jeudi 22 octobre 2009

Notre Axe du Mal


La Suisse avait déjà quelques petits problèmes avec Mouammar Khadafi, qui s'obstine à garder deux otages pour venger l'honneur de son fils et de sa belle-fille importunés par la maréchaussée genevoise. L'avion du Conseil fédéral joue les pendulaires entre Berne et Tripoli, revenant chaque fois à vide. A la veille du sommet de Copenhague sur le climat, c'est gênant. Tant qu'à faire, on devrait au moins élargir ce vol à une liaison commerciale, histoire d'amortir les frais de kérosène.
Mais voilà que les relations se gâtent avec un autre pays plus proche, dans la même direction du Sud et par ailleurs ami du colonel libyen: l'Italie.
Comme le savent ceux qui suivent l'actualité bancaire, il est récemment devenu à la mode de réclamer des listes de clients aux banques suisses. L'Italie ne semblant pas en avoir sous le coude pour l'instant, elle a décidé de procéder à sa façon, par la méthode de la carotte et du bâton.
La carotte, c'est la nouvelle amnistie fiscale visant à rapatrier plus de 100 milliards d'euros d'avoirs italiens planqués hors-taxes à l'étranger, principalement dans des coffres helvétiques. Le ministre des finances italien Giulio Tremonti est un habitué de l'exercice, il sait comment doser les pénalités pour le pas trop effaroucher la clientèle berlusconienne tentée par un repentir fiscal.
Le bâton, ce sont des caméras installées près des postes-frontière Italie-Suisse, histoire de repérer les allées et venues suspectes. Il faudra qu'on m'explique un jour comment cet attirail permet de détecter les transferts de fonds délictueux à l'époque d'internet, mais apparemment, l'impact recherché est surtout psychologique. Le déploiement d'objectifs fouineurs s'accompagne d'ailleurs de déclarations tonitruantes et vengeresses contre les banques tessinoises.
A force, on a fini par se fâcher du côté de Lugano. La Lega (droite dure et nationaliste locale) demande des mesures de représailles aussi fines que l'expulsion de frontaliers. Moins démonstratifs mais pas moins inquiets, les banquiers tessinois sont allés se plaindre à Berne.
Ils ont été écoutés. Ce jeudi, le super-héros national Hans-Rudolf Merz, s'est dit "préoccupé par la manière d'agir de l'Italie et a décidé de collaborer étroitement avec l'association des banquiers tessinois dans cette affaire. Il recevra aussi prochainement le gouvernement tessinois pour évaluer la situation".
Diable! Ce n'est pas encore la déclaration de guerre, mais ça sent déjà la Mob, version secret bancaire en déroute.
Désormais, la menace No 1 n'est plus la "cavalerie" du ministre allemand Peer Steinbrück (pour l'instant du moins). Sus aux chevau-légers italiens! Depuis le réduit national de la Léventine, braquons nos canons sur Milan et Rome, quitte à relever la mire sur Tripoli en cas de besoin. Tel est l'Axe du Mal qu'affronte la Suisse en l'an de disgrâce 2009.
Avec un général aussi efficace que Hans-Rudolf Merz, ça va barder, promis.

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire