Le congrès GSMA de téléphonie mobile s'est tenu du 16 au 19 février à Barcelone. Peut-être avez-vous été alléché par les derniers gadgets à écran tactile, ou quelques reportages annonçant l'arrivée prochaine de la "quatrième génération" de communication mobile à très, très haut débit. A la TV, ça fonctionnait au poil.
Maintenant, voilà comment ça se passe dans la vraie vie.
Prenez un gars, votre serviteur par exemple, qui a acheté un netbook. Ces mini-ordinateurs portables à 500 francs environ se sont vendus comme des petits pains l'an dernier: logique, car ce sont les premiers à remplir (presque) correctement les services attendus d'une informatique nomade: faible poids, rapidité de mise en service, simplicité d'emploi (mais pas encore de batterie satisfaisante, hélas).
Un netbook n'est vraiment utile que s'il se connecte partout à Internet. Or le wi-fi intégré est aléatoire, souvent payant et compliqué à payer. Donc, départ chez les opérateurs téléphoniques qui proposent des clés USB pour se connecter à leur réseau 3G. Petite précision: le netbook en question tourne sous Linux, un système d'exploitation stable, devenu courant aujourd'hui.
Chez Swisscom (prenez un numéro et attendez cinq minutes), la vendeuse regarde l'engin avec un vague dégoût. "Ah non, ça ne marche pas avec nos clés-modems!". Manque de pot pour elle, un test préalable avec une de ces clés s'est révélé positif. "Ah bon? Moi, ce que je vous en dis, c'est sans garantie, hein. Parce qu'après, les gens rapportent quand ils ont des problèmes." Et visiblement, la vendeuse n'a pas envie d'en savoir davantage sur ces "problèmes". Voyons le prix: 49 francs par mois avec une limitation de débit ridiculement basse, ou 59 francs pour élever cette limite. "Je suis d'accord avec vous, grimace encore la vendeuse, c'est vraiment trop cher pour ce que c'est." Honnête, au moins. Mais pas franchement encourageante.
Allons voir chez Orange, qui propose une clé similaire à 49 francs sans limite de débit, et en bonus six mois à moitié prix. Re-ticket et re-file d'attente (dix minutes). Ici, l'accueil est résolument optimiste: "Ah oui monsieur, c'est du plug-and-play. Votre mini-ordinateur? Nous vendons les mêmes, pas de problème." Joie et bonne humeur, comme tout est simple!
Sauf que, contrat conclu et clé achetée (pour 79 francs), celle-ci ne réagit absolument pas quand on la glisse dans la fente USB. Mode d'emploi? Niet. Support Internet? Nada. Service après-vente du fabricant d'ordinateur? Après cinq tentatives infructueuses, un technicien épuisé à fort accent espagnol pose plein de questions d'identité, donne un numéro de cas et propose de rappeler le lendemain "car nous allons fermer".
Un petit tour sur les forums spécialisés Internet donne un intéressant échantillon de clients hésitant entre le suicide et l'achat d'une Kalaschnikov après avoir tenté en vain d'installer eux-mêmes la fameuse clé USB sur leur bécane. Ah! En voici un qui a fini par réussir, mais il avoue benoîtement qu'il ne se souvient plus comment il a fait". Où sont passés mes comprimés pour maux de tête?
Re-retour chez Orange, où la mâchoire des vendeurs s'est nettement crispée. "On vous a dit plug-and-play? Ah mais monsieur, nous ne garantissons ces clés qu'avec le matériel que nous vendons nous-mêmes". Cela, évidemment, n'était nullement précisé au moment de l'achat. A force d'insister, voici l'adresse et le nom d'un technicien Orange - mais dans un autre magasin, et un autre jour, parce qu'"aujourd'hui, il ne travaille pas".
Au jour dit, le technicien en question n'est pas là, mais un de ses collègues (ticket d'attente) daigne se saisir de l'affaire. Il bidouille la clé et l'ordinateur avec un soft qu'il s'est fait envoyer par mail, sans trop y croire. Au bout d'une heure d'acharnement dans un silence de mort, il déclare forfait. Qu'est-ce qui reste à faire? "Ben annuler votre contrat, m'sieur." OK, c'est justement une idée qui faisait son chemin depuis un moment. Alors annulons! "Ah, mais j'peux pas l'faire ici, m'sieur, faut aller dans le magasin où vous l'avez conclu."
Deuxième retour chez le premier Orange (vous me suivez?) où le ticket d'attente donne droit cette fois à vingt bonnes minutes dans un endroit grand comme une boîte à chaussures où tout le monde semble vaguement excédé. Une jolie cliente est en train de se faire expliquer les dix-huit plans tarifaires et six sous-variantes pour l'Australie par trois vendeurs empressés. Quand il s'agit de la délaisser pour un emmerdeur qui prétend en plus se faire rembourser quelque chose, la mâchoire des vendeurs devient carrément en béton. Ca n'est pas le problème du premier, ni dans les compétences du second, et le chef "est allé manger".
Après une demie-heure, un gominé au regard hostile décide qu'il faut bien en finir avec ce client qui encombre le comptoir. Il disparaît sans un mot d'explication pendant un quart d'heure et revient avec le contrat annulé. Il rembourse aussi les 79 francs de la clé avec le grincement de dents de Dracula qui aurait été privé de sang pendant trois hivers consécutifs.
Bilan de l'expérience: une journée entière passée dans différentes officines d'opérateurs téléphoniques, et aucune clé-modem USB fonctionnant sous Linux à un tarif qui ne soit pas du vol.
Certains analystes s'étonnent que le trafic de données mobile n'ait pas connu l'essor glorieux qu'ils prédisaient en 1999 déjà lors de la foire Telecom de Genève. On se demande bien pourquoi.
1 commentaires:
Mais t'as paaaas besoin d'internet tout le temps! ;-)
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