Once upon a time, il y avait You and Us, généralement photographiés dans un salon dépouillé à moquette beige, atmosphère zen, parlant affaires devant une grande baie vitrée d'où l'on avait vue sur des gratte-ciel, un port, un bout de rue animée, the global monde, quoi.
Vu d'en haut quand même, car You and Us avaient besoin d'un peu de recul et de calme. Us gérait le patrimoine de You, avec compétence, discrétion et efficacité bien sûr. You ne comprenait pas toujours ce que lui racontait Us, mais il lui faisait confiance, l'oeil fixé sur sa belle cravate de soie.
Un jour s'est levé une sale tempête nommée "subprime". You, inquiet, a téléphoné à Us, qui l'a rassuré: "Pas de panique, cher You, nous avons la situation en main. D'ailleurs je vous recommande de glisser dans votre portefeuille de titres..."
Quelques semaines ont passé, la tempête est devenue tornade. Dans le salon à moquette beige, You,après avoir beaucoup insisté au téléphone, a obtenu un rendez-vous avec Us, qui avait des cernes sous les yeux. "Votre portefeuille, malheureusement..."
Cette semaine, un juge du Connecticut a demandé à la banque des You and Us de mettre de côté 35,5 millions de dollars en vue d'éventuels dédommagements à un You qui ne comprenait pas pourquoi Us avait continué de lui vendre en été 2007 des produits structurés basés sur des hypothèques pourries, alors que Us aurait dû savoir que le marché se détériorait à tout vitesse.
"Aurait dû"? Us savait. En fait, Us se délestait de ses titres pourris sur You pour arranger son propre bilan. C'est ce que montrent des courriels retrouvés dans le cadre de la procédure. L'un d'entre eux, signalé dans le
Wall Street Journal usait d'un ton particulièrement délicat: "OK, still have this vomit?", demande un employé de Us à un autre.
Et vlan sur la cravate de soie!
Récemment, Oswald Grübel, nouveau patron de Us après que le précédent a été emporté par la tornade, déclarait qu'il faudrait encore quelque temps avant que les You d'ici et d'ailleurs, mais particulièrement aux Etats-Unis, retrouvent une certaine fascination à contempler la cravate de Us.
Je ne sais pas pourquoi, mais le vendredi, je me sens toujours un peu plus taquin.
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