Ma mie allons voir si la rose…

Asma al-Assad était toute désignée pour trôner dans les pages « people » des magazines. Née et éduquée à Londres, ex-banquière d’investissement chez JP Morgan, elle est sexy, souriante ET intelligente, soulignaient les articles qui la coiffaient de lauriers.  Un subtil mélange de charme oriental et de valeurs occidentales, ajoutaient-ils, comme si ce partage des fonctions entre l’Orient et l’Occident était coulé dans le bronze et garant de perfection. Vogue avait fait particulièrement fort en consacrant à la dame une hagiographie intitulée – ô originalité –  « La Rose du désert », fruit de plus d’un an de travail selon Chris Kutsen, éditeur de la « story ».

L’article, signé Joan Juliet Buck,  sentait déjà le rance il y a un an quand Bachar al-Assad apparaissait de plus en plus pour ce qu’il est, à savoir un dictateur prêt à massacrer son peuple pour s’accrocher au pouvoir. Cette réalité cadrait mal avec des passages de Vogue tels que celui-ci: « La mission centrale de la première dame âgée de 35 ans est de changer l’état d’esprit de six millions de Syriens âgés de moins de 18 ans pour les amener à s’engager dans ce qu’elle appelle une citoyenneté active. »

Aujourd’hui, l’extrait de Vogue relèverait de l’humour noir si on pouvait encore le trouver sur le site du magazine. Sauf que quand on clique sur le lien, on tombe sur cette annonce: « Oops, la page que vous cherchez ne peut plus être trouvée ». Disparue, comme tant d’opposants au régime.

En lieu et place, les internautes se régalent de la liste des objets de luxe que Asma al-Assad commandait sur le web ou à ses ami(e)s en visite, liste qui a été établie par The Guardian sur la base de courriels interceptés par des activistes syriens. Sans jouer les gâche-fête, il faut rappeler que cette information est elle aussi sujette à caution, les courriels n’ayant pu être formellement authentifiés comme étant ceux du couple Assad. Ce n’est pas parce qu’on lutte contre un tyran qu’il faut relâcher l’attention face à la propagande des deux camps.

Aujourd’hui, Asma al-Assad risque de rejoindre les autres dignitaires du régime sur la liste des personnes visées par les sanctions de l’Union européenne. Elle est devenue la femme à haïr, peut-être « le vrai dictateur », suggère l’accroche d’un portrait publié par Reuters. En fait, on n’en sait rien. L’évolution et les pensées intimes de l’épouse de Bachar al-Assad restent un mystère. Qu’ils soient à l’eau de rose ou au vitriol, les articles qui lui sont consacrés illustrent surtout la superficialité des médias qui ont – croient-ils – besoin de héros ou de salauds pour « expliquer » le monde à leurs lecteurs.

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