mardi 5 mai 2009

La qualité d'abord

La piste du cacao a véritablement commencé hier. Au revoir Abidjan et ses embouteillages, nous partons plein Ouest direction San Pedro, le port d’où sont exportées aujourd’hui la moitié des 1,3 million de tonnes de fèves ivoiriennes. San Pedro est une ville far-west érigée dans le désordre ces quarante dernières années : vingt-six usines où l’on réceptionne, pèse, sèche, nettoie, broie parfois, ensache, exporte le cacao ; un va-et-vient incessant de camions pendant la haute saison (décembre à mars - là nous commençons la petite récolte), le plus grand bidonville d’Afrique de l’Ouest au nord de la ville, dit-on, dans le quartier de Bardo, des « maquis » (restaurants de rue) où les planteurs grillent une partie des recettes de la récolte comme les chercheurs d’or buvaient le produit de leur pépites dans les saloons. Au moment où j’écris ces lignes, le taux d’humidité est si élevé qu’on a l’impression qu’il suffirait de souffler pour qu’elle se condense en gouttes de pluie. (Cet après-midi dans la jeep, mesuré 42 degrés à l’extérieur, avant la grosse averse).
Un mot de ma guide, Maryse, pour l’instant acheteuse de café, mais « qui a toujours eu un pied dans le cacao » : c’est elle qui supervisera le projet Nestlé de distribuer des plants hybrides plus résistants et plus productifs. Elle était déjà là en 1983, pour Rowntree, aidant les planteurs à améliorer la qualité (déjà…). En 2006, elle est la première blanche à avoir repris pied dans la filiale ivoirienne de sa société après la guerre civile. Elle sillonnait tout le pays, dans une centaine de villages, comptant les cabosses sur les arbres, pour estimer les quantités de la prochaine récolte. Autant dire qu’elle connaît le pays et que c’est quelqu’un à qui on ne la fait pas.
Cela se voit au premier arrêt sur la route, où un ouvrier bourkinabé surveille une petite dizaine de mètres carrés de fèves séchant sur le goudron. Certaines sont brunes, comme elles devraient l’être, mais une proportion élevée ont un aspect charbonneux et révèlent parfois du moisi quand on les ouvre. Signe que la fermentation, étape capitale du processus si on veut un cacao de qualité, a été trop rapide et mal menée. Arrive un jeune homme, qui nous assure que non, ces fèves sont excellentes. Là, c’est notre chauffeur Simplice qui s’en mêle : fils de planteur lui-même, il a tout de suite repéré que le nouveau venu est trop bien habillé pour être lui-même dans le coup - c’est effectivement un parent venu de la ville. Nous échangeons de grands saluts souriants avant de repartir.
Ce contact initial avec le terrain est emblématique du problème numéro un de la Côte d’Ivoire : la qualité. Le premier producteur mondial de cacao est peut-être incontournable, mais il désespère tous les professionnels de la filière. Dans une des vastes halles du port de San Pedro, Timothée Vidal, responsable commercial de Zamacom (filiale de la société suisse Ecom) sourit quand je lui demande d’examiner une poignée de fèves puisée dans un sac. Il a travaillé dans plusieurs pays d’Amérique du Sud et peut comparer. Ici, l’échantillon n’est pas homogène, mal nettoyé, les trous de sonde dans le sac non rebouchés.
Il y a un vaste débat sur la certification du caco (sociale, vis-à-vis du travail des enfants, environnementale, durable, etc.), mais la première chose à améliorer est la qualité, le reste en dépend. C’est la conclusion provisoire de la visite de trois coopératives que j’ai visitées aujourd’hui. Mais de cela, je reparlerai, car je termine ce message en revenant de dix heures de brousse, de moult palabres et visites, et la liaison internet de San Pedro est aussi capricieuse que ses routes sont truffées de nids de poule. Nous avons réussi à éviter toutes les chèvres follettes broutant au bord de la chaussée, ce n’est déjà pas mal.

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