Le Temps a un gros scoop sur le secret bancaire et un petit sur Ogi piégé par un financier texan pourri. Il les met en ligne, les deux sont repris - par la télévision suisse romande et l'agence télégraphique suisse.
Super, bon pour l'ego. Question: qu'est-ce que ça lui rapporte à la fin du mois? Pas un rond, là est le problème. Bien sûr, il y a des retombées indirectes de notoriété, de crédibilité, qui pèseront dans la balance quand les lecteurs devront décider de renouveler leur abonnement par exemple. Mais même ce gain est incertain, parce qu'aussitôt diffusée, une nouvelle est déjà reprise, complétée et commentée par d'autres. Le soir même, la TSR ouvre sur l'affaire du secret bancaire et fait réagir un avocat connu, plus le président des banquiers suisses. 24 Heures paraît le lendemain avec un titre en une et un édito. Pour le public, c'est comme si cette nouvelle a déjà fait l'objet d'une diffusion quasi officielle. Son origine, son originalité se noie dans le maelstöm médiatique.
Mais est-ce évitable? La pression pour lâcher les informations en ligne dès que possible est de plus en plus forte, le risque d'être « grillé » augmente, la durée d'un scoop se raccourcit d'un jour à une heure.
L'impasse reste toujours la même. Internet rapporte des cacahuètes aux médias qui y ont parfois investi beaucoup (voir la petite digression sur le modèle d'affaire des journaux). Un article du Monde sur les difficultés de la presse américaine confirme qu'après avoir connu des taux de progression de 20 à 40%, la pub en ligne a reculé pour la première fois de 3% sur les sites d'information en 2008, et ce n'est sans doute pas 2009 qui va inverser la tendance.
Walter Isaacson, ancien éditeur de Time, veut revenir à une « ancienne et audacieuse idée »: faire payer aux utilisateurs le service qu'offrent les journaux en ligne. Paieront-ils? Je reste dubitatif. Un site GlobalPost tente le pari, partiellement du moins. Allez-y voir. D'autres pensent que les médias devraient devenir des institutions à but non lucratif, soutenues par des donateurs. On pourrait imaginer le financement de postes spécialisés (en finance ou en culture par exemple) par des contrats sur trois ans, renouvelables.
En Espagne (article du Monde, encore), 5000 postes de journalistes pourraient disparaître d'ici à 2010. « Nous sommes une espèce en voie de disparition », proclame leur présidente des associations professionnelles Magis Iglesias. Même les gratuits passent à la trappe. Metro, 2è du pays, jette l'éponge, 20 Minutes restructure, ADN supprime son site web.
Réfléchir à l'avenir n'est pas un luxe. Vos pistes?
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Il y a 11 heures

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