.ch ou sur www.humorcare.ch.
Peut-être les global leaders devraient-ils y aller faire un tour avalt le sommet du G20 le 2 avril?

Fatale inflation?

On savait que les marchés avaient mal accueilli les plans de sauvetage de Barack Obama. C'est au tour du conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, de faire la moue dans Le Monde (pas de lien, sorry). Il commence par rappeler que les effets du chèque fiscal de Bush à 130 millions de contribuables américains se sont "évaporés" après trois mois. Il enchaîne sur les risques des mesures actuelles: leur financement par l'endettement risque de faire naître des doutes sur la capacité de remboursement des Etats-Unis, d'autant que les excédents chinois qui finançaient le déficit pourraient disparaître avec le ralentissement des exportations. "La seule issue serait alors le recours à la banque centrale et à la création monétaire." Avec pour conséquence la chute du dollar et, à terme, la hausse de l'inflation "qui est depuis toujours le meilleur moyen de ne pas payer ses dettes".
Tiens, c'est exactement le raisonnement que tient un autre conseiller de Sarkozy, Jacques Attali, dans son dernier livre. Il est à peu près sûr que la sortie de crise se fera par l'inflation qui mangera les cagnottes des riches retraités du Nord (pour schématiser) tout en facilitant le décollage des délaissés du Sud. Ce sera le "premier vote démocratique planétaire", ajoute même Attali. Votre avis?

mardi 17 février 2009

Qu'allait-il faire dans cette galère? (Il en est sorti)


Sir Allen Stanford, roi du cricket, de la banque et de l'immobilier, est accusé par la Securities and Exchange Commission d'avoir menti aux investisseurs à propos des rendements de sa banque Stanford Investment Bank, qui annonce 8,5 milliards de dollars sous gestion et 50 000 clients à fin 2008. Déjà, on soupçonne une affaire Madoff bis à propos de la nébuleuse Stanford Group, qui affirme gérer au total 51 milliards de dollars.
Or il se trouve que celle-ci a quelques accointances avec la Suisse. Une filiale dédiée à la clientèle super-riche (peut-être un peu moins ce soir) a pignon sur rue Dreikönigstrasse à Zurich. Généreux, le groupe a donné 1 million de francs au Kinderspital de Zurich. Plus étonnant, on apprend par un communiqué de la société qu'au 1er avril 2008 - ça ne s'invente pas - l'ancien président de la Confédération Adolf Ogi est entré au Conseil consultatif international de Stanford Financial Group. Adolf Ogi "incarne notre engagement à poursuivre l'excellence dans tout ce que nous entreprenons", dit le communiqué. On espère que notre Dolfi national n'a pas aussi mis ses économies dans le groupe!
Post scriptum: Mercredi 18 février à 9 heures, Le Temps a eu au bout du fil Adolf Ogi, qui semblait peu au fait des démêlés judiciaires de Stanford Group. Il allait se renseigner plus à fond, disait-il. Ca n'a pas traîné: deux heures après, il rappelait votre serviteur pour annoncer qu'il remettait sa démission illico. Et on dit que les Bernois sont lents...

La bombe est-européenne

Les banques européennes sont exposées à hauteur de 1600 milliards de dollars en Europe de l'Est, un engagement qui pourrait se révéler aussi explosif que les "subprime" aux Etats-Unis, avertit un mémo confidentiel de la Commission européenne dévoilé par le Telegraph.
"Les amortissements attendus suggèrent que le coût budgétaire pourrait être très élevé aussi bien en termes absolus que proportionnellement au produit intérieur brut de certains Etats membres", dit ce document, qui n'a pas été confirmé officiellement.
Ce mardi, l'agence Moody's a lancé un avertissement sur le système bancaire européen, qui est particulièrement vulnérable à une récession sévère. Elle situe pour sa part leurs engagements dans les pays de l'Est à 1500 milliards de dollars. L'Autriche est particulièrement concernée.
Mardi toujours, la monnaie polonaise a atteint son plus bas niveau depuis cinq ans contre l'euro, le couronne tchèque touchait elle son plus bas de trois ans tandis que le forint hongrois signait un nouveau record vers le bas.
Selon Goldman Sachs, cité par RGE Monitor, les pertes totales déjà accumulées par les banques de l'eurozone atteignent 915 milliards d'euros, 10% du PIB.
Il n'y a pas qu'à l'Est que les banques européennes sont exposées. Le FMI estime qu'elles détiennent 75% du montant de leurs homologues américaines en dettes toxiques liées au "subprime". La différence est que les secondes ont déjà amorti pour 738 milliards de dollars, contre 294 milliards pour les premières.
Le document interne de la Commission souligne le "réel danger d'une course aux subventions entre Etats membres" pour évacuer ces actifs toxiques. La Banque centrale européenne travaille sur un plan d'action concerté.
Arthur P. Schmidt, éditeur des sites www.wallstreetcockpit.com et www.bankingcockpit.com, se montre alarmiste à propos des banques suisses dans le Tages Anzeiger. La Banque nationale suisse estime pour sa part les engagements en Europe centrale et orientale à 75 milliards de francs, pas de quoi mettre en danger la stabilité du système dit-elle. A suivre.

