mercredi 13 mai 2009
On the road again
Le compteur indique 120 km/heure. A gauche et à droite de la route goudronnée se dresse un mur de végétation. C’est l’heure où les paysans rentrent des champs, longeant la chaussée en procession, avant cette nuit tropicale qui tombe d’un coup. Des vélos antédiluviens, rouges de poussière, zigzaguent avec un sac ou un lourd fagot sur le porte-bagage. Des fillettes de dix ans portent sur la tête des branches deux fois plus grandes qu’elles. Un faux mouvement, et ping ! Les jeeps ou camionnettes croisant à toute allure les enverront virevolter en l’air dans un course mortelle. Cela arrive rarement, car le piéton ou le cycliste savent qu’ils comptent pour beurre. Au besoin, ils se jettent dans les fourrés pour éviter le souffle du véhicule.
Quant aux chauffeurs, ils se croient sans doute protégés par les inscriptions dont ils bariolent leurs carrosseries. «La main de Dieu», «Dieu me protège», «Le destin» et «Ainsi va le monde» sont très populaires. L’autre jour, nous roulions derrière une fourgonnette «C’est génial» qui doublait un camion «Bonne chance mon fils». Certains dictons prennent une tournure plus laïque, tels «La nuit porte conseil», «Laissez-les dire» ou «Les jaloux vont maigrir».
Cela n’empêche pas tous les accidents, d’autant plus que les routes ivoiriennes font un gruyère très convenable. Avant Diwo, les trous ont été soigneusement agrandis en carrés bien nets par des cantonniers qui ont dû prendre ensuite quelques mois de vacances. Sur la côtière Abidjan-San Pedro, ils permettent de calculer à la centaine d’euros près l’argent que les fonctionnaires ont mis dans leur poche au lieu d’acheter les quantités de goudron budgetées. Un 40 tonnes y avait posé son train arrière et une partie de sa marchandise avant de s’arrêter deux cents mètres plus loin. Quand nous sommes passés, l’aide-mécanicien en T-shirt noir de crasse attendait un hypothétique secours tandis que les chauffeurs faisaient la sieste sous les restes du véhicule en équilibre instable. Ailleurs, c’est une remorque entière de contre-plaqué qui s’était répandue au milieu d’un village, pour la plus grande joie des enfants agglutinés autour des plaques. Cela dit, les chauffeurs ivoiriens connaissent le code de la route et la nécessité de signaler le danger : comme ils n’ont pas de triangle de panne, ils utilisent des touffes d’herbe et des branches, c’est assez efficace aussi. Et dire que c’est sur ces pistes défoncées, ces minces rubans de goudron que coulent bon an mal an plus d’un million de tonnes de fèves de cacao - sans compter le café, le teck, le manioc et le reste.
On y trouve aussi son lot de bandits de grands chemins, que les Ivoiriens appellent "coupeurs de route". Le système bancaire n'existant pratiquement pas dans la brousse, les planteurs qui rentrent au campement avec la paie du cacao constituent des cibles idéales. Agathe, de la coopérative COPAS à Boko, me racontait l'autre jour comment, avertie d'une embuscade, elle a patiemment attendu. Un minibus qui n'avait pas pris cette précaution s'est fait dévaliser. Les villageois se protègent des coupeurs de route avec des herses artisanales qu'un "gardien" tire en arrière au passage de chaque véhicule. La dissuasion reste assez symbolique.
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