dimanche 31 mai 2009

Un long escalier

Outre les attraits du continent africain lui-même, un avantage secondaire d'y passer trois semaines est que l'on prend de la distance par rapport aux chiffres économiques dont l'avalanche obscurcit parfois plus la vision qu'elle ne l'éclaire. Au retour, on essaie de trier les plus importants. J'ai retenu ceux-ci:
- Indice Dow Jones: + 4,1% en mai et + 20,4% sur trois mois, le plus gros gain trimestriel depuis novembre 1998. Les marchés émergents ont fait encore mieux (+111% au Brésil, +97% à Mumbai). Tant mieux pour ceux qui ont parié sur le rebond - le schéma ci-dessous est tiré du WSJ.

Ne me demandez pas si ce rebond est durable. Les investisseurs eux-mêmes semblent sceptiques selon ce rapport - ce qui serait en soi une raison d'être optimiste selon le bon vieux principe "contrarian". Plus sérieux, le chiffre suivant donne peut-être une indication.
- Les profits des sociétés américaines ont progressé au premier trimestre 2009 pour la première fois depuis deux ans, mais restent inférieurs de 25% au sommet qu'ils avaient atteint au printemps 2006. Par ailleurs, le classement Financial Times des 500 plus grosses sociétés mondiales souligne que leur capitalisation boursière a chuté de 42% sur un an.
- Le pétrole remonte à 66 dollars le baril, signant sa plus forte progression mensuelle en dix ans. L'indice Baltic Dry, qui mesure le prix payé pour le transport maritime des marchandises, a été multiplié par cinq après avoir touché le fond l'automne dernier. Le prix du cuivre est en hausse de 70%.
- Au niveau marcoéconomique, le produit intérieur brut américain s'est contracté de 5,7% au premier trimestre, un peu moins qu'anticipé (6,1%). La production industrielle japonaise a augmenté de 5,2% en avril mais reste inférieure de 30% à ce qu'elle était il y a un an. Le produit intérieur brut de l'Inde a augmenté de 5,8% (contre +8,6% au premier trimestre 2008).
Bouteille à moitié pleine ou à moitié vide? The Economist répond en une ligne: "ne vous emballez pas trop vite suite aux récentes bonnes nouvelles économiques". Trois raisons pour cela au moins. D'abord, ces chiffres bénéficient d'un effet de base favorable suite aux baisses spectaculaires de 2008. Ensuite, le système bancaire à l'origine de la débâcle n'est peut-être plus aux soins intensifs, mais toujours sous perfusion. Personnellement, je ne lui ferai confiance que le jour où j'aurai des données claires sur la réduction de l'effet de levier dans les dizaines de milliards de dollars de produits dérivés. Enfin, la reprise des commandes se fait de façon lente et très prudente, comme le montrent les difficultés de l'industrie d'exportation.
Il y a quelques mois, les économistes débattaient sur la forme de la récession: en "V" (courte), "W" (double plongeon), "U" (moyennement prolongée) ou "L" (dépression). La ligne de la prochaine année au moins ressemblera plutôt à un long escalier.

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