Quand les roues d’un avion ont touché le sol à l’atterrissage, il faut inverser la poussée des réacteurs pour raccourcir la distance de freinage. Ni trop tôt, ni trop tard : c’est l’art du pilotage.
Le moment de le faire est-il arrivé pour les banques centrales et les ministres des finances qui ont généreusement « mis la sauce » depuis dix-huit mois pour stabiliser l’économie mondiale, partie en vrille à cause de ceux qui jouaient un peu trop avec les manettes de la finance et de l’immobilier? Angela Merkel s’est toujours montrée sceptique face aux tonnes de kérosène brûlées dans la manœuvre par les banques centrales. Hier, elle les a ouvertement critiquées: « Nous devons revenir à des politiques monétaires indépendantes et raisonnables, sans quoi nous nous retrouverons dans dix ans au même point qu’aujourd’hui. » Elle visait la Réserve fédérale américaine, mais aussi la Banque centrale européenne, brisant une règle non écrite selon laquelle le gouvernement s’abstient de s’en prendre publiquement à la BCE. « Notre tâche la plus complexe, a-t-elle ajouté, viendra une fois que nous aurons surmonté la crise. La question sera : pouvons-nous revenir à une politique vertueuse, s’agissant des déficits publics par exemple? ». La pique s’adressait cette fois aux ministres des finances, américain en tête, qui ont généreusement délié les cordons de la bourse publique pour contrer la chute conjoncturelle.
En tenant ces propos, Angela s’invite dans le débat qui oppose notamment le prix Nobel Paul Krugman au professeur de Harvard Niall Ferguson. Le second s’inquiète de la hausse du rendement des bons du Trésor, conséquence selon lui de l’explosion des déficits publics, laquelle pourrait déboucher sur une envolée de l’inflation . Le premier soutient l’action résolue des pouvoirs publics.
Martin Wolf, éditorialiste du Financial Times, s’est joint à la discussion mercredi et se range clairement aux côtés de Krugman. Le rendement des bons du Trésor augmente ? Et alors, ce n’est qu’un retour à la normale après une baisse excessive suite à la ruée sur ces placements à la fin de l’année dernière. « Hourra ! », écrit-il, il faut s’en réjouir. Le financement des déficits publics croissants par l’émission massive d’obligations d’Etat ne va-t-il pas assécher le marché des capitaux pour les entreprises privées ? Non, estime, Martin Wolf, les données récentes montre que celui-ci reprend aussi des couleurs. L’épargne est là, il suffit de la faire sortir de sous le matelas.
L’explosion des déficits publics? Niall Ferguson (Harvard) affirme qu’elle n’est pas justifiée par la récession actuelle, nullement comparable à celle des années 30. Raisonnement spécieux! répond Wolf : si le crash a pu être évité jusqu’ici, c’est précisément grâce à la politique déterminée et non conventionnelle des banques centrales et des gouvernements. Il est donc facile et d’en tirer argument aujourd’hui pour dire qu’il ne fallait pas s’affoler. Eternelle question : « qu’est-ce qui se serait passé si… »
Reste la question du moment judicieux pour inverser la poussée. Tout le monde est d’accord là-dessus, à commencer par les banquiers centraux : la relance de l’économie par la baisse des taux directeurs et la politique dite d’assouplissement quantitatif (injection de liquidités) ne peut être que temporaire. Il s’agit de pomper dès que possible les liquidités excédentaires pour éviter, qu’effectivement, celles-ci ne créent de l’inflation et de nouvelles bulles comme le craint Angela Merkel. Ce moment est-il venu ? Pas encore, estime Martin Wolf. Madame la chancelière, elle, annonce la couleur: elle se montrera vigilante.
Angela Merkel, dans son souci de réduire au plus vite les déficits publics, a reçu mercredi un appui inattendu - celui d'un de ceux qu'elle critique, Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale. La hausse du rendement des bons du Trésor américains indique clairement que les marchés s'inquiètent du fossé budgétaire, a-t-il déclaré. Comme quoi les banquiers centraux peuvent se montrer indépendants des gouvernements, parfois...
Republicans Lie, and the Press Echoes Their Lies
Il y a 6 heures

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