lundi 11 mai 2009

Chou blanc

Amer Nasser, le négociant libanais que je devais rappeler ce lundi "ne peut être joint" sur son premier cellulaire, tandis que la boîte vocale du second est pleine. Hier quand je l'ai appelé, il a lancé d'un ton méfiant: "qui vous a donné mon nom?". Celui qui l'a fait, Hamadi Hussein, m'assure que ce négociant achève la construction d'une usine à Abidjan où il produira 25 000 tonnes de liqueur de cacao par an. A San Pedro, un autre Libanais, Ali Lakiss, fait de même avec une première ligne de production de 35 000 tonnes, extensible à 100 000. Lui m'a reçu deux heures après mon appel.
Un autre interlocuteur que je voulais rencontrer ce lundi, un inspecteur d'une société de surveillance, est à Dakar. C'est lui qui jugeait dangereux de faire un reportage sur la filière cacao et attendait des instructions de sa centrale. Celles-ci ne sont "pas claires", me dit-il au téléphone, mais il paraît quand même disposé à parler - plus tard.
Madame Yapobi, dont l'ambassade de Côte d'Ivoire m'avait donné le nom à Berne, ne peut pas me voir pour me parler de la réorganisation de la filière cacao ivoirienne. "Le comité qui doit y réfléchir est en voie de constitution, je ne sais même pas qui s'en occupe. De notre côté, nous avons été nommés l'automne dernier pour jouer les pompiers" (après l'arrestation des anciens dirigeants, ndlr). Je lui demande à combien elle estime la récolte de cette année. Elle rit: "C'est votre travail de poser la question, et le mien de ne pas y répondre". Le chiffre est sensible, la Côte d'Ivoire étant le premier producteur mondial de cacao (40% du total). Les estimations officieuses tournent autour du million de tonnes, contre 1,3 million les belles années. Certains doutent même qu'on y arrive, à cause de la désorganisation de la filière et du non-renouvellement des cacaoyers. Pendant ce temps, le Ghana voisin monte en puissance et vise le million de tonnes pour 2010, de meilleure qualité qui plus est. Retour de balancier: au début des années 70, avant le début du "miracle ivoirien", c'est le Ghana qui produisait davantage.
En plus de ces rendez-vous manqués, la saison des pluies semble s'installer. "Yako", disent les Ivoiriens: c'est à la base une expression de condoléances, qui s'est étendue à tout ce qui rate, foire, déraille, capote, part en quenouille, à vau-l'eau, s'émiette et s'évapore. C'est un mot que l'on entend souvent ;-)

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire