Kuapa Kokoo est souvent citée comme LA référence en matière de commerce équitable, fair trade en anglais. L'agence Reuters a tourné récemment un reportage assez flatteur sur cette grande coopérative ghanéenne qui va passer cette année la barre des 50 000 membres. Sa particularité: c'est la seule organisation paysanne qui possède sa propre marque de chocolat, Divine, très connue en Grande-Bretagne. Pour une fois donc, des planteurs ont réalisé le rêve du Sud: contrôler la chaîne économique jusqu'au consommateur. Ils y gagnent bien sûr davantage que le planteur qui vend ses fèves à un intermédiaire, selon un mécanisme que j'expliquerai plus en détail dans la série d'articles à paraître dans Le Temps cet été.
C'est pour voir les responsables de Kuapa Kokoo que je suis allé à Kumasi, dans la région ashanti du Ghana. J'y ai eu une discussion intéressante avec le président P.C. K. Buah (au milieu sur la photo), la secrétaire Comfort Kumeah (en chemisette blanche) et la trésorière Cecilia Appianim, ainsi qu'avec la porte-parole Erica Kyere et le directeur exécutif Emmanuel K. Arthur. Là encore, je ne veux pas trop en dévoiler ici, mais deux choses m'ont frappé tout de même. La première est que l'an dernier, Kuapa Kokoo n'a vendu que 7% de sa production en label "fair trade" (alors que l'ensemble pourrait y prétendre), parce que la demande n'est pas encore suffisante. Et encore s'agissait-il d'un pourcentage exceptionnel par rapport à la moyenne qui tourne plutôt autour de 2 à 3%. Il y a donc encore du chemin à faire pour convaincre les consommateurs. On peut comprendre que l'annonce de Cadbury le 4 mars dernier selon laquelle le grand fabricant britannique veut faire certifier "fair trade" d'ici la fin de l'été 2009 sa barre chocolatée vedette Dairy Milk a été accueillie avec joie à Kumasi: c'est Kuapa Kokoo qui fournira le cacao.
La seconde chose qui m'a frappée est la lecture du rapport d'activité 2007 que l'on m'a remis après que j'aie un peu insisté. On y lit que les deux exercices écoulés ont été "les plus difficiles" dans l'histoire de la coopérative fondée en 1992, en raison d'un grave conflit avec la précédente direction, qui refuse de livrer les pièces comptables pour la période allant d'octobre 2005 à septembre 2006. L'affaire est devant un tribunal. Impossible donc de comparer les comptes d'un an sur l'autre. On apprend aussi, sans explication, que la recapitalisation de la société de commercialisation de la coopérative, Kuapa Kokoo Limited, a été beaucoup plus importante que décidé en assemblée générale.
Je n'ai malheureusement lu ce rapport qu'après avoir quitté mes interlocuteurs, auxquels je devrai demander des compléments d'information. J'en déduis provisoirement que
1) Si je devais entrer en affaires avec la coopérative, je me renseignerais préalablement sur sa situation financière
2) La rigueur comptable doit être L'OBJECTIF NUMERO UN DE LA FILIERE CACAO ET DE TOUTE L'AFRIQUE EN GENERAL. Ce n'est pas la première fois que je tombe sur un conflit financier pourrissant la vie de coopératives bien intentionnées. Les bons sentiments et les labels ne remplaceront jamais deux colonnes de chiffres qui s'équilibrent!
En rentrant sur Accra, j'ai vuque l'on construisait dans un quartier d'affaires à proximité de l'aéroport une école supérieure pour comptables. Puisse-t-elle être fréquentée assidûment...
P.S. ajouté le 9.6.09: pour ceux que la problématique du fair trade intéresse, lire commentaire ci-dessous, très intéressant.
samedi 23 mai 2009
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1 commentaires:
Kuapa Kokoo (KK) ne fera jamais beaucoup plus de Fair Trade cocoa pour la simple et bonne raison que le Cocoa Marketing Company (CMC), qui a le monopole de la vente et de l'exportation, ne l'autorisera jamais, n'y ayant aucun intérêt lui-même. KK n'est pas exportateur et même le cacao Fair Trade qu'il peut traiter avec autorisation du CMC n'est pas exporté par lui. CMC finançant KK,la latitude de ce dernier est plus que limitée. Cette situation dans laquelle en définitive c'est CMC qui pilote interdit de considérer que le Fair Trade Cocoa se développera. Dans l'optique de CMC, la promotion de la production de fèves en conditions Fair Trade déboucherait sur des inégalités entre producteurs. Or dans le système du Ghana (Cocoa Board et CMC) cela n'est pas souhaitable. C'est même incompatible.
S'agissant de Cadbury, n'oublions pas qu'ils n'ont jamais admis que KK soit au capital de Devine Chocolate, société anglaise qui fabrique une barre chocolatée en condition Fair Trade. Cadbury et Devine Chocolate ne sont pas vraiment copains!! Enfin , un mot sur le chocolat Fair Trade : pour fabriquer du chocolat, il faut ajouter 10 à 15% de beurre à la masse. Le problème est que le beurre de cacao ne sera, lui, jamais issu de fèves acheté aux conditions Fair Trade. En l'occurence, l'industrie beurrière n'utilise jamais de fèves de Ghana pour fabriquer ce beurre dit de rajout. Tout cela est un peu technique, mais, s'agissant de Cadbury, le Dairy Milk Chocolate à base de Fair Trade beans, c'est un bon coup de pub!!!
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