Tous pourris. C'est en substance
le reproche qu'adresse dans Cash le professeur bâlois Mark Pieth, expert en blanchiment d'argent et criminalité économique, aux banquiers genevois. Et à eux spécifiquement.Ils "traînent la place financière suisse dans la boue" en abusant du secret bancaire et de l'optimisation fiscale pour attirer l'argent sale. Et c'est ainsi, chère Simone, que nous avons tant de problèmes avec les Etats-Unis par exemple.
On attendrait un peu plus de subtilité et de substance d'un homme dont on se demande, d'ailleurs, quand il a discuté pour la dernière fois avec des professionnels genevois. Le seul exemple qu'il donne à l'appui de son jugement est le scandale de l'accord "pétrole contre nourriture" concernant l'Irak, que des "machinations criminelles" ont permis de contourner. Il a sans doute raison sur les machinations, mais d'où venaient-elles? Je me souviens avoir fait des téléphones à l'époque à l'organe onusien chargé d'appliquer cet accord et m'être heurté à un mur d'opacité.
Que des fripouilles financières aient participé à ce schéma de corruption est possible, probable même. N'oublions pas cependant où était le talon d'Achille de toute l'affaire: dans la qualité de l'organisation et des personnes choisies par l'ONU.
Au-delà de ce cas, Genève est-elle l'arrière-cour dégoûtante où se traitent toutes les affaires douteuses des banques suisses? Qu'on y pratique l'optimisation fiscale à large échelle est certain. C'est, jusqu'à nouvel avis, légal et bien réparti dans toute la Suisse. Un jour sera peut-être défini le fameux "level playing field" harmonisant les pratiques internationales dans ce domaine. En attendant, l'hypocrisie règne en maître, partout.
Qu'en est-il de l'évasion fiscale, des clients étrangers en otage et des commissions indues: là, on est dans l'activité inadmissible qui, effectivement, porte tort à la Suisse et, tôt ou tard, sera réprimée. Genève est-elle pire que Zurich ou Lugano? Franchement, c'est difficile à dire. On y trouve des moutons noirs, certains de leurs actes finissent par être dénoncés, d'autres - probablement la majorité - ne le sont pas. Ce n'est pas joli-joli, on peut sur ce point suivre le professeur bâlois.
Si on se réfère néanmoins au cas qui a fait couler beaucoup d'encre depuis un an - l'affaire Birkenfeld - on observera que c'est une décision d'UBS à Zurich qui a mis en place la douteuse structure permettant à la clientèle nord-américaine de ne pas déclarer ses avoirs. Pourquoi l'avoir parquée à Genève? C'est une bonne question à poser... à Zurich. Qui a engagé Brad Birkenfeld? Martin Liechti, directeur alémanique de la banque. Qui n'a pas répondu à ses doutes (tardifs)? La hiérarchie alémanique de la banque.
Quant aux banques privées genevoises, leur qualité et leur niveau éthique varie. Certaines ont senti assez tôt que la pure gestion de fortune atteignait ses limites et se sont diversifiées dans les fonds, la gestion institutionnelle. D'autres ont continué de "travailler" une clientèle captive et sont plus menacées.
Un mot encore sur ce que révèle la crise financière. Les banques privées genevoises s'en sont à ce jour relativement bien sorties, elles ne sont que marginalement touchées par l'affaire Madoff à part UBP. Pourquoi? Peut-être parce que le modèle de responsabilité de leurs associés - qui correspond sur certains points à celui des vrais hedge funds, pas ceux qui jouent aux supermarchés - implique une gestion pointue des risques, une saine habitude qu'on a apparemment perdue du côté de la Paradeplatz.
On ne va pas répondre par du racisme anti-alémanique au coup de gueule anti-genevois de Mark Pieth. D'ailleurs quand l'expert critique le manque de stratégie de la place financière suisse (au-delà de la croissance, de la volonté d'amasser toujours plus face à la concurrence), il a raison.
les genevois Henri Schwamm et Philippe Braillard ne disent d'ailleurs pas autre chose depuis des années. Ils ne sont pas très écoutés à Berne, ni à l'Association suisse des banquiers.
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