Christoph et Marcel



Il fut un temps où Christoph Blocher sentait venir le vent avant les autres, voire le déchaînait lui-même sur la tremblante Berne fédérale. Aujourd'hui, c'est lui qui joue les girouettes.
Gagné par la colère populaire contre UBS, le libéral bon teint se mue en Père Fouettard étatique. Lundi 17 février, lors d'une conférence de presse de l'UDC où deux points de vue diamétralement opposés ont été présentés sur les rapports entre la Confédération et la banque sauvée, Christoph Blocher a proposé qu'UBS et Credit Suisse soient tronçonnées par loi fédérale en entités autonomes, dans l'idée que les filiales suisses (forcément rigoureuses) ne paient pas les pots cassés des étrangères (forcément aventurières). par ailleurs, les salaires directoriaux seraient ramenés au niveau de ceux pratiqués dans les régies fédérales, la Confédération occupant automatiquement un siège au conseil d'administration dès qu'elle détient 10% du capital.
Passons sur la faisabilité technique d'une séparation en filiales autonomes. Passons sur l'avenir, face à la concurrence, de banques ainsi castrées. Ce qui est intéressant dans la vision blochérienne, c'est cette idée que le Mal rôde forcément hors des frontières tandis que le Bien se pelotonne à l'intérieur. Au fait, Christoph, combien les banques suisses ont-elles perdu dans notre crise des "subprime" à nous, à la fin des années 80? Cinquante milliards de francs? Plus?
N'êtes-vous pas frappé, au fond par la similitude de destin entre Christoph Blocher et un certain Marcel Ospel? Les deux ont repris une entreprise qu'ils se sont fait fort de développer: l'UDC pour le premier, UBS pour le second. Les deux ont réussi à en faire exploser les bénéfices (électoraux dans un cas, sonnants et trébuchants dans l'autre). Les deux ont largement bâti leur succès sur du vent. En 18 mois, UBS a détruit la valeur créée en dix ans. Et dans le même laps de temps, nous apprend le baromètre politique de la SonntagsZeitung, l'UDC est retombé au niveau des intentions de vote (22,8%) d'il y a dix ans, grâce notamment aux dissensions internes entretenues par l''ex-conseiller-fédéral-qui-n'en-peut-plus-de-ne-pas-avoit-été-réélu.
Consolez-vous ensemble, Marcel et Christoph, formez le BLC (Bad Looser's Club)

Allons, M. Pieth...


