lundi 26 octobre 2009

Les pharmas vaccinées contre la crise

Selon le principe "on n'est jamais trop prudent", les gouvernements ont commandé des dizaines de millions de doses de vaccin contre la grippe H1N1. Nul ne saura jamais si c'était de l'argent bien dépensé, puisqu'il aurait fallu pour éclaircir nos lanternes que d'importants pays se trouvant dans une situation comparable prennent la décision de ne rien faire - ce qui n'a pas été le cas. Imaginez la pression politique qu'aurait subie un ministre de la santé mettant en place un dispositif minimal, alors que l'Organisation mondiale de la santé crie au loup depuis des mois. Impensable.
C'est donc la ruée. L'analyste David Kagi, de la banque Sarasin, a calculé le chiffre d'affaires qui en résulte pour l'industrie pharmaceutique: il arrive à 7,6 milliards de dollars pour une pandémie de faible intensité, 18 milliards si elle est de forte intensité. Novartis annonçait la semaine dernière que H1N1 lui rapportera entre 400 millions et 700 millions de dollars en 2009.
La chaîne TV Arte, dans un documentaire diffusé la semaine dernière, pose la question de l'indépendance de l'OMS, citant Wolfgang Becker-Brüser, ancien directeur du service chargé de la circulation des médicaments à l'Office pour la santé de la République fédérale d'Allemagne. L'organisation dépend, pour ses avis scientifiques, de l'industrie pharmaceutique, qui a seule les moyens de mener des études sur l'efficacité des vaccins qu'elle vend. De là à voir derrière le climat de psychose créé autour de H1N1 la main toute-puissante des pharmas, il y a un pas qu'il est difficile de franchir, faute de preuve concluantes.
Tout au plus des indices. Je me souviens de la visite très médiatique de Daniel Vasella à l'OMS il y a quelques années. Il venait y annoncer une collaboration humanitaire entre Novartis et l'organisation. En sortant de la conférence de presse, je suis tombé par hasard, dans le parking, sur Vasella et sa sexy attachée presse qui appelaient je ne sais qui au téléphone mobile pour dire comment les choses s'étaient passées. Ils ne se sont pas rendus compte qu'un journaliste glissait à côté d'eux. Je n'ai plus en tête les mots précis qu'ils ont employés, mais le ton jubilatoire et les quelques phrases entendues ne laissaient guère de doutes sur l'excellent exercice de RP auquel ils venaient de se livrer.

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