lundi 8 juin 2009

Europe et nationalisme économique

Sur son blog du Monde, Georges Ugeux "croit rêver" en découvrant le résultat des élections européennes:
"L’Europe est confrontée a une crise financière et économique dont tous les politiques nous ont dit qu’elle était la plus grave depuis 1929 et qu’elle nécessitait des moyens financiers d’une dimension jamais déployée dans le passé. (...)
On pourrait croire que ces thèmes transformateurs de l’Europe auraient animé une campagne où les solutions politiques à long terme de cette crise auraient été l’enjeu de débats passionnés et passionnants. Au lieu de ces vrais sujets, le spectacle de ces élections au parlement européen a été probablement l’un des plus lamentables de la démocratie européenne. (...)
Les sujets qui sont ceux sur lesquels la voix de l’Europe est essentielle, ont été remplacés par les débats politiques locaux. Nulle mention d’un changement des règles du jeu ou des agences de notation. Aucun débat sur le système de rémunérations ou l’avenir de l’économie européenne. Pas un mot des moyens abusifs dont on traite le consommateur ou de la santé des banques."
Voici la réponse indirecte de Guy Sorman:
"L'étonnement des journalistes des télévisions françaises face à un résultat européen si prévisible , m'étonne , à peine . Il est évident qu'en temps de crise , les nations se tournent vers les mouvements susceptibles de créer des richesses plutôt que vers les mouvements capables, avant tout , de les distribuer. Là , il n' y a rien à distribuer et tout à recréer."
Sorman s'adresse à ceux qui pleurent le recul de la gauche, mais aussi à ceux (dont Ugeux) que le débat n'ait pas porté sur les grands enjeux soulevés par la crise. Je partage son opinion. Croire que les élections européennes seraient l'occasion de changer les règles du jeu financières par un coup de sac miraculeux est une vue de l'esprit. Les turbulences des deux dernières années ont montré que si les entreprises prennent une dimension transnationale quand tout va bien, elles redeviennent nationales en cas de problèmes graves. Qui est appelé à sauver les banques, le usines automobiles? Les Etats. Logique: l'ordre juridique régissant les sociétés privées est d'abord national, accessoirement arbitral sur le plan international. Le seul domaine où l'UE exerce un pouvoir réel est le droit de la concurrence.
Je vois mal le champ de son pouvoir s'élargir tant que l'Union européenne ne disposera pas de recettes fiscales pour mener des politiques économiques propres. L'exception historique est l'agriculture, où on ne peut pas dire que l'UE ait convaincu, sa politique étant celle du plus petit dénominateur commun, c'est-à-dire des subventions à tout-va.
Le vrai problème actuel de l'Union est peut-être celui que signalait Wolfgang Munchau dans le Financial Times il y a quelques jours. Le marché unique européen fait du surplace, relève-t-il. Son extension souhaitable au domaine des services est ralentie. Or on a souvent comparé l'UE à un cycliste: tant qu'il pédale, ça va. S'il s'immobilise, il risque de tomber.
C'est un fait que la crise encourage le nationalisme économique. Le vote de ce week-end ne peut rien y changer à court terme. C'est aux dirigeants de faire preuve de vision dans les mois, les années à venir, et d'achever les chantiers qu'ils ont ouverts.

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