Tous pourris. C'est en substance le reproche qu'adresse dans Cash le professeur bâlois Mark Pieth, expert en blanchiment d'argent et criminalité économique, aux banquiers genevois. Et à eux spécifiquement.Ils "traînent la place financière suisse dans la boue" en abusant du secret bancaire et de l'optimisation fiscale pour attirer l'argent sale. Et c'est ainsi, chère Simone, que nous avons tant de problèmes avec les Etats-Unis par exemple.
On attendrait un peu plus de subtilité et de substance d'un homme dont on se demande, d'ailleurs, quand il a discuté pour la dernière fois avec des professionnels genevois. Le seul exemple qu'il donne à l'appui de son jugement est le scandale de l'accord "pétrole contre nourriture" concernant l'Irak, que des "machinations criminelles" ont permis de contourner. Il a sans doute raison sur les machinations, mais d'où venaient-elles? Je me souviens avoir fait des téléphones à l'époque à l'organe onusien chargé d'appliquer cet accord et m'être heurté à un mur d'opacité.
Que des fripouilles financières aient participé à ce schéma de corruption est possible, probable même. N'oublions pas cependant où était le talon d'Achille de toute l'affaire: dans la qualité de l'organisation et des personnes choisies par l'ONU.
Au-delà de ce cas, Genève est-elle l'arrière-cour dégoûtante où se traitent toutes les affaires douteuses des banques suisses? Qu'on y pratique l'optimisation fiscale à large échelle est certain. C'est, jusqu'à nouvel avis, légal et bien réparti dans toute la Suisse. Un jour sera peut-être défini le fameux "level playing field" harmonisant les pratiques internationales dans ce domaine. En attendant, l'hypocrisie règne en maître, partout.
Qu'en est-il de l'évasion fiscale, des clients étrangers en otage et des commissions indues: là, on est dans l'activité inadmissible qui, effectivement, porte tort à la Suisse et, tôt ou tard, sera réprimée. Genève est-elle pire que Zurich ou Lugano? Franchement, c'est difficile à dire. On y trouve des moutons noirs, certains de leurs actes finissent par être dénoncés, d'autres - probablement la majorité - ne le sont pas. Ce n'est pas joli-joli, on peut sur ce point suivre le professeur bâlois.
Si on se réfère néanmoins au cas qui a fait couler beaucoup d'encre depuis un an - l'affaire Birkenfeld - on observera que c'est une décision d'UBS à Zurich qui a mis en place la douteuse structure permettant à la clientèle nord-américaine de ne pas déclarer ses avoirs. Pourquoi l'avoir parquée à Genève? C'est une bonne question à poser... à Zurich. Qui a engagé Brad Birkenfeld? Martin Liechti, directeur alémanique de la banque. Qui n'a pas répondu à ses doutes (tardifs)? La hiérarchie alémanique de la banque.
Quant aux banques privées genevoises, leur qualité et leur niveau éthique varie. Certaines ont senti assez tôt que la pure gestion de fortune atteignait ses limites et se sont diversifiées dans les fonds, la gestion institutionnelle. D'autres ont continué de "travailler" une clientèle captive et sont plus menacées.
Un mot encore sur ce que révèle la crise financière. Les banques privées genevoises s'en sont à ce jour relativement bien sorties, elles ne sont que marginalement touchées par l'affaire Madoff à part UBP. Pourquoi? Peut-être parce que le modèle de responsabilité de leurs associés - qui correspond sur certains points à celui des vrais hedge funds, pas ceux qui jouent aux supermarchés - implique une gestion pointue des risques, une saine habitude qu'on a apparemment perdue du côté de la Paradeplatz.
On ne va pas répondre par du racisme anti-alémanique au coup de gueule anti-genevois de Mark Pieth. D'ailleurs quand l'expert critique le manque de stratégie de la place financière suisse (au-delà de la croissance, de la volonté d'amasser toujours plus face à la concurrence), il a raison. les genevois Henri Schwamm et Philippe Braillard ne disent d'ailleurs pas autre chose depuis des années. Ils ne sont pas très écoutés à Berne, ni à l'Association suisse des banquiers.

lundi 16 février 2009

En roue libre

La Suisse "est un cycliste attardé", déclare volontiers Beat Kappeler. Non pas qu'il accuse les Helvètes de ne pas savoir pédaler. Pour l'économiste, l'expression signifie que la Suisse entre plus tard que les autres pays dans un cycle récessif, par exemple. Les chiffres de ventes de voitures neuves en janvier semblent le confirmer. Elles ont chuté de 17,5% sur un an, alors qu'elles avaient étonnamment bien résisté jusqu'en novembre, tandis que l'Europe souffrait déjà, sans parler des Etats-Unis. L'association des professionnels de la branche se console en précisant que janvier n'est pas très représentatif. Sans doute, mais la tendance est bien là. Elle aurait pu se consoler en comparant avec l'Union européenne, où le recul a été de 27% le même mois.

