samedi 13 juin 2009

Bonus et hauts salaires, réponse d'un "populiste à fourche pointue" à Kappeler et The Economist


J'aime bien l'économiste suisse Beat Kappeler et recommande la lecture de sa chronique de ce samedi sur la Klosterschule de Saint-Gall et son histoire plus que millénaire.
Une phrase m'a toutefois surpris vers la fin. Kappeler estime que l'information circule mal aujourd'hui malgré l'omniprésence des médias et cite cet exemple: "Pratiquement tout le monde pense que la crise financière s'explique par des bonus excessifs. C'était le trait dominant au parlement cette semaine. Alors que c'était l'arrêt du système de création monétaire en papier, en crédits, en échanges interbancaires."
C'est comme si on disait: l'étouffement du moteur a causé la panne de la voiture. Reste à expliquer pourquoi le mélange air-essence a perturbé l'allumage. Ou, dans le cas de la crise financière, pourquoi les échanges de monnaie-papier se sont gelés. La réponse me paraît assez claire: les instituts financiers et para-financiers avaient créé des effets de levier si importants et opaques, atteint un tel niveau d'endettement que plus personne ne se faisait confiance.
Pourquoi en est-on arrivé là? Parce que les systèmes d'incitation des courtiers immobiliers, concepteurs et négociants de titres, directeurs, agences de notation, etc. encourageaient, récompensaient la confusion des intérêts et les gains à court terme.
Cherchez la motivation, c'est toujours là que se trouve la clé de l'explication.
A propos de motivation, je suis curieux de comprendre celle de Beat Kappeler ou de The Economist, que je ne soupçonne pas d'être stipendiés par le Grand Capital - sinon pour des conférences, mais ça n'en fait pas des millionnaires. Pourquoi se mobilisent-ils instantanément, haut les coeurs, sur la question des rémunérations? Il se trouve que j'appartiens à la catégorie des gens qui pensent qu'il y a problème avec le niveau des bonus et les banquiers surpayés pour une performance insoutenable. Et cette semaine, je me suis vu rangé dans la catégorie des "populistes", et même des "pitch-fork populist" comme l'écrit The Economist, celle des vengeurs réclamant des têtes au bout des piques.
Or regardons ce qui se passe dans les faits depuis l'éclatement de la crise. Très peu de manifestations incontrôlées anti-finance, des démarches judiciaires limitées au strict nécessaire. Quant aux régulateurs et législateurs, ils avancent à pas comptés, car on leur assène tous les jours que leurs remèdes risquent d'être pires que le mal. Bref, on ne peut dire que l'esprit vengeur balaie tout sur son passage! Cette semaine, on a même vu les Etats-Unis et la Suisse avancer à reculons sur la question des rémunérations.
Ce qui me ramène à la question de tout à l'heure sur la motivation des intellectuels précités. J'y vois une part de coquetterie, de posture minoritaire face à toute "pensée dominante". Le libéral tendance libertarienne est par définition un incompris. J'y vois aussi une part de principe: ne bridons pas l'initiative individuelle; elle conduit parfois à la catastrophe mais permet de progresser par apprentissage, tandis que le corset étatique étouffe pour de bon.
Cela ne suffit pas à me convaincre à propos des bonus. Le raidissement observé chaque fois que la question est abordée - et la pauvreté des solutions proposées par The Economist, indignes d'un hebdomadaire de cette qualité - cache quelque chose de plus profond: la bonne vieille défense des intérêts de classe, ou la fascination aveuglante que suscitent toujours la richesse et la réussite.
Pour cette raison, je suis content qu'en Suisse, le Conseil des Etats ait si peu cherché à combattre l'initiative de l'entrepreneur Thomas Minder "contre les rémunérations abusives" que le peuple sera très probablement appelé à en débattre. Parfois, la démocratie directe a du bon.

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