samedi 14 février 2009

Au niveau du symbole


Travis Jackson, un banquier de 27 ans, a racheté à Dillon la maison où Ben Bernanke jouait aux cow-boys et aux indiens quand il portait des culottes courtes. La famille du président de la Réserve fédérale a revendu le modeste ranch il y a une dizaine d'années, et les nouveaux propriétaires...ont été victimes de la crise des subprimes. Incapables de payer leurs traites, ils ont vu la demeure saisie et vendue aux enchères. Déjà touché par le déclin des industries du tabac et du coton, Dillon a connu plusieurs fermetures d'usines récemment, sont taux de chômage atteint 14%. Telle est l'histoire triste que raconte le Wall Street Journal aujourd'hui. On peut aussi en voir le côté positif et relever que malgré la crise financière, il reste des banquiers assez à l'aise pour devenir propriétaires à 27 ans.

vendredi 13 février 2009

Petite digression sur le financement des journaux.


Plusieurs blogs, dont Transets, se demandent si « un gadget peut sauver la presse ». Le gadget en question est la tablette électronique Kindle, dont la deuxième version vient de sortir. Au-delà de l'objet lui-même, c'est le modèle économique sous-jacent qui intéresse Frédéric Filloux. Outre les livres, Kindle 2 propose le « Financial Times », le «New York Times », le « Washington Post » et le « Wall Street Journal » à 10 dollars par mois (chacun). Des quotidiens régionaux sont disponibles pour moins cher.

Et pour « Le Temps », combien seriez-vous prêt à mettre: 5 francs, 10 francs par mois? Moins? Plus? Rien du tout, répondrez peut-être, puisque le contenu du « Temps » est disponible gratuitement sur un ordinateur ou un iPhone. Il n'y a pas de raison de payer pour lire les articles sur un support plus ergonomique, mais pas fondamentalement différent.

Evidemment, une telle réponse ne résoud pas l'équation de la presse écrite, qui se résume comme suit. Côté recettes « imprimé », les annonces (deux tiers des revenus pour nombre de quotidiens suisses) chutent à chaque crise, dont celle-ci, et ne retrouvent jamais leur niveau précédent. Vu sous la forme graphique, cela ressemble aux marches d'un escalier descendant. Toujours côté recettes « imprimé », le lectorat s'effrite, au mieux stagne face à la concurrence accrue des médias électroniques et gratuits.

Quid des recettes publicitaires web? Elles représentent au mieux quelques pour-cents du budget annonces des journaux, et leur progression ralentit sérieusement, trompant les attentes irréalistes d'il y a quelques années. Quant au contenu rédactionnel web, nombre de titres ont opté pour la gratuité, espérant attirer le plus possible de visiteurs, et bien sûr d'annonces... qui tardent à affluer comme on vient de le voir. C'est un peu le serpent qui se mord la queue.

On notera au passage que cette approche duplique celle qui a été adoptée pour l'écrit: on « vend » des lecteurs aux annonceurs autant, sinon plus qu'on ne vend du contenu aux lecteurs. La question légitime étant de se demander si ce modèle n'est pas à bout de souffle.

Que peut changer, dans cette équation, une nouveauté technologique comme Kindle, un iPhone avec un écran plus grand ou un écran souple comme les laboratoires en préparent? Le « New York Times » croit détenir la solution et titre: « Inventons un magasin iTunes pour les nouvelles ». En clair, il suffirait de simplifier le système de micropaiements et de proposer un prix suffisamment attractif pour que les surfeurs mobiles soient d'accord d'acheter les articles à la pièce.

Transets est sceptique. Moi aussi. Les commentaires montrent que les internautes DETESTENT ouvrir leur porte-monnaie électronique à tout bout de champ, même pour de très petites sommes, sans compter les complications qu'implique la gestion du système. La variante de l'abonnement paraît plus intéressante, mais là aussi surgit un obstacle: l'internaute ne veut pas multiplier ses coûts fixes, il tendra donc à privilégier un ou deux médias qui lui apportent une vraie plus-value, et tant pis pour les autres.

Une autre variante pourrait être une forme de « crédit médias »: une somme forfaitaire - mettons dix francs - donnerait accès à 50 articles de différents titres (ou à un mois de consultation illimitée), ces titres s'étant préalablement syndiqués dans un système de paiement électronique commun et se répartissant les recettes. Cela éviterait le micropaiement répétitif et élargirait le choix du lecteur.

Relevons au passage que l'expérience actuelle de La Poste suisse - combiner les contenus de différents médias dans un seul journal, selon les désirs du lecteur - va dans ce sens.

Tout cela est bel et bon, mais ces réflexions restent cantonnées aux recettes. Transnets pose la question qui fâche (les journalistes, en tout cas): n'est-ce pas du côté des coûts qu'il faut aussi revoir le modèle? Par exemple en réorientant le journalisme vers une pratique qui ne serait que partiellement assurée par des professionnels? Pas sympa pour nous autres, ça. Les gens de métier argumenteront que le vrai journalisme demande du temps, coûte cher, et patati et patata. Ce qui est vrai. Le lecteur pas dupe (de moins en moins) répondra que la vraie plus-value de ce qui est publié par les professionnels, sous forme imprimée ou web, ne lui saute pas toujours aux yeux. Parfois, il s'agit d'un travail de synthèse sur dépêches d'agences.

Et pourquoi les agences passeraient-elles obligatoirement par l'intermédiaire des journaux? Elles commencent à imaginer - et pratiquer - des systèmes de distribution directe aux clients, spécialisés ou grand public. Quant aux communiqués ou documents, il devient de plus en plus facile de les trouver gratuitement sur les sites de ceux qui les émettent. Cette matière première est d'ailleurs de plus en plus souvent signalée en liens sur le articles, ce qui rend les sources et le travail plus transparents.

L'argument ultime en faveur du journal est qu'il représente davantage qu'un agrégat de nouvelles plus ou moins bien mises en valeur. Il remplit aussi le rôle de « place du village » pour une communauté donnée, c'est un espace d''identification et de dialogue, une sorte de conversation collective. Cette fonction intangible est-elle finançable, et comment? Merci de vos idées.


Mauvais plan

L'équipe Obama avait promis un plan, elle est arrivée avec un concept. The Economist résume la déception de la semaine après l'esquisse par Tim Geithner d'un nouveau programme de sauvetage des banques américaines. Le secrétaire d'Etat au trésor est appparu aussi vague et indécis que son prédécesseur Hank Paulson - sauf que ce dernier avait l'excuse de l'urgence, tandis que l'équipe Obama a eu plusieurs mois pour réfléchir à ses priorités. Le consensus des économistes, Martin Wolf en tête, est que dans les dangereux remous actuels, il ne faut pas hésiter à pousser les chaudières à fond sans se préoccuper du mazout que ça brûle. D'accord avec cettte approche?

Vendredi 13...

Le PIB allemand baisse de 2,1% sur un trimestre, le plus fort recul depuis la réunification. Moins 2,1% aussi en Hongrie, - 1,8% en Italie - 0,2% en Autriche, - 0,9% aux Pays-Bas, -9,4% (!) en Estonie. La France annonce un recul "d'au moins 1%" pour toute l'année 2009. Les ventes de voitures neuves se sont effondrées de 27% en janvier en Europe. Le Japon devrait annoncer lundi un plongeon de 3,0%, et peut-être un record d'après-guerre pour la baisse en rythme annuel. Déprimant? Pernod Ricard a vu son chiffre d'affaires progresser de 13% au premier semestre de son année comptable et table sur "une croissance à deux chiffres". Oubliez la crise, buvez!

Vive l'Europe forte, by Jove!

Quand on connaît la méfiance viscérale des Anglo-Saxons pour tout ce qui ressemble à un "super-Etat" européen, l'éditorial du Financial Times de ce jour vaut le détour. Il s'en prend d'abord aux propositions ouvertement protectionnistes de Nicolas Sarkozy sur l'automobile, ce qui n'est pas très neuf, et y ajoute le nationalisme financier de Gordon Brown, ce qui est déjà plus fair-play. Mais le plus original vient ensuite. Le nationalisme économique qui enfle sous nos yeux n'est pas né avec la crise, dit le FT: il remonte à une quinzaine d'années, quand les leaders européens ont décidé de tirer un trait sur l'ère Delors, trop centralisatrice à leurs yeux. La pouvoir a été progressivement rapatrié danns les Etats, et c'est pour cela que l'UE peine tant à coordonner ses plans de sauvetage bancaires ou de relance. "Cette union a besoin d'une Commission plus forte". Si ce sont les Britanniques qui le disent...